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16 Nov 2014
Jean-Luc Deuffic

Jean du Chastel, évêque de Carcassonne († 1475) : à propos d’un psautier et de sa « familia » bretonne


La cathédrale Saint-Michel de Carcassonne sur les remparts de la ville en 1462 [Gallica]

Roseline CLAERR
et moi-même, préparant un ouvrage sur les bibliothèques des DU CHASTEL et des COETIVY dans le contexte de la culture livresque bretonne à la fin du Moyen Âge, je me permets de publier cette trouvaille toute récente sur un membre de la familia de l’évêque de Carcassonne, Jean du Chastel.

Fils d’Olivier du Chastel (x 2 février 1408) et de Jeanne de Ploeuc, frère de Tanguy (IV) du Chastel, protonotaire apostolique, archevêque de Vienne (nommé en 1446), administrateur de l’évêché de Nîmes (21 novembre 1453), abbé de Saint-Léonard de Ferrières (ancien diocèse de Poitiers) (1454), évêque de Carcassonne (juillet 1456), Jean du Chastel décède le 15 septembre 1475 dans sa maison prévôtale de Toulouse, et est inhumé le 26 septembre suivant, en la cathédrale Saint-Michel de Carcassonne.

Dans un article récent (1) nous avions relevé les déboires de Tanguy du Chastel et de son frère Jean au sujet des reliques de saint Pelade, et donné une liste des manuscrits possédés par l’évêque de Carcassonne, dispersés entre Glasgow, Copenhague, Paris, Holkham Hall et Coimbra au Portugal, liste au demeurant incomplète mais qui montre une certaine \”atomisation\” européenne de la bibliothèque du prélat :

Copenhague, Bibliothèque royale
¤ Thott 359. Tancrède de Bologne, Roffredo de Bénévent, etc. XIVe s.  
¤ Gl. Kgl. S 197. Jean André, etc.. XIIIe s.  
¤ Gl. Kgl. S 198. Jean André, Gencellinus de Cassaneis, etc.  XIVe s. 
Glasgow, Bibliothèque Universitaire
¤ General 1125. Terence. Petrarque. XVe s.  
¤ General 1189. Terence. XVe s.  
Holkham Hall
¤ coll. Leicester 215. Grégoire XI. Décrétales.
Paris, Bibliothèque nationale de France
¤ Fr.. 6261. Histoire de l’ancien et du nouveau Testament en provençal. XVe s.   
¤ Lat. 8926.  Innocent IV, Commentaire sur les Décrétales ; Guillaume de Mandagout, De electionibus. XIVe s.
Coimbra, Biblioteca Geral da Universidade
¤ Coimbra BU 721. Jean de Imola. Commentaire sur les Décretales. 
¤ Coimbra BU 722 et 723. Dominique de Sancto Geminiano, Commentaire sur les Décrétales.   
¤ Coimbra BU 724. François de Zabarellis. Lecture sur les Décrétales.  
¤ Coimbra BU 725. Jean de Imola. Commentaire sur les Clémentines. XVe s.

Généralement, les manuscrits portent une inscription contemporaine se terminant par

« … a este de feu messire Jehan du Chastel euesque de Carcassonne. M. Bertaudi notaire ».


Ms. Coimbra 721. [Cliquer pour agrandir]

Poursuivant notre quête de manuscrits autour de l’évêque Jean du Chastel, un passage de la Chronique des évêques de Carcassonne (Chronicon episcoporum Carcassonis) de Gérard de Vic (1667) a retenu notre attention :

… uti legitur in libro Psalterii dato per Riochum Ledresnay canonicum proximae ecclesisae (Carcassensis) et vicarium generalem proximi episcopi …

extrait traduit deux siècles plus tard par Alphonse Mahul dans son Cartulaire de Carcassonne (1867) :

Le 26 le corps de Jean Du Chatel fut enseveli dans la cathédrale de Carcassonne proche le grand autel comme on lit dans le Psaultier donné par Roch Ledresnay chanoine de la cathédrale et vicaire général du susdit évêque …

Si ce psautier reste introuvable, le renseignement précieux donné par Gerard de Vic nous conduit vers une autre piste.  Dans notre dernier post nous avions fait allusion à la famille DU DRESNAY, une des plus importantes de Bretagne, au sujet d’un manuscrit de la Médiathèque des Ursulines de Quimper (ms. 1). Présentement, le psautier de Carcassonne provient d’un membre de cette famille (de la branche possessionnée à Carhaix, sans doute (2). L’auteur de la Chronique a bien relevé son nom : RIOCHUM LEDRESNAY. Bien évidemment, dans cette région de France saint ROCH reste très populaire ; c’est pourquoi A. Mahul l’a choisi au détriment de RIOC, un ermite breton, disciple de saint Guénolé, le fondateur de Landévennec (Finistère), certainement inconnu dans cette région du sud de la France (3)
Ainsi ce psautier dont l’existence est encore attesté en 1667 par Gerard de Vic, a été composé après 1475 puisqu’il inscrivait le décès de l’évêque Jean du Chastel. 

Quant à notre RIOC DU DRESNAY il semble avoir quitté ce monde avant 1484, date à laquelle un parent, HECTOR DU DRESNAY (cacographié HECTOR LADRENAY dans le Nécrologe de Birot) fonda deux obits pour la dotation desquels il fit don au chapitre de Carcassonne de 12 tasses d’argent pesant 15 marcs. Un de ces obits (20 février) était justement pour RIOC DU DRESNAY, chanoine et vicaire général de Jean du Chastel.
On remarquera que HECTOR est un prénom récurrent dans la lignée des seigneurs du Dresnay depuis le XIVe siècle au moins.

(1) J.-L. Deuffic, \”L’évêque et le soldat. Jean et Tanguy (IV) du Chastel, à propos des reliques de saint Pelade … et de leurs manuscrits\”, dans Le pouvoir et la foi au Moyen Âge en Bretagne et dans l’Europe de l’Ouest (éd. Joëlle Quaghebeur, Sylvain Soleil). Mélanges in memoriam H. Guillotel, Rennes, PUR, 2010, p. 299-316. Sur les manuscrits de Tanguy du Chastel : Roseline Claerr, « Un couple de bibliophiles bretons du XVe siècle. Tanguy (IV) du Chastel et Jeanne Raguenel de Malestroit », dans Le Trémazan des Du Chastel. Du château fort à la ruine. Actes du colloque Brest, juin 2004, sous la direction scientifique d’Yves Coativy, Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UBO/Brest) et Association Tremazan, Landunvez, 2006, p. 169-187.
(2) Dom Jehan du Dresnay était bailli de Cornouaille en 1476 ; Yves du Dresnay, chanoine de la cathédrale de Quimper de 1486 à 1497.
(3) La chapelle Saint-Rioc de Lanriec (Finistère) figurait au rôle des décimes en 1789 sous le nom de Saint-Roch …


Miniature frontispice du ms. Coimbra 722, ayant appartenu à Jean du Chastel

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Armoiries de Tanguy du Chastel et de Jeanne Raguenel de Malestroit sur un manuscrit de L’Histoire ancienne jusqu’à César : Rennes Métropole 2331  

7 Nov 2014
Jean-Luc Deuffic

À propos d’un possesseur ancien du ms. 1 de la Médiathèque des Ursulines de Quimper


© Quimper, Médiathèque des Ursulines, ms 1, f. 259 / BVMM (IRHT)

Le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, dans son tome XXII de l’année 1893, consacré aux collections de Nantes, Quimper et Brest, décrit le premier ouvrage de la bibliothèque de Quimper comme étant un manuscrit italien du XVe siècle. D’une très belle écriture, ce recueil de lettres de saint Jérôme a malheureusement perdu nombre de folios.

La seule inscription autographe a été relevée par le catalogue : « Ancien possesseur au XVIIe siècle : M. du Gretz du Dresnay ». Cette lecture est bien entendu fautive et doit être ainsi restituée : « Au seigneur du K/roetz du Dresnay ». Effectivement le « K/ » (= K barré breton) peut se confondre parfois avec un « G ».


© Quimper, Médiathèque des Ursulines, ms 1, f. 1 / BVMM (IRHT)

L’imposante famille du Dresnay, « d’illustre et antienne noblesse », reste bien documentée par l’arrêt de 1668, lequel pourrait nous aider à identifier le membre de cette famille, possesseur du manuscrit de la Médiathèque des Ursulines de Quimper. Au XVIIe siècle plusieurs noms se dégagent :

« François du Dresnay, escuyer, sieur du Kerouetz (1) … qui declare avoir depuis quelques annees (28 novembre 1664) espouzé dame Barbe de Coatlosquet, fille de deffunct messire Guillaume, cheff de nom et d’armes de Coatlosquet, … qu’il est issu d’aultre François du Dresnay, d’un premier mariage (5 septembre 1636) avecq dame Marye de Penmarch, fille de deffunct hault et puissant messire René, barron de Penmarch, et de haulte et puissante dame Janne de Sanzay ».

Ce dernier François était fils de Pierre du Dresnaye et Claude de Rosmar.

C’est probablement dans ces trois noms qu’il faut chercher le possesseur de notre manuscrit. Malheureusement nous n’avons pour lors rien trouvé pour cette époque sur la bibliothèque des Dresnay. Il faut attendre la seconde moitié du XVIIIe siècle pour rencontrer l’ex-libris héraldique des Dresnay (d’argent à une croix anillée de sable, accompagnée de trois cocquilles de gueulles, deux en chef et une en pointe), entre autres celui de Louis-Marie-Ambroise, marquis du Dresnay, qui épousa, à Morlaix, le 10 septembre 1766, Marie-Josèphe-Anne de Coetlosquet, et de son frère puiné, vicomte du Dresnay. Ils étaient les enfants de Michel-Joseph-René, dit le comte du Dresnay, et d’Elisabeth-Françoise de Cornulier.

Le citoyen Cambry, dans son catalogue des objets échappés au vandalisme dans le Finistère, de l’an III, nous fait savoir

qu’ « une des collections les mieux choisies de Morlaix, est celle du ci-devant vicomte du Dresnay » (p. 180), mais précise « J’ai pris note de plus de cent des ouvrages intéressants qu’elle contient ; les cabinets qui les renferment sont exposés à la pluie ; il serait instant de les transporter dans un local plus sûr … La nombreuse bibliothèque du Vte. Dudresnay est bien choisie, sans être celle d’un savant ou d’un homme de lettres … La reliure, le choix des exemplaires et des éditions est à remarquer dans cette jolie bibliothèque, enrichie d’ailleurs des oeuvres de nos meilleurs poëtes, de l’encyclopédie, de romans et de bons dictionnaires. »

Plus loin, il ajoute être « informé par la voie publique qu’une infinité de livres et d’ouvrages précieux ont disparu des diverses bibliothèques, surtout de celle du ci-devant vicomte Du Dresnay (p.190).

Jacques Cambry, Catalogue des objets échappés au vandalisme dans le Finistère : dressé en l’an III (Nouv. éd.) / ; publ. par ordre de l’administration du département. Édité par Julien Trévédy, H. Caillière, Rennes, 1889 (numérisation Gallica).
Docteur G. Vialet, Bibliothèques des bibliophiles bretons anciens, paris, Saffroy, 1931.
Médiathèque des Ursulines de Quimper
BVMM (IRHT)
Dresnay (du) – Réformation de la noblesse (1668) Source : La noblesse de Bretagne devant la Chambre de la Réformation 1668-1671 – Comte de Rosmorduc, 1896, tome III, p. 270-279. Seigneurs de Kerouetz, de Penanru, de Keremarch, etc… http://www.tudchentil.org/spip.php?article776

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© Quimper, Médiathèque des Ursulines, ms 1, f. 1 / BVMM (IRHT)

(1) On écrit également Kerroué

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© Inventaire général, ADAGP


© Région Bretagne

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3 Nov 2014
Jean-Luc Deuffic

Signature d’Isabeau d’Ecosse

Isabelle Stuart ou Isabeau d’Écosse (1425 /1427 – 1494 à Vannes), fille de Jacques Ier d’Écosse et de Jeanne Beaufort, fut duchesse consort de Bretagne entre 1442 et 1450 par son mariage avec François Ier de Bretagne.

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Source : Paris, BnF, Lat. 1369, f. 56. Heures d’Isabelle Stuart, duchesse de Bretagne.
Numérisé sur Gallica

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Source : Isabelle Stuart présentée par saint François dans ses Heures : Paris, BnF, Nal 588.
Numérisé sur Gallica

1 Juil 2014
Jean-Luc Deuffic

Thibaud le Breton, stationnaire (“vendeur de livres”) à Paris au XIIIe siècle

Parmi les premiers libraires originaires de Bretaigne installés à Paris figure le clerc Thibaud le Breton sur lequel nous possédons une documentation assez conséquente, dans la mesure où son patrimoine immobilier, imposant pour un ouvrier du livre, a laissé de nombreux actes qui permettent de cerner le rang social du personnage.
Comme bon nombre de ses confrères, Thibaud tient boutique dans la rue Neuve Notre Dame, tout près de la cathédrale, où nous le rencontrons dès 1256. De même, il posséde au moins une maison (et plusieurs rentes) en la rue des Ecrivains (in vico Scriptorum) dans la censive de la Sorbonne, entre la maison du copiste Robert ad Anglum et celle du parcheminier Jean l’Anglais.
En 1263, les frères et soeurs de la léproserie de la banlieue vendent à Thibaud le Breton (venditori librorum), et à sa femme Julienne, les 3/4 d’une maison au coin de la rue Zacharie, dans la censive des moines de Saint-Germain des Prés. Dans un autre quartier de Paris, apprécié par les Bretons, Thibaud achète en 1266, de Jean l’Allemand et de sa femme Lucie, une maison rue Saint-Hilaire, dans la censive de Saint-Marcel, appelée la Haute Maison, laquelle portera vers 1400 l’enseigne de l’Escu de Bretaigne et deviendra pour quelque temps, dans la seconde moitié du XVIe siècle, l’enseigne de l’imprimeur Jean Macé.
Thibaud le Breton possédait encore plusieurs rentes dans le rue Percée, dans la rue des Noyers et dans la rue des Amandiers. Dans cette dernière rue une maison qui lui appartient est taxée par l’Université de Paris au prix de 7 livres : elle consiste en 4 chambres, un cellier et une grande cuisine.


Cliquez sur la photo pour agrandir

Malheureusement nous n’avons trouvé aucun manuscrit portant la marque de Thibaud le Breton.
Le libraire dut mourir peu avant 1288. L’année suivante, un avocat breton, Yves dit le petit clerc, exécuteur testamentaire de Julienne, alors veuve, vend à l’Hôtel-Dieu une maison (en mauvais état) au coin de la rue Zacharie, moyennant 20 livres parisis.

Sur le terme stationnaire [ lien ] [ lien ]
Sur Thibaud Le Breton :
Charles Jourdain, \”La taxe des logements dans l’Université de Paris\”, dans Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile de France, t. IV, 1877 (1878), p. 148. repris dans :
Charles Jourdain, Excursions historiques et philosophiques à travers le Moyen Âge, Paris, 1888, p. 257.
Palémon Glorieux, Aux origines de la Sorbonne II : Le Cartulaire de la Sorbonne, Paris, 1965, p. 23, 145, 171, 286, 335, 336, 346, 362, 372.
Annales de Bretagne, 1974, p. 337.
Richard H. Rouse et Mary A. Rouse, Manuscripts and their Makers. Commercial Book Producers in Medieval Paris, 1200- 1500, Londres, Harvey Miller, 2000, vol. II, p. 135-136.
Keith Busby, Codex and Context : Reading Old French Verse Narrative in Manuscript, Volume 2, 2002, p. 31, 36.

26 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Guillaume de Lescouet, notaire et libraire breton à Paris au XIVe siècle


Signature de Guillaume de Lescouet

Préparant un petit catalogue prosopographique des libraires bretons au Moyen Âge, ces quelques lignes pour présenter un de ceux qui ont exercé à Paris.
En fait, sur le nom même j’ai quelque peu hésité. LESCONET ou LESCOUET ? Mon choix s’est toutefois porté sur le second dans la mesure où Guillaume de Lescouet se dit clerc du diocèse de Léon (clericus Leonensis diocesis, publicus apostolica et imperiali auctoritate notarius), région où ce patronyme est attesté anciennement. Ainsi un Guillaume de Lescouet figure comme gouverneur de Lesneven en 1357.

Le premier acte retrouvé portant le paraphe de Guillaume de Lescouet, comme notaire public (= tabellion), est la prestation de serment de son compatriote Henri GUILLOU comme libraire-juré de l’Université de Paris en septembre 1351. Du reste, ce même Guillou est connu aussi comme copiste d’un manuscrit de la Bibliothèque Cathédrale de Valence (ms. 10), exécuté pour le pape Clément VI : Nicolas de Gorran, Postilles. « Expliciunt postille fratris ni // cholai de Gorran super psalte // rium. // Hic liber est scriptus per henricum Guilloti pro Sanctissimo patre // ac domino domino clemente papa sexto // cuius anima requiescat in pace // Amen. Anno domini millesimo trecentesimo // quinquagesimo secundo die iovis // ante ramos Palmarum ».  

En 1355 le nom de Guillaume de Lescouet se retrouve, comme libraire cette fois, mêlé à une transaction avec Gui Bodier, recteur de la paroisse de Saint-Malo de Pontoise, au sujet d’un exemplaire de la Légende dorée de Jacques de Voragine, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Carnégie de Reims (ms. 1386) : \”Dominus Guido Boderii rector parrochialis ecclesie Sancti Macuti de Pontisara, Rothomagensis diocesis, uendidit magistro Guillelmo de Lescouet, notario publico, librario, etc. istam legendam, pro precio VIII scutorum, … anno LVto, die iouis post festum Prurificationis\”.

Le 23 janvier 1359, Jean de Joy, chapelain de Sainte-Agnes fait une donation, cet acte sera établi dans la maison même de Guillaume de Lescouet, rue Neuve Notre Dame, proche de la cathédrale, là où sont installés généralement libraires et copistes de Paris : \”acta fuerunt hec in domo habitacionis mei Guillelmi de Lescouet notarii publici infrascripti sita in vico novo beate marie paris.\”

Un document de mars 1363, où Guillaume de Lescouet est qualifié de \”tabellion du pape\”, nous fait connaître le nom de sa femme : Peronelle Boucher. Ensemble, ils achètent plusieurs rentes sur des maisons dont une appartient aux héritiers de Guillaume Jacques (autre notaire breton) et à Jean Le Boucher (père de Peronelle).
Enfin, dans les lettres patentes de Charles V portant exemption du guet et de la garde des porte de Paris, datées du 5 novembre 1368, figure le nom de Guillaume de Lescouet parmi les 14 libraires listés qui échappaient à cette corvée.

Voici donc quelques éléments biographiques de notre notaire-libraire breton maitre Guillaume de Lescouet qui décéda après 1386, date à laquelle il est encore mentionné dans le Registre des causes civiles de l’officialité épiscopale de Paris.

SOURCES : Paris, Archives nationales, L 715, n° 5 ; M 68, n° 39, 45, 54, 55 ; S 92 ; S* 1647

Guillaume Lesconnet (Lescouvet, de Lescouet) cité dans:
Paul Delalain, Étude sur le libraire Parisien du XIIIe au XVe siècle, Paris, 1891, p. 44.
Richard H. Rouse et Mary A. Rouse, Manuscripts and their Makers. Commercial Book Producers in Medieval Paris, 1200- 1500, Londres, Harvey Miller, 2000, vol. II, p.

23 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Le marquis d’Assérac († 1657) : des voyages et des livres …

Poursuivant mes recherches sur le marquis d’Asserac (1) et sa bibliothèque, j’ai levé ci-dessous une carte de ses parcours livresques en Europe entre 1629 et 1656. Régulièrement, Jean-Emmanuel de Rieux annote ses ouvrages avec des mentions de lieux ou des prix d’achat. Bien entendu la plus grande partie provient de la région sud de la Bretagne, entre sa demeure du château de Ranrouët (Herbignac) où se trouve son \”cabinet\” et Nantes. Son séjour en Italie en 1629 lui a permis de ramener plusieurs ouvrages constituant ainsi un fonds important (près d’une cinquantaine d’exemplaires recensés), car notre homme est italianisant (de même il devait connaître l’espagnol … et peut-être même avait quelques notions d’arabe).
Sa carrière militaire l’a mené vers les Pays-Bas où il a pu acquérir des livres à Amsterdam et La Haye. Mais il en faisait également venir de Flandre comme le précise cet ex libris : \” J’ay receu de Flandre ce volume le 30 aoust 1646. Jean Em. de Rieux \” (Bibliothèque Sainte-Geneviève FOL V 97 INV 124), ou d’Italie : \”Envoié de Rome à Jean Emanuel de Rieux, marquis d’Assérac, et receu le 24 aoust 1651, par le R. P. Nolano doct. de l’ord. des prescheurs\” (Bibliothèque Sainte-Geneviève, 4 D 1162 INV 1204).


Cliquer sur la carte pour agrandir

Nous avons recensé à ce jour 174 ouvrages provenant des collections du marquis d’Assérac, dont 160 conservés dans la seule Bibliothèque Saint-Geneviève, à Paris; un à la BM d’Angers ; 3 à la BnF ; un à la BM de Bordeaux ; un à la BM de Grenoble ; un à la BM de Lyon ; un à la Bibliothèque Mazarine ; un à Moscou ; un à la BM de Saint-Quentin ; un à la BM de Troyes ; et enfin 3 passés dans des ventes publiques.

Merci à ceux qui pourraient me signaler d’autres ouvrages du marquis d’Assérac …

Note (1) Voir nos post :

Jean-Emmanuel de Rieux, marquis d’Assérac († 1657) : un lettré « bien versé dans les sciences » …

Du nouveau sur le Marquis d’Assérac …

« Les troys premiers livres de Diodore Sicilien », manuscrit de François 1er, dans les collections du marquis d’Assérac

Le marquis d’Assérac († 1657) : des voyages et des livres …


Signature de Jean Emmanuel de Rieux marquis d’Assérac (BM Lyon)

18 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Les origines bretonnes du « graveur et tailleur de lectres a imprimer » Claude GARAMONT

Le nom de « Garamond » reste familier à ceux qui fréquentent les livres et s’intéressent à leur histoire. Ce « caractère » témoigne encore aujourd’hui de la renommée de son concepteur et il n’est donc pas étonnant qu’un site institutionnel soit dédié au célèbre graveur et tailleur de lettres, sur lequel on trouvera quantité d’informations précieuses, archives et bibliographie :
http://www.garamond.culture.fr/fr

Cette présente note ne s’attardera pas sur l’oeuvre du « maître », mais tout simplement sur ses origines bretonnes. En fait GARAMONT n’est pas son véritable patronyme. Son père s’appelait Yvon GARAMOUR, et exerçait comme imprimeur à Paris à la fin du XVe siècle. Ce nom de GARAMOUR reste essentiellement usité au pays de MORLAIX / LANMEUR, dans le nord du département actuel du Finistère, à l’extrémité de la Bretagne. L’imprimeur breton suivit l’exemple d’autres compatriotes venus s’installer dans la capitale comme le productif Guillaume ANABAT (originaire de Morlaix, spécialiste du Livre d’heures) ou encore Yvon QUILLEVÉRÉ, libraire-imprimeur établi depuis 1498 à Paris, installé en 1530 rue de la Bûcherie, à l’enseigne de la Croix Noire.

Yvon GARAMOUR épousa Françoise Barbier, issue peut-être du même milieu, parente probable de Symphorien Barbier, ou de Jean Barbier, imprimeurs de livres et bourgeois de Paris. Un acte du 13 juin 1547 fait mention d’une donation faite par « par Yves GARAMOUR, natif de Bretagne, frère de l’hôtel hôpital des Quinze-Vingts aveugles, audit hôpital de son corps et ses biens », montrant qu’à cette date il devait être sur la fin de sa vie. (Paris, AN, MC/ET/CXXII/159).

Claude devenu GARAMONT fit son testament le 23 septembre 1561 (il demeurait alors rue des Carmes), dans lequel il cite encore sa mère Françoise Barbier, toujours vivante, mais âgée et aveugle, et qui n’a pas « le moyen et discretion de se conduyre ». Claude avait épousé Guillemette Gaultier en premières noces, et s’était remarié, avant 1551, à Ysabeau Le Fèvre.

17 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Glanes bretonnes : métiers du livre et étudiants à Paris au XVIe siècle

Nous avons relevé ci-dessous quelques documents des Archives Nationales (Paris) relatifs aux livres ou aux étudiants bretons de Paris :

Mise en serviteur et apprenti, pour deux ans, par Yves Maguet, prêtre, principal du collège de Kerambert, d’Alain Moalic, originaire de Landerneau en Bretagne, âgé de vingt-deux ans, chez Rolin de Breuille, libraire et relieur de livres, rue des Carmes, qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra dix écus d’or soleil, dont deux écus comptant, deux à Pâques, deux à la Saint-Remi et le reste à Noël 1550.
17 octobre 1549 – MC/ET/XXXIII/34 , fol. XIIIxxXVI, fol. 276.

Bail viager, à la vie des deux époux, par le collège de Tréguier, à Hervé Bolsec, libraire et bourgeois de Paris, marié à Marie Bénard, de deux étables contiguës, ‘une vifz entre deulz’, dépendant du collège, sises rue Saint-Jean-de-Latran, dites la Grande et la Petite étable, mesurant trente-quatre pieds de long, que les preneurs convertiront en deux ouvroirs ; loyer annuel : 6 l. t. 29 juillet 1522 – MC/ET/XXXIII/7, fol. 152.

Olivier Dargant, natif de Thogonenens (??), diocèse de Tréguier, se baille comme serviteur et apprenti pour 2 ans de ce jour à Georges Sauberon, marchand libraire et relieur de livres à Paris. 14 juin 1565 – MC/ET/XXXIII/50.

Assemblée en la salle du Collège de Tréguier des bretons bretonnants natifs du pays de la Basse Bretagne qui constitue procureur maître Louis Utin, secrétaire de monseigneur de Martigues, pour solliciter du prévôt de Paris la nomination d’un nouveau chapelain et garde perpétuel de la chapelle et confrérie Saint-Yves à Paris en remplacement de défunt Jean Le Bastard, prêtre. 11 novembre 1568. MC/ET/XXXIII/188.

Reçu par Guy Leclerc, Yves Cosic, prêtres, et Geoffroy Legal, agissant comme procureurs de Jean Guefferus et Yves Sayte, héritiers d’Alain Guefferus, docteur régent en la Faculté de théologie en l’Université de Paris, à Louis Lasserre, prêtre, proviseur du collège royal de Champagne, dit de Navarre, exécuteur testamentaire d’Alain Guefferus : 1° de 31 l. 3 s. 6 d. t., excédant de la recette sur la dépense occasionnée par la pension et l’écolage audit collège de François \”Karoulas\”, fils de Tanneguy \”Karoulas\”, seigneur de \”Karoulas en Bretagne\” ; 2° d’un écu soleil, dû au défunt par Georges Mulot, docteur en théologie ; 3° de l’Anti-Lutherus Jodoci Clichtovei ( 1 ) et du Propugnaculum ecclesie ( 2 ), jadis prêtés par le défunt aux Chartreux près Paris.- 19 (fol. XLIII) 19 décembre 1539.

Procuration par Jean Le Roy, prêtre du diocèse de Cornouaille en Basse-Bretagne, étudiant à Paris, demeurant en la maison de Bene Natus, (Bienné ?) imprimeur ès langues grecques et latines, aux fermiers de l’abbaye de Langonnet pour recevoir 10 écus d’or qu’il a prêtés à Yves Benoist, maître ès arts, natif de la paroisse de Plusquellec, audit diocèse. 9 décembre 1579. MC/ET/XXXIII/195.

Ratification par Guillaume Littré, marchand et imprimeur de livres, rue Saint-Christophe, de la vente faite par son procureur, Jean Moysan, à Alain Littré, fils de Pierre Littré, le 6 juillet 1544, du quart des ‘ediffices et droictz’ appartenant à Guillaume Littré, sis à ‘Restourmen( 3 ), paroisse de Édern, moyennant treize écus soleil, somme que Guillaume Littré reconnaît avoir reçue des mains de Guillaume Pochet, messager de Jean Moysan. 3 octobre 1544 – MC/ET/XXXIII/19 , fol. 136 Vo.

( 1 ) Simon de Colines, 1524, in-f°. ( 2 ) Ibid, 1526. ( 3 ) Aujourd’hui Roc’htourment

4 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

De l’évangéliaire breton de Tongres (IX / Xe siècle) à “La Gloire de sainte Anne” (1657)


(c) Base BALaT (IRPA)

Parmi les évangéliaires bretons médiévaux encore conservés aujourd’hui, celui de la Basilique Notre-Dame de la Nativité de Tongres (Belgique), daté des IX/Xe s., est certainement l’un des plus intéressants, notamment par la longue souscription qu’il contient, nous révélant qu’il s’agit présentement d’une donation à Saint-Pern, église faisant autrefois partie de la paroisse primitive de Plouasne (diocèse de Saint-Malo), église donnée, en 1050, à l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers :

« Moi, serviteur des serviteurs de Dieu, et son fidèle disciple, bien qu’indigne, Gleuhitr, par amour du Roi éternel et de saint Bern, confesseur, pour moi-même ainsi que pour tous les chrétiens nés depuis Adam jusqu’au jour du Jugement, et pour mon seigneur abbé Loeisguoret, qui a abandonné au clergé de cette église le cens de ma maison et de mon jardin pour autant qu’ils valent, sur l’ordre de Dieu et avec l’assentiment des gens de bien, j’ai donné ce livre des Évangiles à l’église de saint Bern, dans l’évêché de saint Malo. C’est pourquoi je prie tous les successeurs de cette église, aussi bien les plus âgés que les plus jeunes, et aussi les fidèles, de n’oser enlever ce livre, ou de le soustraire en quelque occasion pour un certain temps ; ensuite, quiconque l’aura volé, ou l’aura enlevé de quelque façon de cette église, sauf avec les reliques des saints aux jours de fête, ou quiconque grattera de cette page ces lignes écrites par moi, ou enlèvera le feuillet même par mauvais esprit, qu’il soit au jour redoutable du Jugement séparé de la congrégation des saints et joint à celle des démons ».

De même, sa précieuse reliure velours, argent et pierre précieuse (XIII/XIVe s.), avec fermoirs en argent (1617), en fait un objet d’art inestimable …

L’importance des évangéliaires pour l’étude des scriptoria bretons est comparable au succès d’une oeuvre comme celle de la Gloire de sainte Anne, qui au XVIIe siècle fut un bestseller local, en référence au grand mouvement qui se forma autour du célèbre pèlerinage de Saint-Anne d’Auray (diocèse de Vannes).

LA GLOIRE DE || SAINTE ANNE, || MERE DE LA SACRE’E || VIERGE MARIE. || REPRÉSENTE’E SOMMAIREMENT || en sa Vie, en ses Grandeurs ; Et parti- || culiérement en l’Origine, & progrès || admirable de la célebre devotion de sa Chapelle Miraculeuse près d’Auray || en Bretagne. || Auec vne Instruction aux Pelerins, & || des Prières & Oraisons pro- || pres pour bien faire ce voyage. || Par vn Pere de la Compagnie de IESUS || Le tout diuisé en trois Parties. || [ vignette : le Christ et la Vierge Marie] || A VENNES, || Par VINCENT DORIOV, Imprimeur || du Clergé & du College. 1657. || [ — ] || AUEC PRIVILEGE DV ROY.

L’ouvrage du R. P. jésuite François de Kernatoux (1601 – † 8 octobre 1667 ) a eu son historien en la personne de Jean-Louis Debauve, « Un succès local de librairie sous l’ancien régime : les éditions de La gloire de sainte Anne (1657-1854) », dans MSHAB, t. 78, 2000, p. 75-91.
Pour notre part nous avons relevé au moins 14 éditions différentes de la Gloire de sainte Anne entre 1657 et 1770.

Description et bibliographie dans :

INVENTAIRE DES LIVRES LITURGIQUES DE BRETAGNE

20 Oct 2013
Jean-Luc Deuffic

Aristocratie et mécénat en Bretagne au XVe siècle. Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron, bâtisseur et bibliophile

Ayant moi-même étudié la belle \”librairie\” de Jean de Derval (in Notes de bibliologie, Pecia 7, Brepols, 2009), je me réjouis de l’ouvrage que consacre aujourd’hui Michel Mauger à ce seigneur breton si emblématique. La Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine remplit ainsi pleinement sa mission d’encouragement à la recherche historique en publiant ce livre richement illustré.

Fidèle à ses recherches sur les manuscrits à enluminures bretons entamées depuis longtemps, Michel Mauger a mené une enquête approfondie sur la bibliothèque de  Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron. Une longue familiarité avec archives et catalogues lui a permis d’accomplir un travail remarquable et de faire connaître l’un des plus grands bibliophiles de la fin du Moyen Âge en Bretagne.
… Le livre met en lumière Jean de Derval, grand seigneur breton, héritier de deux grandes familles et allié aux Laval par son épouse. Suivant nombre de ses pairs, il pratique un mécénat artistique à la fois par goût mais aussi par souci d’affirmer son prestige. Il subsiste de son action une « librairie », bien incomplète mais dont les magnifiques restes manifestent incontestablement l’engagement du maître. Avec plus de vingt manuscrits souvent splendidement décorés que l’on peut lui attribuer, il prend place parmi les plus grands bibliophiles bretons. 
Sommaire
Préface de Daniel Pichot, président de la SAHIV, professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Rennes 2.
Introduction
Chapitre 1. L’homme et le seigneur
Chapitre 2. Le mécénat de Jean de Derval : de la pierre au vitrail
Chapitre 3. Jean de Derval bibliophile
Chapitre 4. La passion des livres en Bretagne au XVe siècle : bibliophilie et milieu artistique
Conclusion
Annexes
– Documents
– Généalogies
– Index

Michel Mauger, Aristocratie et mécénat en Bretagne au XVe siècle. Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron, bâtisseur et bibliophile. Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, 2013.

Bon de souscription
Cliquer sur le lien [ 000000000000000_asouscription_derval.pdf ]
à adresser, avec le paiement, à :
Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine
1, rue Jacques-Léonard – 35000 Rennes
avant le 20 novembre 2013


Les armes de Jean de Derval et d’Hélène de Laval (© Paris, BnF, Fr. 2663)


Pierre Le Baud présente son Histoire de Bretagne à Jean de Derval (© Paris, BnF, Fr. 8266, f. 393v).