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21 Sep 2020
Jean-Luc Deuffic

Les “Chroniques” de Jean Chartier, moine de Saint-Denis, dans la “librairie” d’Yvon du Fou

L’importante bibliothèque d’Yvon du Fou, conseiller et chambellan de Louis XI, dont nous avons dressé une liste des ouvrages [1], renfermait un exemplaire de l’Histoire de Charles VII de Jean Chartier [2] (aujourd’hui New-York, Columbia University, Rare Book and Manuscript Library, J1.C 3813). Du milieu du XVe siècle, avec in fine le poème de Robert Regnault, Ballade faitte touchant la grant deception des Angloys (f. 192v-196r), relatant la prise de Fougères en 1450, ce manuscrit porte également aux f. 196v-197, une liste des places fortes de Normandie reprises par le roi.
Malheureusement, toutes les enluminures du manuscrit ont été enlevées avec plusieurs dizaines de folios.
Les auteurs:
Jean Chartier (mort le 19 février 1464), historiographe du roi, fut moine et chantre de Saint-Denis, selon la notice que lui consacre le nécrologe de sa maison.
Robert Regnault, grand bedeau de l’université d’Angers.
Quelques marques anciennes de possesseurs sont visibles et permettent donc de suivre les vicissitudes du volume.

Messire Yves du Fou, chevalier

… Monseigneur le daulphin fut marie
on moys de feuvrier lan mil (quatre cent cinquante)
a la fille du duc de savoye.
Explicit.
Qui fecit finem
Sit benedict[us] amen.
Pour messire yues du fou ch[eva]l[ie]r.
Cappittaine de lezignen.
Prenez en gre. Je vous en prie

Yvon du Fou, Breton de Cornouaille, chevalier, grand veneur de France, conseiller et chambellan du roi, et sénéchal de Poitou (+ 2 août 1488).

« Madelene de Monpesat », signature au f. 87v-88.


(c) New York, Columbia University, Rare Book and Manuscript J1.C 3813

Madeleine Desprez de Montpezat, fille de Melchior Desprez, seigneur de Montpezat et d’Henriette de Savoie, marquise de Villars, comtesse de Tende, épousa le 23 octobre 1583, Rostaing de La Baume, comte de Suze et de Rochefort, seigneur de Montfrin, maréchal de camp aux armées du roi et bailli des montagnes du Dauphiné. Elle dut recevoir ce manuscrit de son père Melchior, maître des eaux et forêts, sénéchal du Poitou, fils du maréchal de Montpezat, Antoine de Lettes († 26 juin 1544, inhumé à Saint-Martin de Montpezat), et de Liette du Fou, petite-fille d’Yvon du Fou.
Sur des tissus aux armes de Liette du Fou, lire Christine Aribaud, « Les textiles de la collégiale Saint-Martin de Montpezat de Quercy : un trésor spécifique ? »,  dans Les Collégiales dans le Midi de la France au Moyen Âge, sous la direction de Michelle Fournié, Actes de l’atelier-séminaire (UMR Framespa – GDR Salve – CVPM) des 15 et 16 septembre 2000 (Carcassonne), p. 145-173.


Armoiries d’Antoine des Près (Desprez) et de Lyette du Fou. Broderie sur toile.

Abbé Charles de Castellan  : note datée du 4 octobre 1663 au sujet d’une lettre de Guillaume Cousinot à Gaston de Foix ;  reliure XVIIe s. avec inscription : « F.I.A.T., Carolus de Castellan, 1663 ».


(c) New York, Columbia University, Rare Book and Manuscript J1.C 3813

Charles de Castellan († 28 novembre 1677), abbé de Saint-Evre de Toul et de la Sauve-Majeure entre 2 mers (Bordeaux), à laquelle il légua plusieurs ouvrages de sa bibliothèque, aujourd’hui à la BM de Bordeaux. Ainsi, peut-on noter sur La Fabrique et l’usage du radiomètre (Paris, 1601) cette inscription : Ex dono d. Abbatis de Castellan monasterii B. Maria Sylva majoris ordinis Sancti Benedicti 1678.
Ses armes parlantes étaient une croix, accompagnée de quatre tours, timbrées d’une mitre et d’une crosse. En 1671, il demeure à Paris, près le Clos-Georgeau, paroisse Saint-Roch (AN, Y//217-Y//221 – fol. 403 v°). Quatre ans plus tard, Charles de Castellan fait décorer à ses frais la chapelle de Sainte-Marguerite située dans le transept méridional de l’église Saint-Germain-des-Prés, pour y établir sa sépulture et celle de sa famille ; un mausolée y fut élevé à la mémoire de son père, Olivier de Castellan, lieutenant général des armées du roi, et de Louis de Castellan, son frère, morts tous deux en combattant pour la France.
Une reliure en maroquin rouge, avec les mêmes armes datées de 1663, recouvre une impression de Simon de Colines (1530), Claudius Claudianus, Quotquot nostra hac tempestate extant opuscula, passée en vente chez Bloomsbury, à New-York, le 26 septembre 2007, lot 62.
Sur le personnage, voir : Philippe Masson, “Charles de Castellan, un abbé toulois bibliophile
au XVIIe siècle”, dans Collections et collectionneurs dans les Trois-Evêchés, Textes réunis par Catherine Bourdieu-Weiss, Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire / Université de Lorraine, 2015, p. 55-68.

Notes
[1] Jean-Luc Deuffic, “Les manuscrits d’Yvon du Fou, conseiller et chambellan de Louis XI”, dans Notes de bibliologie (Pecia. Le livre et l’écrit, 17, 2009), Turnhout : Brepols, 2010, p. 221-245. Sur l’enlumineur : P.V. Day, “Le maître d’Yvon du Fou: un enlumineur poitevin au service d’Yvon du Fou, grand veneur de France”, dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest et des musées de Poitiers, 10, 1996, p. 275-306.
[2] Et non pas d’Alain Chartier, son frère, comme je l’avais indiqué dans mon étude au vu de la notice de Digital Scriptorium.

Biblio
S. de Ricci, Census of Medieval and Renaissance Manuscripts in the United States and Canada, New York, III, p. 1268, n° 49.
Edition de 1661 : Histoire de Charles VII. roy de France, par Jean Chartier, sous-chantre de S. Denys; Jacques le Bouvier, dit Berry, roi d’armes, Mathieu de Coucy, et autres autheurs du temps. Qui contient les choses les plus memorables, advenuës depuis l’an 1422 jusques en 1461. Mise en lumiere, et enrichie de plusieurs titres, memoires, traittez, et autres pieces historiques, par Denys Godefroy conseiller et historiographe ordinaire du roy. A Paris, de l’Imprimerie royale, 1661 : en ligne

Charles Samaran, “La Chronique latine inédite de Jean Chartier (1422-1450) et les derniers livres du Religieux de Saint-Denis”, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 87,  1926, p. 142-163 [en ligne].

Recherches sur la filiation de Guillaume, Alain et Jean Chartier (leur Généalogie de 1290 a 1900) par Francis Pérot (avec biblio).
« Ballade faicte touchant la grant déception des Anglois », par Robert Regnault, bedeau de l’université d’Angers (1449 ou 1450), publiée par A. Mazure dans Revue anglo-française, III (1835), 117-124.
Jean Lemoine, “Un mandement de Jean V, duc de Bretagne, en faveur de Robert Blondel et Robert Regnault”, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 54, 1893, p. 123-127.
Bruno Roy, Sur deux poèmes de Robert Regnaud, grand bedeau de l’Université d’Angers, dans Le Moyen Français, vol. 46-47, 2000, p. 469-496.
On trouvera sur la base Digital scriptorium une description sommaire et quelques images numérisées de ce manuscrit.
Base Jonas (IRHT)
Base ARLIMA (Chartier) (Regnault)


Armoiries d’Yvon du Fou sur « Le Livre de messire Lancelot du Lac », la Quête du Saint Graal, la Mort d’Arthus, de GAUTIER MAP (Paris, BnF, Fr. 111).
7 Sep 2020
Jean-Luc Deuffic

Le livre d’heures enluminé en Bretagne

Lorsqu’un projet personnel de deux dizaines d’années voit enfin le jour, c’est bien une nouvelle page de votre vie qui s’ouvre … comme la naissance d’un nouveau né tant attendu. Même si tout ne fut pas facile sur cet énorme “chantier”, les satisfactions ont été grandes à découvrir et à admirer tant de richesses. Cet ouvrage, fruit d’une insatiable recherche, représente l’aboutissement d’un lointain projet, construit autour d’une passion pour les livres d’heures. Mais au-delà de la solitude d’un travail, parfois ingrat, s’établit aussi un réseau de contacts, aides indispensables à l’aboutissement d’une si grande entreprise. La persévérance a eu raison de mes compétences limitées, qui maintes fois se sont érigées en barricades …  J’ai ainsi bénéficié des échanges constructifs et des notes érudites de mon amie d’Outre Atlantique Diane Booton dont les travaux de bibliologie bretonne m’ont bien servi. Mais cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans l’accueil bienveillant d’Alison Stones, qui a bien voulu l’inclure dans la série “Manuscripta Illuminata“, qu’elle dirige avec  Adelaide Bennett sous la supervision du Publishing Manager Johan  Van der Beke des éditions BREPOLS. Dans cette grande et historique maison je dois aussi remercier Eleni Souslou qui a supervisé, avec patience je présume, toute la matière de ce livre.
Contempler, toucher, palper un livre d’heures c’est comme pénétrer l’âme de ses anciens possesseurs, c’est en quelque sorte revivre sa minutieuse élaboration, suivre les mains expertes des enlumineurs et des ornemanistes, les manies d’un copiste singulier. Comprendre le manuscrit reste l’objectif principal du chercheur. Né du désir d’un commanditaire, modeste ou prestigieux, le livre d’heures, livre de piété privée par excellence, s’illumine comme le miroir du pécheur en prière. Aussi, s’est-il souvent représenté en imploration devant son saint patron, unique intermédiaire avec Dieu. C’est du moins une grande caractéristique des manuscrits bretons. Un autre élément révélateur de ces livres d’heures, dont l’origine n’est pas toujours établie, reste la présence des saints locaux dans les calendriers ou (et) les litanies. Pour la Bretagne, les diocèses de Saint-Pol-de-Léon et de Vannes nous ont fourni des listes hagiologiques précieuses. Enfin, soulignons l’intérêt des livres de raison, ces livres d’heures portant naissances ou décès des membres d’une même famille, parfois sur plusieurs générations. Documentation inédite de première main, ces ouvrages de piété attestent indéniablement de la diversité de la production manuscrite bretonne et de sa décoration parfois étonnante, dans un contexte plus étendu, celui de la mobilité des hommes et des influences acquises. Du plus modeste au plus luxueux, le livre d’heures offre aux chercheurs une palette suffisamment étendue pour y déceler l’âme bretonne dans toute son infinie complexité.

When a personal project of some two decades finally sees the light, it is indeed a new page of your life that opens … like the birth of an infant so eagerly awaited. Even if all was not easy on this enormous ‘construction site’, there was great satisfaction to discover and admire so many riches. This work, the fruit of insatiable research, represents the completion of a faraway project, built around a passion for books of hours. But beyond the solitude of work, sometimes unappreciated, is the creation of a network of contacts, vital assistance for the completion of such a substantial undertaking. Persistence conquered my limited skills, which many times had set up barricades … I have thus benefited from helpful exchanges and scholarly notes of my friend on the other side of the Atlantic, Diane Booton, whose research on Breton bibliology has assisted me considerably. But this work would not have seen the day without the generous welcome of Alison Stones, who kindly wished to include it in the series ‘Manuscripta Illuminata’, which she manages with Adelaide Bennett under the supervision of Publishing Manager Johan Van der Beke of Brepols Publishers. In this great and historical company, I must also thank Eleni Souslou who supervised, with patience I presume, everything concerning this book.
To gaze, touch, feel a book of hours is to enter the soul of their former owners, to relive its meticulous creation in a way, to follow the skilled hands of illuminators and decorators, the obsessions of a remarkable scribe. To understand a manuscript remains the primary aim of the researcher. Born of a patron’s wishes, modest or prestigious, the book of hours, the ultimate book of private devotion, lights up like the mirror of a sinner in prayer. In addition, he is often represented imploring his patron saint, sole intermediary with God. It is at least a important characteristic of Breton manuscripts. Another revealing aspect of these books of hours, whose origins are not always identified, remains the presence of local saints in the calendars and/or the litanies. With regard to Brittany, the dioceses of Saint-Pol-de-Léon and Vannes provide us with invaluable hagiologic lists. Finally, let us underscore the interest in ‘livres de raison’, these books of hours bearing mentions of births or deaths of members of the same family, sometimes over several generations. Unpublished first-hand documentation, these works of piety attest undeniably to the variety of Breton manuscript production and its sometime astonishing decoration, and in a larger context, to the mobility of men and vested influences. From the most modest to the most luxurious, the book of hours offers researchers a sufficiently extensive palette to detect the Breton soul in all its infinite complexity.

J.-L. Deuffic
Le livre d’heures enluminé en Bretagne
Car sans heures ne puys Dieu prier
Manuscripta Illuminata (MI 5)
742 p., 22 b/w ill. + 125 colour ill., 216 x 280 mm, 2019
ISBN: 978-2-503-58475-1
Hardback // Relié

BREPOLS Publishers

23 Juin 2020
Jean-Luc Deuffic

Gric a Molac ! Silence a Molac !

Fils de Sébastien, baron de Molac et de Françoise de Montmorency, Sébastien II de Rosmadec (†1653) épousa le 1er mai 1616 Renée de Kergournardec’h (1601-1643) et de Kerhoent, alors âgée de 15 ans, dont il aura dix enfants. Député aux États de Bretagne en 1626, il fut nommé gouverneur de la ville de Quimper en 1634 et de Dinan en 1643. Personnage érudit, c’est à lui que font référence les Mauristes dom Lobineau et dom Morice, comme ayant réuni un grand nombre de documents relatifs à l’histoire de la Bretagne. Au reste, il fournit au généalogiste d’Hozier le manuscrit de Pierre Le Baud que celui-ci fera imprimer en 1638 à Paris, chez Gervais Alliot : HISTOIRE / DE / BRETAGNE, / AVEC LES CHRONIQVES / DES MAISONS DE VITRE, / ET DE LAVAL / PAR PIERRE LE BAUD, CHANTRE ET CHANOINE / de l’Eglise Collegiale de Nostre-Dame de Laual, Tresorier de la / Magdelene de Vitré, Conseiller & Aumosnier d’Anne / de Bretagne Reine de France. / ENSEMBLE QVELQVES AVTRES TRAICTEZ / servans à la mesme Histoire. Et un Recueil Armorial contenant / par ordre Alphabétique les Armes & Blazons de plusieurs Anciennes / Maisons de Bretagne. Comme aussi le nombre des Duchez, / Principautez, Marquisats, & Comtez de cette Prouince. / LE TOVT NOVVELLEMENT MIS EN LVMIERE, / tiré de la Bibliotheque de Monseignevr le Marqvis de Molac, / & à luy dedié :
Le soin que vous avez, Monseigneur, de joindre à la gloire des armes les connoissances honnestes vous rend plus capable qu’aucun de ceux de vostre condition, de donner ceste assistance à ceux qui ont la mesme curiosité que moy ; et comme c’est un bien que vous n’estimez que pour en estre liberal, vous m’avez fait l’honneur de me communiquer abondamment les grandes recherches que vous avez faittes particulièrement pour l’Histoire de Bretagne.
Vulson de La Colombière lui dédie sa Science héroïque (1), et loue en lui « un des plus sages et des plus doctes seigneurs de France ». Il fut en relation avec plusieurs érudits de l’époque (André Du Chesne, Autret de Missirien, etc.), avec le dominicain breton Albert Le Grand.
Nicolas Dadier († 1628) « a mis son livre (Parthenice Mariane) sous la protection d’un des plus grands seigneurs, d’un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays : c’est au très noble et vertueux seigneur, marquis de Rosmadec, baron de Molac, de la Hunaudaye et Montafillant, seigneur de Penhouet, gouverneur des ville et château de Dinan, qu’il a dédié sa Parthenice Mariane. Ce Sébastien de Rosmadec est le même qui fut aussi gouverneur de Quimper et qui — au rapport de Lobineau — « avoit conçu de vastes desseins pour une nouvelle histoire de Bretagne » ; son portrait et la généalogie succincte de sa maison se trouvent dans la Science Héroïque de Vulson, publiée à Paris, en 1644, et d’Hozier, lui faisant hommage de son édition de l’Histoire de Bretagne, de Pierre le Baud, parlait de « l’estime extraordinaire qu’il faisoit de ses vertus et de ses talents. » Dadier avait donc bien choisi le protecteur à qui il dédiait son livre ; elles n’étaient pas vaines, sans doute, les louanges par lesquelles il remerciait le marquis de Rosmadec de témoigner une bienveillance éclairée aux couvents de son ordre ; et sa reconnaissance s’appuyait ingénieusement sur des souvenirs historiques, quand il ajoutait : « Un chacun a aussi cognoissance du regret qui pénétra vostre âme, après avoir veu les lamentables ruines de vostre maison et monastère des Carmes, jadis l’honneur de la ville de Ploërmel, temple fondé, basti et dédié, il y a plus de trois cents ans, par les anciens ducs et princes souverains de ce pays. » (2).
La bibliothèque du marquis de Molac était « très belle et abondante en livres rares et singuliers » . L’ex-libris de Rosmadec (I. Picart fecit) avec la devise Gric a Molac est connu par plusieurs exemplaires, dont un conservé à la Bibliothèque de Wolfenbüttel (Graph. A1 : 2068)


Ex-libris de Rosmadec- © Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel

L’explication des blasons de cet ex-libris a été donnée par d’Hozier : « Blason du grand escu, ou penon d’alliances paternelles & maternelles de M. le marquis de Molac, dans l’Histoire de Bretagne, avec les Chroniques des maisons de Vitré et de Laval … de Pierre Le Baud », Paris, 1638 :
Contre écartelé :
1er : Rosmadec (de) : palé d’argent et d’azur de six pièces
2e : Chapelle (de La) : de gueules à la fasce d’hermines
3e : Rohan (de) : de gueules à neuf macles d’or, trois, trois et trois
4e : Beaumanoir du Besso (de) : d’azur à onze billettes d’argent, quatre, trois et quatre
et
1er : Montmorency-Fosseux (de) : d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur, quatre, quatre, quatre et quatre (sa mère)
2e : Aumont (d’) : d’argent au chevron de gueules, accompagné de sept merlettes de même, quatre en chef et trois en pointe
3e : Saint-Amadour (de) : de gueules à trois têtes de loup arrachées d’argent
4e : Ferrières (de) : d’hermines à la bordure de gueules, chargée de fers de cheval d’or
sur le tout :
Bourbon – La Marche : de France à la bande de gueules chargée de trois lionceaux d’argent
Parmi les quelques manuscrits ayant appartenu au marquis de Molac, citons le Paris, BnF, Lat. 9888, une copie de la Chronique de Saint-Brieuc , in-folio de papier de la fin du XVe s., relié en veau, à ses armes. Une note du XVIIe s. (sans doute de la main de Du Paz) précise :
ce livre commence au feuillet IIII en chiffres. Au XVIIe siècle il y en a 2 perduz, et finist à la page chiffrée CLVII. – Envoyé à Monsieur André du Chesne par Messire Sébastien, marquis de Rosmadec, comte de la Chapelle, baron de Molac, Rostrenen et Penhoët, 1633.
Effectivement, dans l’état des papiers de Dom Lobineau, dressé en 1727, ce manuscrit est ainsi désigné :
Un autre volume in quarto, relié en veau de couleur noire passée, étiqueté au dos Chronicum Britanniae et marqué sur les deux côtés de la couverture aux armes de Molac-Rosmadec. Ce manuscrit, très ancien, contient 167 feuillets écrits à deux colonnes .
Le regretté Hubert Guillotel signalait également la présence dans les collections de Rosmadec d’un exemplaire du cartulaire de l’abbaye de la Vieuxville communiqué à André Duchesne . Le marquis de Molac chérissait entre toutes les sciences celle qui apprend la connaissance des armes, qui déchiffre leurs blazons et traite de leur origine. L’Oratorien Jacques Lelong, dans sa Bibliothèque historique fait état de ses Mémoires servans à l’Histoire de Bretagne, manuscrit autographe, paraphé de la main du fameux d’Argentré. « Il étoit entre les mains de M. Gérard Mellier, Conseiller du roi …, maire et colonnel de la Milice bourgeoise de Nantes » .
Une généalogie historique du monde, depuis Adam jusqu’au roi Charles V (1364-1380), figure dans les collections Lawrence J. Schoenberg de l’Université de Pennsylvania (USA), acquise chez Sotheby’s, à la vente du 23 juin 1998, lot 53. Le manuscrit Ljs266 [numérisé], daté de 1404/1406, commence : Cy ensuit la generation de adam qui comprent jusques au deluge, et finit : En lan mil CCC hexadecimus le jour de pasques fu sacre pape urban en la ville de rome et en chanta on en leglise de paris Te deum laudamus. Une note en page de garde indique une provenance : A lonsiesme feuillet ste Anne et autres choses notables / Ce livre est a / present de la / Bibliotheque du / Marquis de Molac :


Note de provenance. © University of Pennsylvania

Puis au f. 1rv : Achepte a Rouen le 26 avril 1632 par le marquis de Molac de Bretagne. Une marque plus ancienne (XVe s.), lue seulement à l’ultra-violet, donne le nom d’un premier possesseur : Cest livre est a Johan Austin. Sans doute doit on y voir un membre de la famille Austin (Aoustin) de laquelle est issu Guillaume, conseiller clerc de Rouen à la fin du XVe siècle, lignage qui portait d’azur à la fasce eschiquetée d’argent et de gueulles de 3 traicts ; accompagnée d’un léopard d’or en chef et 3 coquilles d’or en poincte posées en orle. Ce Guillaume fut conseiller  en la grande séneschaussée de Normendie, et par le registre de l’Eschiquier (1497, p. 63), on voit qu’il y eut lettres du Roy adressées au dict Eschiquier pour informer de la vie, mœurs et suffisance tant du dict Austin que de plusieurs autres qui avoient esté conseillers en la dicte séneschaussée, les quels furent tous ensuite pourveus d’offices de conseillers en Leschiquier comme il sera remarqué cy après. Le dict Aoustin fut pourveu de la dite charge par les lettres d’érection du dict Eschiquier, du mois d’avril 1499 et en fit le serment le 1 d’octobre 1409. M. Le Febvre dict que sa seule vertu l’a eslevé à cette charge. Il estoit curé de Moyaux (arrest de Leschiquier du 28 janvier 1502). Les armes cy employées sont en la maison de M. de Tilly, parroisse de Saint-Amand, laquelle a appartenu à ceux de cette famille (3) .
Les armes de Guillaume Austin ont été reconnues sur un livre d’heures à l’usage de Rouen de la bibliothèque de Cheltenham, n° 3977 . De même, sur le ms Paris, BnF, Fr. 2195, un exemplaire contenant des fragments du Roman de la Rose, du Roman de Fauvel et le Testament de J. de Coen, on peut lire au f. 147v : Cest livre est à Massiot Austin de Rouen qui l’acheta le mois de juing l’an mil IIIIc LXX de ung libratier de Rouen nommé Gautier Néron. Qui le trouvera si le raporte et on luy donnera ung bon pot de vin. Le nom du copiste, Johan Mulot est donné par une énigme à partir des initiales des mots de trois vers .

Autres manuscrits du baron de Molac
Nantes, BM, 1199 : « Parlement général de Bretaigne, assigné par Pierre, par la grâce de Dieu duc de Bretaigne, comte de Monfort et de Richemont, à tenir à Vannes, à ce lundy vingt-quatriesme jour de may l’an mil quatre cens cinquante ung ». XVe s. 286 × 185 mm, papier, 160 f. Reliure basane aux armes de Molac.
Paris, BnF, Fr. 16620 (ancien Saint-Germain 1137). Inventaire des titres de la Chambre des Comptes de Nantes, dressé par les commissaires députés à cet effet, en 1574. XVIe s. Papier. 1034 pages. 360 × 250 mm. Reliure veau rac., aux armes de Sébastien de Rosmadec.
Vulson de la Colombière précise, d’autre part, qu’il a vu dans la bibliothèque du marquis de Molac « un manuscrit dans lequel l’entrée & couronnement du Duc de Bretagne, François troisième du nom, Dauphin de France, dans la ville de Rennes, capitale du Duché, est amplement écrite » .
Quelques livres imprimés de la bibliothèque de Molac
■ Les œuvres de maistre Alain Chartier, Paris, Samuel Thiboust, 1617. Ouvrage relié dans un plein veau brun aux armes or du marquis de Molac avec la devise : « Gric a Molac » dans un encadrement à double filets, actuellement présenté par la Librairie Guimard (Nantes). Il porte à l’encre brune sur la page de garde : « Ce livre est de la bibliothèque du Marquis de Molac 1630 ».
■ Livre d’architecture contenant plusieurs portiques de differentes inventions, sur les cinq ordres de colomnes / par Alexandre Francine Florentin, ingenieur ordinaire du Roy. – À Paris : Planches signées : A. Francini inventor ; Tavernier ex. : chez Melchior Tavernier, graveur et imprimeur du Roy pour les tailles douces…, 1631. Mention manuscrite sur la page de titre : « Gric a Molac » ; de dédicace : « Le Marquis de Molac ». Exemplaire : Paris, BENSBA Réserve, LES. 1250.
La Hiérusalem délivrée, poëme héroïque de Torquato Tasso trad. en vers françois, par M. (Michel) Le Clerc, Paris : Cl. Barbin, 1667 (Nantes, BM, 27626)
Ouvrages à la Bibliothèque municipale de Vannes (4) :
■ Lodovico Melzo, Regole militari sopra il governo e servitio particolare della cavalleria, … In Anversa, appresso G. Trognoesio, 1611. In-fol. Ex-libris de Keroset, reliure aux armes de Rosmadec-Molac (Études R.100).
■ Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, par Pierre Le Baud,… ensemble quelques autres traictez servans à la mesme histoire, et un recueil armorial… Le tout nouvellement mis en lumière… par le sieur d’Hozier Pierre Le Baud. Paris, G. Alliot, 1638. Reliure veau aux armes de Sébastien II de Rosmadec et la devise Gric à Molac. La page de garde porte : Ce livre est de la bibliothèque du Marquis de Molac 1640. La page de titre porte également la devise « Gric à Molac » (Études, R 74).

Notes

(1) La Science héroïque traitant de la noblesse, de l’origine des armes, de leurs blasons et symboles… avec la généalogie de Rosmadec en Bretagne, le tout embelly d’un grand nombre de figures en taille douce…, par Marc de Vulson, sieur de la Colombière, Paris, chez S. Cramoisy et G. Cramoisy, 1644.
(2) Olivier Gourcuff, Anthologie des poètes bretons, Nantes, 1884, p. 2.
(3) Recueil des présidents, conseillers et autres officiers de l’Échiquier, Paris, Picard, 1905, p. 55
(4) Plusieurs ouvrages de la Bibliothèque de Vannes proviennent de Sébastien de Rosmadec (†19 juillet 1646), évêque de Vannes.

Extrait de Jean-Luc Deuffic, “Gric a Molac ! Silence a Molac !”, dans Miscellanées bretonnes. La page dans tous ses états. Pecia. Le livre et l’écrit, 16 (Brepols, 2013), p. 193-199.

17 Juin 2020
Jean-Luc Deuffic

Le manuscrit des Coutumes de Bretagne de Julien Chauchart

La Bibliothèque municipale de Saint-Brieuc possède sous la cote 12 un exemplaire des anciennes Coutumes de Bretagne [1], précédées d’un calendrier [2], en latin, célébrant plusieurs saints bretons, parmi lesquels Yves, Méen, Guillaume (évêque de Saint-Brieuc), Armel, Gobrien, Malo, etc. C’est un manuscrit du XVIe siècle de 230 f. aux dimensions de 200 x 145 mm, écrit sur parchemin et papier, relié en plein veau. Au f. 31, se lit cette note A celx qui veulent vivre honestement et faire justice, ils deibvent savoir les coustumes, ordrenances et stilles de Bretaigne

Un ancien possesseur a laissé sa marque au f. 7 :

Ces presantes coustumes sont et apartiennent a Jullien Chauchart sieur de la Vicomté ce dixiesme juign 1594. – Jullien Chauchart

Cette famille Chauchart [3], possessionée à Dinard où elle disposait du manoir de la Vicomté, est mentionné dès 1513 sous le nom de la vicomté de la Motte. La maison manale appartenait encore aux Chauchart en 1541 et en 1678, et fut plus tard aux mains des seigneurs de Pontual et de la Perronnay. Une chapelle dédiée à Notre-Dame-du-Bois, une motte féodale, un colombier, des garennes et des pêcheries sur la Rance, composaient le domaine [4].

En la paroisse de Pleurtuit, les Chauchart possédaient également « le logis du Bois-Thomelin, avec sa chapelle, ses jardins, ses vergers, pourpris, moulin à eau et bois de haute futaie ». Fr. Bérard et Perronnelle Chauchart y sont attestés en 1539 ; notre Julien Chauchart, écuyer, sieur du Mottay, en 1604 [5]. Cette même année il déclare en outre la seigneurie du Chardonnay, sise en la paroisse du Rheu, qu’il vendra en 1624 à P. Ginguené, écuyer [6].

Julien Chauchart, seigneur de la Vicomté [7] et du Mottay, fils de Pierre Chauchart et de Marguerite Le Corvaisier, fut marié en 1608 à Gillette Giraud, fille d’Antoine Giraud, écuyer, seigneur de Clermont et de Gabrielle du Boisguérin, dont il n’eut pas d’enfant. Il descendait de Charles Chauchart, seigneur du Bois, et de Jeanne Heurtaut, vivants à la fin du XVe siècle. [8]

[1] Marcel Planiol, La Très ancienne coutume de Bretagne : avec les assises, constitutions de parlement et ordonnances ducales, suivies d’un recueil de textes divers antérieurs à 1491, Rennes, J. Plihon et L. Hervé & Paris, Champion, 1896.  Réimpr. Genève, Slatkine, 1984.

[2] Les premiers folios sont déchirés. L’usage de faire précéder le texte des coutumes d’un calendrier n’est pas propre à la Bretagne. Voir par exemple pour la Normandie, les manuscrits Paris, BnF, Fr. 5336, 5960, 5964, 5965, 14550 (Heures de Notre-Dame), etc. Même après l’apparition de l’imprimerie, se perpétue cette pratique, du moins en Bretagne, comme dans une publication de Thomas Mestrard (1543 x 1548), où le calendrier breton est suivi d’ordonnances et d’arrêts : [Fol. a I :] « Ensuyt le kalendriez pour || trouver les jours ferielz tant a clero que les courtz et jurisdi || ctions, tant ecclesiastiques que secu || liers, des eveschez de Dol, Ren || nes, Nantes, Sainct-Malo et || Vennes cessent de exercez et te || nir, que a clero et populo que les oeu || vres terriennes cessent et doibvent || cesser estre faictes, quelles festes || sont à tel signe D. R. N. M. || V., ainsi que on pourra veoirs || par les moys cy après justifiez, || avecques l’almanach pour trou || ver le nombre d’or, festes mobil || les et aultres choses, avecques || In principio.|| Imprimé à Rennes, pour || Thomas Mestrard ». L’almanach couvre les années 1536-1546. Exemplaire : Bibliothèque nationale de France, Réserve, F. 2274. L. Delisle, Catalogue des livres imprimés ou publiés à Caen avant le milieu du XVIe siècle, I, Caen, 1903, p. 80-81, n° 88.

[3] D’azur, à trois têtes de cygne d ‘argent, becquées et arrachées de gueules.

[4] Nantes, ADLA, B 2165, paroisses de Saint-Enogat et Saint-Erblon : « le manoir de la Vicomté, avec droit de pêche et « gouasmonnerye » dans la Rance, par P. Chauchart (1541), Julien Ch., sieur du Mottay, lequel déclare en outre la seigneurie du Chardonnay, paroisse du Rheu (1604), Noël Ch., écuyer (1628), Jean Ch., écuyer, seigneur du Bois-Thoumelin (1673), etc. »

[5] Nantes, ADLA, B 1270. Le Maître, Inventaire sommaire, p. 302 : « Aveux et dénombrements de terres, de rentes, de fiefs, de maisons, de métairies, de dîmes, de droits réels et honorifiques tenus à charge de foi et hommage, sous le ressort de la barre royale de Dinan, avec les dénominations suivantes : … le logis du Bois-Thomelin avec sa chapelle, ses jardins, vergers, pourpris, moulin à eau et bois de haute futaie, possédé par Fr. Bérard et Perronnelle Chauchart (1539) ; Julien Chauchart, écuyer, sieur du Mottay (1604), Noël Chauchart (1628) et Guillemette Gardin, tutrice de leurs enfants, laquelle a fait aveu aussi pour le bailliage du Mottay (1653) ; Jean Chauchart, écuyer, sieur de la Vicomté et de la Villeneuve (1673) ». Voir également Nantes, ADLA B 1016 : hommage présenté au roi « sous la juridiction de Dinan, par Julien Chauchart, sieur de La Vicomté, pour la terre du Bois, paroisse de Pleurtuit, etc ».

[6] Nantes, ADLA B 2161.

[7] Voir Nantes, ADLA, B 2374, f. 23 : « Julien Chauchart, seigneur de la Vicomté ».

[8] Bulletins et mémoires de la Société d’Émulation des Côtes-du-Nord, 1908, p. 30.

Manuscrit numérisé en partie sur BVMM/IRHT

Texte extrait de : Jean-Luc Deuffic, Notes de bibliologie (Pecia. Le livre et l’écrit, volume 7), p. 45-46 (Brepols on line)

7 Juin 2020
Jean-Luc Deuffic

À propos du couvent breton de Cuburien et de ses livres

« Je vous engage à conserver avec soin dix-sept grands livres liturgiques des Recolets de Cuburien ; ces manuscrits sur parchemin sont assez beaux pour qu’on les ménage … »
C’est ainsi que s’exprimait le citoyen Cambry (1749-1807) dans son Catalogue des objets échappés au vandalisme dans le Finistère : dressé en l’an III (Nouv. éd. Rennes, 1889, p. 173). Malheureusement son souhait ne semble pas avoir été entendu, puisqu’il ne reste pratiquement plus rien de la richesse de l’ancienne bibliothèque conventuelle de Cuburien.

Adossé à la rivière de Morlaix, le couvent de Cuburien fut fondé en 1458 par Alain IX de Rohan (1382-1462), sur le lieu d’un ancien château des seigneurs de Léon. Il fut alors peuplé par des Cordeliers venus de la communauté de l’Île Vierge (auj. en Plouguerneau). La chapelle, dédiée à saint Jean-Baptiste, commencée le 11 mars 1527, fut achevée en 1530 et consacrée le 25 juin 1531 par Jean du Largez, l’influent abbé/évêque de Notre-Dame de Daoulas (OSA).

Plusieurs ouvrages de Cuburien ont rejoint, après la Révolution, la Chambre littéraire de Morlaix (« Chambre de littérature et de politique »), laquelle avait été fondée quelques années plus tôt, en 1778, à l’initiative de Macé de Richebourg, maire de la ville, le marquis de Coëtlosquet et l’abbé de Pennanprat. Quelques uns de ces livres ont, par la suite, pu rejoindre la Bibliothèque municipale de Morlaix (aujourd’hui Bibliothèque patrimoniale Les Amours Jaunes).
Parmi ceux-ci, plusieurs portent des marques de provenance intéressantes. Ainsi cet exemplaire de
L’art de discourir des passions, des biens et de la charité. Ou une méthode courte, et facile, pour entendre les tables de la philosophie, qui ont été faites par Loüis de Lesclache, à Paris chez l’autheur, 1660 (Morlaix, A.J., 30385), avec les ex-libris « Pour le Couvent des Recolets de Cuburien lez Morlaix ». – « Pour les religieux Recollets de Cuburien donné par Mademoiselle du Laouès de la ville de Pontrieu obtenu par le Père Paulin Le Gat du temps qu’il préchoit la ditte station en l’an 1679 ». – « Aux Récollets de Cuburien, malheur au voleur » – « Ce livre est de la bibliothèque des Recollets de Cuburien lès Morlaix. Malheur à celuy qui le dérobera. Anathema furansi ».

Un autre volume des commentaires d’Aristote, Paris, Henri Estienne, 1518 (Morlaix, A.J. B27), porte la mention « Ce presant librem a doné au couvent de cuburien Suis Richard Rogerie bourgeois de Morlaix et Jehanne Guycaznou sa compagne l’an 1554 ».
Précieuse indication car ce Richard Rogerie, un normand bien connu à Morlaix, qui épousa une demoiselle de la noblesse locale, fut ancien apprenti de Robert Macé, imprimeur de l’Université de Caen, qui l’engagea pour 3 ans en 1502/1503. Originaire de Hudimesnil, libraire et marchand, il touchait un peu à tout.
Comme libraire il participa à la publication de plusieurs ouvrages dont un Traité grammatical de Jean de Garlande, achevé d’imprimer à Rouen le 21 juillet 1505, et un Manuel à l’usage de l’église de Saint-Brieuc. En 1519, on le trouve à Bordeaux pour le commerce d’une cargaison de vin vers la Flandre. En 1544, à Paris, il s’associe pour l’établissement d’une forge d’artillerie en Bretagne avec Marquis Hue, fondeur d’artillerie pour le roi à Breteuil en Normandie (Paris, AN MC/ET/CXXII/41 – MC/ET/CXXII/1109 – MC/ET/CXXII/42)

Des ouvrages provenant des Récollets de Cuburien doivent certainement se trouver en mains privées. Récemment, une librairie parisienne mettait en vente un Juvenalis familiare commentum cum Antonii Mancinelli eruditissimi explanatione, imprimé à Lyon en 1501 par Jean de Vingle pour Etienne Gaynard avec un supra-libris doré poussé sur les plats de ce couvent. Ce post-incunable contient, entre autres, des annotations du XVIe siècle, d’une main humanistique, et celle d’un ancien possesseur, probablement celle d’un frère du couvent de Cuburien, Hervé Chapalen : (f. 197 v°) : « Herveus Chapalen est verus possessor hujus ».

Si la riche bibliothèque de Cuburien a bien été dispersée, l’Histoire retiendra qu’en ce lieu fut implantée vers 1570 une imprimerie éphémère dont quelques spécimen ont encore survécu au temps. C’est le cas du Mirouer de la mort, en breton, auquel doctement et dévotement est trecté des quatre fins de l’home, c’est à sçavoyr de la mort, du dernier jugement, du très sacré Paradis et de l’horible prison de l’Enfer et ses infinis tourments… Imprimet é S. Francez Cuburien, 1575 (Paris, BnF, RES P-YN-1 : ark:/12148/bpt6k87099147) ; ou de la vie de sainte Catherine, en 1576 : Aman ez dezraou buhez an itron sanctes Cathell guerhes ha merzeres En brezonec neuez imprimet, e Cuburien, euit Bernard de Leau, peheny a chom e Montrolles. M.D.LXXVI (Paris, BnF, Res-J-3007: ark:/12148/bpt6k8706132g)

Peut-être cette imprimerie fut-elle voulue par l’éminent théologien Christophe de Cheffontaines ou de Penfentenyo (1532-1594) qui y prit l’habit. En 1562, il en est le gardien et provincial de Bretagne. Son premier ouvrage, Defense de la foy de noz ancestres contre les heretiques de nostre temps (1564), est dédié à Jean Jouvenel des Ursins, alors évêque  de Tréguier. En 1568, il adresse sa Response familiere a vne epistre escrite contre le liberal Arbitre au breton Alain du Louët, seigneur de Kerrom, et sa Chrestienne confutation du poinct d’honneur… à Pierre de Boiséon, seigneur de Coëtinisan , son « mécène ». Le 3 juin 1571, le cardinal Cribelli, spécialement délégué par Pie V présida le chapitre de l’Ordre, réuni au couvent romain de l’Aracoeli où Christophe de Cheffontaines enseignait alors la théologie. Notre docte breton y fut élu Général, presque à l’unanimité (omnibus fere suffragiis), à peine âgé de 39 ans, faisant alors fonction de « custode » de Bretagne.

Mais le rôle de Christophe de Cheffontaines dans la vie éphémère de l’imprimerie de Cuburien n’a pas encore été formellement établi. L’atelier typographique travailla certainement pour une clientèle locale, et n’eut pas les moyens de diffuser l’oeuvre importante du franciscain breton. Au reste, à l’époque, Christophe de Cheffontaines se trouvait en Espagne ou en Italie. Christophe de Cheffontaines mourut le 26 mai 1594, retiré au couvent italien de San-Pietro-in-Montorio. Tanguy de Penfentenyo († 4 avril 1646), sénéchal de Brest, un de ses neveux, ramena les cendres du docte théologien dans la chapelle familliale du manoir de Kermorvan en Trébabu.

Bibliographie
Jean Marzin, Les origines de la chambre littéraire de Morlaix, Morlaix : Imprimerie Nouvelle, 1938.
Sur l’imprimerie de Cuburien voir Gwennole Le Menn, « L’imprimerie des Franciscains de Cuburien (Morlaix, vers 1575-1585) », dans Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, LXII, 1985, p. 129-135.
Pour Christophe de Cheffontaines, se reporter à notre étude: Jean-Luc Deuffic (avec la collaboration de Gwenole Le Menn), « Christophe de Cheffontaines (1532-1594). A propos de quelques phrases en breton dans une correspondance de la fin du XVIe siècle », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 136, 2007, p. 207-223.

17 Avr 2020
Jean-Luc Deuffic

La bible de Dom Noël Ollivier, chapelain de Broualan

Le catalogue en ligne de la bibliothèque de Rennes Les Champs Libres (Mme Sarah Toulouse, conservatrice) est un de ceux qu’on aime consulter parce que l’on sait, avec quasi certitude, que l’on y découvrira sous peu quelques pépites … bibliologiques.

En effet, la description des livres anciens y est très détaillée, avec notamment une retranscription des marques de provenance et des liens particuliers vers des numérisations en ligne. C’est un jardin pour les amateurs d’ouvrages rares ou patrimoniaux.

Pour la présente note une bible ancienne a retenu notre attention, imprimée à Lyon en 1497 par Fradin et Pivart (1), elle porte deux inscriptions du début du XVIIe siècle :

« Ce present livre est a dom Noel Ollivier, de Brouallen en La Boushac. Ceulx ou celle qui ce dit livre [trouvera], je vous prye de le me randre, et je vous poyré or, vin, honestement s’il plaist a Dieu. Fait et escript le IIIIe jour de may, en de Notre Seigneur 1605 »

et au-dessous :

« Je suys a discret prestre dom Noel Ollivier, du bourg de Brouallen, en la parouasse de La Boushac, en l’église de La Bouchac » (f. Bb8v).

Le personnage n’est pas un inconnu. Il a aussi fait marquer son nom dans la pierre. Le calvaire monumental situé près de l’ancienne chapelle de Broualan, à La Boussac (Ille-et-Vilaine), porte en effet cette inscription :

M(ESSI)RE : NO(EL) : OLIVIER (ETANT) CHAP(ELAIN) (.) J(EHAN) PELIHON : A DON(N)E CETTE +

Calvaire de Broualan. Crédit : A. COCHERIE

Dom Noël Ollivier fut chapelain à Broualan et l’édifice, daté de 1483, conserve encore sa pierre tombale.

(source de la photo)

(1) Rennes Les Champs Libres 16215 Rés

Rennes Les Champs Libres : Millennium Catalogue

Notice BIBLISSIMA  

Exemplaire numérisé

Illustration : Biblia. Exemplaire de Vienne, ONB

13 Avr 2020
Jean-Luc Deuffic

Guillaume “Supremus”, Jean Fougère et les Dominicains de Rennes

Aujourd’hui, la « toile » offre aux chercheurs de vastes champs d’investigation. La bibliologie n’échappe pas au phénomène. De nombreuses bases de données sont en ligne permettant sans cesse de nouvelles trouvailles.

CERL (Consortium of European Research Libraries) propose ansi MEI (Material Evidence in Incunabula), une base autour de l’incunable. Le questionnement sur « Rennes » m’a permis de relever un précieux ouvrage conservé à la Koninklijke Bibliotheek – Nationale Bibliotheek van Nederland (NL) sous la cote KW 171 D 20. Il s’agit d’un exemplaire de l’Opus nonaginta dierum, de Guillaume d’Ockham, imprimée à Lyon par Jean Trechsel, le 16 juillet 1495 (GW 11910). L’intérêt de ce livre est surtout dans la marque de possession des Dominicains de Rennes, du couvent de Bonnes-Nouvelles, datée de 1513, que voici :
« Concessus est praesens liber fratri guillelmo sup(re?)my [magistris] conventus redonensis ordinis fratrum predicatorum // a fratre Ihoanne Fougere priore meritissimo eiusdem conventus ac vicario totius nationis britannie / anno millesimo quingentesimo xiij.mo mense septembre frater guillelmus suprem[y] » [signé] « frater guillelmus supremy. »

Au passage, mentionnons une autre épave de l’ancienne bibliothèque des Dominicains de Rennes, conservée aux Champs Libres, Rennes 15574 Rés., Ovide, Fasti, Paris, 1512, portant aussi le nom de « Guillaume supremus », relevée par Sarah Toulouse, conservatrice du dépôt rennais, dans une étude consacrée « À la recherche de la bibliothèque d’Yves Mahyeuc. Les dominicains de Rennes et leurs livres au XVIe siècle » (1). Ajoutons Clipeus Thomistarum in quoscumque adversos (Rennes, 15196 Rés) avec cette inscription « Iste Clipeus est fratri Guillelmo Suspremi […] Redonensis filio […] priore conventus pro suo usu concess… » (f. cc6v) ; M. T. Ciceronis de Oratore Iibri tres (Rennes, 15481 Rés) : « Frater Julianus Guyhart hunc librum habuit ex libris Reverendi quondam patris penitentiarii reverendi in Christo patris domini domini Redon[…], cujus animam Deus absolvat, a me Jhesus (?) et hoc in penitentiarum utitur p[…] concessione colendissimi magistri nostri magistri Guilhermi Suppremy piciorum meritissimi anno Domini millesimo quingentesimo trigesimo secundo ».

Mais qui est donc ce Guillaume « Supremy » dont le nom nous semble quelque peu énigmatique ?… Un renseignement important nous vient du bon Albert Le Grand (1599-1641), Dominicain breton, divulgué dans ses Vies des saints de la Bretagne Armorique, en l’occurrence dans celle d’Yves Mahyeuc (1462-1541) : « Le P. Guillaume Supremus, docteur, premier gradué en théologie depuis la réforme du couvent de Bonne Nouvelle et inquisiteur de la foi, le seconda (= Yves Mahyeuc) puissamment dans cette œuvre de zèle et fit une si exacte recherche des hommes ennemis qui avaient répandu cette mauvaise semence à la faveur des ténèbres qu’ils furent contraints d’abandonner le pays … » (2).
Du reste, ce « Guillaume Suprême » est également attesté à l’autre extrémité de la France. Ainsi, est-il connu pour avoir été en 1519 prieur des Frères prêcheurs de Lyon, au couvent de Notre-Dame-de-Confort, succèdant à frère Valentin Liévin (3).
Professeur de théologie, sa science fut mise à contribution lorsque « Thomas Meeterius de Neubourg nous apprend que Jean Macé, libraire de Rennes, lui a fait transmettre par Laurent Hostingue, imprimeur à Caen, ce livre précieux De curâ clericali pour corriger les fautes qui s’y étoient glissées ; qu’après l’avoir lu, il a noté plusieurs barbarismes et restitué au texte sa pureté primitive. Il adresse ce volume au dominicain Guillaume Supremi, professeur de théologie, avec prière de le lire et d’exhorter ses élèves à l’étudier ; ce qui, dit-il, leur sera fort utile » (4). Malheureusement cette édition du Cura clericalis n’est pas datée, mais a du être imprimée vers 1519. Sur le dernier feuillet, l’épître dédicatoire, datée elle d’un 23 mars, de Caen, est adressée par ce « Thomas Meeterius, Novoburgensis, ad reverendissimum magistrum nostrum Guillielmum Supremi, sacre pagine sanctissimum professerem Dimensem, ordinis Predicatorum ». Dimensem doit être pour Dinan, vieille cité de l’ancien diocèse de Saint-Malo, où fut fondé le premier couvent dominicain de Bretagne, vers 1232. C’est dans cette maison que prit l’habit de l’Ordre le Bienheureux Alain de la Roche, grand restaurateur de la dévotion du Rosaire.
Le nom ou surnom de « Supremi », « Suprême », etc… peut étonner car il ne correspond à aucun patronyme connu. Je crois, en fait, qu’il s’agit bien ici d’une traduction du breton « Le Meur », ce qui pourrait laisser supposer que notre professeur de théologie était originaire de Basse-Bretagne, d’où peut-être ses liens étroits avec le vénérable léonard Yves Mahyeuc, confesseur d’Anne de Bretagne, qu’il a assisté comme inquisiteur. Notre Guillaume Le Meur serait mort en 1536.

Yves Mahyeuc présenté par saint Yves. Basilique Notre-Dame de La Guerche-de-Bretagne, vitrail de l’Annonciation (1536)

L’inscription du livre de la Koninklijke Bibliotheek nous révèle le nom d’un autre personnage important, celui de frère Jean Fougère, prieur du couvent de Bonnes-Nouvelles et vicaire de toute la « nation bretonne ». Nous sommes alors en 1513. Le Dominicain breton, du couvent de Guérande (fondé par le duc Jean V), fut par la suite à Lyon, où il décéda : « Le Père Jean Fougère, religieux de notre convent de Lyon, docteur et professeur en théologie, qui avoit été Vicaire de la Congrégation gallicane et Prieur dudit convent a été enseveli dans notre ancien chapitre, dont on voyoit l’épitaphe qui y avoit été mise en 1583, … et la pierre sur laquelle ces épitaphes étoient gravées s’est cassée en 1723 … » (5). C’est en 1524 que Jean Fougère fut nommé vicaire général : « Le Chapitre fut célébré au Convent de Rouen, et là fut esleu Vicaire Frere Jean Fougère Docteur Bullé, du Convent de Guerrande (Frater Joannes Fougere fuit confirmatus in Vicarium Congregationis Gallicanæ) » (6).

(1) TOULOUSE, Sarah. À la recherche de la bibliothèque d’Yves Mahyeuc. Les dominicains de Rennes et leurs livres au XVIe siècle In : Yves Mahyeuc, 1462-1541 : Rennes en Renaissance [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2010 (généré le 12 avril 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pur/127290>. ISBN : 9782753567191. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.127290.
(2) Albert Le Grand, Vie des saints de la Bretagne Armorique, Brest, 1837, p. 538.
(3) Jean D. Levesque, Les Frères prêcheurs de Lyon: Notre-Dame-de-Confort, 1218-1789, 1978.
(4) Bulletin du bibliophile, 1854, p. 819.
(5) Michel Cormier, L’ancien couvent des Dominicains de Lyon …, 1900.
(6) Histoire des maîtres généraux de l’Ordre des Frères Prêcheurs. Tome cinquième: 1487-1589.

Référence : Sanctuaires

27 Mar 2020
Jean-Luc Deuffic

Pierre Biré, sieur de La Doucinière, « gloire de l’antique Armorique » (Birœe, Armorici lausque decusque soli)

Biré tu ne pouvais mieux orner tes escrits,
Que de ce nom Lorrain tant aymé de la France ;
Tu n’as que trop caché ta divine science,
Au regret desplaisant de tous les bons esprits
…………………………………………………………………
Toy contre tant d’erreurs plein de mémoire heureuse,
Tu nous faits veoir au vray ceste maison fameuse
De ce grand Pharamond prendre son tige et nom …
(Jean Callo, sieur de La Ramée)

Le Père Louis Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques (Paris, 1644, p. 641), évoquant la Bretagne, précise : « M. Biré Autheur de quelques livres a dressé une notable Bibliotheque, par la recherche qu’il a fait des bons livres ».

Pierre Biré, sieur de la Douciniere, reste essentiellement connu pour deux ouvrages devenus très rares aujourd’hui.

Epismasie
ov
RELATION
d’Aletin Le Martyr
Concernant l’Origine, Antiquité, Noblesse &
Saincteté de la Bretaigne Armorique & parti-
culièrement des villes de Nantes & Rennes :
Auec l’explication d’un Epigraphe ou Inscription en l’honneur
de Volianus grauée sur une pierre de marbre blanc trouuée
dans les vieux fossez de l’enceinte dudit Nantes l’an 1580
Où sont contenues plusieurs recherches rares & curieuses, concernans
les vieilles fondations des Gaulois & Bretons & quelques remar-
ques vtiles, des fautes & erreurs des Chimiques de ce temps.
A MESSIEVRS LES MAIRE ET ESCHEVINS,
Nobles Bourgeois & habitans de la ville de Nantes
Quidquid fub terra est ////// in apricum proferet œtas
Horat. Lib. i Epistol.
A NANTES
Par SEBASTIEN DE HVCQVEVILLE Imprimeur &
Libraire ruë de la Iuisuerie. 1637
Auec Approbation

Pierre Biré est aussi l’auteur des Alliances généalogiques de la maison de Lorraine illustrees des faits et gestes des Princes d’icelle (Nantes, Nicolas Desmaretz et François Faverye, imprimeurs), un ouvrage de propagande politique cherchant à démontrer la légitimité des prétentions bretonnes de Philippe-Emmanuel de Lorraine (1558-1602), duc de Mercœur. Le livre sera publié l’année de son mariage, à Nantes, avec Jacquine CHEVALLIER. Pierre BIRÉ, né vers 1562, est le fils de Michel BIRÉ, sieur de la Grenotière (Cugand), conseiller au Présidial de Nantes, et de Marguerite TAILLANDIER. Après la défaite de Mercœur en 1598, Pierre Biré de la Doucinière, « l’un des personnages les plus compromis de la Ligue nantaise », quitte la magistrature (comme avocat du Roi au Siège Présidial de Nantes) pour devenir « docteur et professeur royal des droitz en l’Université de Nantes ».

Le dominicain breton Albert Le Grand cite dans ses Vies de saints de la Bretagne Armorique (éd. 1901, p. *48) « Noble homme M. Pierre Biré, sieur de la Doussiniere, … dont les doctes et riches escrits sont extrémement desirez du public ».
Pierre Biré décéda le 4 mars 1638 et fut inhumé le 6 aux Carmes de Nantes, dans la paroisse de Saint-Vincent.

BIRÉ (de). Armes : d’azur à une branche de grenadier d’or posée en fasce, chargée de trois grenades de même grénelées et couronnées de gueules, deux en chef et une en pointe.

Biblio

Alain Cullière, La manière « apologétique » de Pierre Biré (1593)
https://books.openedition.org/pur/98588?lang=fr
René Kerliver, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, Rennes, J. Plihon et L. Hervé, 1886-1908, III, 305 sq
Violaine Mabille de Poncheville, Pierre Biré, ligueur nantais. Un officier de justice à la cour de Mercœur, Mémoire de maîtrise soutenu à l’université de Nantes en 1997.

19 Déc 2018
Jean-Luc Deuffic

Sur un manuscrit du “livre des faiz et gestes de Bertran du Guesclin”

La fondation Martin Bodmer, à Coligny, conserve sous la cote 20, un manuscrit de la Chronique de Bertrand du Guesclin (version B), un des rares de possession bretonne. Il s’agit d’un remaniement anonyme et en prose, de la fin du XIVe siècle, de la Chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier, texte de 23 000 alexandrins, exécuté pour Marie de Bretagne, épouse du duc d’Anjou et fille de Charles de Blois († 1404).
D’une écriture bâtarde, il était destiné à être illustré. Des espaces (100 x 50 mm) ont ainsi été réservés mais les illustrations n’ont pas toutes été exécutées. Huit d’entre elles sont visibles sur les quinze premiers folios.
Le texte débute au fol. 1r : \”Cy commence le livre des faiz et gestes de Bertran Du Guesclin depuis sa jeunesce jucques a son trespassement, comme est escript es livres des roys de France a Saint Denis en France. Et fut connestable de France et le plus proux chevalier en son vivant qui fust ou royaume ou ailleurs, car sa renommee a couru sur toute crestienté.\”

Provenance:
Sur la feuille de garde :  Le present livre est et appartient a Christofle [le prénom Trystan a été barré puis corrigé] de Chasteau Briant, sr de Beaufort.

Au fol. 1, d’une main différente : Le livre est et appartient a Franczoys de Chasteaubriant, sires de Beaufort, du Glesquin, du Plessix Bertran, d’Orange, Tanney, Sainct Liger, Campphleur et de La Villebagne. A luy donné par Amaury Gouyon, sire de la Moussaye et de La Rivyere, son bon nepveu. 1557.

Description et numérisation du manuscrit sur E-CODICES:

François de Châteaubriand, – ancêtre de l’écrivain (1768-1848), figure marquante du romantisme français – , fils de Jean de Châteaubriand, transigea en 1543 et 1547, avec ses sœurs, sur leurs droits dans la succession de leurs père et mère, dont il était principal héritier. Il épousa (ca 1540) Anne de Tréal, et eurent Christophe, qui recueillit de son père le dit manuscrit, marié successivement à Jeanne de Sévigné, dame du Guesclin, puis à Charlotte de Montgoméry, Georges, Briand, Catherine, née le 21 février 1551, nommée par Amaury Gouyon. Décédé le 13 octobre 1562, François fut inhumé à Saint-Coulomb .

Fils de Jacques Gouyon, seigneur de la Moussaye (†1536), et de Louise de Châteaubriant, dame de Varades, « Hault et puissant Amaury Gouyon, sire de la Moussaye » , épousa le 19 mars 1557 (date de la note insérée au manuscrit, qui fut peut-être un cadeau du nouveau marié à François de Châteaubriand ?) « haulte et puissante Claude de Acigné , vicomtesse de Dinan, dame de la Belliere », fille du vicomte de Coetmen, et veuve de Claude, sire du Chastel, baron de Marcé, vicomte de Pommerit. Amaury , fils de Jacques Gouyon (1516-1538), sire de La Moussaye, de Plouër, du Launay Gouyon, etc., et de Louise de Châteaubriand, dame de Varades, s’était uni auparavant – il n’avait alors que 11 ans – avec (1543) Catherine du Guémadeuc, morte en 1553, inhumée dans l’enfeu seigneurial de l’église paroissiale de Plouër-sur-Rance, puis en 1555 avec la veuve d’un sieur Le Cheval. Amaury Gouyon, chevalier de l’Ordre du roi, décédé le 21 octobre 1582, repose près de sa dernière épouse.

Au bas du premier folio, sous le texte du prologue  : Je suis a Jacques Nepveu 1611.

Fils de Mathurin Nepveu, avocat fiscal et bailli de la justice à Sablé, et de Julienne de Beaugé, du Mans, dame des Isles, près Sainte-Suzanne,  Jacques Nepveu, eut pour frère Rolland, baptisé en l’église Notre-Dame de Sablé, le 15 mars 1553. Pourvu, le 9 septembre 1603, de l’office de juge ordinaire et général du marquisat de Sablé nouvellement créé, il épousa, par contrat du 23 février 1579, Marie Foullon, dame du Defays, de la ville de Saumur, dont il eut une fille unique Renée. En 1610, cette Renée Nepveu, dame d’Auvers, fit alliance avec Gabriel du Guesclin, conseiller au parlement de Bretagne, de la maison de Bertrand du Guesclin, connétable de France, fils de feu Bertrand du Guesclin, chevalier de l’ordre du roi, et de Julienne du Chastellier, frère cadet de César du Guesclin de la Roberye. Sur le contrat de mariage, passé le 26 novembre, on remarque parmi les signataires : François du Guesclin, écuyer, sieur du Gast ; noble homme Jacques Nepveu, sieur des Isles.

Jacques Nepveu, écuyer, sieur des Isles, lieutenant général au comté de Laval par provisions du 2 août 1594, remplacé le 22 mai 1622, par Pierre Marest, épousa Claude Marest, et mourut à Laval, le 22 juin 1622, inhumé le 24 dans l’église de la Trinité.

Encore en-dessous un petit dessin, qui représente peut-être un blason ou des armoiries, a été exécuté à la plume (essai d’entrelacs).

Au verso du fol. 102 l’inscription Françoy Parlag n’est pas un nom, mais le début d’une phrase: // Francoy par la g[race] …
Parmi les manuscrits:

On consultera avec beaucoup d’intérêt :

La chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier, [éd. par] Jean-Claude Faucon ; préf. de Philippe Ménard, Toulouse : Éd. universitaires du Sud, 1990-1991, 3 vol. (486, 501, 495 p.) ; 25 cm.

Jean-Claude Faucon, « Note sur deux manuscrits de La Chanson de Du Guesclin par Guvelier », dans Revue d’Histoire des Textes, 8-1978 (1979), p. 319-323. https://www.persee.fr/doc/rht_0373-6075_1979_num_8_1978_1186
L
a thèse d’Yvonne Vermijn, Chacun son Guesclin : La réception des quatre versions de l’oeuvre de Cuvelier entre 1380 et 1480, Thèse de Master sous la direction des dr. Katell Lavéant et Jelle Koopmans, RMA Medieval Studies, Université d’Utrecht.

26 Août 2018
Jean-Luc Deuffic

Yorio OTAKA : “La fin de l’homme” d’Alain de “Chastau tournant” (8 novembre 1451)

L’année dernière, une note importante (quelque peu modifiée depuis …) fut consacrée sur ce blog à l’oeuvre méconnue d’un auteur que nous avions identifié avec un certain Alain de Château Trô, se disant lui-même \”franczois\” et \”bretonnant\”, issu d’une ancienne famille noble possédant la seigneurie du même nom, aujourd’hui sur la commune de Guilliers (Morbihan), alors en zone tampon entre pays gallo et bretonnant.
Nous avons le plaisir d’annoncer les premiers résultats du travail de notre ami Yorio OTAKA, professeur émérite des universités d’Osaka et de Otemae, au Japon, lequel vient de publier dans la revue Otemae Journal (2018): \”A propos du manuscrit OUL 2 dit M de l’Université Otemae: La fin de l’homme\”. Dans cette étude préliminaire, M. OTAKA nous donne une édition critique de la préface (f. 1-3v), du prologue, des chap. I1, III2, III10 (la ballade concluante le tiers livre).
La tradition manuscrite de cette oeuvre reste bien \”maigre\”, hélas … Le manuscrit d’Otemae (ms. OUL 2) provient de la prestigieuse bibliothèque du duc de La Vallière et figure sous le n° 235 au catalogue de la Bibliotheca Parisiana, importante vente aux enchères organisée le 26 mars 1791 à Londres (Edwards). Ce manuscrit était primitivement en Bretagne, entre les mains de Claude de Rieux (1497-1532), fils de Jean IV de Rieux, marié en 1518 avec Catherine de Laval, dame de La Roche-Bernard (1504-1526), puis avec Suzanne de Bourbon-Montpensier (morte en 1570). Ses armes, 1 et 4, de Rieux, 2 et 3, Rochefort, sur le tout Harcourt figurent en pleine page au f. 1.

« Ce present libvre est et appartient a hault et puissant seigneur monseigneur Claude de Rieux et de Rochefort, baron d’Ancenys comte de Harcourt, vicomte de Donges seigneur de Largouet et de Chasteauneuff ».

Claude de Rieux a apposé (ou fait apposer) la même note sur le ms. Paris, BnF, fr. 1659, un exemplaire de la « Libvre du bon Jehan duc de Bretaigne », de Guillaume de Saint-André, copié en 1441 à Vannes par Jean Olivero pour Yves Conan.
Le manuscrit de la Bibliothèque nationale de France (ms. Fr. 200), sur papier, illisible en plusieurs endroits, l’encre ayant altéré le support, a fait partie du \”fonds breton\” des collections du prestigieux château d’Anet, puis de celle d’Antoine Lancelot (1675-1740), et est accessible sur Gallica.


Paris, BnF, Fr. 200, f. 3.

 

Sur un des feuillets de garde, un essai de plume ? :\”A mon tres honnore sr monsr de Ker\” (logiquement au 15e siècle on aurait \”Kaer\”)