20 Mar 2021
Jean-Luc Deuffic

I N C I P I T

Ce blog, dédié au maître Léopold Delisle (1826-1910) et à l’érudit breton François Duine, clericus dolensis (1870-1924) est exclusivement (ou presque !) consacré au manuscrit médiéval, jusqu’à ses rapports avec les premiers incunables.
This blog is dedicated to the great manuscript scholar Léopold Delisle (1826-1910) and to François Duine, clericus dolensis (1870-1924), and (almost exclusively!) to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing.
Jean-Luc Deuffic
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[ Illustrations : Cambrai BM, 620 . © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS ] – Léopold Delisle – François Duine, hagiographe, historien ]

L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L
PECIA : LE LIVRE ET L’ECRIT [link] – Edition : Brepols Publishers (Turnhout)

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Jean-Luc Deuffic. Inventaire des livres liturgiques de Bretagne. Livres d’heures, de piété, de dévotion et ouvrages associés antérieurs à 1790. Présentation [lien / link]

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Nouveauté : Le livre d’heures enluminé en Bretagne (BREPOLS Publishers)

2 Déc 2020
Jean-Luc Deuffic

Un (autre) livre d’heures de Marguerite d’Orléans (1406-1466)

Marguerite d’Orléans, fille de Louis, duc d’Orléans, et de Valentine de Milan, sœur du prince-poète Charles d’Orléans, naît le 4 décembre 1406, et épouse, en 1423, au château de Blois, Richard d’Estampes, fils de Jean, duc de Bretagne. L’éducation de ses enfants achevée, et après un séjour à l’abbaye de Longchamp , avec ses filles Marguerite et Madeleine, puis à Fontevraud, Marguerite d’Orléans se retire chez les Clarisses, au monastère de La Guiche, près de Blois, où elle décède en 1466. Elle y sera inhumée dans la salle capitulaire, avec l’habit franciscain. Son tombeau de marbre noir, sans inscription, pouvait encore se voir à la Révolution, de même, qu’« un portrait … en pied, en costume du XVe siècle, devant un prie-Dieu supportant un livre d’heures, la housse du prie-Dieu portant les armes mi-parti Bretagne et Orléans » .

Dressé le 29 septembre 1469, un inventaire précis des livres de Marguerite de Bretagne, fille de François 1er et d’Isabeau Stuart, mentionne unes autres grandes heures a l’usaige de Romme, ou il a deux fermouers d’or, armoyees aux armes de feue Madame d’Estempes, susceptibles d’être effectivement l’ouvrage de la Bibliothèque nationale de France (Lat. 1156B), chef d’œuvre d’enluminure, magnifiquement illustré, lequel a fait l’objet de beaux fac-similés et d’études détaillées d’Eberhard König (1991 et 2013).

Lors de mes recherches, j’ai eu le bonheur de retrouver la description d’un autre manuscrit précieux de Marguerite d’Orléans, légué par sa sœur de lait à l’abbaye royale franciscaine de Longchamp, manuscrit inconnu, me semble-t-il :

« Nous, seur Jehanne Porchere (1), humble abbesse de l’église de Longchamp, confessons avoir receu, pour et ou nom de notre bien amee seur Collette Tirande (2), religieuse en nostre dicte église, unes heures a l’usage de Rome, lesquelles ce commencent en premieres feuilles par ung kalendier, les quatre évangilles, une petite passion de saint Jehan, abrégee, plusieurs petites heures, unes de la Trinité, entieres, plussieurs de Nostre Dame, ceulx du sacrement, du Saint-Esprit et de la Croix, V grans histoires, la premiere a une petite passion, la seconde a plussieurs vers dont le premier ce commence Recordare, le dernier cum accepisset aceptum, dixit : consumatum est, la tierce au commancement de matines de Nostre Dame, la iiiie ou commencement des sept pseaulmes, la cinquiesme a placebo de vespres de mors; es dernieres feuilles y a les sept pseaulmes signés et une letanie des trespassés, lesquelles heures sont aux armes de feue nostre trés redoubtee et puissante dame madame Marguerite d’Orléans, comtesse d’Estampes et de Vertus, dame de Clicon, et ycelles heures nous ont esté envoyees de nostre trés révérende dame, ma dame, Marie de Bretaigne, digne abbesse de Fonteverault, des quelles heures donnees a nostre dicte seur Collette Trande, nous quittons nostre dicte révérende dame et tous aultres, tesmoing nostre scel cy mys le jour saincte Croix, quatorsiesme jour de septembre l’an m. iiiic soixante sept. » (3)

Notes
(1) Jeanne La Porchère, abbesse de 1467 à 1484.
(2) Colette la Tirande, sœur de lait de Marguerite d’Orléans, entra au couvent le 21 novembre 1453, à l’âge de 14 ans, et mourut le 20 janvier 1496. Voir Paris, AN, L 1024 n.° 5 et 18. Nantes, ADLA, E 30 n.° 4 : Titre d’une rente viagère de 8 livres en faveur de Colette la Tirande (1453, 15 novembre).
(3) Nantes, ADLA, E 36, n° 30.

Extrait de Jean-Luc Deuffic, Le livre d’heures enluminé en Bretagne : Car sans heures ne puys Dieu prier, Turnhout : Brepols, 2019, p. 103-104
http://www.brepols.net/Pages/ShowProduct.aspx?prod_id=IS-9782503584751-1

Bibliographie
Eberhard König, Les heures de Marguerite d’Orléans: reproduction intégrale du calendrier et des images du manuscrit latin 1156B de la Bibliothèque nationale (Paris), introd. et commentaire par Eberhard König ; trad. de l’allemand par François Boespflug, Paris : Éditions du Cerf ‒ Bibliothèque nationale, 1991.
Eberhard König et Christine Seidel, Das Stundenbuch der Margarete von Orléans. Kommentar zur Faksimile-Edition. Luzern, Quaternio-Verlag, 2013.
Manuscrit numérisé sur GALLICA et Notice sur “Archives et Manuscrits”
https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc590877


Paris, BnF, Lat. 1156b, fol. 25. Marguerite d’Orléans

30 Nov 2020
Jean-Luc Deuffic

« Jean de Malzéville m’a écrit … »

Les livres d’heures à l’usage des Carmes étant assez rares, je ne resiste pas à donner ici quelques lignes sur l’ouvrage conservé à la National Library of New Zealand sous la cote MSR-11. Son intérêt tient à ce que le copiste et le destinataire y soient mentionnés, même si sur ces personnages la documentation fait défaut.

Le livre d’heures en question a, en effet, été copié en 1511 au couvent de Baccarat (Meurthe-et-Moselle, Lorraine) par le frère carme Jean de Malzéville, qui au folio 58v inscrit son nom : « f. Jo. de Malzevilla carme(ta) conventus baccareti me scripsit », après avoir, donné la date de son travail (fol. 16v).

Le destinataire ou commanditaire y est représenté au folio 17, avec ces lettres « F.[. .].P. DARGENT », en l’occurrence Frère Pandargent, connu comme prieur de Baccarat en 1505. Effectivement, cette année-là, il s’engageait au nom de sa communauté à chanter à perpétuité après Complies le Salve Regina devant l’image de la Vierge, moyennant 200 francs qui lui avaient été donné par Olry de Blâmont, évêque de Toul (1495-1506).

La destinée de ce livre d’heures l’a conduit entre les mains du savant italien Ferdinando Carli, qui y a apposé sa signature « Dominus Ferdinandus Carli Petrasanctensis », au fol. 103.

Érudit, collectionneur et marchand d’art, Fernidando Carli ( 1578-1641 ), fait l’objet d’une riche notice dans le Dizionario Biografico degli Italiani – Volume 20 (1977) :

https://www.treccani.it/enciclopedia/ferdinando-carli_%28Dizionario-Biografico%29/

Livre d’heures numérisé à l’adresse :

https://ndhadeliver.natlib.govt.nz/delivery/DeliveryManagerServlet?dps_pid=IE3296920&dps_custom_att_1=emu

L’ensemble des photos © National Library of New Zealand

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