23 Août 2022
Jean-Luc Deuffic

Guillerm ar Bleis : copiste breton (vers 1350)

Parmi les nombreux copistes bretons du Moyen Âge que j’ai pu étudier figure  un certain Guillerm ar Bleis (Guillaume Le Bleis), originaire de Kergoat au pays de Cornouaille. Nous ne connaissons de lui qu’un seul manuscrit : l’oeuvre de Peyre de Paternas, maître en théologie des ermites de saint Augustin, Tractatus de sufficientia et de humanae vitae necessitate, conservé dans le manuscrit Paris, BnF, Lat. 3313A (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525126499
Il s’agit d’un traité de morale en occitan et latin, rédigé en 1349 pour Delphine de Beaufort, la nièce du pape Clément VI, dont les armoiries sont souvent placées à côté de celles de son époux, Hugues de La Roche. Pour notre copiste breton, cela n’a pas du être chose facile …

Le copiste se nomme au fol. 160v : Guillelmus Lupi, de villa nemoris, Corisopitensis dyocesis, scripsit, … ad peticionem religiosi uiri fratris Petri de Paternis … 
Au fol. 1, deux peintures représentent la dédicataire aux pieds de la Vierge et de l’Enfant, présentée par s. Augustin, l’autre, l’auteur offrant son livre. Sur plusieurs fol. des notes en français ont été tracées à l’intention de l’enlumineur. Ainsi, au fol. 27v : « Grisel avant »  —  « Mestre Jehan de Mazeres »

Peut-être avons-nous là une représentation de l’enlumineur et du copiste ? Ou bien s’agit-il d’un maître notaire (Jean de Mazères) et de son « clerc » (Guillerm ar Bleis) exerçant du côté d’Avignon?

Au fol.148, un corbeau dit à un âne joueur d’orgue : « je chante mieux que vous »

Au fol. 149v : « S. Augustin despute contre les bougres »

Guillerm ar Bleis ne semble pas être un copiste professionnel. Exerça-t-il  comme notaire ? En novembre 1358, l’office de tabellion fut accordé à Guillaume Lupi (le Bleiz) de villa nemoris (de Kergoat), clerc de Quimper, non marié, et n’étant pas dans les ordres sacrés (Innocent VI, tome XX, fol. 339). Bulletin diocésaine d’histoire et d’archéologie, Quimper, 1912, p. 128. Les toponymes Kergoat étant légion en Cornouaille, difficile de dire exactement d’où était originaire notre copiste. Peut-être est-ce de Kergoat en Quéménéven (arrondissement de Quimper), que le peintre Jules Breton (+1906) a si bien immortalisé ?

 

Bibliographie

Carolus-Barré, « Peyre de Paternas, auteur du Libre de sufficiencia et de necessitat (1349) », dans Romania, t. 67 (1942-1943), p. 237.
Jean-Luc Deuffic, « Copistes bretons du Moyen Age (xiiie-xve) : une première “handlist”… », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol.13, 2010, p. 151-198 , cité p.162
Jean-Luc Deuffic, « Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (xive-xvie s.) », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol. 7, 2009, cité p. 283
Émilie Nadal, « Les animaux dans les manuscrits du Sud-Ouest de la France au 14e siècle », dans De Medio Aevo, ISSN-e 2255-5889 : https://dx.doi.org/10.5209/dmae.66816
Catherine E. Léglu, Introduction, in Multilingualism and Mother Tongue in Medieval French, Occitan, and Catalan Narrativeshttps://doi.org/10.1515/9780271078632-003
Jean-Baptiste Camps, Les Manuscrits occitans à la Bibliothèque nationale de France, Diplôme de conservateur des bibliothèques, 2010, p. 65-66.

2 Fév 2022
Jean-Luc Deuffic

Jean Rioche, franciscain, gardien du couvent de Saint-Brieuc (XVIe siècle)

Le Franciscain Jean Rioche est avant tout connu comme auteur d’un précieux Compendium, une Chronique Universelle dédiée à son évêque Nicolas Langelier (1564 à 1595), dont l’édition la plus répandue est celle de 1576 : Compendium temporum et historiarum ecclesiasticarum ab ascensione Christi usque ad nostra tempora, ex sacratis & probatis ecclesiasticis scriptoribus desumptum. Authore fratre Iohanne Rioche, ordinis Minorum, provincia Britanniae alias ministro provinciali…., imprimée à Paris par Guillaume Julian (ex. Paris, BnF, Rés. H. 7742).
Plusieurs exemplaires sont numérisés en ligne dont celui de Munich, à l’adresse suivante:

https://www.digitale-sammlungen.de/de/view/bsb10178589?page=5

Jean Rioche fut gardien du couvent des Cordeliers de Saint-Brieuc et ministre provincial de l’ordre. Au-delà de ce titre, le seul qu’on lui connaisse, le personnage ne semble guère documenté. Il y a bien une rue Jean Rioche à Saint-Brieuc mais il s’agit d’un homonyme, maire de la ville au début du XXe siècle. Assurément, le patronyme Rioche semble bien originaire de cette région des Côtes d’Armor : on le trouve surtout à Plouasne où il est attesté depuis le début du XVIe siècle.

Le couvent de Saint-Brieuc fut fondé par Charles de Kerimerch, sr. du Quillio, Thébaut, son fils, et Jeanne de Couvran, femme de ce dernier, qui donnèrent leur maison de Aulte-Garde. La première pierre de la chapelle fut bénite le 3 septembre 1504 comme l’indiquaient les vers suivants sur le portail de l’église :
L’an de grâce mil cinq cens quatre,
Le IIIème jour, sans rabbatre,
De septembre en ceste église,
La première pierre fut sise
.
La dédicace eut lieu le VII des calendes d’août 1515 (R. Couffon).

Pour renflouer un peu le maigre dossier biographique de notre Jean Rioche, faisons appel à la BEINECKE RARE BOOK AND MANUSCRIPT LIBRARY de l’Université de Yale (New Haven, Connecticut, États-Unis), laquelle possède un recueil manuscrit lui ayant appartenu. Il s’agit d’un ensemble de pièces, dont une imprimée, toutes relatives à l’ordre franciscain, certaines sur les Clarisses. On trouvera en ligne une description précise du manuscrit à cette adresse : https://pre1600ms.beinecke.library.yale.edu/docs/pre1600.mars277.htm

En effet, à la fin du volume Jean Rioche a couché cette note, désirant qu’après sa mort l’ouvrage irait à son couvent de Saint-Brieuc :
Simplici usui fratris Iohannis Rioche Iunioris post cuius obitum fiat de conuentu sancti Brioci  (à noter la précision « Rioche junioris » : y avait-il un « senior » aussi franciscain ?).

Dans ce même manuscrit, fol. 1v°, nous trouvons la mention d’un certain « Marturinus Robini clericus Maleacensis dyocesis ». Ce frère franciscain, Mathurin Robin, du diocèse disparu de Maillezais (Vendée), figure également au colophon du manuscrit latin 3298 de la Bibliothèque nationale de France, recueil de sermons de Bernardin de Sienne (1380-1444), qui le reçut du frère Jean Fortianus, pour 14 pièces d’or royales, en 1478 :
« Iste liber pertinet patri fratri Maturino Robini, ordinis Minorum Fratrum, quem habuit a fratre Johanne Fortiani ejusdem ordinis et costitit sibi quatuordecim bonos aureos regie currentis, et hoc anno Domini millesimo CCCC LXXVIII°, et die XIIa aprilis. » (fol. 273).

4 Oct 2021
Jean-Luc Deuffic

PECIA. LE LIVRE ET L’ÉCRIT (BREPOLS) – volume 24

Appel à contributions / Call for papers

Volume 24 of PECIA. LE LIVRE ET L’ÉCRIT (BREPOLS) will be dedicated to manuscript books and incunables (10th-15th century) as elements of a theme, such as: collectors and collections / old libraries / catalogues, inventories and book lists / unicum / incunables and first printers, etc…
Send a brief summary and CV by October 15th to Jean-Luc Deuffic :
jldeuffic@gmail.com

https://sites.google.com/view/pecia/accueil

Le volume 24 de PECIA. LE LIVRE ET L’ÉCRIT (BREPOLS) sera consacré aux livres manuscrits et incunables (Xe –XVe siècle) en tant que composants d’une entité sur des thèmes comme : Collectionneurs et collections / Bibliothèques anciennes / Inventaires et listes de livres / Unicum / etc…
Résumé de quelques phrases et CV à envoyer jusqu’au 15 octobre à Jean-Luc Deuffic :
jldeuffic@gmail.com

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PECIA sur le site BREPOLS

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