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7 Sep 2020
Jean-Luc Deuffic

Le livre d’heures enluminé en Bretagne

Lorsqu’un projet personnel de deux dizaines d’années voit enfin le jour, c’est bien une nouvelle page de votre vie qui s’ouvre … comme la naissance d’un nouveau né tant attendu. Même si tout ne fut pas facile sur cet énorme “chantier”, les satisfactions ont été grandes à découvrir et à admirer tant de richesses. Cet ouvrage, fruit d’une insatiable recherche, représente l’aboutissement d’un lointain projet, construit autour d’une passion pour les livres d’heures. Mais au-delà de la solitude d’un travail, parfois ingrat, s’établit aussi un réseau de contacts, aides indispensables à l’aboutissement d’une si grande entreprise. La persévérance a eu raison de mes compétences limitées, qui maintes fois se sont érigées en barricades …  J’ai ainsi bénéficié des échanges constructifs et des notes érudites de mon amie d’Outre Atlantique Diane Booton dont les travaux de bibliologie bretonne m’ont bien servi. Mais cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans l’accueil bienveillant d’Alison Stones, qui a bien voulu l’inclure dans la série “Manuscripta Illuminata“, qu’elle dirige avec  Adelaide Bennett sous la supervision du Publishing Manager Johan  Van der Beke des éditions BREPOLS. Dans cette grande et historique maison je dois aussi remercier Eleni Souslou qui a supervisé, avec patience je présume, toute la matière de ce livre.
Contempler, toucher, palper un livre d’heures c’est comme pénétrer l’âme de ses anciens possesseurs, c’est en quelque sorte revivre sa minutieuse élaboration, suivre les mains expertes des enlumineurs et des ornemanistes, les manies d’un copiste singulier. Comprendre le manuscrit reste l’objectif principal du chercheur. Né du désir d’un commanditaire, modeste ou prestigieux, le livre d’heures, livre de piété privée par excellence, s’illumine comme le miroir du pécheur en prière. Aussi, s’est-il souvent représenté en imploration devant son saint patron, unique intermédiaire avec Dieu. C’est du moins une grande caractéristique des manuscrits bretons. Un autre élément révélateur de ces livres d’heures, dont l’origine n’est pas toujours établie, reste la présence des saints locaux dans les calendriers ou (et) les litanies. Pour la Bretagne, les diocèses de Saint-Pol-de-Léon et de Vannes nous ont fourni des listes hagiologiques précieuses. Enfin, soulignons l’intérêt des livres de raison, ces livres d’heures portant naissances ou décès des membres d’une même famille, parfois sur plusieurs générations. Documentation inédite de première main, ces ouvrages de piété attestent indéniablement de la diversité de la production manuscrite bretonne et de sa décoration parfois étonnante, dans un contexte plus étendu, celui de la mobilité des hommes et des influences acquises. Du plus modeste au plus luxueux, le livre d’heures offre aux chercheurs une palette suffisamment étendue pour y déceler l’âme bretonne dans toute son infinie complexité.

When a personal project of some two decades finally sees the light, it is indeed a new page of your life that opens … like the birth of an infant so eagerly awaited. Even if all was not easy on this enormous ‘construction site’, there was great satisfaction to discover and admire so many riches. This work, the fruit of insatiable research, represents the completion of a faraway project, built around a passion for books of hours. But beyond the solitude of work, sometimes unappreciated, is the creation of a network of contacts, vital assistance for the completion of such a substantial undertaking. Persistence conquered my limited skills, which many times had set up barricades … I have thus benefited from helpful exchanges and scholarly notes of my friend on the other side of the Atlantic, Diane Booton, whose research on Breton bibliology has assisted me considerably. But this work would not have seen the day without the generous welcome of Alison Stones, who kindly wished to include it in the series ‘Manuscripta Illuminata’, which she manages with Adelaide Bennett under the supervision of Publishing Manager Johan Van der Beke of Brepols Publishers. In this great and historical company, I must also thank Eleni Souslou who supervised, with patience I presume, everything concerning this book.
To gaze, touch, feel a book of hours is to enter the soul of their former owners, to relive its meticulous creation in a way, to follow the skilled hands of illuminators and decorators, the obsessions of a remarkable scribe. To understand a manuscript remains the primary aim of the researcher. Born of a patron’s wishes, modest or prestigious, the book of hours, the ultimate book of private devotion, lights up like the mirror of a sinner in prayer. In addition, he is often represented imploring his patron saint, sole intermediary with God. It is at least a important characteristic of Breton manuscripts. Another revealing aspect of these books of hours, whose origins are not always identified, remains the presence of local saints in the calendars and/or the litanies. With regard to Brittany, the dioceses of Saint-Pol-de-Léon and Vannes provide us with invaluable hagiologic lists. Finally, let us underscore the interest in ‘livres de raison’, these books of hours bearing mentions of births or deaths of members of the same family, sometimes over several generations. Unpublished first-hand documentation, these works of piety attest undeniably to the variety of Breton manuscript production and its sometime astonishing decoration, and in a larger context, to the mobility of men and vested influences. From the most modest to the most luxurious, the book of hours offers researchers a sufficiently extensive palette to detect the Breton soul in all its infinite complexity.

J.-L. Deuffic
Le livre d’heures enluminé en Bretagne
Car sans heures ne puys Dieu prier
Manuscripta Illuminata (MI 5)
742 p., 22 b/w ill. + 125 colour ill., 216 x 280 mm, 2019
ISBN: 978-2-503-58475-1
Hardback // Relié

BREPOLS Publishers

19 Déc 2019
Jean-Luc Deuffic

Un exceptionnel livre d’heures à l’usage de Saint-Pol-de-Léon

Les livres d’heures bretons se faisant de plus en plus rares en ventes publiques, relevons pour ce mois de décembre 2019, chez Sotheby’s, la mise aux enchères d’un manuscrit exceptionnel, de la seconde moitié du XVe siècle. En effet, ces livres de prière (généralement de laïcs) suivent le plus souvent des usages liturgiques particuliers. Le présent ouvrage adopte l’usage de Saint-Pol-de-Léon (ou de Paris, puisque ces deux diocèses pratiquaient le même usage), la différenciation se faisant d’avantage sur les saints honorés au calendrier et dans les litanies. Les livres d’heures léonards sont rares, même très rares.
Cette présentation se veut succincte. Elle sera développée dans un article à paraître.
Le livre d’heures à l’usage de Saint-Pol-de-Léon étudié ici est d’un petit format (100 x 65 mm), et comporte 191 f. à 13 lignes par page. Son originalité tient essentiellement à son calendrier et au fait qu’il porte les noms d’anciens possesseurs. Nous pouvons ainsi suivre sur plusieurs générations son itinéraire …
Typiquement léonard, avec une profusion de saints locaux, certains de toute rareté, le calendrier fait ainsi mention des saints Derrien, Gongad, Pieran, Senan, Sezni, Brévalaire, Tenenan, Conogan, Houardon, Ternoc, Gouesnou, etc. Les fêtes principales, notées à l’encre rouge, renvoient aux saints Paul (de Léon), Goulven, Hervé, Caradoc, Maudez.


L’annonce aux bergers

L’autre aspect intéressant de ce manuscrit est qu’il porte les noms de plusieurs anciens possesseurs, avec quelques notes généalogiques malheureusement mutilées. Toutefois elles sont bien suffisantes pour suivre son historique entre le XVe s. et le XVIIe s.

Hervé Kerguelen y a effectivement inscrit que “ces matines sont” à lui. Le personnage doit être identifié avec un des procureurs de l’église Saint-Michel de Lesneven en 1477, et être apparenté au receveur du Léon, à Lesneven,  Jean de Kerguelen. Le second possesseur fut Paul Barbier, connu comme “licentié es loix, portant provision de l’office de procureur de Sa Majesté en la séneschaussée et jurisdiction de Léon“, au début du XVIe siècle, sans doute succédant à Kerguélen. Paul Barbier, fils de Yves et de Marguerite de Kersulguen, épousa Jeanne de Kerlech.

Dans les notes marginales couchées sur quelques feuillets on peut relever le nom d’une fille unique de la famille de Tromelin (Tnoufylin) épouse d’un Lesguern. Il s’agit là très probablement de Claude de Tromelin, qui fut mariée à Jacques de Lesguern, fils d’Alain.

Tant du point vue liturgique et hagiographique qu’historique ce livre d’heures à l’usage de Saint-Pol-de-Léon mérite une attention particulière, ce genre de document, comme témoignage de la piété privée médiévale, restant d’une extrême rareté.

Catalogue en ligne Sotheby’s
https://www.sothebys.com/en/buy/auction/2019/fine-books-and-manuscripts-including-the-olympic-manifesto/book-of-hours-manuscript-book-of-hours-use-of

22 Nov 2018
Jean-Luc Deuffic

Le livre d’heures de Catherine d’Amfreville († 1562)

La vente « exceptionnelle de livres anciens, tableaux et objets d’art » de Nice, du 4 décembre 2018, nous propose un joli livre d’heures identifés, ayant appartenu à Catherine d’Amfreville, dame de Huest (Eure), Apremont (commune de Perdreauville) et de Drucourt (Eure), dont les armes, d’argent à un aigle de sable béqué et membré de gueules, figurent au bas de plusieurs enluminures. Catherine d’Amfreville, fille de Marie de Poissy et de Jacques d’Amfreville, avait épousé en 1517 Charles Le Conte de Nonant, et c’est peut-être à l’occasion de son mariage que lui fut offert ce précieux manuscrit. 

Le 14 juin 1568, Catherine alors veuve, hérita de sa sœur Françoise, et reçut en partage la terre patrimoniale.

Le Conte de Nonant portait d’azur au chevron d’argent accompagné en pointe de 3 besants d’or posés 2 et 1, mais elles ne semblent pas apparaître dans ce livre d’heures. Par contre, s’y trouvent des armes non encore identifiées :\”D’argent à six coquilles de gueules posées 2, 1, 2, 1, accompagnées d’une cotice en barre du même\”

La reliure actuelle a conservé ses anciens plats avec les noms de « Catherine d’Amfreville » et de « Pengrecy Krolus » (sic). Parmi les motifs : coquilles saint-Jacques.

17,8 x 12,4 cm. Décoration: subsistent trois peintures : l’Annonciation, le roi David en prière et les funérailles de l’office des morts

Description en ligne

Merci à Rémi Mathis @RemiMathis pour son aide …

6 Août 2018
Jean-Luc Deuffic

Le livre d’heures de Constanzo Litolphi Maroni

AIX LUBERON ENCHERES HOURS- PRIMPIED-ROLLAND (13090 Aix-en-Provence) propose à la vente du 27 septembre 2018 le livre d’heures de Constanzo Litolfi, noble mantouan naturalisé en septembre 1600 (Paris, BnF, Fr. 33047, p. 485).

71 f. Calendrier. Décoration: 27 petites miniatures dont Béthsabé au bain. Plusieurs feuillets manquent. Reliure en veau blond du 16° siècle à la cire, à décors d’entrelacs azurés et bandes rouges et noires, dentelles dorées en encadrement avec semé de pointillés dorés, dos orné, tranches dorées. Constanzo Litolphi, ou Constance de Mantoue, était venu en France, envoyé par son souverain, pour servir le roi Henri III à la tête d’une compagnie de gendarmes.

Constanzo Litolphi Maronis se disait descendre de Virgile … Vers 1604, des lettres de jussion furent adressées à la chambre des comptes de Paris pour faire jouir le sieur Constance Litolphi, capitaine des ville et château de Conches et des chasses dudit lieu et de Breteuil, de ses gages de 100 l. et de 500 l. de pension attribuées à cette capitainerie. En 1612 le roi donna à son maître d’hôtel et capitaine de Conches les deniers provenant de la coupe de bois faite sur le grand chemin d Evreux à Breteuil; il cessa ses fonctions en 1613 et fut remplacé par Gilles de Vipart, sieur de Silly.
Constanzo, alors écuyer du roi, épousa Nicole de Valles, fils de René de Valles, seigneur de Boisnormand, et d’Anne de Hallebout, fille d’Antoine de Hallebout, seigneur de Blondemare, et de Jeanne de Bosc-Regnoult. Il demeurait alors à Paris en l’hôtel de Bourbon, paroisse Saint-Germain l’Auxerrois (contrat de mariage, Paris, Archives Nationales, Châtelet de Paris. Y//139-Y//146. Insinuations, fol. 68 V°Date de l’acte : 15 mars 1602

 

Armes des de Valles

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Voir description du livre d’heures sur le site : https://www.interencheres-live.com/catalogue-e65db98e23fa9583649c4e5132a0fa4f.html#page=1&article=17975563

14 Mar 2018
Jean-Luc Deuffic

HORAE = Hours – Recognition, Analysis, Editions

Le projet HORAE (Hours – Recognition, Analysis, Editions) propose d’étudier les pratiques religieuses de la fin du Moyen Âge à travers les livres d’heures, le plus grand best-seller de tout le Moyen Âge et associe trois partenaires en Humanités et Sciences de l’Ingénieur du public et du privé pour une recherche transdisciplinaire : l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT, UPR 841), la société TEKLIA et le Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes (LS2N, UMR6004).

Pour en savoir plus : https://irht.hypotheses.org/3539

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(Illustration, Paris, BnF, Lat. 1156b)

24 Mar 2017
Jean-Luc Deuffic

Jacques Le Blanc, sieur de La Vignolle (1610-1684), et son livre d’heures et de raison

La galerie Les Enluminures, une des \”places fortes\” actuelles du manuscrit médiéval, dirigée de main de maître par Sandra Hindman, présente en ce moment un livre d’heures à l’usage d’Angers assez remarquable, tant par son contenu que par sa provenance. Il fut, en effet, en possession de l’historien de Laval Jacques Le Blanc (1610-1684) (A), fils d’Olivier, sieur de Champagné, licencié en droit, qui l’utilisa comme livre de raison.

Pour les Bretons, Laval c’est presque (déjà) la Bretagne !! du moins elle en est une des portes principales. Au reste, un des plus grands historiens bretons, Pierre Le Baud (+ 1505), fut chantre et doyen de la collégiale de Saint-Tugal de Laval, église dédiée à TUGDUAL, un des sept saints fondateurs de la Bretagne dont elle conservait jalousement de précieuses reliques. Cette collégiale succédait à une chapelle castrale, gouvernée à la fin du XIIe siècle, sous Guy de Laval, par deux clercs bretons nommés Guyomard et Ruello…
Nous devons à notre historien lavallois Jacques Le Blanc plusieurs lettres, contenant des documents historiques sur la Bretagne, et plus particulièrement sur les maisons de Rohan et de Laval, dont il donne l’origine et la généalogie, adressées pour la plupart à M. Gaignard, et à M. de Courtillaux (Paris, BnF, Fr. 22313, p. 15-27). 

Mais revenons à notre sujet…  

Le livre d’heures à l’usage d’Angers (80 f. 173 / 178 x 122 / 127 mm.), du 3e tiers du XVe siècle, que propose la Galerie Les Enluminures, porte une première inscription, impliquant un possesseur antérieur à Jacques Le Blanc :

Ces presentes heures apartiennent a Magelaine Angier.

Madeleine Angier était l’épouse du notaire royal Pierre Razeau (1656-1665). Institué par les chapelains du Gué-de-Maulny le 10 mars 1650 (AD Sarthe, G 671, f° LXXXII ; AD Mayenne, B 48); confirmé le 24 mars 1664, il obtient de nouvelles provisions le 25 mai de la même année et est reçu au siège des exempts le 7 juin (AD Mayenne, B 48, f° 22v°). Il figure au nombre des quatre notaires royaux « réservés » pour la résidence de Laval par l’état du 19 septembre 1665 (AD Mayenne, B 51, f° 83v°, et Bibl. mun. Laval, vol. 12129, pièce 30). Il résigne le 22 octobre 1669 en faveur de Julien Pottier.    
Aux f° 78/79, commencent les notes personnelles de Jacques Le Blanc retraçant le parcours du livre d’heures:

Moy Jacques Le Blanc ancien advocat nasquit lonze juin 1610 marié en avril 1630 / avec Renée Moraine / espousé en may, en juin plaide ma premiere cause au bareau de Laval //  le 27 may 1677 ay et fait doyen des advocats
I- Pierre Razeau, notaire royal mari de Magdeleine Angier
II- Adnecte Razeau femme de Jacques Nepveu (1) 
III- Renée Nepveu femme de Pierre Guyllot
IV- Adnecte Guyllot femme de Mathurin Bigot sieur de la Roche en
V- Claude Bigot femme de maistre Ollivier Le Blanc advocat a Laval sr de Champagné
VI- Jacques Le Blanc advocat sr de la Vignolle mari de Renée Moraine
VII- Jean Le Blanc sr de la Noerie et Marguerite Choquet ont eu Jacques et Marie le Blanc aux quels je laisse les presentes heures comme ma mere Claude Bigot me les a laissées le jourdhuy 27 may 1677….

f° 80 : 

Le 15 octobre 1664, Francois Le Blanc mon filz aisné du 2. lict (2) a pris possession d’une prebende a St Thugal de Laval que mons. le duc de La Tremoille*, sr de Thouars, comte de Laval, ma donner pour

D’autres notes intéressent la famille Le Blanc et alliées. Le livre d’heures passa par la suite entre les mains d’Ambroise-François Hardy de Lévaré (° 20 juillet 1749), apparenté à l’ancien maire de Laval, qui y inscrit sa généalogie depuis ?? (difficile à lire sur photo) Hardy X Jeanne de La Bellangerie (3).

Une autre particularité de ce livre d’heures est la présence exceptionnelle de nombreux badges de pèlerinage collés à l’intérieur par son premier possesseur (saint Eustache/ Hubert, saint Maurice, sainte Vierge, saint Mathurin)


Photo Galerie Les Enluminures

Notes
(A) Jacques Le Blanc de la Vignolle est né le 11 juin 1610. Dès 1630 il exerce comme avocat à Laval. Marié avec Renée Moraine, dont il aura 5 enfants, et devenu veuf avant 1660, il se remarie avec Adnette Lasnier († 15 novembre 1670), qui lui donnera 3 enfants. Sa situation de fortune n’était guère brillante car, s’il avait acheté le lieu des Guettes (Argentré), il fut obligé de vendre aux Dominicains celui de la Vignolle (Montflours) dont il portait le nom. S’il conserva le lieu patrimonial de Champagné, il en recevait d’avance le fermage qu’un de ses gendres lui payait par acomptes après avoir garni la ferme de bétail. Sa clientèle pourtant dut être nombreuse, car il avait l’estime générale de ses concitoyens, qui le députèrent avec François Hennier vers le duc de la Trémoille, chef des frondeurs dans l’ouest, en 1649, quand le marquis de la Boulaye entra au Mans avec les 4 régiments qu’il commandait. Les députés furent envoyés par le duc à Rennes auprès de sa femme, mais la paix, signée dès le mois d’avril, vint heureusement délivrer les Lavallois de leurs hésitations entre le roi et le seigneur. Sénéchal, comme son père, de petits fiefs seigneuriaux (Moulin-Geslin et Marcheru), élu en l’élection de Laval en 1650, échevin en 1658, Le Blanc de la Vignolle devint syndic et doyen des avocats en 1677. Il mourut le 18 septembre 1684 et fut inhumé le lendemain dans l’église de la Trinité, sa paroisse. On a donné quelquefois pour armes à Jacques Le Blanc de la Vignolle une vigne, mais une de ses lettres, cachetée d’un petit sceau, porte sur l’écu : deux oiseaux affrontés en chef, un lion (?) en pointe (source).
(1) Messire Jacques François Nepveu chevalier seigneur de Rouillon capitaine commandant au régiment de Penthièvre Dragons héritier de messire Pierre Jacques René Nepveu chevalier seigneur de Rouillon en son vivant conseiller du Roi lieutenant criminel en la Sénéchaussée du Mans lequel était fils de messire Pierre Nepveu écuyer aussi lieutenant criminel audit siège fils lui même de Daniel Nepveu écuyer sieur des Étrichés prévôt provincial du Maine qui était fils de Jacques Nepveu écuyer sieur des Isles lieutenant général au comté de Laval reconnaît que ledit Jacques Nepveu son trisaïeul par son testament du 19 mai 1622 à légué à ladite fabrique une rente de 10 livres affectée sur tous ses biens et promet de continuer à la servir 1784 (ADS G 885). 
(2) Jacques Le Blanc épousa en premières noces  Adenette Lasnier de la Houssaye, née en 1617.
(3) Voir le fonds Hardy de Lévaré aux ADM, 14J 42-51.
* Henri III de la Trémoïlle, (22 décembre 1598, Thouars – 21 janvier 1674, Thouars), fils de Claude de la Trémoille. Il est duc de Thouars, duc de La Trémoille, prince de Talmont et de Tarente, comte de Laval (Mayenne), de Montfort, de Taillebourg et de Benon, et baron de Quintin.

Description du livre d’heures sur le site de la Galerie Les Enluminures [ lien ]
Galerie LES ENLUMINURES

30 Nov 2016
Jean-Luc Deuffic

Décembre 2016 : Ventes à venir, publication

VENTES
SOTHEBY’S : Medieval and Renaissance Manuscripts 06 DECEMBER 2016 | 10:30 AM GMT | LONDON Catalogue en ligne

CHRISTIE’S : Script and Illumination: Leaves from Medieval and Renaissance Manuscripts. Catalogue en ligne

BLOOMSBURY AUCTIONS London WESTERN AND ORIENTAL MANUSCRIPTS AND MINIATURES Wednesday 7th December 2016
http://www.dreweatts.com/media/bloomsbury/auctions/36238.pdf

PUBLICATION
Libro de Horas de la Reina Dª Leonor de Portugal (Biblioteca Nacional de Portugal)
http://www.circulocientifico.com/taberna-libraria/otras-obras-t/libro-horas-la-reina-dona-leonor-portugal/

31 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

Nouvelle identification : les Heures de Robert de Guetteville (Paris, BnF, Arsenal, 1181)

J´AIME TANT FORT UNE – Stundenbuch Charles VIII : c’est le sublime titre du beau livre qu’Ina Nettekoven nous prépare pour la rentrée prochaine…


Source : Hirmer

Ina Nettekoven m’ayant récemment conduit vers un des nombreux livres d’heures de la Bibliothèque de l’Arsenal, le ms. 1181, des anciennes collections de M. de Paulmy, j’ai été quelque peu intrigué, en consultant la notice qui lui était consacrée, de la lecture des armoiries qu’il porte au f. 38 : \”d’hermine plein. On retrouve ces mêmes armoiries dans la bordure du folio 29 vo, et dans l’initiale du folio 85\”.
Au premier coup d’oeil, j’ai pu juger qu’il ne pouvait s’agir d’hermine, mais de quelque chose ressemblant à une étoile à quatre branches. En définitive, nous sommes ici en présence d’un meuble héraldique assez peu courant : le chausse-trape (voir wikipédia). Aussi, les armoiries du ms. 1181 doivent-elles être lues : D’argent, semé de chausse-trapes de sable.
Ces armes sont celles de Robert de Guettevile, nommé greffier le 16 avril 1454, quand la Chambre des Requêtes fut réorganisée (Paris, An, X1a 1483, f. 151, 153 ; X1a 8505, f. 150v), puis, entre 1463 et 1490, conseiller lai au Parlement de Paris. Il épousa Jeanne Amiart, dont: Guillemette (épouse Jean Hurault), Marie, Léon ? qui lui succéda au Parlement. Fondateur de la chapelle Sainte-Geneviève à Saint-Nicolas des Champs (20 juillet 1490; offre un calice d’argent), il y fut inhumé.
Sur ses armes voir la fiche BIBALE / IRHT:


BIBALE / IRHT http://bibale.irht.cnrs.fr/php/f.php?t=3793

Biblio : Prosopographie des gens du Parlement de Paris, éd. M. POPOFF, 1996, t. I, p. 627 ; DUPONT-FERRIER (G.). « Les avocats à la Cour du Trésor… », B.E.C., t. 97, 1936, p. 79 ; MAUGIS (É.). Histoire du Parlement, t. III, 1916, p. 110

La reliure en maroquin, semée de marguerites, du manuscrit 1181, porte sur ses plats : « Jehan de Sermoise. — Françoise Planson. ».
Ce couple est attesté à la fin du XVIe siècle du côté de Saint-Germain-en-Laye : le 21 septembre 1592, Jeanne Raffron, veuve de Guillaume Planson, demeurant à Saint-Germain en Laye, fit donation sous certaines conditions à Françoise Planson, femme de Jean de Sermoise, sa fille de tous les biens meubles et immeubles qui lui appartenaient ou qui pourraient lui appartenir (Paris, AN, Y//134, f. 38v) .

26 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

Livres d’heures de mai 2016

Quelques livres d’heures mis en vente prochainement:

Vente FERRI & Associés du 27 mai

Lot 22. HEURES selon l’usage de Rouen]. Manuscrit en latin sur vélin, c. 1460. 13 miniatures.
Catalogue Ferri;

Vente Fraysse du 31 mai

Lot 115. Heures à l’usage de Bourges. 112 f. 9 miniatures. Atelier de Jean Colombe, ca 1485/1490.


Catalogue Fraysse ;

Lot 116. Heures de Claude Flairiawe (= à mon avis ce nom est douteux. jld). Amiens, 1490, sous influence rouennaise par Robert Boyvin. 166 f. 27 miniatures.
Voir Tenschert: No. 25: Leuchtendes Mittelalter. II : Sechzig illuminierte und illustrierte Manuskripte des Mittelalters und der Renaissance …
(n° 56) ; No. 36: Leuchtendes Mittelalter I-VI, 1989-1994: Fazit 1996 (n° 51)
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Catalogue Fraysse;

Lot 117. Heures de Roucy. Par un contemporain d’Estienne Collaud. Brüges, vers 1530-1540. 176 f. 34 miniatures : celle de l’Éducation de la Vierge représente le seigneur de Roucy, commanditaire de l’ouvrage, agenouillé, en armure portant une tunique à ses armes, le heaume posé à ses pieds, lesquelles armes sont répétées en bas de la miniature.
Déjà passé chez Sotheby’s : Catalogue: Western and Oriental manuscripts and miniatures. 1965/12/13 (le donne de Reims ?) ; Tenschert : No. 27: Leuchtendes Mittelalter. III : Das goldene Zeitalter der Burgundischen Buchmalerei 1430-1560 ; sammlung Carlo Poortere, 1991 (n° 4) ; No. 36: Leuchtendes Mittelalter I-VI, 1989-1994: Fazit 1996 : die noch verfügbaren Manuskripte, 1996 (n°67).

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Catalogue Fraysse;

3 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

Nouvelle identification : le livre d’heures de Nicolas de La Primaudaye (Paris, Bibliothèque nationale de France, Arsenal, Ms-1188)

La mise en ligne récente sur GALLICA d’un livre d’heures à l’usage de Rome, avec une devise répétée à l’infini, D’AMY DELOYAL PAS NAY CVRE, m’a conduit à en rechercher le propriétaire.
Ah, merci \”Google Books\” ! J’imagine que Léopold Delisle aurait apprécié ce bien utile instrument de travail … De ce fait, ma recherche ne fut pas longue et me conduisit à une petite étude parue dans le Bulletin de la Société archéologique de Touraine (1940, p. 459-460) avec la description d’un jeton anagrammatique de toute rareté, celui de Nicolas (ou Nicole) de La Primaudaye, alors marié en secondes noces à Marie de Morvilliers.

D’AMY DELOYAL PAS NAY CVRE est bien l’anagramme de NICOLAS DE LA PRIMAUDAYE

Armes de La Primaudaye : d’après les généalogies des familles orléanaises, par le chanoine Hubert : D’azur, semé de fleurs de lys d’or, à un pied de griffon de même posé en fasce et sur le tout un écusson chargé d’un besant d’or; d’après d’Hozier : Semées de France, à l’escu d’or en abîme, traversé d’une patte d’or de griffon, chargé d’un tourteau de sable sur le tout.

Jeton d’Antoine de La Primaudoye (fils de Nicolas), Général des Monnaies. Paris. s.d. (1543-1547). [source]

Ainsi, notre élégant livre d’heures (Paris, Bibliothèque nationale de France, Arsenal, Ms-1188) fut certainement commandité par Nicolas de La Primaudaye, descendant d’une famille originaire de Bretagne, plus exactement de la région de Pontivy : Jean de La Primaudaye avait été trésorier général de Bretagne*; Jeanne de la Primaudaie, abbesse de S. Georges de Rennes en 1534, …

Nicolas de La Primaudaye, écuyer, conseiller secrétaire du roi, épousa en premières noces Jeanne Berthomier, et en secondes Marie de Morvilliers. Il fut l’ami de Thomas Bohier (1465-1524), trésorier général des finances, le mécène de Chenonceau :

maistre Nicole de la Primaudaye, notaire et secretaire du Roy nostre sire, seigneur de La Barrée, ou vivant de feu messire Thomas Bohier, chevalier, sr de Chenonceau, general de France, il estoit son ser[viteur], amy et familier (Paris, AN, MC/ET/XXXIII/13 , f. 188, 5 août 1528) 


Thomas Bohier.  Source.


© Paris, BnF, Arsenal 1188, f. 17

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© Paris, BnF, Arsenal 1188, f. 16

F. 1. Calendrier en français F. 7. Péricopes évangéliques. F. 11v. Passion selon S. Jean F. 17. « Hore beate Marie virginis, secundum usum Romane ecclesie » F. 55. Les sept psaumes et les litanies. Dans les litanies : S. Louis et Ste Anne F. 64. « Vigilie mortuorum » F. 81. « Suffragia plurimorum sanctorum et sanctarum » F. 93. « Plusieurs devotes oraisons à la vierge Marie » F. 102v. Diverses oraisons latines F. 113. « L’examen de conscience pour congnoistre à bien se confesser, composé par maistre Jehan Quentin, pénitentier de Paris » ; en français […]
De la bibliothèque de M. de Paulmy.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550098895

* Sur Jean de La Primaudaye, voir Dominique Le Page, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, Paris, 1997, p. 416-417 et p. 538 : \”il faut signaler le recrutement de Bretons soit comme officiers, soit comme membres de l’hôtel royal. La monarchie a su se montrer accueillante pour tous ceux qui désiraient la servir, à quelque degré de la noblesse qu’ils appartinssent. Cela a été vrai pour des gentilshommes en quête de fortune comme Jean de La Primaudaie, originaire de la région de Pontivy, signalé comme secrétaire du roi en 1470\”.

Antoine de la Primaudaye, fils mineur de Nicole de la Primaudaye, et de Jeanne Barthomier, comme petit-fils des défunts Pierre Barthomier, seigneur d’Olivet, et Antoinette de Gannay, sa femme, morte le 28 septembre 1522, reçut de ces derniers 1/5e de leur succession, dans laquelle on remarque :

Unes Heures en parchemin, enlumynées, à lectres d’or, deux fermouers d’argent doré, garnys de deux tringles d’or, avec troys petis boutons de petites perles, VIII l. t.
deux livres en papier, l’un des Evangilles, en francoys, et l’autre intitulé Frere Jehan de Vigny …
… Troys livres en papier, l’un l’Ordinaire des crestiens, l’autre la Vie des Peres, et l’autre le premier volume du roy Charles le Quinct.
… Ung grant livre, en parchemin, des Euvres de Seneque …
Unes petites Heures, en parchemin, à ung fermouer d’argent doré …, unes vielles Heures, en papier …, ung grant livre, en papier, lectre d’impression, appellé Ovide, de Methamorphoses, et ung autre livre, en parchemin, commencant : ‘Reges intelligite’…
… Ung Messel, en papier, lectre d’impression, à l’usaige de Paris.
Deux paieres d’Heures, en papier, lectre d’impression, à l’usage de Paris.
(Ernest Coyecque, Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVIe siècle [étude XXXIII], t. I, 1498-1545 [3608 actes], Paris, 1905, p. 56, notice n° 261)

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