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28 Oct 2015
Jean-Luc Deuffic

Simon Abelard maître de chant à Angers et le livre d’heures de Guyonne Derrien (Saint-Brieuc, BM, ms. 4)

Nous avions décrit sommairement sur ce même blog le livre d’heures de Guyonne Derrien, de Saint-Malo, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Municipale de Saint-Brieuc (ms. 4). En examinant de plus près sa reliure nous avons eu l’agréable surprise d’y remarquer plusieurs inscriptions (certaines bretonnes, semble-t-il : \”de La Moussaye\”, \”Carcouët\”, etc.), dont une qu’il nous a paru intéressant de relever :

Simon Abelard maitre a chanter a Angers

En effet, ce personnage n’est pas un inconnu. Clerc du diocèse d’Angers, Simon Abelard fut nommé le 27 février 1698, chantre haute-taille à la cathédrale Notre-Dame de Paris (Paris, AN, LL227, f. 299).

Le 1er Décembre 1692, le Prince Frédérik (1671-1730), fils aîné du roi de Danemark, qui venait de faire un stage à l’Académie d’équitation d’Angers*, avait fort apprécié la voix et le talent d’un des enfants de choeur, Simon Abelard ; désirant s’assurer ses services, il le fit tout simplement enlever (1).

Merci par avance au lecteur qui aurait des informations sur ce Simon Abelard…

Note
(1) Jean Poirier, La Maîtrise de la cathédrale d’Angers: six cents ans d’histoire, 1983, p. 41.
* Sur cette Académie voir Willem Frijhoff, \”Etudiants étrangers à l’Académie d’Equitation d’Angers au XVIIe siècle\”, dans Lias, vol. 4, 1977. http://webdoc.ubn.kun.nl/tijd/l/lias/vol4_1977/etudeta_l.pdf

Biblio
Michel Antoine, Henry Desmarest, 1661-1741: biographie critique, 1965, p. 99.
Nicolás Morales, L’artiste de cour dans l’Espagne du XVIIIe siècle, 2007, p. 153, note 98.


Portrait de Frédéric IV de Danemark. Par Hyacinthe Rigaud. Copenhague, Statens Museum for Kunst.

21 Oct 2015
Jean-Luc Deuffic

Cicé ou de Chalonge ? Les Heures de sainte Catherine (Rennes, BM, ms. 1509)

Incomplet, le ms. 1509 de la Bibliothèque de Rennes Métropole, ne contient que les Heures de la Vierge, à l’usage de Rome, alternant avec celles de la Croix, du Saint-Esprit et de sainte Catherine, ces dernières au demeurant assez rares. A noter dans cet ouvrage une place privilégiée accordée à la martyre d’Alexandrie. Probablement, la commanditaire portait-elle le prénom de la sainte, dont l’histoire ravissait le Moyen Âge.

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© Bibliothèque de Rennes Métropole

La peinture frontispice de notre livre d’heures nous est parvenue malheureusement très altérée. Cette ouverture sur l’Annonciation laissait pourtant présager l’excellence d’une composition assez remarquable. Le professeur Eberhard König attribue à la famille de Cicé l’origine de ce manuscrit. Pour ma part je pense plutôt aux de Chalonge (ou Du Chalonge, Challonge), dont les armes étaient bien de gueules à la bande d’hermines.

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© Bibliothèque de Rennes Métropole

Il serait intéressant de pouvoir examiner de plus près l’écu peint pour déterminer s’il n’a pas été ajouté ultérieurement. En effet, l’importance donnée à sainte Catherine nous oriente vers Catherine de Chalonge, laquelle épousa vers 1520 Tristan de Trémigon, sieur de Chalonge (Trébédan), du Bois de la Motte. Le seigneur et la dame de Kerinan (en Mégrit) ne sont guère documentés, mais relevons tout de même que la mère de Tristan se prénommait également Catherine. En effet, François de Trémigon, sieur de Langan, avait épousé Catherine de La Bouexière. Celle-ci fut peut-être, en définitive, la commanditaire de notre livre d’heures …

C’est au Maître de Jacques d’Armagnac qu’est attribuée la décoration du manuscrit, et Eberhard König le place dans \”les petits livres d’heures du groupe Jouvenel\”. (Manuscrits à peintures, Rennes, 1992, p. 62-64).


© Bibliothèque de Rennes Métropole

Manuscrit numérisé sur les Tablettes Rennaises

10 Oct 2015
Jean-Luc Deuffic

Les “Heures Guémadeuc” de Guido Mazzoni: des commanditaires (?) bretons enfin retrouvés


© Heribert Tenschert

Les Heures Guémadeuc, un somptueux manuscrit enluminé par le Maître d’Antoine de La Roche (nommé ainsi à partir du missel qu’il exécuta vers 1500 pour le Grand Prieur de Cluny et de La Charité-sur-Loire, Paris, BnF, ms. Lat. 881), ont fait l’objet d’une précieuse étude d’Eberhard König (2001), accompagnant un très beau fac-similé admirablement édité par Heribert Tenschert (2000). Cet enlumineur, identifié comme étant Guido Mazzoni (vers 1450-1518), peintre originaire de Modène, attesté dès 1472 en Italie, mais essentiellement connu en tant que sculpteur, suivit et se mit au service de Charles VIII, de passage alors à Naples. Du reste, à la mort du roi (1498), il exécuta son tombeau destiné à la nécropole de Saint-Denis, monument détruit à la Révolution. Ainsi l’activité du « painctre, enlumineur et ymagier » italien débuta vers 1496 en France, installé alors avec sa femme et sa fille dans l’hôtel parisien du Petit-Nesle.

Enluminées vers 1500, les Heures Guémadeuc sont un joyau, et pour la Bretagne un témoignage de valeur sur les relations de la noblesse avec les artisans \”étrangers\”.
Depuis le XIXe s., et notamment lors de la vente Destailleur de 1891, avait été remarquée la présence dans ce manuscrit des armes de la famille de Guémadeuc, de haute noblesse bretonne, d’où le nom donné aujourd’hui à ce livre d’heures. Le regretté Xavier Ferrieu, alors bibliothécaire de Rennes, avait rédigé à la suite de l’étude du Pr. König une note généalogique sur les Guémadeuc, sans pouvoir réellement identifier les propriétaires des armes peintes en plusieurs endroits.

Après une minutieuse analyse, je m’avance à mettre des noms sur les commanditaires (ou du moins les premiers possesseurs) de ces Heures richement décorées. En effet, au bas du f. 70v, un chien blanc porte à son collier rouge et or un écu aux initiales d’azur entrelacées \”T\” et \”A\”, dans lesquelles je reconnais les prénoms TANNEGUY et ANNE, de Tanneguy Madeuc (A) et d’Anne Du Fou. La présence exceptionnelle de saint Tanguy (1) dans le calendrier (8 mai : « S. Tanguy confesseur », en capitales rouges sur fond or) et aux litanies renforce cette identification, comme les armoires respectives des familles de Guémadeuc (de sable, au léopard d’argent accompagné de 3 coquilles de même en chef, au lambel de gueules) et du Fou (d’azur, à l’aigle éployée d’or, becquée et membrée de gueules), peintes à plusieurs reprises.

La commémoration au calendrier de saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc (29 juillet), et son inscription avec saint Brieuc en tête de la série bretonne des litanies rappellent l’attachement des Guémadeuc à leurs \”origines\” briochines et leur implantation à Pléneuf (château détruit en 1590).


© Heribert Tenschert

Malheureusement très peu documenté, le couple Tanneguy Madeuc et Anne du Fou est attesté seigneur de Trévécar (Escoublac), terre de haute justice du comté nantais. Tanneguy doit être certainement un des fils cadets de Jacques Madeuc de Guémadeuc († avant 1526, inhumé à Pléneuf) et de Françoise de Trévécar, vicomtesse héritière de Rezé. Quant à Anne du Fou nous n’avons pour lors pas encore réussi à savoir à laquelle des branches cadettes de l’imposante famille du Fou elle appartenait. 

Nous émettons l’hypothèse que ce livre d’heures fut peut-être un cadeau de Pierre de Rohan (1451-1513) (2) présenté au mariage de Tanguy de Guémadeuc et d’Anne du Fou. En effet, dans le manuscrit, la peinture du suffrage en l’honneur des saints Pierre et Paul représente, curieusement, saint Jacques (patron du père de Tanguy), portant un étendard sur lequel se lit la devise du maréchal de Gié : DIEU GARDE MAL LE PELERIN (Dieu garde le pèlerin du mal). De même, au f. 63 : \”REGARDE LA FIN\”.
On sait que Guido Mazzoni travailla efficacement pour certains seigneurs ayant participé aux campagnes d’Italie… Pierre de Rohan, \”qui est de bonne et grant maison\”, en fut : il avait accompagné le roi à la conquête du royaume de Naples.
Le 12 août 1502, après un séjour à Florence, il passe commande d’un David en bronze exécuté par Michel-Ange … qui montre son goût pour les arts.

Mais bien entendu, tout cela ne reste que supposition… 


© Heribert Tenschert

NOTES
(A) \”Leur nom de famille etoit Madeuc; et Guémadeuc étoit leur surnom\”. Annales de Bretagne, t. 15, 1899-1900, p. 115.
(1)
L’introduction du prénom Tanguy dans la famille de Guémadeuc pourrait venir de Tanguy Du Chastel, curateur de Roland Madeuc de Guémadeuc vers 1460. \”Les Seigneurs du Chastel ont souvent porté le nom de Tanguy ; desquels plusieurs se sont fait signaler & renommer dans les Histoires Françoises & Bretonnes ; les mêmes Seigneurs ont fondé, prés de leur chasteau de Tremazan, une belle chapelle en l’honneur de ces Saints, qui s’appelle Ker-Seant, c’est-à-dire, la Ville aux Saints, où il y a des Chanoines pour faire le service\” (Albert Le Grand, Les Vies des Saints de la Bretagne Armorique, Quimper, 1901). Voir André-Yves Bourgès, \”Les origines fabuleuses de la famille Du Chastel\”, sur le site Tudchentil.
(2) Pierre de Rohan, \”sr de Gié, duc de Nemours, comte de Marle et de Porcien, chevalier, maréchal de France (1476-), conseiller et chambellan des rois Charles VIII et Louis XI, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, capitaine de 100 lances fournies, gouverneur d’Anjou, lieutenant-général en Bretagne, en Champagne ainsi qu’au pays et duché de Guyenne, capitaine de Granville après la mort de Louis de Bourbon, amiral de France\” (Couffon de Kerdellech, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, 1877-1878).


Pierre de Rohan (dess. Gaignières, BnF)

BIBLIO
Eberhard König, Das Guémadeuc-Stundenbuch. Der Maler des Antoine de Roche und Guido Mazzoni aus Modena, Kommentar zur Faksimile-Edition mit einem genealogischen Essay von Xavier Ferrieu, Rotthalmünster (Allemagne) : Ramsen (Suisse) : H. Tenschert, 2001. Collection : Illuminationen ; 3.
Heribert Tenschert

===== Ce manuscrit fera l’objet d’une notice plus importante dans notre prochain ouvrage (2016), où seront décrits près de quatre cent livres d’heures : « Car sans heures ne puys Dieu prier … » / Le Livre d’heures enluminé en Bretagne / The Illuminated Book of Hours in Brittany =====

5 Oct 2015
Jean-Luc Deuffic

Les Heures de Pierre Du Querisec et de Françoise d’Avaugour (New York, Pierpont Morgan Library, M.63)

Parmi les livres d’heures en rapport avec la Bretagne conservés à la Pierpont Morgan Library de New York, (une bonne dizaine) figure le ms. M.62, un manuscrit des années 1440, identifié comme provenant de la famille Du Querisec. Effectivement, aux f. 13, 21, 75 et 93 se trouvent peintes des armes, ajoutées probablement au début du XVIe siècle.

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f. 13.


f. 21

LES POSSESSEURS
L’héraldique vient ici, une nouvelle fois, contribuer à l’histoire du manuscrit. Les armoiries ci-dessus permettent ainsi d’identifier avec quelque certitude le couple possesseur de ce livre d’heures au XVIe s. Les armes pleines du f. 13 (même effacées : d’hermines, au chef cousu d’argent, chargé de deux coquilles de gueules) appartiennent aux seigneurs Du Querisec (ou Quirisec), famille noble du vannetais, plus précisément ici de la branche de Kergurioné, à Crac’h, près d’Auray. Le second blason (f. 21), mi parti, laisse entrevoir une macle d’or, celle de la maison d’Avaugour, de la branche de Saint-Laurent : d’argent au chef de gueules brisé d’une mâcle d’or. La seule alliance connue entre ces deux familles est celle de Pierre Du Querisec avec Françoise d’Avaugour.

Le 27 mai 1534, les registres de la Chancellerie de Bretagne enregistrent une \”maintenue pour Pierre Du Querisec, sr de Kergurionnec, sur armoiries\” (Blancs-Manteaux, Paris, BnF, Fr. 22318, p. 854), probablement une question de prééminences. Pierre mourut peu avant 1543, date à laquelle sa femme, alors veuve, était en procès avec son fils René (Ibid., p. 413). Françoise d’Avaugour était la fille de Guillaume d’Avaugour et de Françoise de Saint-Flaive, d’une famille originaire du Poitou.

On lira avec intérêt dans la thèse de Nicole Dufournaud les \”Reproches du sr de Kaer vers les temoins de la damme de Rieux\”, la douairière Suzanne de Bourbon (23 décembre 1544) quelques passages relatifs à Françoise d’Avaugour:  

…. Maistre Guillaume du Querisec ne doibt aussi demourer tesmoign en la cause pendante entre ladicte dame de Rieulx et s(i)re de Kaer pourtant qu’il est ennemy et hayneulx dudit s(i)re de Kaer a rayson de pluseurs querelles que ledit s(i)re de Kaer a eues avecq Francoyse d’Avaugour, mere de René de Quirisic, sr de Kerquoioinec, ledit de Kerguoirinec et les …. Lorens quelz sont nepveuz et cousins dudit Guillaume du Querisec. Pour rayson desquelles querelles ledit Guillaume du Querisec a conseu haine contre ledit s(i)re de Kaer.

Dans le domaine du château de Kergurioné, situé en bordure de la rivière de Crac’h, s’élèvent encore les ruines de l’ancien manoir construit au XVIe siècle et détruit par un incendie en 1820. Les vestiges laissent apparaître, près de l’entrée, une tourelle intérieure avec escalier à vis, et dans la salle du rez-de-chaussée on reconnaît les armes des Du Querisec sur le linteau de la cheminée.

DÉCORATION
Enlumineur actif à Angers dans les années 1430/1480, le Maître de Jeanne de Laval, nommé à partir d’un psautier peint pour la seconde épouse du roi René d’Anjou (Poitiers, BM, ms. 41), a oeuvré sur notre livre d’heure, que Roger S. Weick, présente comme une de ses plus anciennes productions. Au reste, cet enlumineur décora partiellement un autre livre d’heures, nantais celui-là, aujourd’hui conservé à la Public Library de New York (ms. 34)


Ms. M.63, f. 89. ©Pierpont Morgan Library, New York.


©Poitiers, BM, ms. 41. Manuscrit éponyme du Maître de Jeanne de Laval.

Biblio:
Pierpont Morgal LibraryNotice du catalogue en ligne CORSAIR
Eberhard König, Buchmalerei um 1450. Der Jouvenel-Maler, der Maler des Genfer Boccaccio und die Anfänge Jean Fouquets, Berlin, Mann,‎ 1982, fig. 42.
François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520, Paris, 1993, 126.
Roger S. Wieck, Painted Prayers. The Book of Hours in Medieval and Renaissance Art, New York, 1998, n° 101.
François Avril (Edit.), Jean Fouquet, peintre et enlumineur du XVe siècle. Catalogue de l’exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France / Hazan,‎ 2003, p. 408-410.
Jonathan J. G. Alexander, et al., The Splendor of the Word: Medieval and Renaissance Illuminated Manuscripts at the New York Public Library, New York, 2005, p. 262 (notice Roger S. Wieck).
Marc-Édouard Gautier (Edit.), Splendeur de l’enluminure. Le roi René et les livres, Ville d’Angers / Actes Sud,‎ 2009, p. 252 et 351.
Diane Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print in Late Medieval Brittany, Farnham, 2010, p. 78, 89 n. 65, 94 n. 128, 350.
Sur le Maître de Jeanne de Laval = Wikipédia Lexicon van Boekverluchters

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Sources documentaires : Nantes, ADLA B 924. PAROISSE DE CRACH. Aveux et dénombrements pour le domaine de \”Kerguirionnez\”, par Jean fils d’Olivier du Quirisec (1455), par Bertrand fils de Jean du Quirisec (1504) ; Fr. du Barnys et Gillette du Quirisec (1570).

10 Sep 2015
Jean-Luc Deuffic

Les livres d’heures des Pontbriand

Nous avons ici-même décrit le livre d’heures d’Isabeau de Pontbriand(t) à l’usage de Saint-Malo, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque de Rennes Métropole (ms. 1277)

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© Rennes, Bibliothèque Métropole, ms. 1277. La Crucifixion.

Cette même bibliothèque possède le manuscrit (1219) d’un autre membre de cette famille, probablement Olivier de Pontbriand, qui mourut en 1505, Trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, où il fut inhumé. Ses armes, avec mitre et crosse, figurent sur ce livre d’heures, apposées sans doute lorsqu’il était abbé commandataire de Saint-Pierre de Préaux, monastère bénédictin de l’ancien diocèse de Lisieux (Normandie), où il fut nommé par ordre du roi après 1482.

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© Rennes, Bibliothèque Métropole, ms. 1219, f. 19. Armes de Pontbriand : d’azur au pont de trois arches d’argent, maçonné de sable

Olivier de Pontbriand fut probablement en possession d’un autre livre d’heures, issu du trésor de la primatiale de Lyon (Lyon, BM, 5143). Ce manuscrit s’ouvre par un feuillet décoré aux armes des Pontbriant, et une note ancienne nous apprend qu’il fut anciennement entre les mains de deux familles bretonnes, seigneurs des Fossés à Plélan-le-Petit (arrondissement de Dinan, Côtes-d’Armor) : La Bouexière et Desnos (ou Des Nos).
Olivier de Pontbriand en fit don à sa soeur aînée.

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© Lyon, Bibliothèque Municipale, ms. 5153. Armes de Pontbriand.

Enfin, signalons, le livre d’heures de Pierre de Pontbriand et Anne de Peyronenc, faisant partie des collections de la prestigieuse bibliothèque parisienne de Sainte-Geneviève (ms. 2705), où le couple est représenté en prière :

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© Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2705, f. 3v
 
Dans la chapelle de la Sainte-Epine au château de Montréal, à Issac, en Dordogne gisants de son fils François et de sa femme.


Source

La décoration du manuscrit de Sainte-Geneviève est attribuée à l’atelier du célèbre Jean Bourdichon :

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© Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2705, f. 21v

=====  Ces manuscrits feront l’objet d’une notice plus importante dans notre prochain ouvrage (2016), où seront décrits près de quatre cent livres d’heures : « Car sans heures ne puys Dieu prier … » / Le livre d’heures enluminé en Bretagne / The Illuminated Book of Hours in Brittany  =====

21 Août 2015
Jean-Luc Deuffic

Guillaume Le Bret et Jehanne Paluel : des \”ornemanistes\” bretons révélés par un livre d’heures à l’usage de Saint-Malo (Rennes, BM, ms. 1510)?


© Bibliothèque Rennes Métropole. Nativité, f. 37, détail.

Plusieurs des livres d’heures possédés par la Bibliothèque Métropole de Rennes ont fait l’objet sur ce blog de notes diverses. 
Il en est un, malgré sa modeste allure (\”lamentable\”, comme le précisait en 1992 le Prof. Eberhard König), qui nous a très récemment laissé sur une joie toute particulière. Nous y avons en effet relevé un élément inédit : sa décoration, du moins en partie, a été signée par un couple qui nous semble être les ornemanistes du manuscrit, ces artisans spécialisés dans l’exécution d’initiales filigranées, entre autres. Cette découverte a bien entendu été facilitée par la numérisation du manuscrit (BVMM/IRHT et Tablettes Rennaises).  


© Bibliothèque Rennes Métropole
Ci-dessus, f. 26, les noms de Guillaume Le Bret et de Jehanne Paluel reliés ensemble avec un \”coeur\”.

La pratique de ces signatures ne semble guère courante quand on sait que la grande majorité des enluminures médiévales reste anonyme. Peter Kidd, dont je salue ici le travail (voir son excellent blog Medieval Manuscripts Provenance), me signale par exemple le cas de Stephanus de Aquila étudié par François Avril, un copiste attaché probablement à la chancellerie pontificale, auquel on doit un livre d’heures (Escorial (h.iV.9) et dont le nom se retrouve dans un décor filigrané très élaboré du manuscrit Latin 4969 de la Bibliothèque nationale de France (1). Ici le copiste prend part à la décoration de son manuscrit. De même, François Avril a écrit quelques pages sur \”Un enlumineur ornemaniste parisien de la première moitié du XIVe siècle : Jacobus Mathey (Jaquet Maci ?)\” (Bulletin Monumental, t. 129, 1971, p. 249-264). Mais nous sommes là déjà en terrain plus luxueux!

Dans notre cas (bien plus modeste il est vrai), celui du livre d’heures à l’usage de Saint-Malo (Rennes, Bibliothèque Métropole, ms. 1510), Guillaume Le Bret et Jehanne Paluel ont laissé leurs noms sur plusieurs initiales filigranées, mais rien n’indique qu’ils sont, l’un ou l’autre, auteur de la copie du texte, ou même s’ils ont participé, de près ou de loin, à l’élaboration des enluminures et peintures du manuscrit.


© Bibliothèque Rennes Métropole
Au f. 70v le nom de Jehanne Paluel


© Bibliothèque Rennes Métropole
f. 74v, le nom de Guillaume Le Bret

Quoiqu’il en soit, une étude précise de ce livre d’heures pourrait nous faire peut-être connaître le travail respectif de chacun d’entre eux.
D’après un premier sondage, les patronymes PALUEL et LE BRET sont présents anciennement dans la région de Dinan / Saint-Malo, le premier attesté à Tréfumel dès les années 1520. Au reste, le village de Paluel se trouve sur la commune de Trigavou, dans l’arrondissement de Dinan

Le livre d’heures à l’usage de Saint-Malo présenté ici possède bien d’autres centres d’intérêt. Parmi ses possesseurs connus, les familles DE NOUAL (ou Denoual *) et ARTUR (qui s’en est servi comme livre de raison dans la seconde moitié du XVIe siècle).
Son calendrier procède de la liturgie malouine : l’inscription de Vincent Ferrier au 5 avril suggère une composition du manuscrit après 1455, date de la canonisation de l’un des apôtres de la Bretagne.
Vincent, martyr (22 janvier, en rouge, patron de la cathédrale de Saint-Malo); Gildas, abbé (29 janvier) ; Jean de Craticula (= Jean de la Grille,1er février, en rouge) ; Jacut, abbé (8 février, au jour précédent, une main ancienne a inscrit « ou prie ») ; Aubin (1er mars, en rouge) ; Guénolé, abbé (Guyngualoy, 3 mars) ; Vincent Ferrier, confesseur (5 avril, en rouge) ; Servais, évêque (13 mai, en rouge) ; Yves, confesseur (19 mai, en rouge) ; Paterne, évêque (21 mai) ; Donatien, martyr (24 mai) ; Gurval, évêque (6 juin) ; Méen, abbé (21 juin, en rouge) ; Aaron, confesseur (22 juin, en rouge) ; Lunaire, évêque (1er juillet, en rouge) ; Translation de saint Malo (11 juillet, en rouge) ; Turiau, évêque (13 juillet) ; Samson, évêque (28 juillet, en rouge) ; Guillaume, évêque (29 juillet, en rouge) ; Armel, abbé (16 août) ; Sulin, abbé (1er octobre) ; Melaine, évêque (11 octobre) ; Magloire, évêque (24 octobre) ; Translation de saint Yves (29 octobre, en rouge) ; Dédicace de l’église de Saint-Malo (30 octobre, en rouge) ; Gobrien, évêque (3 novembre) ; Malo, évêque (15 novembre, en rouge) ; Présentation de la Vierge (21 novembre, en rouge).
Et dans les litanies figurent les saints honorés particulièrement dans ce diocèse : Malo, Melaine, Samson, Magloire, Aaron, Tugdual, Brieuc, Paul, Corentin, Paterne, Méen, Sulin, Servais, Briac ? (« Briave »), Lunaire, Enogat, Jacut, Maudez.

 
© Bibliothèque Rennes Métropole
Fuite en Egypte. Le Prof. Eberhard König y a reconnu une influence flamande.

Pour lors nous n’avons pu identifier le commanditaire du livre d’heures, mais des armes effacées (hermines de sable, maison ducale de Bretagne ? un chevron de gueules…) sont encore visibles au f. 62, à la peinture représentant David en prière, dans une initiale, et en marge inférieure :


© Bibliothèque Rennes Métropole

Une autre particularité de ce manuscrit tient à la reliure. Eberhard König a relevé son \”caractère plutôt flamand\”. Effectivement, elle correspond à ces reliures sur ais de bois couverts de cuir estampé à froid utilisant des plaques produites en Flandre au XVe siècle. Un échange sur Twitter avec @BibMazarine et Peter Kidd m’a dirigé vers l’atelier de Lodewijk Bloc, Ludovicus Bloc (Brügge 1484- 1529) qui signait généralement ses travaux. Certains éléments semblent bien identiques :


Plaque de reliure du livre d’heures à l’usage de Saint-Malo (Rennes, BM, ms.1510)


Frottis d’une reliure de Ludovicus Bloc conservée à la Bibliothèque Saint-Geneviève (MS2708)

En 1992, lors d’une exposition à Rennes, le Eberhard König (2) avançait l’idée que ce livre d’heures, inachevé, avait pu être \”transporté en Flandre … pour rentrer en Bretagne après\”. Pour notre part nous pensons que ce manuscrit n’a jamais quitté la Bretagne. Saint-Malo, port breton de premier plan, était en contacts permanents avec le pays flamand. Les relations de la Bretagne avec la Flandre avaient commencé dès le XIIIe siècle. Elles se développèrent au XVe siècle, grâce à l’alliance de François II avec Charles-le-Téméraire. Les Bretons fréquentaient surtout les grandes foires de Bergues, Bruges et Anvers. Un des propriétaires du manuscrit, de la famille des armateurs et corsaires ARTUR, commerçait encore avec ce dernier port au milieu du XVIe s. (3) 
Certainement, des plaques de reliures devaient circuler entre les deux pays, comme cela devait être le cas pour des modèles de peintures religieuses, des patrons de vitraux ou des fontes typographiques. D’autre part, il ne faut pas oublier l’importance des artisans itinérants qui travaillèrent dans bien des domaines de l’art en Bretagne. D’un autre côté nos Bretons se sont aussi expatriés (tel le fameux Jean Brito, prototypographe, de Pipriac, installé à Bruges).

Coté décoration, le livre d’heures de la Bibliothèque de Rennes Métropole reste assez décevant. De nombreuses peintures ont été extraites et celles qui restent ont été retouchées par un \”enlumineur\” du XIXe s (peut-être par Casimir Beslay des Fougerays, un ancien possesseur) qui a même été jusqu’à y ajouter une \”Visitation\” de son cru. E. König a relevé l’influence nettement flamande de la Fuite en Egypte.

Pour clore cette note sur le livre d’heures de Saint-Malo de la Bibliothèque de Rennes Métropole, soulignons un parallèle avec celui de la Bibliothèque Municipale de Saint-Brieuc (ms. 4). Tous deux contiennent une liste de \”frairies\” de la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo auxquelles appartenaient leurs possesseurs, ainsi :
Manuscrit Rennes, BM, 1510 :
(vers 1580 ?)
Ensuist les frayries dont est /
—— et sa femme /
Et premier
Du st Esprit
De Nostre Dame
De st Jehan (4) 
De St Jacques
De st Malou
De St Sabastien
De Ste Barbe
De st Guillaume
De st Nicolas de [Tolentin]
De st Cosme et Damien
(d’une autre écriture) du St Sacrement
Manuscrit Saint-Brieuc, BM, 4 :
(vers 1530)
Cy ensuilt les frairies (?) doncq je suy fondés en lesglisse catedral de st Mallo Et premyer
Du Sainct Esperit
De Nostre Dame
De Sainct Jehan 
De Sainct Mallo
De Sainct Sabastien
De Sainct Nycollas de Tolent..
De Sainct Nycollas de Bari
De Saincte Barbe
De Sainct Eloy
de Saint Anthouenne (d’une main plus récente)

Le manuscrit de Saint-Brieuc s’est trouvé entre les mains d’un membre de la famille malouine des Porée, alliée aux ARTUR, d’où sans doute la présence de ces listes de confréries consignées dans les deux livres d’heures.

Notes

(*) Les Heures à l’usage de Gand ou Bruges du couple malouin Jean de Noual (ou Denoual, autre \”lignée\”de cette famille) et Jeanne Mayngart, composées en 1499, sont passées en vente publique il y a quelques années. Ci-dessous les armes des Denoual (D’azur à deux merlettes d’argent posées en fasce, accompagnées en chef de trois étoiles d’or et en pointe d’un croissant de même) sur une écuelle (détail. Gabrielle Bidart, veuve d’orfèvre de Rennes, 1767, argent, l. 32,5 cm, coll. part. C.B.) (= source)

(1) François Avril, \”Stephanus de Aquila\”, dans Illuminare l’Abruzzo. Codici miniati tra Medioevo e Rinascimento, a cura di G. Curzi, F. Manzari, F. Tentarelli, A. Tomei, Pescara, Carsa Edizioni, 2012, p. 51-57.
(2) Eberhard König, dans Manuscrits à peintures (XIIIe -XVe siècles). Catalogue de l’exposition de Rennes, 18 septembre-18 octobre 1992, p. 46-47, n° 10.
(3) Voir par exemple Jean Kerhervé, \”Bretagne et Flandres. Les échanges du XIVe au XVIe siècle\”, dans Ar Men, n° 22, 1989, p. 17-35.
(4) Saint-Jean-Baptiste, dite des Frères Blancs, fondée en 1240 par Geoffroy, évêque de Saint-Malo.

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PS. Ce manuscrit fera l’objet d’une notice importante dans notre prochain ouvrage, prévu en 2016, où seront décrits près de quatre cent livres d’heures :
« Car sans heures ne puys Dieu prier … »
Le livre d’heures enluminé en Bretagne
The Illuminated Book of Hours in Brittany

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Je remercie Claudia Rabel (IRHT) pour ces précieux conseils… et Sarah Toulouse (Bibliothèque de Rennes Métropole) pour son amabilité à répondre à mes messages!

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© Bibliothèque Rennes Métropole. f. 95, détaiL

28 Mai 2015
Jean-Luc Deuffic

Le livre de raison de Raoul Becdelièvre, seigneur du Bouëxic, lieutenant de la sénéchaussée de Rennes (+ 1527)

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(c) Ghislaine KAPANDJI et Élie MORHANGE Commissaires-Priseurs – Drouot

John T. McQuillen, Assistant Curator of Printed Books & Bindings à la Morgan Library me fait savoir qu’un recueil d’incunables, passé à la vente Pallys du 9 avril dernier (lot 185), se trouve actuellement en possession de la prestigieuse bibliothèque new-yorkaise. [ = ChL 1582M – PML 196158.1]
Estimé entre 1500 et 3000 euros son prix a atteint tout de même 18.000 euros…

Cet ensemble de 4 ouvrages incunables dans une reliure du XVIe siècle en veau brun (peut-être une réalisation locale), comprend les pièces suivantes :
1. Rubrice totius juris tam canonici quam civilis. (seuls mots visibles du titre lacunaire, remonté et contrecollé), [48] f. (dont ce titre). Sans mention d’impression, sans date. [Lyon: Hémon David, vers 1496/1498].
Probablement un unicum.
Gesamtkatalog der Wiegendrucke : M3903950
Ex-libris manuscrit des Capucins de Rennes, 1708. On retrouve le même ex-libris avec cette date sur un ouvrage de la bibliothèque de Rennes Métropole : « Cy commence la Bible en françoys » [Paris : Guy Marchant ou Antoine Caillaut ou Pierre Le Rouge, [vers 1488-1489] = 15193 Rés – Numérisé sur les Tablettes Rennaises.

2. – [Table des chapitres de la très ancienne coutume de Bretagne par ordre alphabétique] (Titre mentionné par A. de La Borderie). Imprimé à Nantes par Estienne Larchier, s.d. [mais incunable selon A. de La B.]. [43] f., fig. de blason gravée au colophon.
Voir notre site : Les éditions des Coutumes de Bretagne (jusqu’à 1600)
Gesamtkatalog der Wiegendrucke : M43567
 
3. S’ensuivent les ordonances et statuz du roy faitz au pais de bretaigne ou moys de may l’an mil.CCC. quatre vigntz quatorze. S.l., s.d. ([1494]. A la fin: Et publié davant mon segneur le seneschal de Nantes… le XVI iour de iuign l’an mil cccc iii xx xiiii), [12] f. Note ancienne en marge du 2e f.
Gesamtkatalog der Wiegendrucke : M1616520
 
4. Modus legendi in utroque jure… [au colophon:… Parisius impressus per magistrum Petrum Le Dru], 27 novembre 1495, LXXV f.
Gesamtkatalog der Wiegendrucke : M24982
 
Ce recueil provient d’Arthur de la Borderie (ex-libris) qui l’a légué au Comte Elie de Palys (ex-libris). L’ouvrage (ou une partie) a appartenu aux XVe et XVIe siècles à Raoul Becdelièvre, seigneur du Bouexic (paroisse de Guipry) et à Guillemette « Charlot » (sic, mais donné Challot dans l’arrêt de noblesse) son épouse, puis à leur fils Etienne, marié à Gillette du Han, qui s’en sont servis comme \”livre de raison\”, en y inscrivant naissances et décès :
Le vendredi XXe jour de decembre lan mil IIIIc IIIIxx XVII fut né mon fils Gilles Becdelievre
Le XVIme jour de janvier lan ensuyvant mil IIIIc IIIIxx XVIII fut né mon fils Estienne Becdelievre
Le mardi … Vme jour de mars ensuyvant oud an mil IIIIc IIIIxx xlviii trespassa de sesreche Guillemecte Charlot ma femme Dieu luy face pardon amen
Le XVe jour de janvier lan mil Vc XXVII deceda Mre Raoul …
5 mars 1533 décès de Gilles
Puis les naissances des enfants d’Etienne :
1er avril 1542 naissance de Jean
11 février 1543 naissance de François
22 février 1544 naissance de Pierre
7 septembre 1546 naissance de Gillette
Le 17 aout 1548 naissance de Françoise

Jean Bossart : Recueil des armoiries de plusieurs seigneurs et noblesses de Bretagne (Bibliothèque de Rennes)

Nous sommes assez bien documentés sur cette famille par l’arrêt de 1669 :
Voir Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France par P.-L. Lainé, t. VI, p. 38-49. Texte saisi par Amaury de la Pinsonnais, sur le site Tudchentil.

Michael Jones, “Les archives du succès ? Les débuts d’une grande famille parlementaire bretonne, les Becdelièvre” dans Guerre, pouvoir et noblesse au MA, mélanges en l’honneur de Ph. Contamine, aux Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2000.
14 Avr 2015
Jean-Luc Deuffic

Les BOLSEC : des libraires bretons de Paris au début du XVIe s.

Parmi les libraires bretons ayant exercé à Paris au XVIe siècle, figurent Mathieu et Hervé Bolsec. Le premier, éditeur de plusieurs opuscules grecs en 1512, était installé rue Saint-Jean de Beauvais, à l’image de saint Yves. Au reste, sa marque est dédiée au saint trégorrois.

Le patronyme BOLSEC est essentiellement attesté dans la région de PLONEVEZ-DU-FAOU (Finistère)

Nous sommes mieux renseignés sur Hervé Bolsec. Ci-dessous les éléments biographiques relevés par Philippe Renouard aux Archives Nationales :

Libraire et relieur, 1516-1529, bourgeois de Paris; meurt avant le 20 avril 1531.

Est propriétaire avec sa femme Marie Bernard de la moitié d’une maison, à la Rose Rouge, rue Saint-Jean-de-Latran, qu’ils vendent le 27 septembre 1529. Il loue le 29 août 1522 au collège de Tréguier deux ouvroirs et en sous-loue un le 20 janvier 1528.
La même année, il fait partie de la confrérie de Saint-Jean l’Évangéliste, à Saint-André-des-Arts, qu’il a fondée avec Samson Nicolle et Toussaint Denis, libraires, Pierre Gaudoul en étant un des gouverneurs, pour la défense de leur métier.

1522, 29 août. —Bail viager, à la vie des deux époux, par le collège de Tréguier, à Hervé Boisés (sic), libraire et bourgeois de Paris, marié à Marie Bénard, de deux étables contiguës, « une vifz entre deulz », dépendant du collège, sise rue Saint-Jean-de Latran, dites la Grande et la Petite étable, mesurant trente-quatre pieds de long, que les preneurs convertiront en deux ouvroirs ; loyer annuel : 6 l. t. (COYECQUE, t. I, n° 313).

1528, 20 janvier. — Bail, pour un an, par Hervé Boulleset, libraire, bourgeois de Paris, à Thomas Le Fèvre, même qualités, d’un ouvroir avec sallette contiguë, actuellement occupés par Nicolas Hary, le tout sur la rue Saint-Jean-de-Latran, moyennant 12 l. t. (COYECQUE, t. I, n° 858).

1528, 20 et 27 avril. — Contestation au sujet de l’entretien et du service de la confrérie de Saint-Jean-1’Évangéliste entre d’une part Nicolas Le Savetier libraire et imprimeur et d’autre part Pierre Gaudoul, libraire, Samson Nicole, Toussaint Denis et Hervé Bolsec, libraire et relieur de livres, demeurant à Paris, depuis douze ans. (Cf. t. IV, art. BLANCHET (Jacques) et COYECQUE, t. I, n° 892).

1529, 26 septembre. — Vente par Hervé Bolsec, libraire, et Marie Bernard, sa femme, à Gamyn Abalin (1), laboureur, de leurs droits sur la maison de la Rose-Rouge, rue Saint-Jean-de-Latran; corps d’hôtel, cour, cave, cuisine (Arch. nat., S 1651, f° 10, 2e série).

1530 (n. st.), 4 avril. — Échange entre Jean Lalyseau, libraire, et Gamyn Abalin, laboureur, de la moitié indivise de deux maisons, la Licorne, rue de la Boudroirie, et l’image Sainte-Barbe, rue de la Boucherie, contre la maison de la Rose-Rouge, rue Saint-Jean-de-Latran et une soulte de 10 l. t. (Arch. nat., S 1651, P 24, 2e série).

1531, 20 avril. — Nouvel acte relatif à cette maison entre Jean Lalyseau d’une part et Gamyn Abalin et Marie Bernard, veuve d’Hervé Bolsecq [libraire] de l’autre. (Arch. nat., S 1651, P 64 v°).

1542, 13 janvier. — Quittance par Thibaulde de « Neuf», veuve de Didier…, et, en première noces, de Hémon Mascot, rue des Carmes, et par Regnault Brucel et sa femme, Marie Mascot, tous bourgeois de Paris, à François Lalizeau, clerc au greffe de la chambre des comptes de Paris, de 105 l. 10 s. 10 d.t., dont 1°) 96 l. t. pour le rachat d’une rente de 8 l. t. constituée, le 16 décembre 1522, par feu Hervé Bolsec et Marie, sa femme, sur la moitié d’une maison sise au clos Bruneau, à l’enseigne de la Rose [rouge], qui appartenait aux constituants et qui appartient présentement à François Lalizeau et aux cohéritiers de Jean Lalizeau; 2°) 10 s. 10 d. t. pour arrérages, à compter de Noël; 3°) 9 l. t. pour remboursement de frais (Arch. nat., Min. centr., XXI, fol. IIIe VII et COYECQUE, t. I, n° 2182).

SOURCES = RENOUARD, Documents, p. 17, 147, 295; RENOUARD, Répertoire, p. 141; COYECQUE, t. I, nos 313, 858, 892 et 2182; HELWIG, Handbuch der Einbandkunde, t. II, p. 98; G. D. HOBSON, « Parisian binding 1500-1525 », dans The Library, 4e série, t. 11, 1931, p. 433. Philippe Renouard, Imprimeurs et libraires parisiens du XVIe s., Service des travaux historiques de la Ville de Paris, 1991, p. 259.

(1) Un patronyme bien breton …

19 Jan 2015
Jean-Luc Deuffic

Les “Coutumes de Bretagne” des Toulbodou

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On trouvera dans La très ancienne coutume de Bretagne de Marcel Planiol, la description de 26 manuscrits complets (XIV-XVe siècles) de la Coutume de Bretagne, auquel on peut ajouter trois autres présentés par P. Fournier, dans l’Histoire littéraire de la France, XXXVI, 1927, p. 577-584. Cf. Alain Raison du Cleuziou, « Un manuscrit inconnu de la Très ancienne Coutume de Bretagne et son premier possesseur François de Ploesquellec », dans Bulletins de la Société d’Émulation des Côtes-du-Nord, LV, 1923, p. 63-77.
Parmi les manuscrits de la Coutume il y aurait lieu de signaler les deux exemplaires ayant appartenu aux seigneurs de Toulbodou (d’or, semé de feuilles de houx de sinople), famille possessionée à Plougasnou (anc. diocèse de Tréguier) et à Guéméné (anc. diocèse de Vannes), qui tire son nom d’une seigneurie en Locmalo (Morbihan).
Sur le dernier feuillet du manuscrit Paris, BnF, Fr. 14398, on peut lire cette note :

« Cestes coustumes, constitutions, statuz, editz, establissementz et deffanses sont et appartiennent à Pierres de Toulbadou, à qui Dieu doint joye et lyesce. Amen. Et sont escriptes par Yves le Borngne ou moys de septembre l’an mil cccc cinquante quatre. Et pour ce tu autem miserere nostri. Deo gracias. Amen. – Cestes coustumes furent achatées de Mador Dilland, bideau et biblioteque de la universe cité de Nantes, par Jehan Robin, demorant à la Fousse dudit lieu, le sebmadi onzième jour de mars l’an mil iiijc seixante ouict ». Plus bas, « Gacien Robin » ; après la Coutume, « Cestes coustumes sont a Pierre de Toulbadou // A qui Dieu doint // Ce qu’il n’a point ! ».

Le manuscrit Paris, Arsenal, 2570 a, quant à lui, appartenu à Guillaume de Toulbodou. Au f. 1 : « Consuetudines Britanniœ per Guillielmum de Toulbadou » ; au f. 118v : « In mense junii anno doi millesimo quat. cento XXX° vii° », puis au f. 139v : « Pour servir à mon maistre le sieur de Querduel, seneschal de Guemenee ».

Guillaume de Toulbodou avait épousé Catherine de Kerampuil. Il recevra en 1494, « le manoir de Castel Govello pour toute prétention es successions du dit Pierre » de Kerampuil et de Marguerite de Renquier père et mère des dits Pierre second et de la dite Catherine » Revue Historique de l’Ouest, 1896, p. 100. Un des membres de la famille de Toulbodou, Jean, « lequel seigneur, par la singulière dévocion que celui (ci) disoit avoir de faire et édiffier une chapelle en l’honneur de Dieu et de Madame saintte Barbe, en ung lieu et place de la terre domaine dudit seigneur, sis en une montaigne nômée Rohau-maréh-bran, en la paroësse du Faouët », reste dévotement associé à la construction de cette très pittoresque chapelle, actée le 6 juillet 1489, suite au vœu qu’il fit après un terrible orage auquel il échappa « miraculeusement ».

30 Nov 2014
Jean-Luc Deuffic

Un nouveau libraire breton dans le Paris médiéval ? Jean Postic

La liste déjà imposante des libraires bretons ayant exercé à Paris au Moyen Âge pourrait encore s’allonger avec un nouveau candidat possible, le nommé Jean Postic.

Richard H. et Mary M. Rouse ont consacré dans leur monumental ouvrage Manuscripts and their makers (2000, t. II, p. 83) une notice à un certain Jean Postel, qui inclut notre Jean Postic, lequel pour ma part me semble être bien différent. La forme POSTIC est précisément donnée par Auguste Vallet de Viriville, en 1858, notant une dépense relevée dans le registre KK49 des Archives nationales, relative à une commande effectuée par Isabeau de Bavière :

(Fol. 40) A Jehan Postic libraire pour avoir et acheter les estoffes nécessaires pour unes Heures que ladite dame lui a ordonné faire le 13 janvier 1417 (n.s.) 6 escus valent 108 s. p.

En 1403, Philippe Le Hardi avait déjà acheté à Jehan Postit (sic) \”un messel tout complet, à l’usaige de Paris\”, pour sa propre fille, Marie, l’épouse du comte Amédée VIII, laquelle partait alors pour la Savoie (35 écus d’or).
Prost, Archives, p. 345-346.

Le patronyme POSTIC est attesté anciennement en Bretagne, dès le milieu du XVIe siècle dans la région de PLOUGASNOU, dans l’actuel Finistère.

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Isabeau de Bavière et Christine de Pisan

La recherche du patronyme POSTIC nous a conduit vers une curieuse piste. En effet, l’une des 24 maitresses de Philippe le Bon (1396-1467) se nommait Marguerite POSTIC (selon certaines sources, d’autres l’appellent Marguerite Van Poest, Post ou Prest … Un recours aux archives pourrait certainement confirmer telle ou telle version) qui donna naissance à Philippe de Bourgogne, seigneur de Sommerdick (1464-1524), le \”sulfureux\” évêque d’Utrecht.
Werner Paravicini, (\”Un tombeau en Flandre : Hervé de Mériadec\” dans Francia, 34/1, 2007, p. 85-145) a étudié avec minutie le parcours de ce seigneur breton à la cour de Philippe le Bon. Curieusement, les MERIADEC étaient possessionnés à PLOUGASNOU, le berceau probable des POSTIC ….

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Philippe le Bon