31 Août 2021
Jean-Luc Deuffic

Un logicien renommé, proviseur de Sorbonne au XIVe s. : Raoul le Breton de Ploudiry / 1



NOTA : Ce texte, un peu modifié, a initialement été publié (en partie) dans PECIA, volume I. (Brepols)

PREMIERE PARTIE

À MON AMI BILL COURTENAY

Depuis déjà quelques décennies l’oeuvre de Raoul le Breton (1) suscite un regain d’intérêt. L’édition intégrale de certains de ses textes, les analyses qui en découlent, nous montrent l’importance du maître logicien breton, considéré aujourd’hui comme l’un des plus éminents de son époque, c’est-à-dire autour des années 1290-1320. De même, nous bénéficions à présent de la belle étude de William J. Courtenay, “Radulphus Brito, master of arts and theology“, publiée dans les Cahiers de l’Institut du Moyen-Âge Grec et Latin, 76, 2005, p. 131-158.

Déjà, à la fin du XIXe siècle, Barthélemy Hauréau voulait « protester contre l’injustice de l’histoire. Ils sont en nombre infini les compilateurs de vulgaires rapsodies dont les noms figurent avec honneur dans tous les manuels de bibliographie, et ce libre thomiste, interprète discret et d’autant plus fidèle d’Aristote, est resté, depuis sa mort jusqu’à nos jours, complètement ignoré.» (2). Notre but n’est pas ici de faire une analyse philosophique de l’oeuvre de Raoul le Breton, très loin de nos compétences, mais de faire un état des travaux engagés (3) sur cet auteur et d’apporter quelques éléments nouveaux sur son entourage familial, et peut-être le faire connaître à ses compatriotes bretons.

La Bretagne médiévale, à vaincre ce cliché hostile qui la fait paraître l’ombre même d’un « désert culturel », a généré hors de ses frontières de remarquables esprits. Jean de Garlande (4) louange Hervé le sophiste : « la palme de la gloire lui revient en logique, ses vertus embaument jusqu’au ciel, tel l’encens d’Arabie » (5). Ainsi maître Hervé, surnommé à la « voix rauque » (6), compte parmi les plus grands logiciens de l’école parisienne en cette première moitié du XIIIe siècle.
Otto de Freising († 1158) décrit la Bretagne comme une « terre féconde en clercs doués d’un esprit fin et appliqué, tels les deux frères Bernard et Thierry, hommes très doctes et d’un savoir éclatant » (7). Piliers de l’enseignement dispensé à Chartres au milieu du XIIe siècle, maints témoignages contemporains s’accordent sur leur immense prestige : Jean de Salisbury, Guillaume de Tyr (8) ou Clarambaud d’Arras font ainsi, comme bien d’autres, leur éloge.
Hildebert de Lavardin, archevêque de Tours en 1125, nanti d’une forte réputation, flatte un Rualen (Riwallon, archidiacre de Nantes ?), de famille noble, clerc, philosophe et poète (In armis audio te Caesarem, in carmine Virgilium obstupesco ou Socrati virgilioque parem !), natif et promu en cette ville, célèbre aux alentours et dans la France entière (9) :

Milice splendor, lux cleri, gloria uatum,
Nobilim soboles, hic, Rualenne, iaces …
Urbi bona Nannetum te nutrit, extulit in se,
Reddita supra se nomine clara tuo …

Au XIVe siècle, d’autres bretons s’illustrent. Hervé Nedelec, parvenu à l’autorité suprême dans l’ordre des Frères Prêcheurs le 10 juin 1318, après avoir gravi tous les échelons, depuis son petit couvent de Saint-Dominique de Morlaix, fait autorité par ses écrits théologiques (10). Henri Bohic, juriste, originaire du diocèse de Léon, achève le jour de la saint Mathieu 1349 ses Distinctiones, rassemblant là l’essentiel de son enseignement parisien. Au reste, l’importante tradition manuscrite de son oeuvre souligne l’audience étendue de ce canoniste dans tout l’occident médiéval (11).
Ces derniers exemples significatifs pour détruire enfin ce que l’on a pu appeler, dans bien des domaines, « l’archaïsme breton » (12).

I. RAOUL LE BRETON : DONNÉES BIOGRAPHIQUES

L’émigration bretonne en pays de France (et ailleurs) semble trouver en cette fin du XIIIe s. son réel apogée. De nombreux témoignages montrent les Bretons bien installés dans la bourgeoisie parisienne et en « banlieue », occupant des places prestigieuses auprès du roi (13), au premier rang de la hiérarchie religieuse ou dans les universités, même si d’autres affrontent, il est vrai, les conséquences d’une certaine ségrégation et succombent à la marginalisation (14).
Les Bretons cultivent la solidarité nationale, préemptent des zones spécifiques dans la capitale : sur la rive droite, la rue de la Bretonnerie, où saint Louis fonda entre 1254 et 1258 un couvent pour les frères de la Sainte Croix ; sur la rive gauche, les deux ruelles de la petite et grande Bretonnerie, vicus britoneria, près de la Porte Saint-Jacques, forment le fief de la Bretonnerie inféodé dès 1219 par le roi Philippe II. Par la suite, l’intégration se faisant, nous les rencontrons, mais souvent regroupés, dans divers quartiers de la capitale.
Cette immigration grandissante favorise la venue d’étudiants de province. C’est l’époque, à Paris – comme dans les autres grandes villes universitaires –, de la création d’une multitude de collèges. Ils sont dus à la générosité de fondateurs soucieux de favoriser l’accès aux études à de
pauvres clercs ou laïcs, membres de leur famille ou issus de leur diocèse. Un clerc breton, mestre Galeran Nicolas dit de Grève, testant le lundi avant l’Ascension 1317, nomma parmi ses légataires de pauvres écoliers originaires de Bretagne, étudiant à Paris. Avec les revenus du legs furent établies cinq bourses pour un collège qui allait devenir celui de Cornouaille (15). D’autres établissements verront le jour : collège du Plessis (1323, par Geoffroy de Plessis-Balisson, secrétaire de Philippe V, et notaire apostolique, quarante bourses, essentiellement pour des écoliers des diocèses de Saint-Malo et de Léon), collège de Tréguier (1325, fondé par Guillaume de Coetmohan, pour huit écoliers de ce diocèse) (16), collège de Léon (v. 1325, par Eonnet de Kaerembert) (17).

Nous connaissons mal les circonstances de l’arrivée de Raoul le Breton à Paris, ses débuts scolaires. Avant la fondation des collèges bretons de Paris, d’autres établissements ouvraient leurs portes à ces « pauvres écoliers ». En 1285, Yves le Breton, fréquente le collège de Saint-Thomas du Louvre (18).


Porche de l’église paroissiale Saint-Pierre de Ploudiry. Photo: Henri Moreau

Les seules informations disponibles pour définir le lignage de Raoul, et nous dévoiler le lieu de sa naissance, PLOUDIRY (Finistère, Bretagne), proviennent d’un vidimus (19) de certaines dispositions testamentaires prises par son oncle (20) en 1317. Par cet acte, Hervé Even Daniel, bourgeois de Paris, clerc originaire du diocèse de Léon, lègue l’usufruit de ses biens à venerabili uiro magistro Radulpho de Plebedyri (21) nunc doctori in theologia, et leur propriété aux religieux de l’Hôtel-Dieu et à ceux du prieuré de Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers.
PLOUDIRY, paroisse de l’ancien diocèse de Léon, dépendait de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas (ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin) comme un de ses plus importants et plus riches prieurés.


Abbatiale Notre-Dame de Daoulas (XIIe siècle)

Le vidimus de 1317, précité, porte sur les héritages suivants :
— Deux maisons mitoyennes situées à Paris, in civitate, devant les propriétés de défunt Raoul Coquatrix, paroisse de Saint-Pierre-aux- Boeufs, en la censive de Saint-Eloi. L’une d’elles voisine une maison jadis possédée par maître Hervé dit le Cardinal (22); l’autre fait le coin de la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs, et est contiguë à celle de feu maître Thierry le Breton, avocat à la cour (23).
— Un arpent de vigne à Vauvert (24), derrière le pressoir des bourgeois de Paris, en la censive d’Alice Arrode.
— Une maison sise au-delà du Grand-Pont, dans la rue Neuve-Saint-Merri, contiguë à celles de Jeanne la Renarde et de Nicolas dit le Peintre.
Un document essentiel, le Censier de Saint-Merri (25), composé au début du XIVe siècle, complète nos informations sur cet article, apportant d’autres précisions sur la personne d’Hervé Even Daniel :
— En Rue Neuve, d’une part et d’autre, jusques au kairefour du Temple … Dame Gile Arrode, fame jadis du dit mestre Hervi [dicta domus que fuit dicti Nicholai], pour sa dite maison tenant d’une part, à le dite meison du dit Borgeois, et d’autre part, à le meison Ysabieu Le Renarde [modo beneficerius sancti Martini], ii sols vi d. ; des quieux la communité prent xviii d., et les chanoines xii d.
— Renaut l’Ermitain et Ysabieu le Renarde, sa fame, pour le dite meison leur tenant, tenant, d’un cousté, à le meison du dit feu mestre Hervi [que est G. de Meldis], et, d’autre part, à une autre leur meison, xii d.
— Le dit Borgeois [le Peinhtre] pour sa maison ajoignant, d’une part, et, d’autre part, tenant à la maison que feu mestre Hervi le Breton (26), clerc [que fuit Nicholai le Teules, heres de G. de Mal Auroy], xviii d.
Le Livre de la taille de Paris, en l’année 1297, donne pour la rue Neuve Saint-Merri : Hervi le breton, procureeur , taxé à 8 s., de même que « Bourgeois le peintre » (27).
Ainsi Hervé Even Daniel épousa Gila Arrode. Cette famille reste parmi les plus en vue de la bourgeoisie parisienne au même titre que les Gencien, Barbette ou Popin. Jean Arrode exerce comme prévôt des marchands de la capitale en 1289/1291. Nous savons par ailleurs que Gila (morte avant 1318), fonde dans la cathédrale Notre-Dame une chapellenie perpétuelle en l’honneur de saint Rigobert. L’un des premiers desservants en fut Guillaume de Ploudiry (28), prêtre, sans doute de la proche famille de Raoul le Breton, puisque originaire de la même paroisse en Bretagne. Gila (de même qu’Alice) a été reconnue comme étant une fille de Nicolas Arrode, probable frère du prévot (Boris Bove, Dominer la ville: prévôts des marchands et échevins parisiens de 1260 à 1350, Paris : Editions du CTHS, 2004, p. 381).

Raoul le Breton reconnaîtra l’affection de ses oncle et tante. Alors proviseur de Sorbonne, ou encore peut-être simple socius, il affecte plusieurs sommes à la célébration d’obits en leur mémoire :
[3 février] Obitus avunculi magistri radulphi britonis. pittancia. xiiij. sol. par. sed quatuor solidi sunt pro beneficiariis. ergo intimari debet beneficiariis ut veniant ad capellam.
[26 mars] Obitus uxoris avunculi magistri Radulphi Britonis. xiiii sol. parisiens. pro pittancia ; sed habent beneficiarii iiij sol. et ideo ipsis intimetur ut veniant ad capellam.
[30 juillet, obit de Raoul] … item dimisit de predicta pecunia duos obitus faciendos, unum scilicet in crastino Purificationis beate Virginis pro anima advunculi sui, alterum in crastino Adnunciationis dominice pro anima uxoris predicti avunculi. Pittancia cujuslibet xxiiij. sol. par. set quatuor solidis participant predicti beneficiarii, dividendis inter illos ex ipsis qui venient ad capellam (29).

                                                              

NOTES =============

(1) Quelques auteurs (P. GLORIEUX, C. LOHR, etc.) veulent voir en lui un certain Raoul de Hotot, maître ès-arts, mais cette recognition ne tient pas dans la mesure où ces deux universitaires figurent distinctement dans un acte émanant du collège de Sorbonne daté du 8 novembre 1317 (Palémon GLORIEUX, Cartulaire, p. 210). Doit-on le confondre avec Raoul Renaud, Radulphi Reginaldi Britonis, docteur en théologie, qui reçoit un canonicat avec expectative de prébende au Mans le 13 novembre 1316. Un maître Reginaldo Radulphi canonico Laudunensi, inscrit dans l’obituaire du collège de Sorbonne au 6 mai brouille encore les solutions possibles d’une réelle identification de Raoul le Breton : Auguste MOLINIER, Obituaires de la province de Sens. Diocèse de Sens et de Paris (Recueil des historiens de la France par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, série Obituaires), Paris, 1902, p. 743. Le nom même de Raoul le Breton, Radulphus Brito, apparaît à plusieurs reprises au Moyen Âge. Ainsi, à Paris, vers 1290/1300, il est porté par des libraires installés rue Neuve-Notre-Dame : Raoul le Breton le jeune et Berte, sa femme, Raoul le Breton le vieil. Un copiste de ce nom transcrit une Summa de vitiis et virtutibus de Jean de Galles (manuscrit Florence BNC II VI-1), de l’ancienne bibliothèque du monastère de Santa Maria del Carmine. Voir notre étude : Jean-Luc Deuffic, « Copistes bretons du Moyen Âge (XIIIe-XVe siècles): une première “handlist” », Du scriptorium à l’atelier. Copistes et enlumineurs dans la conception du livre manuscrit au Moyen Âge, Turnhout: Brepols, 2010 (Pecia, 13), p. 151-197. Au reste, pour mémoire, signalons un Raoul le Breton, prêtre chapelain de Saint-Jean en l’église de Saint-Barthélemy de Paris qui teste en 1316 (Paris AN L 596, n° 11). Le « Cartulaire » de l’Université de Paris cite, vers 1329/1335, Dominus Rodulphus Brito cum 6 sociis, logeant rue du Four, et Raulfus (sic) Brito in vico sancti Illarii (CUP, III, 661a, 662b). Il ne s’agit là en fait que de quelques exemples d’un nom courant utilisé dans le milieu breton du Paris médiéval. Ailleurs, on peut citer un « Raoul de Bretagne », chanoine de Sainte-Croix de Cambrai en 1287 (A.D. Nord, 6G 150). De fait, « le Breton » affirme l’origine géographique du personnage, l’appartenance à une nation.
(3) Il faut souligner ici l’important travail accompli par l’Institut du Moyen Âge Grec et Latin de
Copenhague. Jan PINBORG († 1982) puis Sten EBBESEN, et d’autres, ont grandement oeuvrer pour la redécouverte de Raoul le Breton en étudiant nombre de ses commentaires dans les Cahiers de cet Institut.
(4) Jean de Garlande, ca 1195-1272. Etudie à Oxford, Paris et Toulouse (1229-1232).
(5) Fallunt doctores iustos quidam seniores
Nautis peiores et ventis mobiliores.
Regnat in Herveo logicali palma tropheo,
cuius corda deo fragrant quasi thure Sabeo.
Dum largis itidem facit invidiam domat, idem
Cuius laudo fidem, cum sit michi cognita pridem.
JEAN DE GARLANDE, “Morale scholarium”, dans Morale scholarium of John of Garland (Johannes de Garlandia), a professor in the universities of Paris and Toulouse in the thirteenth century. Edited, with an introduction on the life and works of the autor, together with facsimilies of four folios of the Bruges manuscript by Louis John PAETOW, Berkeley, 1927, p. 178, v. 647-652. Voir l’article essentiel d’Alain DE LIBERA, “Les Abstractiones d’Hervé le Sophiste (Hervaeus sophista)”, dans Archives d’Histoire Doctrinale et Littéraire du Moyen Âge, 1985, p. 163-230, édition d’après l’unique ms. Paris BnF Lat. 15170, ff. 48va-52va. Hervé le Breton figure aux nécrologes de plusieurs abbayes et couvents parisiens , outre celui de la cathédrale Notre-Dame de Paris (Benjamin GUERARD, Cartulaire de l’église Notre-Dame de Paris, Collection de Documents inédits sur l’histoire de France, Paris, 1850, t. IV, p. 138-139) : Saint-Martin des Champs (Paris BnF Lat. 17742, f. 266r, de seconde main, au IV des calendes de Septembre), Saint-Victor (Paris BnF Lat. 14673, édit. MOLINIER dans Obituaires de la Province de Sens, II, Paris, 1902, p. 580), les Trinitaires (Paris Mazarine 3356, édit. MOLINIER, ibid., p. 687), Saint-Geneviève (Paris AN LL 881). Cf. aussi celui des marguilliers laïcs de la cathédrale Notre-Dame (Paris AN S 853) : En août est fait l’obit maistre hervy le breton dit le rout (sic) et y prendre les dits marregl. xii d. Censitaire de l’abbaye Sainte-Geneviève, maître Hervé demeurait in vico sancte Genovefe (voir par ex. Paris AN S 1626/1, censier de 1276).
(6) Conséquence de son accent breton ?
(7) Otto de Freisingen, Gesta Friderici imperatoris, Liber. 1, n. 47, édit. G.H. PERTZ, MGH, Script., XX, 376 et dans J. P. MIGNE, Patrologie Latine, t. XIII, c. 654. « Petrus iste [Abailard] ex ea Galliae provincia quae nunc ab incolis Britannia dicitur, originem trahens (est enim praedicta terra clericum, acuta ingenia et artibus applicata habentium, sed ad alia negotia penè stolidorum
ferax : quales fuerunt duo fratres Bernardus et Theodoricus viri doctissimi)… ». Voir la notule de notre ami André-Yves Bourgès, “Les trois Bernard” (2008).
(8) « Fuerunt autem nobis hoc medio tempore, quo in partibus transmarinis nostram in disciplinis transegimus adolescentiam <et> in paupertate voluntaria literarum studiis etatis nostros dedicavimus dies, in liberalibus artibus doctores precipui viri venerabiles et pia recordatione digni, scientiarum vasa, thesauri disciplinarum, magister Bernardus Brito, qui postea [fuit] in patria unde ortus fuerat episcopus fuit Cornualenssis (sic = Cornouaille / Quimper) … Hii omnes magistri Theodoricii senioris viri litteratissimi per multa tempora auditores fuerunt … ». R.B.C. HUYGENS, “Guillaume de Tyr étudiant. Un chapitre (xix, 12) de son « Histoire »”, dans Latomus, 21, 1962, p. 822. Voir les développements donnés par E. JEAUNEAU, “Note sur l’école de Chartres”, dans Mémoires des Sociétés Archéologiques d’Eure-et-Loire, 23, 1964-1968, p. 1-45, et les précisions d’A. VERNET, “Une épitaphe inédite de Thierry de Chartres”, dans Recueil des travaux offerts à M. Clovis Brunel, t. II, Paris, 1955, p. 660-670.
(9) Dom WILMART, “Un nouveau poème de Marbode. Hildebert et Rivallon”, dans Revue Bénédictine, 51, 1939, p. 169-181.
(10) Sur Hervé Nédélec (Herveus Natalis) voir la biographie toujours utile dressée par AG. DE GUIMARAES, “Hervé Noël (†1323). Etude biographique”, dans Archivum Fratrum Praedicatorum, 8, 1938, p. 5-81. De même, pour des orientations bibliographiques, Thomas KAEPPELI O.P., Scriptores ordinis Praedicatorum medii aevi, vol. II, Rome, 1975, p. 231-244. L’identification de certaines de ses oeuvres doit être revue et leur paternité rendue à Hervé dit « le sophiste ». Références sur la base STUDIUM.
(11) Ses Distinctions sur les Décrétales de Grégoire IX ont donné lieu à plusieurs éditions : Lyon
1498 et 1520, Venise 1576. Voir sa notice par P. FOURNIER dans l’ Histoire Littéraire de la France, 37, 1938, p. 153-173. Nous avons publié une note sur la « dynastie » des Bohic : Jean-Luc Deuffic, “Universitaires bretons au Moyen Âge : les Bohic”, dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 110, 1982, p. 209-214. De même: Jean-Luc Deuffic, “Au service de l’Université et au conseil du duc … Notes sur le canoniste breton Henri Bohic († v. 1357)“, dans Pecia. Ressources en médiévistique, vol. 4, 2004, p. 47-101; “Henri Bohic et le receveur Yves de Cleder”, dans Notes de bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (XIVe-XVIe s.), Pecia. Le livre et l’écrit 7, 2009, Turnhout: Brepols, 2010, p. 57-62.


Henri Bohic enseignant. Amiens, BM, 365

(12) Lire à ce propos les bonnes remarques de Jean KERHERVE, L’Etat breton aux XIVe et XVe siècles, Paris: Maloine édit., 1987, t. I, p. 4 et n., de même les témoignages anciens signalés par l’abbé François DUINE, Catalogue des sources hagiographiques pour l’histoire de Bretagne jusqu’à la fin du XIIe siècle, Paris, Champion, 1922, pp. 21 sq. L’art breton du haut Moyen Âge connaît également les critiques de spécialistes trop pénétrés du stéréotype carolingien. René CROZET, jugeant les représentations anthropo-zoomorphiques des évangélistes dans les anciens manuscrits armoricains (New-York, Public Library 115, par ex.) relève leur « exécution … grossière » (in Cahiers de Civilisation Médiévale, 1, 1958, p. 182-187). On pourrait ici faire un rapprochement avec le vocabulaire entendu lors de quelques salons parisiens du XIXe siècle sur l’art pictural breton : « grossier, inélégant, laid, archaïque … ». Denise LELOUCHE, “La critique et les peintres de la Bretagne au XIXe s.”, dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 106, 1978, p. 397.
(13) Le chroniqueur Guillaume le Breton pourrait initialiser cette série de serviteurs royaux. Né
dans le diocèse de Léon v. 1160, il fut envoyé à Mantes à l’âge de 12 ans pour y faire ses études.
Par la suite il fréquenta les écoles de Paris avant d’entrer dans l’entourage de Philippe Auguste
dont il devint le chapelain. On lui doit deux biographies du roi, l’une en prose (Chronique),
l’autre en vers ( Philippide ). Jacques le Breton, doyen de Saint-Quentin, fut clerc de Louis VIII le Lion et de Blanche de Castille. En 1234, il fait don à l’Hôtel-Dieu de Paris d’une maison, à charge de servir à Yves son neveu, une rente de 100 sous pendant tout le temps de ses études, et d’établir un chapelain breton (unum capellanum britonem) pour entendre les pauvres infirmes bretons reçus à l’Hôtel-Dieu (Cf. L. BIELE, Archives de l’Hôtel-Dieu de Paris, Paris, 1894, p. 324). Ce Jacques, dont le sceau représentait un homme lisant un livre et assis, est peut-être celui qui obtient en mai 1264 un canonicat à Quimper : magistrum Jacobum, recteur de Plouhinec, a longtemps professé la dialectique et la physique (qui in dialectica et in arte phisice diu docuisse  dicitur) (Reg. Vat. 29, f. 319). Maître Yves le Petit, juriste renommé, et sa femme Jeanne, fondent à l’Hôtel-Dieu une chapellenie pour le remede de leur ames et pour lame de tres haut prince, monseigneur Phelippe, jadis roy de France qui trespassa es parties d’Aragon, que le dit mestre Yves servi moult longuement … (Archives de l’Hôtel-Dieu, layette 193, liasse 975c). Ces différents personnages, et d’autres, comme Yves le Breton, maître des « pavillons » du roi , ou Galeran le Breton, échanson et concierge du palais royal sous Philippe VI le Bel et Louis le Hutin, feront l’objet d’une étude particulière.
(14) Ne retenons pas les réflexions excessives de Bronislaw GEREMEK dans Les marginaux parisiens aux XIVe et XVe s. : « Il est Breton et, à l’instar de nombre de ses compatriotes, il exerce une profession naturellement méprisée : l’origine et le métier entraînent une répulsion sociale … » (Paris, Flammarion, 1976, p. 118). De même, dans J. C. CASSARD, “Les premiers immigrés : Heurs et malheurs de quelques Bretons dans le Paris de saint Louis”, dans Médiévales, 6, 1984, p. 85 : « ces Bretons sont marqués en bloc du sceau indélibile d’une civilisation rustique, attardée … ».
(15) René COUFFON, Le Collège de Cornouaille à Paris, Quimper, Bargain, 1941, extr. du BSAF, 68, 1940. Les statuts de ce collège, de 1380, forment le ms. Paris BnF. Lat. 4354.
(16) René COUFFON, Le Collège de Tréguier à Paris, Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1931, extr. des Mémoires de la Société d’Emulation des Côtes-du-Nord. Son fondateur était secrétaire de Philippe le Bel, docteur régent de la Faculté de décret et grand chantre de la cathédrale de
Tréguier. Voir Paris Bibl. Univ. carton 22.V (titres de fondation, testament) et dans Paris AN M
193 et MM 441 les statuts du collège de 1411.
(17) Evein de Kerberz, archidiacre de Léon, était en 1326 clerc et conseiller d’Edouard d’Angleterre et d’Isabelle de France « dans leurs affaires du royaume ». Voir Henri JASSEMIN et Aline VALLÉE, Jean GUEROUT, Registres du Trésor des chartes, t. II, Règnes des fils de Philippe le Bel, 2e partie. Inventaire analytique, Paris, Archives Nationales, 1990, p. 268.
(18) C.E. DU BOULAY, Historia Universitatis Parisiensis, ipsius fundationem, nationes, facultates, magistratus, decreta, censuras … cum instrumentis publicis et authenticis …, Parisius, Apud Franciscum Noel & Petrum de Bresche, 1665-1673, t. III, p. 469.
(19) Paris AN S 6213, n° 148 (fonds du Collège de Sorbonne), transcrit le samedi après la fête de la Toussaint 1320 par le notaire « d. de veteri villa » (latinisation du breton « Kergoz »), et collationné par [Yvo de] Lesploydern, clerc notaire juré. Ce dernier se retrouve sur un autre document du collège de Sorbonne, Paris AN M 75, n° 8 (16 mars 1325, édition GLORIEUX, Cartulaire, n°424, p. 547) avec un second notaire breton, Raoul de Sizun, et doit son patronyme à Plouedern (commune et canton de Landerneau, Finistère), située non loin de Ploudiry d’où est originaire Raoul. Sizun n’en est guère non plus très éloignée.
(20) Oncle paternel ou maternel ? Dans le premier des cas on aurait ainsi le patronyme DANIEL,
assez répandu il est vrai en Léon. Cf. la paroisse de Ploudaniel (Ploedaniel, vers 1330, “Plou” désignant la paroisse), ou nombre de l.d. Kerdaniel dans ce même diocèse (ker-, pour “village”).
(21) Ploudiry  donna à Daoulas un abbé remarquable, Jean Guerault de Penhoat (1350-1390). Voir Jean-Luc DEUFFIC, “Les documents nécrologiques de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas”, dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 106, 1978, pp. 83-102 et 107, 1979, pp. 103-147. De même, il nous paraît utile de faire mention ici d’une autre figure emblématique de Ploudiry : Olivier Salahadin. Issu d’une noble famille, fondue dans celle des Kermadec, cet illustre, « la fleur des prélats de son temps », dixit le Chronicon Briocense, représente un des piliers du milieu universitaire breton : recteur de l’ Université de Paris (1318), docteur en théologie et grand maître du Collège de Navarre (1333), doyen de Notre-Dame de Paris (1335-1340), évêque de Nantes (1340-1354). Olivier Salahadin était-il en relation avec Raoul le Breton ? Une délibération de l’Université de Paris reconnaissant aux maîtres de Sorbonne le droit de reprendre leurs cours à la Faculté des Arts, fait intervenir plusieurs Bretons: magister Herveus brito in medicina decanus … magistris Herveo ordinis Predicatorum (Hervé Nedellec), Radulpho Britone … in theologia ; olivero britone … in artium facultate regentibus (Paris AN M 74, n° 7, édit. GLORIEUX, Cartulaire, I, pp. 210-211, 8 novembre 1317). Cet Olivier Salahadin (discreto viro magistro Olivero Sallahadin rectore Universitatis parisiensis) apparaît aussi dans un compromis entre la Sorbonne et le collège de Cluny à l’époque du provisorat de Raoul (Paris AN M. 74, n° 10 ter, lundi 11 décembre 1318, apud Sanctum Julianum Pauperem Parisius : édit. GLORIEUX, II, p. 538-539). Ploudiry englobait sa trève de Pencran d’où est issue la dynastie des Keroullay. Voir Jean-Luc Deuffic (en collaboration avec Jean Kerhervé), “Du Léon en Anjou, le singulier destin des Keroullay (XIVe-XVe siècle)”, dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. CXLI, 2013, p. 263-294.


Jean de Keroullay, enseignant: sa tombe à Saint-Yves de Paris

(22) Nommé ainsi dans le document. Mais il s’agit plus probablement du breton Hervé le
chancelier. En effet, le censier et cartulaire de Saint-Eloi (Paris AN LL 75, fol. lvi, 1300) donne
pro domo que fuit hervei cancellarii britoñ. D’autre part, un acte du cartulaire de l’Hôtel-Dieu de Paris signale la vigne de defuncti Hervei dicti cancellarii, quondam advocati in curia Parisiensi, en la censive de Pétronille, veuve de Nicolas Arrode (6 octobre 1297, layette 76, liasse 432, édit. p. 470).
(23) Nous aurions ainsi, en ce quartier de la Cité, un groupe de juristes bretons (avec le nommé
Brice étudié plus loin), sans doute habitués au Parlement.
(24) Cette tenure apparaît au censier d’Issy (Paris AN LL 1073A) comme étant possédée par Mons. Auffroy de Ploedry prestre breton. Voir Marie-Thérèse MORLET, Marianne MULON et Jean JACQUART, “Le censier d’Issy (1332-1334)”, dans Mémoires de la Société d’Histoire de Paris, 26-27, 1975-1976, p. 60, n° 255. Aufredus de Plebediry, clerc juré de l’officialité de l’archidiacre de Paris figure dans une charte de Saint-Magloire du 11 janvier 1306. Il peut appartenir à l’entourage familial de Raoul. Lucie FOSSIER, Anne TERROINE, Chartes et documents de l’abbaye de Saint- Magloire, 146, p. 205.
(25) Léon CADIER et Camille COUDERC, “Cartulaire et censier de Saint-Merri de Paris”, dans Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile de France, 18, 1891, p. 101-271 (p. 202).
(26) Notez à nouveau l’expression employée : « Hervé le Breton », sans précision du patronyme.
Cette pratique perdure au moins jusqu’au milieu du XIVe siècle. Plus tard ce qualificatif est
devenu lui-même patronymique.
(27) Karl MICHAELSON, Le Livre de la Taille de Paris l’an 1297, Göteborg, 1962 (Romanica
Gothoburgensia, IX).
(28) Guillelmus de Plebe diri presbiter, Paris, AN, S 92, nn. 8 et 16, 1318. Guillaume de Ploudiry figure déjà comme prêtre de la cathédrale Notre-Dame en 1304, procureur de la communauté des chapelains en 1310 (Paris, AN, S 848A), bénéficier de Notre-Dame faisant don au Collège des Dix-Huit de 12 sols de rente sur une maison de la rue Sainte-Opportune (Paris, AN, M 121, n° 16, 2 juin 1324). Un fragment de compte pour l’Université de Paris (CPU II, 663), de l’année 1329, nomme un Guillelmus de Plobediri cum 3 sociis dans la rue Saint-Germain. Il s’agit là, sans doute, de deux personnages différents.
(29) Palémon GLORIEUX, Cartulaire, p. 158, 161, 170. L’obituaire de la Sorbonne procède
d’additions marginales au calendrier du manuscrit Paris, BnF, Lat. 16574, le Liber prioris (A.
MOLINIER, Obituaire de la province de Sens, p. 739, 741, 747).


Paris, BnF, Lat. 16609 : Expliciunt questiones supra algorismum et compostum et questiones communes mathematice et geometrie a Britone date per copiam. Numérisé.


Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. lat. 3042. Numérisé.

Première illustration: Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Pal. lat. 1059. Numérisé.

LIENS
Radulphus Brito, dans The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Ana María Mora-Márquez et Iacopo Costa)
ALCUIN

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30 Août 2021
Jean-Luc Deuffic

« Le Livre de chasse » du J. Paul Getty Museum (Los Angeles) : exemplaire d’un membre de la famille bretonne de RIEUX

Le prestigieux J. Paul Getty Museum, à Los Angeles, conserve un magnifique exemplaire (Ms. 27) des années 1430-1440 du Livre de chasse, livre de vénerie médiévale composé entre 1387 et 1391 par Gaston Phébus (Fébus), comte de Foix.

“Le Livre de chasse” de Gaston Phébus

“Le Livre de chasse” sur ARLIMA

Dans ce manuscrit, présenté comme ayant été exécuté en Bretagne, les armoiries de Rieux, d’azur, à cinq besants d’or, sont peintes en de multiples endroits. Les Rieux portent généralement ces armes avec 10 besants, mais plusieurs tours du château de Ranrouët nous les figurent avec ces cinq besants enchâssés dans la pierre. Ranrouët fut un temps la demeure des Rieux. https://www.chateauderanrouet.fr/


© J. Paul Getty Museum, ms 27

Pour la décoration, on peut comparer certaines scènes de chasse avec celles que l’on retrouve par endroits dans les Heures de Jean de Montauban (Rennes, Bibliothèque Métropole, 1834) dont la fille Béatrice épousa Jean III de Rieux.


© J. Paul Getty Museum, ms 27

Rennes, Bibliothèque Métropole, 1834

Le manuscrit de Los Angeles porte également cette note de provenance « Ex-Libris Antonii de Lamare domini de Chesnevarin cui dono dedit D. Henricus d’Orléans marchio de Rothelin Anno S. R. M.D.C.XXXX. ». Ainsi, Henri d’Orléans de Rothelin, aurait fait don de l’ouvrage à Antoine de Lamare en 1640.

Le premier, Henri d’Orléans de Rothelin, marquis de Rothelin, baron de Varenguebec, Neaufle et Hugueville, conseiller d’épée nommé par brevet de 1615, gentilhomme ordinaire de la chambre de Louis XIII par brevet de 1620, maréchal de camp et des armées du roi le 9 janvier 1637, chevalier du Saint-Esprit nommé par brevet du 1er octobre 1641, gouverneur de la ville de Reims, décédé le 4 mai 1651 (Moreri), épousa le 12 février 1620 Catherine-Henriette de Loménie (†28 février 1667).

Le second, Antoine de Lamare, seigneur de Chenevarin (1590-1670?), est un bibliophile bien connu. Nous retrouvons son ex-libris sur plusieurs manuscrits dont le Fr. 18931 de la BnF.

Un possesseur du Paris, BnF, Fr. 939, décrit ces armes : « d’azur à la croix d’or cantonnée au 1, d’une licorne contournée d’argent, au 2 à l’aigle esployé d’or becqué et membré de gueules, au 3 et 4 à deux lyons affrontez ou contre rampants d’or armez et lampassez de gueules, les queues passées en sautoir, qui est de Lamare ;- Parti et escartelé au 1 et dernier d’azur à trois lyons naissants d’or, les queues passées en sautoir à la bordure engreslée de gueules, qui est Le Clerc, sieur de Croisset, au 2 et 3 de sinople à la fleur de lys d’or, qui est de Clercy, et sur le tout, de gueules à la fleur de lys d’or, qui est d’Herbouville. Supports : deux licornes d’argent. Cimier : une licorne naissante de mesme ».

Antoine de Lamare est l’auteur des « Eloges de la ville de Rouen : en vers latins et français », publiés par Pierre de Lamare de Durescu, son fils, et Pierre Grognet d’après des imprimés du XVIe et du XVIIe siècle, avec une introduction par Édouard Frère, Rouen, 1872 :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5406112c

Liens
J. Paul Getty Museum, ms. 27
Bibale

Quelques pages consacrées à Antoine de Lamare dans:
Le parcours d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de France

3 Août 2021
Jean-Luc Deuffic

Yves Mignot, copiste breton du Trégor (vers 1450)

Le manuscrit de la Bibliothèque Vaticane, cote Vat. Lat. 2317, est un des rares exemplaires du Directorium iuris in foro conscientiae et iudiciali du franciscain de Norwich Pierre Quesvel (parfois orthographié Quesnel). D’une belle écriture du milieu du XVe siècle, son copiste breton s’y nomme et nous apprend par là-même l’identité de son commanditaire dans un long colophon. J’ai déjà montré toute l’aptitude particulière des Bretons dans l’exercice de la copie au Moyen Âge avec une première handlist publiée en 2010 (1). Aussi, c’est toujours un grand plaisir d’ajouter un nouveau nom à cette liste initiale de copistes qui doit encore s’étoffer. Yves Mignot, comme il le précise, appartient au pays trégorois (Tréguier, Côtes d’Armor) où plusieurs familles nobles portent son patronyme.
Lors de la Réformation des fouages de 1426, parmi les nobles de la paroisse de Ploubezre (Ploeberre) on remarque Yvon et Jehan Le Mignot. À cette date, le manoir de La Lande appartient à Yvon le Mignot et est exploité par Jehan le Lancer Clerc ; celui de Launay à Yvon le Mignot, exploité par Jehan Guegan ; Rossalu à Jehan Mignot, exploité par Yvon an Hoder. En 1481, la « montre » de Tréguier, comptabilise 22 nobles à Ploubezre, parmi lesquels Yvon LE MIGNOT (65 livres de revenu) « porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge ».
(Voir sur le site de Tudchentil, « Montres de l’évêché de Tréguier tenues en l’an M CCCC LXXXI »
https://www.tudchentil.org/spip.php?article480)
Yvon doit probablement appartenir aux Mignot (Le) du Launay, en Ploubezre, manoir toujours visible, l’un des plus anciens du Trégor. Cette famille blasonnait d’argent, au sautoir de gueules.
(Voir Louis Briant de Laubrière, Armorial breton, 1844, sur Tudchentil https://www.tudchentil.org/spip.php?article688 )


Manoir du Launay, Ploubezre – Côtes d’Armor – Photo Inventaire

Au terme de sa copie, Yves Mignot stipule être étudiant à l’Université de Toulouse. Cette dernière était alors célèbre pour son enseignement du droit (2). Nombre de Bretons y sont attestés, formant un temps une « nation » particulière, la « Nation de Bretagne », comme ce fut le cas dans d’autres grandes universités du Royaume (Angers, plus tard Orléans). Avant la création de l’Université de Nantes en 1460, les étudiants bretons devaient s’exiler aux quatre coins du royaume et jusqu’en Italie pour suivre les cours des grandes facultés.
Curieusement, au XVIe siècle, on retrouve un MIGNOT à Toulouse : « On mêla parmi ces écoliers (de Toulouse) pour les aguerrir, plusieurs soldats étrangers & ils choisirent tous pour leur général Georges Mignot, sieur de la Boissière, gentilhomme Breton & étudiant en droit qui avoit exercé la charge de prieur de la nation de Bretagne dans l’université de Toulouse. Ce jeune guerrier fit plusieurs actions de valeur & soutint dans la suite la réputation d’un brave homme au siège de Malte & à la bataille de Lepante où il se trouva & il ne se rendit pas moins recommandable par la science du droit » (Abrégé de l’historie générale de Languedoc, de dom Joseph VAISSETE, t. V, Paris, 1749, p. 611).
Georges Mignot de La Boissière fut président de la Chambre des Comptes de Bretagne de 1577 à 1592, docteur en droit, maréchal de camp des armées du roi, gentilhomme de la chambre ordinaire du roi (8 décembre 1569), écuyer des épouses de Charles IX et Henri III, figurant sur la liste des pensionnaires du roi en Bretagne. Il épouse Claude de Monti, fille du maître Bernard et de Renée Vergé (Dominique Le Page, Usages et images de l’argent dans l’Ouest atlantique aux Temps modernes, p. 102). Ce MIGNOT appartenait à une famille homonyme de notre copiste trégorois, qui portait D’azur à une chouette d’argent becquée et membrée de gueules.
Pour revenir à notre manuscrit, précisons qu’Yves Mignot exécuta sa copie du Directorium iuris in foro conscientiae et iudiciali à la demande de Jacques de Meaux, conseiller du roi Charles VII, licencié in utroque jure, président du Parlement de Toulouse, dont on sait qu’il exerçait la fonction depuis novembre 1449, remplaçant alors Aynard de Bletterens à la première présidence, tous deux venus du Parlement de Paris. Jacques de Meaux, décédé en 1454, nous avons là l’époque où Yves Mignot travailla à son ouvrage.
Jacques de Meaux, alors conseiller au Parlement de Paris, avait épousé Pérette LE FÈVRE, fille de Junien Le Fèvre, lui-même fils de Pierre, président du Parlement de Paris, et de Marguerite de Reilhac (abbé Jean-Bernardin Pérucaud, Notice sur Brigueuil, 1904).

(1) Jean-Luc Deuffic,  « Copistes bretons du Moyen Âge (XIIIe-XVe siècles): une première “handlist” », Du scriptorium à l’atelier. Copistes et enlumineurs dans la conception du livre manuscrit au Moyen Âge, Turnhout: Brepols, 2010 (Pecia), p. 151-197.
(2) En 1456 et 1457, Hervé Conseil, du diocèse de Saint-Pol-de-Léon, étudiant à Toulouse, copie les mss. Paris, BNF, Lat. 7635 et Toulouse, BM, 393

Sur l’oeuvre de Pierre Quesvel voir Renato Lioi, O.F.M., « Il Directorium Juris del Francescano Pietro Quesvel nei sermoni domenicali di San Giacomo della Marca », dans Studi francescani, vol. 59, 1962, p. 213-269.

“Incipit summa que vocatur directoria juris in foro consciencie et judiciali composita a fratre PETRO QUESVEL de ordine fratrum minorum ex juribus et doctorum sentenciis viversorum (sic, pour diversorum). [Prologus:] Si quis ignorat ignorabitur I Cor. XIIII. Et hec verba ponuntur…
Parmi les manuscrits:
Bruxelles, KBR, mss 152-154 et 225-226, 2 vols, Bruxelles, 1449-1451
Firenze, Bibl. Laurenz. Plut. 3 sin. 2 (http://www.mirabileweb.it/manuscript/firenze-biblioteca-medicea-laurenziana-plut-3-sin–manoscript/228635)
Munchen, Bay. Staats. Clm 3897 (http://www.mirabileweb.it/manuscript/münchen-bayerische-staatsbibliothek-clm-3897-manoscript/220280)
Oxford, Merton College MS. 223 (https://medieval.bodleian.ox.ac.uk/catalog/manuscript_10321)
Padova, Bibl. Antoniana, 28 (http://www.mirabileweb.it/manuscript/padova-biblioteca-antoniana-manoscritti-28-manoscript/190575)
Paris, BnF, Lat. 4261 (https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc63043q) numérisé
Paris, BnF, Lat. 8934 https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc771518
Reims, BM, Carnegie, 765 (Numérisé IRHT/BVMM https://bvmm.irht.cnrs.fr/consult/consult.php?reproductionId=2578)
Trento, Archivio Diocesano Tridentino. Biblioteca Capitolare 145 (http://www.mirabileweb.it/manuscript/trento-archivio-diocesano-tridentino-biblioteca-ca-manoscript/153003)


Troyes, BM 0075 (http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/4583)

Wien, ÖNB 2146
Yale, Beinecke MS 429 (quelques feuillets Numérisés) (https://pre1600ms.beinecke.library.yale.edu/docs/pre1600.ms429.htm)
Le Paris, BnF, Lat. 4261 est-il aussi l’oeuvre d’un copiste breton?  Possible. Il s’y nomme “Bricius scripsit” (à la fin du second livre). Un Brice, originaire du diocèse de Saint-Pol-de-Léon, travaillant vers le milieu du XIVe siècle, est connu pour avoir copié les manuscrits Nüremberg, Stadt. Bibl., Cent III, 79;  Paris, Paris, BU, 214 + Arsenal, 1239, f. 35-44 ; Vatican, BAV, Vat. Lat. 1096 ; Wolfenbüttel, Herzog-August. Bibl., Gudiani latini 15-16-17.

Manuscrit Vatican Lat. 1096

 

 

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