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23 Fév 2011
Jean-Luc Deuffic

A la recherche d’un unicum : le Livre d’heures imprimé à l’usage de Quimper (ca 1530, vve Thielman Kerver ?) de Conrad d’Einsiedeln

Préparant un Inventaire des Livres d’heures bretons je suis en quête d’un unicum, un Livre d’heures imprimé à l’usage du diocèse de Quimper passé en vente chez l’antiquaire allemand de Munich, Ludwig Rosenthal au début du XXe siècle. Encore que l’exemplaire en question restait incomplet de sa page de titre … Par bonheur nous possédons une description assez précise de l’ouvrage qui fut auparavant entre les mains du bibliophile français Ambroise Firmin-Didot (A)


Feuillet du mois de mars. On remarque dans une petite cartouche, à droite et à gauche, une date : 1535 ?

Petit in-8° à caractères gothiques sur vélin. Trois parties en un volume. Caractères rouges et noirs. On lit au bas du premier folio de chaque cahier : Corisop, et au bas du f. lxv des Suffragia sanctorum au début de la table : Festa immobilia in curia officialatus corisopitensis obseruata.
Première partie n. c. : 36 f., aa-dd8, ee4 (le titre et le f. 36 manque dans l’exemplaire Rosenthal (Aa-ee, 37 f., dans Brunet). Elle contient l’Homme anatomique et le Calendrier, avec des quatrains en latin et en français ; ensuite les jours de la sepmaine moralisez, en vers français, la maniere de bien vivre, l’Examen de conscience, le testament du pelerin, oraison a bien dire au matin, et autres pièces en français, suivies de la passion de nostre seigneur, en latin, les quatre évangiles, les Heures de la Passion.
Seconde partie : a-i, f. i à lxxij. 72 f. chiffrés. Horae.
Troisième partie : A-l. f. i à lxv. 65 f. chiffrés et 3 f. non chiffrés pour la fin de la table, le cahier l complet en 4 f. Horae sanctorum
Le volume se termine par une table des matières où nous apprenons qu’au revers du titre il y avait un almanach pour seize ans. Le titre de l’exemplaire Rosenthal a été enlevé avant 1627, la signature de Conrad d’Einsiedeln (1), possesseur du volume à cette date, se trouvant écrite au bas de la première page.
Décoration : 62 gravures (63 selon Graesse), « sans analogie avec celles des Livres d’heures de Paris de la même époque, excepté les 12 grands sujets représentant les occupations des mois, qui sont des copies des Heures à l’usage de Notre-Dame d’Angers, imprimées par Thielman Kerver en 1530 (1)… Les caractères employés sont ceux des premières Heures de Pigouchet » (Didot, Catalogue, n° 881).
Dans la vignette du f. 62v, 2e partie, relative à la légende d’un chanoine de Paris, on lit le nom Bruno sur la robe du premier personnage à gauche, qui est le nom de ce personnage même. Plusieurs gravures ont le caractère germanique ; celle de s. Michel (f. 30, 3e partie) porte au bas le monogramme composé des lettres P D V (Pierre de Vingle ?) ; elle se trouve dans des Heures imprimées par Nicolas Higman pour Simon Vostre.

Il est intéressant de noter dans ce contexte que des Heures en langue bretonne ont été imprimées en 1576 par Jacques Kerver, dans lesquelles plusieurs illustrations ont été utilisées par Thielman Kerver. Voir sur cet ouvrage : Jean-Luc Deuffic, \”Les Heures bretonnes à l’usage de Quimper de Gilles de Kerampuil\”, dans Pecia, 4, 2004, p. 118-126, suite à la (re)découverte d’un exemplaire complet aujourd’hui conservé à la Rylands de Manchester ; et l’analyse de Léopold Delisle, en ligne sur Persée.

Source et illustration : Catalogues Rosenthal

Notes :
(A) \”Selon A. Jammes, Ambroise Firmin-Didot « a été sans doute le plus grand bibliophile de son siècle ». A la tête d’un véritable empire du livre, il confia vers 1855 à son fils et à son neveu la direction de ses usines et consacra les vingt dernières années de sa vie à ses travaux d’érudition et à son exceptionnelle collection de livres rares, de manuscrits enluminés et d’estampes. Les 3320 pièces les plus précieuses furent dispersée en six ventes posthumes et décrites dans de prestigieux catalogues dont les exemplaires de luxe comportaient des reproductions en phototypie\” (Catalogue de l’exposition Les Didot, imprimeurs de l’Institut de France, Bibliothèque de l’Institut, 12 septembre – 15 décembre 2005, fichier pdf).
(1) Einsiedeln, commune suisse du canton de Schwytz, située dans le district d’Einsiedeln. Cet élément est un témoignage supplémentaire de la circulation (parfois surprenante) des livres.

Biblio : J. G. Théodore Graesse, Trésor de livres rares et précieux, Genève, Slatkine reprints, 1993 (Fac-similé de l’édition de Dresde, R. Kuntze, 1859-1869, parue sous le titre : Trésor de livres rares et précieux ou Nouveau dictionnaire bibliographique), t. VII, p. 372, cite un exemplaire vendu 500 fr. dans la Catalogue Tross de 1864, n° I, 208.
Jacques-Charles Brunet, Manuel du libraire et de l’amateur de livres, t. V, Paris, 1864, c. 1685, n° 202bis ; Supplément 1, 621.
Bibliothèque A. Firmin-Didot. Catalogue des livres précieux manuscrits et imprimés, [Paris], Delestre, Labitte, Juin 1883, p. 65, n° 66. Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque de M. Ambroise Firmin Didot, t. I, Paris, 1867, col. ccc-ccci, n° 881.
Ludwig Rosenthal. Catalog 100. Seltene und kostbare Werke aus allen Fächern […], München [1898], p. 146-148, n° 825 (1500 fr.).
Ludwig Rosenthal. Katalog 111. Seltene und kostbare Bücher, München [1905], (1875 Fr.)
H. Bohatta, Bibliographie der Livres d’heures (Horae B.M.V) : Officia, Hortuli Animae, Coronae B.M.V., Rosaria und Cursus B.M.V. des XV. und XVI. Jahrhunderts, 2. verm. Aufl., Vienna, 1924, 386.
F. Duine, Inventaire n° 292.

Je remercie vivement Edith Rosenthal (Ludwig Rosenthal’s Antiquariaat) pour son aimable concours.   

(1) Thierry Claerr, qui travaille sur les KERVER, me fait justement remarquer que Thielman Kerver, mort en 1522, c’est sa veuve, Yolande Bonhomme, qui lui succède. Au reste, je n’ai pas encore trouvé référence aux Heures de Notre-Dame d’Angers mentionnées par la notice du catalogue Rosenthal.

13 Fév 2011
Jean-Luc Deuffic

Quelques copistes bretons dans les bibliothèques espagnoles

Dans un article à paraître dans le prochain volume 13 de Pecia Le livre et l’écrit, chez BREPOLS (« Copistes bretons du Moyen Âge (XIIIe-XVe siècles) : une première « handlist » … »), nous présentons 187 copistes identifiés comme étant d’origine bretonne, parmi ceux-ci un certain nombre d’après des manuscrits localisés en Espagne :

GUIDOMAR DE LESTANET. Madrid, BN, 517. François de Marchia, Commentaria in II-IV librum sententiarium. Parch. 104 f. 338 x 240 mm. « Explicit tractatus de principiis phisicis editus a magistro petro aureoli ordinis fratrum minorum. Guidomarus de lestanet brito leonensis diocesis me scripsit anno domini millesimo CCCmo XXXmo IIImo. Deo gratias » (f. 100v).  

HENRI GUILLOU. Valence, Bibliothèque Cathédrale, 10. Nicolas de Gorran, Postilles. « Expliciunt postille fratris ni // cholai de Gorran super psalte // rium. // Hic liber est scriptus per henricum Guilloti pro Sanctissimo patre // ac domino domino clemente papa sexto // cuius anima requiescat in pace // Amen. Anno domini millesimo trecentesimo // quinquagesimo secundo die iovis // ante ramos Palmarum ». Libraire à l’Université de Paris (1351/1353).

HERVÉ JESTIN. Barcelone, Archivo del Cabildo Catedral, cod. 35. « Herueus Iestini (?) brito compleuit istud opus [parisius] die sabbati in uigilia beati Andree apostoli fratri Geraldo de Ponte predicti ordinis anno M° CCC° quinto decimo, quos deus ducat ad gaudía paradisi. Amen ». « Expliciunt tituli super primum sentenciarum fratris Geraldi de Ponte predicatorum, completi per Herueum Britonem ».

JEAN DE VILLE NEUVE. Salamanque, BU, 1938. Jean de Galles (divers traités). Parch. 129 f. 315 x 225 mm. « Explicit breviloquium de virtutibus antiquorum. Deo gracias « (f. 14v). « Explicit communiloquium per manum Iohannis de Villa Nova par. anno Domini millessimo CCCo (subp. : sep) octuagessimo » (f. 66v). « Nomen scriptoris est Iohannes diocesis est Trecorensis egregii generis et cognomine de Villa dicitur esse Nova Guengampi ville Christi gratia sibi principio fine adsit omni tempore et possidenti sit laus et gloria Christi (f. 125v).

JEAN MELEC. Barcelone, Archivo de la Corona de Aragón, cod. Sant Cugat 14. Missel. Ca 1402. Parch. 490 f. 355 x 255 mm. « Scripsit Johannes Melec presbiter, oriundus de Britanie » (f. 488v). Prov. : monastère de Saint-Cugat del Vallès. Don de l’abbé Berenguer de Rajadell en 1409 (armoiries au f. 14r). Voir ici


© Ministerio de Cultura

YVES. Salamanque, BU, 2550. Jean XXII, Extravagantes. Première partie, f. 1-30. Parch. 320 x 190 mm. XIVe s. « Datum Avinioni, ii kal. octobris pontificatus nostri, anno iio. Vinum scriptori debetur de meliori // non de peiori quia se dedit ille labori // Nomen scriptoris est Yvo Corisopitensis. // Laus tibi sit, Christe, quoniam liber explicit iste » (f. 30r).

YVES. Tortosa, Archivo Capitular, 202. Nicolas de Lyre, Postilles. XIVe s. « Vinum scriptori debetur de meliori. Qui me scribebat yuonem nomen habebat et .. » (f. 171v).

YVES. Seu d’Urgell, Biblioteca capitular 2017 : « Yvo Dei lumen videat post tale volumen / Se consuletur Deus actibus auxiletur » [ voir ]

27 Nov 2010
Jean-Luc Deuffic

L’évêque Raoul du Fou (+1510) : un nouveau manuscrit …

Nous avons donné dans un ouvrage récent – Notes de bibliologie (Brepols Publishers, 2010) -, à propos des « manuscrits d’Yvon du Fou, conseiller et chambellan de Louis XI », une liste ce ceux possédés par son frère, Raoul du Fou, évêque successivement de Périgueux, d’Angoulême et d’Evreux. A cette liste doit être joint un Pontifical, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Denison de Claremont en Californie (USA) sous la cote Perkins 3. Il s’agit d’un manuscrit parchemin de 176 f. mesurant 280 x 213 mm, dont on trouvera une excellente description dans le catalogue de C. W. Dutschke, et Richard H. Rouse, Medieval and Renaissance manuscripts in the Claremont libraries, Berkeley, 1986, p. 93-96, et  fig. 38, 39. [ en ligne ]

Ce manuscrit est entré par la suite dans les collections d’Henry-Auguste Brölemann (15 septembre 1775-30 novembre 1854), fils de Jean-Thierry-Thomas Brölemann et de Marie-Georgette Belz, d’une famille originaire de Soest en Westphalie, qui fut conseiller municipal de Lyon, membre de la Chambre de Commerce. Sa bibliothèque échut à son petit-fils, Arthur-Auguste Brölemann (6 octobre 1826-23 février 1904), Président du tribunal de commerce de Lyon. lequel conserva les collections riches de plus de 4000 volumes de son grand-père. Voir : Henry Morin-Pons, Arthur Brolemann, 1826-1904 : esquisse biographique, Lyon, 1904. ; Claude Breghot du Lut, Catalogue des manuscrits et livres rares de la bibliotheque d’Arthur Broleman, Lyon, 1897. Mme Etienne Malet en fit vendre une grande partie chez Sotheby’s en 1926 : Catalogue of a collection of very important illuminated manuscripts and fine printed horae with a few early illustrated books formed during the early part of the nineteenth century by Henri Auguste Bröleman, and now sold by order of the present owner, his great-grand-daughter and heiress, Madame Etienne Mallet,\” Sotheby’s London, 4-5 May 1926. En l’occurence, Blanche Bontoux épouse d’Etienne Mallet, fille de Adolphe Bontoux (°ca 1818) et (x 1853) d’ Albertine Brölemann (°1831)
Ex libris A. Brölemann avec motto : Vigilentia et Prudentia.

Liens

Ex-libris de Brolemann (page Peter Kidd)

Henri Auguste Brölemann. né en 1775, mort en 185(4), marié à Pauline de Villas en 1799, cousine germaine de Elisée de Villas et de sa soeur ainsi que de Julie Belz de Villas (née de Villas, épouse de Nicolas Belz).
….
Arthur est un bon garçon de 30 à 32 ans, qui ne demandait pas mieux que de prendre la vie par le meilleur côté, mais que l’exemple de ses parents, et malheureusement le sot mariage qu’on lui a fait faire ont rendu vieux et un peu maniaque avant l’âge, partant mélancolique. Néanmoins sa gaieté de fond reparait de temps en temps, loin de sa femme et de sa famille. Son tic est le comme il faut: tout petit, il était propret et méthodique, plus tard il a tourné à la gravure de mode, sans cesser pour cela d’être -sauf dans le grand monde, où son tic gourmait de la cravate aux sous-pieds- très simple, causant et plein de cette bonhomie ouverte, rare de nos jours et qui tient lieu des dons plus dangereux de l’esprit, avec presque autant d’agrément pour la société. Des considérations de famille et de fortune lui ont fait épouser en 1853 sa cousine germaine Anna Sévène, fille d’une soeur de sa mère, pour laquelle il n’avait nul entrainement…. (Notes sur la société lyonnaise )


Illustration : Raoul du Fou entre saint Jacques et saint Maur. Evreux BM 99, f. 218. (c) irht-cnrs

7 Nov 2010
Jean-Luc Deuffic

Albert Le Grand, « Vie, gestes, mort et miracles des saincts de la Bretaigne Armorique » : Une édition retrouvée ? 1657

[ Ce billet déborde un peu du thème admis par ce blog, le lecteur me le pardonnera …. ]

Le dominicain breton Albert Le Grand, né le 29 août 1597 à Saint-Melaine de Morlaix (Finistère), du mariage de Jacques Le Grand et d’Anne Noblet, sieur et dame de Lotéric (de la maison de Kerigonval, par. de Trégarantec,  d’azur à trois trèfles d’argent, 2 en chef, 1 en pointe), se consacra avec passion à promouvoir la gloire des saints de Bretagne. Il nous a laissé une oeuvre monumentale, premier essai d’un corpus hagiographique dont le succès populaire persiste encore. Son travail vise essentiellement à l’édification … A ce jour, sont connues pour le XVIIe s. les éditions de 1637, 1659, 1680, les deux dernières augmentées par Guy Autret de Missirien :

LA VIE ║ GESTES, MORT ET MIRACLES ║ DES SAINCTS ║ DE LA BRETAIGNE ARMORIQVE. ║ ENSEMBLE VN AMPLE CATALOGVE CHRONOLOGIQVE ║ ET HISTORIQVE ║ DES EVESQVES DES ║ NEVF EVESCHEZ D’ICELLE. ║ ACCOMPAGNÉ D’VN BREF RÉCIT DES PLVS REMARQVABLES ║ Evenements arrivez de leur temps, fondations d’Eglises || & Monasteres, ║ Blazons de leurs armes, & autres curieuses recherches. ║ Enrichi d’vne Table des matières, & succinte Topographie || des lievx || remarqvables y mentionnez. ║ DÉDIÉ À MESSEIGNEVRS DES ║ ESTATS DUDICT PAYS. ║ PAR Fr. ALBERT LE GRAND, De Morlaix ; Religieux, Prestre || & Père de Conseil de droict, en l’Ordre des FF. Prédicateurs ║ Profez du Couvent de Rennes. 1637, A Nantes, par Pierre Doriov. : 10 f. non chiffrés et 798 p. In-4° .
• Morlaix BM 35287
• Nantes BM 38105
Rennes BM 10576 et 345844
• Fougères 53073A Fonds Taligot

La Vie, Gestes, Mort et Miracles, des Saincts de la Bretaigne Armoriqve. Ensemble vn ample Catalogve chronologiqve et historiqve des Evesqves des neuf eveschez d’icelle. Accompagné d’un bref récit des plvs remarqvables Evenements arrivez de leur temps, fondations d’Eglises et Monasteres, Blazons de leurs armes, et autres curieuses recherches. Enrichis d’vne Table des matières, et succinte topographie des lieux remarquables y mentionnez. Dédié à Messeignevrs des Estats dudict pays Par Fr. Albert Le Grand, de Morlaix, reveu, corrigé et augmenté par Guy Autret, Sr De Missirien, 1659, Rennes, chez Jean Vatar et Julien Ferré . Le privilège est daté du 30 septembre 1657.
Brest BM Res FB C75 f.
• Nantes BM 3806 : 2 parties en 1 vol. (10 f. non chiffrés, 752-386 p. et 14 f. non chiffrés) in-4°. Le titre a été refait à la main, et assez inexactement, puisqu’on y donne à ce livre la date de 1657, date reproduite dans un des catalogues du libraire Petitpas, ce qui pourrait faire admettre un jour par les bibliographes une édition qui n’existe pas. Entre les pages 648 et 649 de la 1e partie se trouvent deux feuillets qui n’entrent pas dans la pagination. Le 1er contient le titre suivant : « Les Vies et Miracles des Saints de la Bretagne Armoriqve. Nouuellement adioustées en cette seconde Edition, non encore mises en lumière. Ibidem, 1659 ». Le second feuillet, qui est imprimé des deux côtés, comprend le « Sommaire du contenu en l’Histoire des Saints de Bretagne, selon l’ordre dv calendrier ». La deuxième partie n’a qu’un faux titre, ainsi conçu : « Catalogve chronologiqve et historiqve des Evesques de Rennes (de Nantes, de Vennes, de Cornovaille, de S.-Malo, de Dol, de S.-Brieuc, de Léon, de Trégver), avec un bref récit des choses remarquables auenues de leur temps audit diocèse. » (catalogue CCFR)
Rennes BM 11742
• Fougères 164A Fonds ancien

La Vie, gestes et miracles des Saints de la Bretagne armorique par le P. Albert Le Grand, De Morlaix. avec les Vies des Saints … nouvellement adjoustées (par Guy Autret, sieur De Missirien) en cette 3e éd., non encore mises en lumière. 1680, Rennes, chez la veuve de Jean Vatar . 2 f. et 804-359 p. In-4° .
• Nantes BM 65146
Voir d’autres éditions plus récentes : celle de Miorcec de Kerdanet et du chanoine Graveran, Brest, P. Anner et fils, 1837 ; celle dite « des trois chanoines » (Abgrall, Peyron et Thomas), Quimper, J. Salaün, 1901 [ En ligne ].

Le commentaire de l’érudit conservateur Emile Péhant sur l’exemplaire de Nantes, édition 1659 (Catalogue méthodique de la Bibliothèque municipale de Nantes), doit être réexaminé avec plus d’attention. En effet, à la fin du XVIIe siècle, Dom Louis Pinson, chanoine régulier de Saint-Augustin, en ses Mémoires pour servir à l’histoire manuscrite de l’abbaie de Daoulas (Finistère), dans sa première version (manuscrit Orléans, Bibliothèque municipale 486) (1), fait mention, au sujet de la vie de saint Jaoua (donné comme fondateur de ce monastère), d’un \”volume in 4° imprimé a R[ennes] chez Jean Vatar en 1657\”. De même, on doit remarquer que le privilège de l’édition de 1659 reste datée du 30 septembre 1657. C’est ainsi que nous croyons fortement à l’existence de cette édition de 1657.

(1) Un autre exemplaire, plus luxueux, dédié à Louis de Rohan-Chabot, est conservé à l’abbaye de Landévennec. Voir Michael Jones, Catalogue sommaire des archives du fonds Lebreton, abbaye Saint-Guénolé, Landévennec, Nottingham, 1998, n° 208.

Sur Albert Le Grand, et les diffèrentes éditions de ses « Vies », voir les études de A. BOURDEAUT, « Autour d’Albert Le Grand et du dieu Volianus », dans Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 6, 1925, p. 189 sq. L. KERBIRIOU (et G. H. DOBLE), « Albert Le Grand et les sources de l’hagiographie bretonne », dans Bulletin de la Société d’études artistiques, littéraires et scientifiques du Finistère, 9e fascicule, Morlaix, 1936, p. 1-30 ; Nos vieux saints bretons et la critique moderne, Brest, 1938. Francis GOURVIL, « Albert Le Grand cet inconnu », dans Nouvelle revue de Bretagne, mai-juin 1952, p. 161-170. Philippe LAHELLEC, Approche de la vie et de l’oeuvre du fondateur de l’hagiographie bretonne : Albert Le Grand de Morlaix et « La vie des saincts de la Bretaigne Armorique », 1637, 358 f., 30 cm., Maîtrise d’ Histoire, Brest, Université de Bretagne occidentale, 1996 : vol. 1 ; vol. 2, Annexes et catalogue des auteurs, bibliogr. f. 341-345, iconogr. f. 345-347. J. C. Brunet, Manuel du libraire et de l’amateur de livres, III, Paris, 1843, p. 84. Georges Lepreux, Gallia Typographica, Bretagne, Bibliothèque municipale de Rennes, 1989 (réimpression fac-similé de l’édition Paris, 1914), p. 111, note 7.

Illustration : Léon-Augustin L’hermitte, Saint-Melaine en 1875.

7 Nov 2010
Jean-Luc Deuffic

Prigent Calvarin, imprimeur breton à Paris (ca 1518-1560)

A voir, une liste de ses productions typographiques : [ Lien ]

Parva naturalia – De Sensu et sensato. De Memoria et reminiscentia. De Somno et vigilia. De Insomniis. De Longitutide et brevitate vitae. De Juventute et senectute. De Respiratione. De Vita et morte . Paris, 1535. Exemplaire de la Bibliothèque Desguine, Archives départementales des Hauts-de-Seine.

23 Oct 2010
Jean-Luc Deuffic

Jean-Emmanuel de Rieux, marquis d’Assérac († 1657) : un lettré « bien versé dans les sciences » …

Ma rencontre avec le marquis s’est produite récemment lorsque travaillant à la recherche d’informations pertinentes sur plusieurs bibliophiles bretons du XVIIe siècle,  je me suis rendu compte de l’importance du fonds des livres du seigneur d’Assérac conservé par la prestigieuse Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris. Du reste, son érudit conservateur du département de la Réserve, Yann Sordet, m’a aimablement invité à faire part de mes découvertes dans la revue Histoire et civilisation du livre, ce que je ferai avec grand plaisir…
Le Père Louis Jacob, dans son Traicté des plus belles bibliothèques publiques et particulières, qui ont esté, et qui sont à présent dans le monde (Paris, 1644, seconde partie, p. 642), citant pour la Bretagne celle de “Jean de Rieux, marquis d’Asserac”, écrit de lui qu’il « est bien versé dans les sciences, qu’il cultive journellement par le moyen de bons livres, dont il a rempli son exquise bibliothèque, pour l’augmentation de laquelle il travaille avec un grand soin ».
Je ne sais si Jean-Emmanuel de Rieux fut véritablement un “bibliophile” tel qu’on peut le concevoir aujourd’hui. Le marquis avait certainement un impressionnante bibliothèque mais c’était essentiellement une bibliothèque d’étude, celle d’un lettré passionné par les sciences, notamment par l’astrologie et l’astronomie. Mais laissons s’exprimer Paul Jacob dans l’épitre dédicatoire de son ouvrage, La clavicule, ou la science de Raymond Lulle (Paris, Jean Rémy, 1647), qu’il adressa au marquis, son mécène :

A Monseigneur le Marquis d’Asserac
Monseigneur,
L’amour que vous avez naturellement pour la Science, & pour la Vertu, me donne la hardiesse de vous offrir cet Ouvrage, comme le Chef-d’euvre du plus Vertueux & du plus // Esclairé de tous les Hommes. C’est Raymond-Lulle, Monseigneur, que vous retirez miraculeusement du Tombeau, apres plus de quatre cents ans, & qui vient en France acquerir une seconde gloire, si vous luy permettez que son Nom vive avec le vostre. C’est de l’Illustre famille de Rieux, dont la memoire ne scauroit mourir, qu’il peut infailliblement acquerir l’immortalité qu’il a meritée. Aussi tous les Esprits qui tiennent des qualitez du vostre, l’ont tousjours estimé, & son Nom est en telle veneration parmy les Doctes, qu’ils le regardent comme un Prodige de la Nature, & un Miracle de leur Siècle. Il espere de vostre Bonté, que vous souffrirez son entretien ; & il vous estime trop genereux, pour ne s’asseurer pas de vostre protection, apres avoir surmonté // par sa Vie, & par ses Miracles, tout ce qui faisoit obstacle à sa Probité.
A qui pouvois-je mieux addresser la Vertu que j’ay choisie pour Idée, qu’à celuy qui est le Temple vivant de toutes les Vertus ensemble ? En effet, Monseigneur, y eut-il jamais Grandeur qui leur fût plus propice que la vostre ? Et toutes les fois qu’elles recourent à vous, n’y treuvent-elles pas un Azile favorable ? C’est estre digne Imitateur de tant de Heros, dont vous descendez ; Et vous relevez encore par l’esclat de vos belles Actions la gloire de tant d’Admiraux, de Mareschaux de France, & de Generaux d’Armée de vostre Illustre Famille. Ce n’est pas la seule Noblesse de vostre Maison, qui vous fais estimer ; Elle est accompagnée des plus hautes Perfections dont une Ame puisse estre embelie ; & de quelques // graces que vous soyez redevable au sang dont vous tirez vostre origine ; on remarque aysément que les avantages que vous possedez, sont plustôt des effets de vostre Esprit, que des presens de la Nature. Toutes vos richesses ne sont pas estrangeres ; vous possedez en vous mesme des Thresors bien plus grands ; & la gloire que vous tenez de vos Ayeux, ne diminüe point celle que vos Vertus vous ont acquise. Cette vivacité d’Esprit, ce Jugement si profond, & cette Memoire qui recele tant de belles lumieres pour l’Histoire, pour la Poësie, pour les Langues, & pour les Sciences les moins vulgaires, sont des qualités bien plus nobles, & dont vous estes seulement redevable à vostre Sagesse. Cette affabilité, & cette douceur qu’on decouvre sur vostre visage, vous gagnent en mesme temps les cœurs & les // affections de ceux qui ont le bonheur de vous approcher. Aussi n’estes vous pas seulement doüé des Vertus Intelectueles ; vous avez encore les Morales, & les Surnaturelles. Vous recevez en vostre Maison beaucoup de Vertus, que la pluspart des Grands rejettent de leur Cour ; & vous monstrez par là, que vous avez seul ce qu’ils n’ont pas tous ensemble. La passion que vous avez pour les Muses, ne diminüe point celle des Armes ; & c’est une merveille qui tient lieu de Prodige au siecle où nous sommes, de ce que vous maintenez la gloire des Lettres parmy les Triomphes de la Guerre. Vous cultivez avec soin les deux principaux Exercices, qui contribüent le plus à la gloire des grands Empires ; & vous avez si bien reconcilié les Armes avec les Lettres, que le Nom de Sçavant & de grand (ã iiij) // Capitaine s’accordent parfaitement bien en vostre Personne. Puisque c’est une verité reconnüe de tous les Honestes gens, il me sieroit mal de la vouloir publier ; outre que mes paroles n’adjousteroient rien à vostre Gloire, & le Tableau que j’en ébaucherois seroit tres-imparfait. Il n’y a que vous, Monseigneur, qui le pouvés achever, & dont la main, comme celle de Cesar, peut desfaire nos Ennemis, & décrire vos Victoires.
Que n’ay-je le Genie du Poëte Lyrique ! Je publierois que ce second Mecene, que Raymond-Lulle a choisi pour Protecteur, n’a pas moins de bonne volonté pour les Lettres, que le premier, dont il a si dignement celebré la gloire. Je ferois voir comme un autre Virgile, que l’Auguste Famille d’Asserac est la seule qui descend de ces grands Prin- //ces de Troye, également recommandables pour les Armes & pour les Lettres, ainsi qu’il le décrit luy-mesme quand il dit, Assaracique Domus, &c. Touché de ses hauts sentimens, & inspiré des beaux feux de sa Poësie, je loüerois cette ancienne Race d’Asserac, qui compte tant de Siecles & tant de Heros parmy ses Ancestres ; Et il me seroit bien aysé de prouver qu’il s’en escoulera une infinité d’autres, avant que de produire un second vous-mesme en Vertus, en Valeur, & en Doctrine. Mais je sçay, Monseigneur, que vous aimez beaucoup mieux vous rendre recommandable par vostre propre Vertu, que par les foibles ornemens de ma plume. Quoy qu’il en soit, cette Traduction, & ces Fleurs de Rhetorique, peuvent apporter du // proffit aux Esprits, qui n’ont pas l’Intelligence des Langues, & qui ne sont pas dans le mesme degré de Science où vous estes. Recevez donc, Monseigneur, ce Livre fameux, que Raymond-Lulle a l’honneur de vous offrir par mes mains : Ne luy refusez pas une place dans cette belle Bibliothèque dont vous estes l’Ame vivante ; & que j’appelle à bon droit l’ornement, ou plustot l’ornement de vostre Province. S’il peut meriter vostre Approbation, je me vanteray par tout, qu’il aura receu chez vous un bonheur qui doit faire la meilleure partie de son estime. Que si vous agréez que je tire de la splendeur de vostre Nom, le plus durable Ornement de mes Ouvrages, j’essayeray de m’eslever à de plus hautes sciences, qui ne seront ny moins // belles, ny moins utiles, afin de meriter avec plus de Justice la qualité glorieuse
Monseigneur,
De
Vostre tre-humble / tres-obeissant, & tres-/ fidele serviteur
P. Iacob.

Cette dédicace quelque peu pompeuse, qui n’échappe pas à la loi du genre, nous révèle toute l’attitude du marquis envers les Sciences en général, et l’étude de sa bibliothèque, déjà amorcée (une centaine d’ouvrages a été identifiée), ne déroge pas à cette première constatation. Au reste, les relations du marquis d’Assérac avec le philosophe italien Tomasso Campanella (1568-1639) qu’il rencontra en 1636 à Paris, puis plus tard avec le capucin Yves de Paris (v. 1590-1678), ou avec l’historien Eudes de Mézeray (1610-1683, qui entreprit pour lui une traduction du Policraticus de Jean de Salisbury) confirment le fait que notre Breton gardait pour elles une certaine passion.

Nous sommes certains d’autre-part que les collections du marquis d’Asserac contenaient des manuscrits, plusieurs de luxe. Nous citerons comme exemple le Diodore de Sicile, exécuté pour François Ier, conservé à la bibliothèque du Musée Condé de Chantilly (ms 721). dont le frontispice, peint par Jean Clouet, a fait l’objet d’une étude de Cécile Scaillierez (Revue du Louvre, 4/1996, p. 47-52).
Un manuscrit des oeuvres de Petrarque, aujourd’hui à Munich (Ital. 81) nous dévoile son intérêt pour l’humaniste et poète italien dont il possédait aussi une édition de 1554 achetée à Rome le 19 août 1629.

La signature reconnaissable du marquis d’Assérac  J: Em de Rieux

Frontispice des « troys premiers livres de Diodore Sicilien, historiographe grec, Des antiquitez d’Egipte, et autres païs d’Asie et d’Afrique. Translatez de latin en françoys par Maistre Anthoine Macault, notaire, secrétaire et valet de chambre ordinaire du roy ». Chantilly, Musée Condé, ms 721.
(c) RMN / René-Gabriel Ojéda

(c) Munchen, Bayerische Staatsbibliothek 620 (Ital. 81), f. 105. Francisco Petrarcha, Frammenti (sonneti, Canzoni), Triumphi, Psalmi.

La vie du marquis d’Assérac, mort en duel en 1657, reste encore a écrire … Nous nous attelons à cette tâche. Personnage énigmatique, sa seconde femme (et cousine), Jeanne-Pélagie de Rieux, n’échappe pas à cette image trouble que nous laissent sur le couple certains témoignages. Cette femme d’une superbe beauté, qui avait pour anagramme « J’égale une Diane en prix » fut à son époque des plus controversée. On peut encore admirer dans le sublime recueil de devises de la Bibliothèque de l’Arsenal (Res. 5217, f. 35, ci-dessous) ses armes et sa devise italienne : Perche preda non vuole.

Voir sur l’excellente base des reliures estampées à froid de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, deux ouvrages ayant appartenu aux collections du marquis d\”Assérac :
§ ANDRELINI (Publio Fausto), De Neapolitana Fornoviensique victoria, Paris, Guy Marchant pour Jean Petit, 31 VIII 1496 (4° Y 373(1) INV 444 RES)
§ PLACUS (Andreas), Lexicon biblicum, Cologne, Melchior Von Neuss, 1536 (FOL B 588 INV 712 RES)

4 Sep 2010
Jean-Luc Deuffic

René de Chasteaubriant (+ ca 1500), chevalier pèlerin pour la Terre Sainte, comte de Guazava au royaume de Fez

Fils de Theaude de Châteaubriant, seigneur du Lyon d’Angers, des Roches-Baritaud, comte de Casan au royaume de Naples (+ 1470) et de Françoise Odart, dame de Colombières en Touraine et baronne de Loigny dans le Perche, René de Châteaubriant fut conseiller et chabellan du roi. Il descendait de cette lignée du Lyon d’Angers qui eut “pour service militaire le comté de Casan au royaume de Naples ; elle fonda une principauté en lllyrie ; elle s’allia deux fois avec la maison de Maillé, trois fois avec celle de Sainte-Maure-Montausier ” (Mémoires d’Outre-tombe).
Dès le 5 juin 1492, il porte les titres de baron de Logné (Loigny), de vicomte de Regmalart et de seigneur des Roches-Baritaud, de Chavannes et du Lyon d’Angers (Archives du château de la Potherie, XXXII, f. 246). Après la mort de Jacques de Châteaubriant, peu avant 1500, il entra en possession de la châtellenie de Challain, dont la nue-propriété paraît lui avoir été assurée dès 1480. Sa fortune fut divisée entre ses filles, exceptée la seigneurie de la Roche-Baritaud qui advint à son frère cadet, Georges (Comte René de l’Esperonnière, Histoire de la baronnie de Candé, Angers, 1894, f. 426-427).

René de Châteaubriant est attesté comme propriétaire du château de Saint Hilaire des Noyers, situé à Colonard Corubert, dans le Perche ornais, propriété actuelle du professeur Pierre Braquet [ lien ]. L’acte de présentation de Simon Regnault à la cure, daté du 4 mars 1499, précise que le droit de patronage lui appartient “à cause de sa terre et seigneurie du dit lieu et dépendances” (Société historique et archéologique de l’Orne, XXVI, 1907, p. 89).

Sur un ancien armorial de Mons (Belgique) relatif aux familles alliées des Croy figuraient les armes de René de Châteaubriant et de sa femme Hélène d’Estouteville :

“Le blason du mari porte de gueules semé de fleurs de lis d’or. Celui de l’épouse est burelé d’argent et de gueules ; un lion de sable, armé, lampassé et couronné d’or brochant sur le tout.
René de Châteaubriant, comte de Casan, baron de Loigny, vicomte de Regmalart, seigneur du Lion d’Angers, qui vivait en 1489, et sa femme, Hélène d’Estouteville, dame de Tronchai, fille de Robert, baron d’Ivry, et d’Ambroise de Lorré), furent le père et la mère de Charlotte de Châteaubriant. Le placement de ce second groupe près du précédent, est justifié par le mariage de Henri de Croy (fils de Philippe de Croy et de Jacqueline de Luxembourg) avec Charlotte de Châteaubriant. De cette union naquirent cinq fils :
1° Philippe de Croy, né en 1496 et mort à Bruxelles en avril 1549, premier duc d’Arschot et héritier d’une grande partie des biens de son oncle, Guillaume de Croy, dit Monsieur de Chièvres, précepteur de Charles-Quint
2° Guillaume de Croy, cardinal-archevêque de Tolède et chancelier de Castille, mort à Worms, le 6 janvier 1521 et inhumé au cloître des Célestins d’Héverlé : son corps et son mausolée ont été transférés en 1842 dans l’église des Capucins, à Enghien (Ernest Matthieu, Histoire d’Enghien, p. 564) ;
3° Charles de Croy, époux de Françoise d’Ambroise ;
4° Robert de Croy, évèque de Cambrai, mort en 1556 :
5° Charles de Croy, abbé d’Afflighem, de Saint-Ghislain et d’Hautmont, puis évêque de Tournai, mort à Saint-Ghislain, le 2 décembre 1564.
Charlotte de Châteaubriant mourut en 1509 et Henri de Croy en 1514.
Les huit quartiers de René de Châteaubriant sont :
Quartiers paternels : Châteaubriant, Laval, Lion d’Angers et Clisson (Rietstap, Armorial, p. 240, 622 et 254)
Quartiers maternels : Oudart, Craon, Loigny et Rohan. (Ib., p. 780, 279, 869 et 891)
Les huit quartiers de Hélène d’Estouteville sont :
Quartiers paternels : Estouteville, Blainville, Fiennes et Mailli. (Ib, p. 354, 372 et 669. La Chenaye Desbois, Dict. de la noblesse de France, t. II, p. 354)
Quartiers maternels : Lorré, Grandpret, Ivry et Ailly. (Rietstap, p. 447, 547 et 35)
Source : “Armoiries de familles alliées aux Croy, copiées au XVIIIe siècle à l’hôtel de ville de Mons”, dans Annales du Cercle archéologique de Mons, XXIII, 1892, p. 19-20.
La Chenaye Desbois, Dictionnaire de la noblesse de France. Paris. 1771, 2e édition, t. iv, p. 288 à 291.

René de Châteaubriant et Hélène d’Estouteville eurent en plus de Charlotte, deux autres filles :
– Marie, dame du Lyon d’Angers, mariée à Jean de Chambres (1), seigneur de Montsoreau
– Madeleine, dame de Chavannes, qui épousa François, seigneur de la Noue (2)

La carrière de René de Châteaubriant n’est pas très connue… faute de documentation. Quelques titres dans les archives du château de Beaumont (Belgique) font état d’une “Lettre d’invitation du roi Dom Philippe de Castille à M. René de Châteaubriant, seigneur du Lion d’Angers, pour l’engager à venir signaler sa vaillance dans la guerre sainte qu’il faisait aux Maures de Grenade et de Cordoue, le 12 juin 1490 ; avec la copie d’une très-élégante réponse latine, datée de Paris le 8 mars 1491” (Commission royale d’histoire, Académie royale de Belgique, II, 1838, p. 270).

Ses armes (de gueules, semé de fleurs de lys d’or), accompagnées du collier de l’Ordre de Saint-Michel, se retrouvent sur un exemplaire du Livre de l’Ordre de Chevalerie de Raymond Lull [ lien ], aujourd’hui conservé à la Bibliothèque municipale de Toulouse (ms 830) : “Cy commence le livre de l’ordre de chevalerie”. Prologue : « A la louenge et gloire domne Dieu, qui est sire et roy souverain par dessus toutes choses celestes et terrestres, nous commençons cest livre de l’ordre de chevalerie pour demonstrer que à la segnifiance … ».


(c) Toulouse BM 830. Frontispice. Source : Base Enluminures

René de Châteaubriant figure également dans la  « Relation d’un voyage en terre sainte, au mont Sinaï et au couvent de Sainte-Catherine » qu’il effectua vers 1486 avec un groupe de pèlerins parmi lesquels figuraient deux autres Bretons : François de Tournemine, et l’abbé de Saint-Méen, Robert de Coëtlogon. Le récit anonyme de ce périple se trouve transcrit dans un manuscrit de la Bibliothèque municipale de Rennes (ms 261), du XVe s., manuscrit qui comporte deux feuillets d’un livre de raison tenu par Jean Bouscher, sieur des Planches, en Bruz, près de Rennes (Trésor des bibliothèques de Bretagne, Pontivy, 1989, p. 72, n° 26 – Abbé Guillotin de Corson, “Note sur la relation d’un voyage en Terre-Sainte fait par trois Bretons à la fin du XVe siècle”, dans Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, XXXIII, 1904, p. 395-398) .
Mon ami André-Yves Bourgès me signale que ce texte a fait l’objet de deux éditions récentes et relativement accessibles : en 1979 dans Archivum Franciscanum Historicum, t. 72, p. 106-133 et 330-428 (B. Dansette, “Les pèlerinages occidentaux en Terre Sainte : une pratique de la \”Dévotion moderne” à la fin du Moyen Âge? Relation inédite d’un pèlerinage effectué en 1486″) et en 1997 dans D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages. Récits, chroniques et voyages en Terre Sainte (XIIe-XIVe siècle), p. 1168-1225.
De même, on trouvera sur le manuscrit de Rennes une notice et un fac-similé du f. 63v dans Voyage au pays des croisades, d’Anne Pouget-Tolu et Wilfrid Lermenier, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 134.

Le Voyage de Georges Lengherand, mayeur de Mons en Haynaut, a Venise, Rome, Jerusalem, Mont Sinaï, Le Kayre, en 1485/1486 mentionne la présence de  ” Franchois de Tournemine, sgr de la Gherche, escuier d’escuyrie du duc de Bretaigne”… (A)  Je ne sais s’il y a relation entre ces deux récits.

Un autre aspect méconnu de la biographie de René de Châteaubriant reste sa nomination, le 11 août 1493, par D. João II, roi du Portugal (1455-1495, dit le Prince parfait), au titre de comte (in partibus infedelium) de Guazava, au royaume de Fez. Voir Pierre de Cenival, “René de Chateaubriand, comte de Guazava au royaume de Fez, 1493”, dans Hespéris, XIX, 1934, p. 27-37. Jean Aubin, “D. Joao II devant sa succession”, dans Arquivos do Centro Cultural Português, 27, 1990, p. 101-140 (118-121)

(1) Alliée aux Rohan, aux Craon, aux d’Estouteville, la maison de Chambes était comptée parmi les plus considérables de l’Angoumois. Le 1er février 1518, Charles de Boulainvilliers, comte de Rossillon, vte hérédital d’Aumale, seigneur de Rouvran, de Verneuil-sur-Oise, et sa femme, dame de Coudroy et Montpensier, font la foi et hommage lige, pour « le chastel, chastellenie, terre et seigneurie du Couldroy » à « Marie de Chasteaubriand, dame de la baronnie de Champfroy et des seigneuries du Lyon d’Angers, Challun et Verrières ». veuve de Jean de Chambes, seigneur de Montsoreau et du Petit-Chasteau, au nom et comme ayant la garde-noble des enffans myneurs du défunt » (Mémoires de la Société archéologique de Touraine : Série in-8°, Volume 40, p. 191) . De ce mariage :
1) Philippe de Chambes x Anne de Laval.
2) Hippolyte, née vers 1497 X (1526) Jacques d’Amboise, chevalier, baron d’Aubujoux (Auvergne), et de Castelnau (proche d’Albi). Postérité.
3) Louise, née vers 1500, X  (1529) Jean de Malestroit.

(2) Jean-François de La Noüe, seigneur de La Noüe, Guémené, Toulan, Basoges, Launay-Basoin, Le Bois-Greffier, Lesemeuc, La Porte-Bernier et La Bouexière, qualifié en 1481 noble écuyer puis noble et puissant seigneur, reçut en cette année un aveu comme seigneur de Guémené. Il se distingua dans le guerres d’Italie. Testament : Nantes, 26 juillet 1537. Inhumé à Notre-Dame de Fresnay, près de son père. Décède vers 1547 (Source : Précis généalogique de la maison de La Noüe, p. 66-67). Il est le grand-père du célèbre “Bras-de-Fer” … François de La Noüe.

(A)  FrançoisTournemine, Sire de La Guerche, fut nommé par Louis XII, ambassadeur de Hongrie en 1500, “pour y conduire la princesse Anne de Foix, fille du comte de Candale & épouse de Ladislas, roi de Pologne, de Hongrie & de Bohême, s’aquittant de cette ambassade avec magnificence & dextérité, fit assigner le Douaire de la Reine sur le Domaine de Hongrie, porta le sceptre royal au couronnement, se signala dans plusieurs expéditions contre les Turcs, & après avoir fait deux fois le voyage de la Terre – Sainte, mourut l’an 1529, sans avoir été marié” (Moreri, Le grand dictionnaire historique, p. 189).

Illustration  : Saint-Méen-le-Grand, église abbatiale, pierre tombale de Robert de Coëtlogon (+ 30 avril 1492), compagnon de route de René de Châteaubriant. Armes des Coëtlogon : de gueules à trois écussons d’hermine.

21 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

Les Heures de Gilles de La Helandière et de Gabrielle de Beauvais : New York Public Library MA 42


(c) New York, Public Library MA 042, f. 23

Toujours à la recherche de manuscrits issus de Bretagne, Digital Scriptorium, la base bien connue, vient de nous livrer un nouveau Livre d’heures ayant appartenu à un couple de Bretons : Gilles de La Helandière et Gabrielle de Beauvais, actuellement conservé à la Public Library de New York (MA 042)

Le Nobiliaire de P. de Courcy fait effectivement mention d’une famille de ce nom, seigneur dudit lieu et de Maltouche, paroisse de Tremblay ; de Beauvais, paroisse de Servon, déboutée à la Réformation de 1671 (Ressort de Rennes) et portant pour armes : D’argent à la bande de gueules chargée de 3 fleurs de lys d’or (Nobiliaire de Bretagne, II, p. 19).

Sur ce couple je n’ai retrouvé que l’information précieuse donnée par les Archives d’Ille-et-Vilaine (9 G 46; 1 H 5) et transmise par le Pouillé historique de l’archevêché de Rennes, de l’abbé Guillotin de Corson : le 12 janvier 1647, Gabrielle de Beauvais, veuve de Gilles de la Hellandière, sieur de Saint-Denis, fonda trois messes en l’église de Servon et donna les terres de la Grande et de la Petite-Bretonnière, valant 60 livres de rente, au chapelain chargé de les desservir ; celui-ci devait, en outre, fournir le pain bénit le jour des Rois.
L’abbé Paul Paris-Jallobert, dans ses Anciens registres paroissiaux de Bretagne (pour \”Servon\”, Rennes, 1895, p. 8-9) fait aussi mention du couple , et cite deux enfants : Renaud, né le 11 novembre 1601, et Charles, né le 27 avril 1603, nommé en 1631 \”sieur de la chapelle\”. Renaud, sieur de Beauvais, fut sénéchal du Gué, et se maria, à Landravan, le 26 novembre 1624 (?) à Marie Nicole, dame de la Chochonnais, meurt le 4 février 1670.
De la famille de Beauvais était issu Noble homme écuyer Amaury, sieur de la Rivière, Villalée, la Chesnay, le Fail, la Saigerfe, la Chaisne, attesté à la fin du XVIe s. Gabrielle de Beauvais avait \”nommée\” le 2 juillet 1629 une Gabrielle, fille de Jacques de Montalambert et de Fraçoise de La Hellandière (Paris-Jallobert, \”Québriac\”, Rennes, 1891, p. 9

Le moulin à papier de la Helandière (en Tremblay), sur la rive gauche de la Loisance, dont l’activité est attestée depuis 1655 à l’époque de René de La Helandière, a été étudié par Jacques Duval, dans ses Moulins à papiers de Bretagne, L’Harmattan, 2005, p. 135sq.

On trouvera sur le site Digital Scriptorium une description et quelques images du Livre d’heures donné comme étant à l’usage de Coutances (??).
La reliure y est datée de 1550 et porte les noms des deux époux : \”E (pour écuyer?) : Gilles de la Helandiere\” et D : Gabrielle de Beauvais\”. Provenance : Catalogue Robert L. Stuart, New York 1884, p. 74.
Sur la feuille de garde  : \”Ces Heures Manuscrites sont très curieuses; elles contiennent 1072 lettres majuscules en or, sur lesquelles il y a 173 lettres enluminées. Ce grand nombre de lettres rend très précieuse et très cher ce manuscrit\”.
En 1873, le manuscrit est inscrit au Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux de la Librairie Auguste Fontaine (n° 8788) :
Livre d’heures manuscrit du quinzième siècle, de 149 feuillets, orné de cinq grandes miniatures avec enluminures, neuf pages enluminées, avec de grandes lettres, et de nombreuses lettres avec fleurs et or bruni, sur les marges. Ce manuscrit, d’une écriture fort belle et régulière, est précédé d’un calendrier dont quelques saints et saintes sont particuliers aux provinces de Normandie et de Touraine. C’est un manuscrit de famille, qui a appartenu à Gilles de la Helandière, et à Gabrielle de Beauvais, son épouse, au commencement du dix septième siècle. Les miniatures représentent la sainte Vierge et sainte Anne, — le roi David à genoux devant Dieu le Père, qui lui apparaît, — le Christ en croix, — le Don des langues, — et un Prince frappé par la mort. Ce dernier sujet ne se trouve guère dans les manuscrits.
Le premier feuillet après le calendrier a été enlevé. A la fin du livre se trouvent douze feuillets d’un autre manuscrit, comprenant un calendrier et des prières, d’une écriture plus fine, à deux colonnes. En tête de chaque page du calendrier on remarque des légendes se rapportant aux travaux du mois : en janvier, poto, je bois; en février, ligna cremo, je brûle mon bois; en mars, de vite superflua demo, je taille la vigne; en avril, gramen gralum, agréable gazon ; en mai, mihi flos servit, la fleur m’est utile ; en juin, mihi pratum, je tiens mon pré; en juillet, fenum declino, je recueille le foin ; en août, messes meto, je coupe les moissons ; en septembre, vina propino, je bois le vin; en octobre, semen immi jacio, j’ensemence la terre; en novembre, mihi pasco sues, je fais paitre les porcs ; en décembre, mihi macto, je les tue.

Illustration : Visitation. (c) New York, Public Library MA 042, f. 23

28 Juil 2010
Jean-Luc Deuffic

Kerhoent de Kergournadec’h : livre et objet d’art

La British Library conserve un magnifique exemplaire des Coutumes de Bretagne, dans une reliure exceptionnelle timbrée aux armes échiquetées d’or et de gueules. Nous avons présentement ici un ouvrage ayant appartenu très probablement à Olivier de Kerhoent, seigneur de Kergournadec’h († après 1594), qui épousa Marie de Ploeuc, dame de Coëtanfao († 1573) : “noble et puissant Olivier, sire de Kergournadech, Trohéon, Coatquelfen, en qualité de fils aisné héritier principal et noble” (B. Yeurc’h). Il abandonne les armes des Kerhoent pour celles des Kergournadec’h.


London, BL, Davis 511. Edition de 1584. (c) London, BL.
Les armes sont entourées du collier de l’ordre de Saint-Michel reçu en 1559 par Olivier de Kerhoent.

Anthony Hobson, French and Italian collectors and their bindings : illustrated from examples in the library of J. R. Abbey, Printed for presentation to the members of The Roxburghe Club, 1953, p. 54-55, n. 25, reproduit une reliure semblable, sans doute exécutée à Rennes vers  1581, pour Nicolas Le Prevost du Parc (1588-1630), conseiller-maître à la Chambre des Comptes de Paris, sur un exemplaire des Coustumes generales des Pays et Duché de Bretagne, Rennes, Julien du Clos, 1581. Deux autres reliures de cet atelier sont connues : J. Baer & Co., Frankfurter Bücherfreund, 12, taf. 49 ; l’autre à la vente Gramont, Paris, 18 décembre 1933, lot 22, sur des Coustumes generalles de Bretagne, Paris, Jacques Dupuis, 1584 (site de la British Library).
Sur les différentes éditions de la Coutume de Bretagne voir notre page.

Olivier de Kerhoent était le fils d’ Alain de Kerhoent, seigneur de Troheon (†/ 1576) et de Jeanne, dame héritière de Kergournadec’h. Il épousa le 7 octobre 1559 Marie de Ploeuc, ( morte en 1573) fille de Pierre de Ploeuc et de  Jeanne du Quélennec, dame héritière de l’Estang.
Un arrêt de maintenue des Kerchoent cite une enquête menée en 1584 à la requête “d’Olivier de Querhoent, sieur de Kergournadec’h, Trohéon, Coatquelfen …” par laquelle « plusieurs anciens prestres, gentilshommes et habitants de la paroisse de Cléder déposèrent que ses ancêtres étaient bien d’ancienne chevalerie et portoient leurs écussons en carré et en bannières comme les anciens parements de la province et que messires les officiers de leurs juridictions étoient touz gentizhommes ». Olivier mourut en 1594 et fut inhumé en l’église de Cléder. Dans le chœur, on montrera longtemps le portrait d’Olivier, « peinture de son long, armé de toutes pièces, avec sa cotte d’armes de velours rouge cramoisy, son casque, son espée et esperons dorés, sa lance et sa cornette ». Ce seigneur Olivier a immortalisé sa mémoire dans les « bastiments superbes qu’il a entrepris, du faict du chasteau « de Kergournadech qui mérite d’estre mis au rang des « belles maisons de France. » (Extrait d’une ancienne genéal. de la Maison de Kerhoent. Bibl. Nation.) ( Source : Gaston de Carné, Les chevaliers bretons de Saint-Michel, Nantes, 1884, p. 193-194)
Le marquis de Rochambeau (Epigraphie et iconographie, II, p. 45) fait référence à une “Généalogie manuscrite de la maison de Kerhoent ou Querhoent, appartenant à Mme la comtesse de Gouyon de Beaufort, née de Querhoent, au château de Beaufort, par Plerguer (Ille-et-Vilaine)”.

Signature d’Olivier de Kerhoent sur un aveu du 9 mars 1569 rédigé après le décès de Jehanne de K/gournadec’h, sa mère, par deux notaires de la cour de Lesneven (Kersauson et Audren) :


Nantes, ADLA B 1677.
Voir sur le site des Généalogistes du Finistère quelques extraits de ce mynu par Anne-Françoise Grall-Pérès et des clichés de Françoise Simon.

Le château de kergournadec’h (Cléder, en Pays du Léon), au XVIIe s. :


Croquis tiré de La Colombière (1644) qui y avait séjourné …


Ruines du château de Kergournadec’h

Des armoiries écartelées Kergounadec’h / Botigneau se retrouvent sur la coupe couverte de Molac. Cette superbe coupe \”constitue un témoignage unique de l’orfèvrerie civile d’apparat commandée par la noblesse bretonne à la Renaissance. Vraisemblablement réalisée par un orfèvre de basse Bretagne aux environs de 1600, (peut-être Pierre Lafleur de Morlaix), cette rarissime coupe couverte destinée à recevoir des dragées, évoque magnifiquement les pièces disparues qui ont pu être réalisées en haute Bretagne. L’objet frappe par la densité du décor qui le recouvre en totalité : scènes de chasse ciselées sur le couvercle, au gros et petit gibier, au gibier terrestre et au gibier d’eau, à pied et à cheval, ainsi que la représentation de monstres marins sur le pied. Le dindon figuré sur la coupe parmi d’autres oiseaux, témoigne de l’arrivée récente en Europe de ce volatile, venu du Nouveau monde au cours du XVIe siècle. A l’intérieur sont gravées sur le fond de la coupe, les armoiries de François de Kerhoent de Kergournadéc’ch et de son épouse Jeanne de Botigneau, mariés en 1583. Personnage de premier plan dans le Léon à la fin du XVIe siècle, François de Kerhoent, constructeur de l’extraordinaire château de Kergournadec’h à Cléder, actuellement dans le Finistère, reçut en 1599 du roi Henri IV le collier de saint Michel en récompense de sa loyauté. Suite au mariage en 1616 de l’héritière de Kergournadec’h avec Sébastien de Rosmadec, seigneur de Molac (en haute Bretagne), l’objet offert à l’église de cette paroisse, fut transformé en ciboire par l’ajout d’une croix au sommet du couvercle”.  Jeanne de Botigneau était fille unique d’Alain Droniou.
Patrimoine de Bretagne : images et description


Coupe de Molac. Armes de François de Kerhouent et de Jeanne de Botigneau


Coupe de Molac. Scène de chasse

“On cite une enquête de 1434 dans laquelle les gentilshommes du pays déposaient avoir entendu dire et tenir par longue tradition que, depuis le VIe s. jusqu’au tems de l’enquête, tous les seigneurs de cette maison avaient été chevaliers, et qu’un ancien proverbe disait qu’avant qu’il y eût monsieur ou seigneur en aucune maison, il y avait un chevalier à Kergournadech. A-raok ma voa aotrou è nep leac’h // E voa eut marc’hek è Kergournadeac’h.
Les seigneurs de cette maison ont figuré dans nos annales. Le premier dont il y soit fait mention, après celui des légendes , est Olivier de Guergournadegh, qui vivait en 1288. Guyomar, son fils, se signala dans les guerres de Montfort et de Charles de Blois. Fait prisonnier dans une rencontre, il déclara qu’il aimait mieux mourir que de vendre un petit coin de sa terre pour payer sa rançon, tant il aimait son vieux château ! En quoi ses descendans l’ont imité ; car on les voit sans cesse mettre leur vieux château sous la protection spéciale des ducs, et non-seulement le vieux château avec les officiers, serviteurs, damoiseaux, mais les pigeons et les lapins du dit château.
La terre de Kergournadec’h passa, vers 1504, dans la famille de Kerhoënt, par le mariage d’Alain de Kerhoënt avec Jeanne de Kergournadec’h, héritière de sa maison. Leur petit-fils François épousa Jeanne de Botignau, dont il n’eut que deux filles, Renée et Claude de Kerhoënt, « et le bonhomme a dit depuis que s’il avait eu des garçons, comme il n’avait que des filles, il leur eût fait prendre le beau nom de Kergournadeac’h, comme déjà lui et feu son père Olivier en avaient pris les armes plaines èchiquetèes d’or et de gueules, et laissé celles de Kerhoent, qui sont lozangées d’argent et de sable. »
Renée de Kerhoënt, sa fille aînée, épousa , le 1er mai 1616, à l’âge de quinze ans, Sébastien, marquis de Rosmadec, baron de Molac…” (Lycée Armoricain, p. 368-369).
Devise de Kergournadec’h : En Dieu est.

Je remercie François du Fou pour son aide précieuse … Guy Ducellier pour la signature d’Olivier de Kerhoent

24 Juil 2010
Jean-Luc Deuffic

Les Oratoriens de Nantes : épaves d’une riche bibliothèque … (suite)

Nous avions dans une précédente note fait état de quelques épaves de l’ancienne bibliothèque des Oratoriens de Nantes. Aux quelques manuscrits relevés nous aimerions en ajouter deux autres. En premier lieu, celui qui se trouve actuellement conservé à la Bibliothèque universitaire d’Austin, USA (Harry Ransom Humanities Research Center HRC 040), un recueil de textes et de chroniques du XVe s. aux armes du célèbre Guillaume Budé (sur le personnage =>).


Guillaume Budé par J. Clouet. ca 1536. MMA.


Armes des Budé : d’argent, au chevron de gueules accompagné de trois grappes de raisin pourpre, pamprées de sinople. Ces armes sont celles de Guillaume Budé, l’arrière-grand oncle de l’Humaniste, anobli en 1397 pour la charge de « maistre des garnisons de vins du Roy et de la Royne » qu’il occupat auprès de Charles VI.
http://www.digital-scriptorium.org

Nous y avons reconnu au f.1 l’ex-libris (XVII/XVIIe s.) des Oratoriens de Nantes :


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De même nous avons remarqué sur le premier folio le cachet très caractéristique du Comte de Kergariou (+1849) (1) avec sa devise \”Là ou ailleurs\” :


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Ce manuscrit, par la suite, entra dans les collections de la comtesse Le Gualès de Mezaubran (issue d’une très ancienne famille du Tregor) qui fit vendre à Londres, en 1951, par la maison Sotheby’s, 8 manuscrits médiévaux, celui-ci lot 25.

Description et images sur le site Digital Scriptorium.
Austin, USA : Harry Ransom Humanities Research Center [ Lien ]
Medieval and Early Modern Manuscripts Collection : Database and Digital Images [ Lien ]

Note

(1) Sur ce bibliophile breton voir Jean-Luc Deuffic, \”Le comte de Kergariou. A propos d’un Livre d’heures… et de saint Fiacre\”, dans Notes de Bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (Pecia, Le livre et l’écrit, 7), Brepols, Turnhout, 2010, p. 171-175. [ Lien ]

Un psautier (ca 1460), peut-être d’origine ligérienne, dont la décoration est attribuée au Maître de Coetivy, présentement conservé à la Walters Art Gallery de Baltimore (W 297), porte l’ex-libris des Oratoriens de Nantes : Oratorii nanne[tensis] / Ddd. 51.
Biblio : L. M. C. Randall, Medieval and Renaissance Manuscripts in the Walters Art Gallery, Vol. II, France 1420-1540, 1992, p. 166-170, pl. XIIIc, fig. 239, 240.


(c) Walters Art Gallery W 297, f. 202.

Parmi les ouvrages imprimés issus de la bibliothèque nantaise des Oratoriens citons un exemplaire de Giovanni Battista dell Porta, Magiae naturalis, sive de miraculis rerum naturalium libri IIII, Naples, Mathiam Cancer, 1558, actuellement en vente :

LE MARCHANT (Jacques) /MARCHANTIUS/. – De Rebus Flandriae Memorabilibus liber singularis, ad eodem Flandriae Principes carmine descripti. Ad Lamorallum Principem Gauerae, Comitem Egmondae, etc. Antverpiae, Ex officina Christophori Plantini, 1567, in-12, 86-[2] p., page de titre ornée d’un bois avec la marque de Plantin, demi-basane blonde, dos à 4 nerfs orné de filets, roulettes et fleurons dorés, pièces de titre en veau rouge, ex-libris ms. au titre \”oratorii Nannetensis\” et imprimé au contreplat de V. Meganck de Wolf = Vente Ferraton.

Walters Art Gallery of Baltimore [ Lien ]
Vidéo : Restauration de la chapelle de l’Oratoire de Nantes | Lien |
Ouvrage de référence : A. Bachelier, Essai sur l’Oratoire à Nantes au XVIIe et au XVIIIe siècles. Librairie Nizet & Bastard, Paris, 1934.

Sur les manuscrits des Budé, voir :
H. Omont, \”Georges Hermonyme de Sparte, maître de grec à Paris et copiste de manuscrits, suivi d’une notice sur les collections de manuscrits de Jean et Guillaume Budé\”, et de notes sur leur famille, dans Mémoires et Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, t. XII, 1885, p. 5-57.