20 Mar 2021
Jean-Luc Deuffic

I N C I P I T

Ce blog, dédié au maître Léopold Delisle (1826-1910) et à l’érudit breton François Duine, clericus dolensis (1870-1924) est exclusivement (ou presque !) consacré au manuscrit médiéval, jusqu’à ses rapports avec les premiers incunables.
This blog is dedicated to the great manuscript scholar Léopold Delisle (1826-1910) and to François Duine, clericus dolensis (1870-1924), and (almost exclusively!) to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing.
Jean-Luc Deuffic
Contact : pecia29@orange.fr /// Site web /// Academia.edu

[ Illustrations : Cambrai BM, 620 . © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS ] – Léopold Delisle – François Duine, hagiographe, historien ]

L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L
PECIA : LE LIVRE ET L’ECRIT [link] – Edition : Brepols Publishers (Turnhout)

DERNIERS VOLUMES PARUS
Pecia. Le livre et l’écrit, 19 (2016): Outils et pratiques des artisans du livre au Moyen Âge.
Pecia. Le livre et l’écrit, 20 (2017) : Livres de maîtres, livres d’étudiants: le manuscrit universitaire au Moyen Âge
Pecia. Le livre et l’écrit, 21 (2018). Livre manuscrit et mécénat du Moyen Âge à la Renaissance

Toujours disponible
Jean-Luc Deuffic. Inventaire des livres liturgiques de Bretagne. Livres d’heures, de piété, de dévotion et ouvrages associés antérieurs à 1790. Présentation [lien / link]

Nos divers sites sur le manuscrit médiéval, les anciennes bibliothèques (et autres !) …

Nouveauté : Le livre d’heures enluminé en Bretagne (BREPOLS Publishers)

28 Juin 2021
Jean-Luc Deuffic

La Bretagne des origines : de nouvelles approches. IrCaBriTT et CODECS

La Bretagne carolingienne n’a pas encore dévoilé tous ses mystères et ses richesses et les zones d’ombre sont encore nombreuses sur cette période et celle qui la précède. L’absence flagrante de documentation originale complique l’approche de l’historien. La dispersion des élites bretonnes à l’époque des grandes invasions scandinaves (IX-Xe siècle) s’est accompagnée d’une atomisation des collections monastiques contribuant à un éparpillement significatif des manuscrits échappés au vandalisme.

En 1985, lors d’un mémorable colloque organisé pour le 15e centenaire de l’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec, j’avais modestement fait un état des lieux de la question (1) en dressant un catalogue des manuscrits bretons, initialement à partir de données puisées aux travaux pertinents du regretté professeur Léon Fleuriot (1923-1987) et aux contacts que j’avais alors avec l’éminent paléographe allemand Bernard Bischoff (1906-1991).

Depuis cette époque, quelques études ont été consacrées à tel ou tel manuscrit breton (2), mais pour lors nous attendons toujours une histoire globale des scriptoria armoricains dans un contexte plus large, celui de leurs relations avec les centres culturels de la grande Celtie. Aussi, c’est avec beaucoup d’intérêt que nous assistons à la genèse de plusieurs bases documentaires liées à cette problématique.

Mention particulière, tout d’abord, au projet “Ireland and Carolingian Brittany: Texts and Transmission” (IrCaBriTT) financé par Laureate Awards Scheme de l’Irish Research Council et dirigé par le Dr Jacopo Bisagni (Classics, NUI Galway).

Le projet IrCaBriTT explore les échanges culturels entre l’Irlande, la Bretagne et la Francia à l’époque carolingienne (vers 750-1000). Plus précisément, l’un des principaux objectifs du projet est d’évaluer l’impact de l’héritage littéraire et savant de l’Irlande paléochrétienne sur la formation de l’identité textuelle et culturelle de l’élite intellectuelle de la Bretagne médiévale.
IrCaBriTT se concentre sur un groupe nouvellement découvert de textes très distinctifs du début du Moyen Âge sur le comput (science du calcul du temps) et l’exégèse biblique, tous montrant des liens clairs avec la Bretagne. En plus de fournir de nouvelles preuves substantielles pour des domaines jusqu’ici négligés de l’éducation et de l’érudition bretonnes à l’époque carolingienne, ces travaux démontrent la contribution formative de l’apprentissage irlandais médiéval au développement des idées « scientifiques » et religieuses bretonnes entre la fin du VIIIe et le début du Xe siècle.
L’intégration de ces nouvelles preuves dans une évaluation globale de la transmission bretonne des textes hiberno-latins permet de reconstruire et de comprendre les réseaux intellectuels qui ont lié les scriptoria insulaires, bretons et francs où ces œuvres ont été produites, copiées et étudiées.
Les chercheurs trouveront en ligne une riche Handlist of Breton Manuscripts, c. AD 780–1100 (DHBM), travail remarquable de Jacopo Bisagni (avec les contributions de Sarah Corrigan), précédée d’une utile présentation sur les caractéristiques du “manuscrit breton”.
La base s’accompagne d’une bibliographie exhaustive et d’une liste de ressources internet.
Le projet IrCaBriTT marque une étape décisive dans l’étude de la Bretagne carolingienne. Saluons donc la très belle initiative de Jacopo Bisagni, en espérant qu’elle suscite de nouvelles idées parmi nos jeunes chercheurs bretons …

Dans cette même optique, signalons CODECS: Collaborative Online Database and e-Resources for Celtic Studies, publiée par la A. G. van Hamel Foundation for Celtic Studies. Textes, manuscrits et bibliographie composent cette riche base.
CODECS, acronyme de Collaborative Online Database and e-Resources for Celtic Studies, est une plateforme en ligne publiée par la Fondation A. G. van Hamel pour les études celtiques, basée aux Pays-Bas. Il présente une tentative continue de construire un catalogue descriptif complet des sources d’intérêt pour les études celtiques, y compris texte et manuscrit inédits, ainsi qu’une bibliographie qui contient actuellement plus de 20 000 références. De plus, pour enrichir les façons dont les utilisateurs peuvent découvrir et explorer ces ressources anciennes, il fournit des informations structurées sur les contenus ainsi que sur les contextes ou les provenances des sources décrites.
Parmi les ressources annexes nous trouvons même le dictionnaire néerlandais-breton de Jan Deloof (2004).

(1) Jean-Luc Deuffic, “La production manuscrite des scriptoria bretons (VIIIe-XIe siècle)”, in: Simon, Marc (ed.), Landévennec et le monachisme breton dans le haut Moyen Âge: actes du colloque du 15e centenaire de l’abbaye de Landévennec, 25-26-27 avril 1985, Association Landévennec 485-1985, Landévennec: Association Landévennec, 1986. 289-321.
(2) Je pense, par exemple, aux travaux de David N. Dumville et de Louis Lemoine. Avec le CRBC (Centre de Recherche Bretonne et Celtique), le CIRDOMOC, que j’ai contribué à créer au lendemain du colloque précité, fédéralise aujourd’hui une grande partie des études celtiques en Bretagne.

Illustrations: New York, Public Library, 115 / Boulogne, BM, 8

13 Avr 2021
Jean-Luc Deuffic

Luces del Norte : manuscrits enluminés de la Bibliothèque nationale d’Espagne


Communiqué de Samuel GRAS

Je me permets de vous envoyer des informations au sujet d’une exposition à la Bibliothèque Nationale d’Espagne (Madrid) sur le fonds des manuscrits enluminés français et flamands et sur la publication du catalogue raisonné de ce fonds. Il s’agit de Luces del Norte, manuscrits enluminés de la Bibliothèque nationale d’Espagne, du 30 avril au 5 septembre 2021. L’exposition est ouverte au public dans le respect des règles sanitaires du pays, un peu plus de 70 manuscrits seront exposés. N’hésitez pas à partager ces informations si cela vous est possible ! Voici le lien avec l’information en español et in english. Il y a la possibilité de consulter 80 pages du catalogue et il y a un code promotion valable jusqu’au 25 avril “Luces del Norte” à indiquer. Il y a actuellement une offre de 10% sur l’achat de l’ouvrage par souscription.

Me permito informarles de la inauguración de la exposición en la Biblioteca Nacional de España (Madrid) en torno a los manuscritos iluminados franceses y flamencos de la institución y de la publicación del catálogo razonado de los 156 manuscritos de este fondo. Se trata de Luces del norte: manuscritos iluminados de la Biblioteca Nacional de España, del 30 de abril de 2021 al 5 de septiembre de 2021. Se mostrarán en la exposición algo más de setenta manuscritos. Les mando unos enlaces con la información en español y con la información en inglés. Hay un código de descuento (Luces del Norte) que se puede utilizar al hacer el pdf online y con el que el libro sale un 10% más barato.

Please allow me to inform you about the soon exhibition at the National Library of Spain (Madrid) dealing with French and Flemish Illuminated Manuscripts and about the publication of the exhaustive catalogue of 156 manuscripts. Name is Luces del Norte, Illuminated Manuscripts of the National Library of Spain (April 30 to September 5, 2021). The exhibition is open to the public in accordance with the country’s health regulations and will show a bit more than 70 manuscripts. Please find a presentation link en español and in english. There is the possibility to consult part of the catalogue and to buy it on the website and save 10% on this book until April 25 (Pre-sale coupon code: “Luces del Norte”).
8 Avr 2021
Jean-Luc Deuffic

Old Books and New Technologies : Medieval Books and the Digital Humanities in the Low Countries

ONLINE COLLOQUIUM

“Old Books and New Technologies: Medieval Books and the Digital Humanities in the Low Countries”

Thursday 6 May – Friday 7 May 2021

On 6 and 7 May 2021, KBR, in partnership with the Campus Condorcet of Paris, the National Library of Luxembourg, the KB national library of the Netherlands, the universities of Ghent, Leuven, Liège, Mons and Namur, and the Vlaamse Erfgoedbibliotheken, will be holding an international conference on medieval books and the digital humanities in the Low Countries.

It will bring together representatives from libraries, museums, archives with researchers interested in the ‘medieval book and new technologies’. Particular emphasis will be placed on the methodological dimension of the use of digital humanities.

Working languages will be English, Dutch, and French.

Registration and programme

Contact

21 Mar 2021
Jean-Luc Deuffic

Le « livre de raison » des Bivelat (1574)

Présenté récemment pour une vente publique (31 mars 2021), un exemplaire défectueux du très rare Thresor de devotion contenant plusieurs oraisons devotes & exercices spirituelles: pour dire en l’Eglise pendant l’office divin (Douai: Jean Bogard, 1574), une impression gothique en rouge et noir décorée de 30 vignettes gravées sur bois représentant des scènes de la Passion, dont 9 avec le monogramme CI ou IC (Jean Croissant, xylographe français ?), porte dans quelques marges les naissances de plusieurs enfants d’une famille Bivelat, protestante, dont la patronyme semble éteint aujourd‘hui. Hélas, les prénoms et noms des parents ne sont pas connus et figuraient peut-être sur des feuillets manquants de l’ouvrage  :

Par la grace de Dieu Nicole Bivelat fut née le vendredy vingt septiesme jour de juin environ cinq heures du soir l’an 1615

Par la grace de Dieu Barbe Bivelat fut née le sabmedy seiziesme jour se septembre 1617 et ce envyron les huict heures et demy du soir

Nicolas Bivelat fut né par la grace de Dieu le jour de la st Nicolas l’an 1613

Jean Bivelat deuzieme du nom fut né par la grace de Dieu le jour de la st Lucian le 27e de may la veille de l’Assention 1620 (cette fête de saint Lucien semble inconnue pour ce jour)

Barbe Bivelat 2e du nom fut née le jour de la st Crespin vingt cinquiesme d’octobre 1622 environ sur ledix et onze heures

Claude Bivelat fut né 9 juin 1628 environ dix heures et demy du soir parain Anthoine …. Et Barbe ….

Francois Bivelat par la grace de Dieu fut né jour de dimanche 9e jour de juin 1630 parain Francois Br… et la maraine dame Jeannon ….

Jean Bivelat semble avoir été le plus connu des membres de cette famille au XVIIe siècle. Il est probablement à identifier avec le Jean Bivelat, maître sculpteur et menuisier parisien, demeurant Vallée de Misère, à l’Image Notre-Dame de Boulogne, et qui, le 27 novembre 1650, passa marché avec Caprais Gourdan, maître peintre et sculpteur, demeurant sur le pont Notre-Dame, pour faire un tabernacle d’ébène de deux pieds et demi de haut, suivant le dessin qui lui avait été remis et moyennant la somme de 100 livres dont 32 livres payées d’avance (Paris, AN, MC/ET/IV/106). Cette demeure, à l’Image Notre-Dame de Boulogne, est connue pour avoir été occupée vers 1571/1572 par Pierre-Antoine Carneschi, un marchand florentin.

Jean Bivelat épousa Nicole Bonichon, et eut plusieurs enfants. Le dimanche 13 décembre 1648 fut baptisée Barbe, dont le parrain se trouve être justement ce Caprais Gourdan[1], maître peintre à Paris, cité plus haut ; la marraine fut Barbe Bivelat, femme de Jean Arnoult, boulanger, peut-être une sœur de Jean, celle née en 1622 (St Eustache n° 58 ; Fonds Laborde). Malheureusement cette jeune Barbe mourut quelques mois plus tard, le 14 octobre 1649, et fut enterrée à Saint-Père (cimetière Saint-Germain, « Cimetières des huguenots à Paris, p. 229)

Pierre-Jean Bivelat fut baptisé à Charenton, en octobre 1659; parrain, Pierre-Jean Bivelat orfèvre et peintre en émail, et marraine Marguerite Jumeau, femme de Sébastien Bourdon.

Ce Pierre-Jean fut graveur à Paris à la « Belle Etoile Couronnée », rue Saint-Louis, puis à « l’Image Saint-Louis », rue de Harlay. Il épousa Marie-Elisabeth Langlois, d’où Madeleine-Angélique Bivélat, née rue Saint-Louis, baptisée à Saint-Barthélemy le 1er décembre 1686 ; parrain, Claude Gaspard Langlois, marqueteur, rue Dauphine, marraine, Marie-Madeleine Bivelat, fille de feu Jean, sculpteur, rue Saint-Louis. Il décéda après 1702, à Paris. Madeleine-Angélique Bivelat, épousa l’orfèvre Nicolas Bouillerot (inventaire décès, 16 juillet 1733, Y 14948).

En plus de Marie-Madeleine, deux autres filles de Jean Bivélat sont connues : Marie et Elisabeth, lesquelles le 8 avril 1686, renoncèrent à la « religion prétenduë et réformée, de laquelle elles faisoit cy devant profession », dans la paroisse Sainte-Madeleine de Besançon (GG 54, fol. 11v)

https://www.interencheres.com/meubles-objets-art/angers-livres-anciens-et-modernes-284257/lot-27111857.html

[1] Le 14 mai 1645, âgé de 28 ans, il participe à une rixe survenue le 14 mai 1645 au soir avec d’autres peintres, à Fontainebleau : Pierre Gargan, de Paris, 33 ans, Jean Barbier, 19 ans, Alexandre Vernavont, flamand (AD 77, 2Bp 5310. Gourdan, Gourdon (Cappris, Capère, Caprais), p. sc., cité 1656 comme m. p. (Herl.) , 1659-1661 (G, Statuts). Agé de 28 ans; travaille à Fontainebleau, chambre du roi, en 1645 (Thoison, 1902). Pont Notre-Dame, 1663, mort avant.


La Vallée de Misère et le Pont aux Meuniers, à Paris

2 Déc 2020
Jean-Luc Deuffic

Un (autre) livre d’heures de Marguerite d’Orléans (1406-1466)

Marguerite d’Orléans, fille de Louis, duc d’Orléans, et de Valentine de Milan, sœur du prince-poète Charles d’Orléans, naît le 4 décembre 1406, et épouse, en 1423, au château de Blois, Richard d’Estampes, fils de Jean, duc de Bretagne. L’éducation de ses enfants achevée, et après un séjour à l’abbaye de Longchamp , avec ses filles Marguerite et Madeleine, puis à Fontevraud, Marguerite d’Orléans se retire chez les Clarisses, au monastère de La Guiche, près de Blois, où elle décède en 1466. Elle y sera inhumée dans la salle capitulaire, avec l’habit franciscain. Son tombeau de marbre noir, sans inscription, pouvait encore se voir à la Révolution, de même, qu’« un portrait … en pied, en costume du XVe siècle, devant un prie-Dieu supportant un livre d’heures, la housse du prie-Dieu portant les armes mi-parti Bretagne et Orléans » .

Dressé le 29 septembre 1469, un inventaire précis des livres de Marguerite de Bretagne, fille de François 1er et d’Isabeau Stuart, mentionne unes autres grandes heures a l’usaige de Romme, ou il a deux fermouers d’or, armoyees aux armes de feue Madame d’Estempes, susceptibles d’être effectivement l’ouvrage de la Bibliothèque nationale de France (Lat. 1156B), chef d’œuvre d’enluminure, magnifiquement illustré, lequel a fait l’objet de beaux fac-similés et d’études détaillées d’Eberhard König (1991 et 2013).

Lors de mes recherches, j’ai eu le bonheur de retrouver la description d’un autre manuscrit précieux de Marguerite d’Orléans, légué par sa sœur de lait à l’abbaye royale franciscaine de Longchamp, manuscrit inconnu, me semble-t-il :

« Nous, seur Jehanne Porchere (1), humble abbesse de l’église de Longchamp, confessons avoir receu, pour et ou nom de notre bien amee seur Collette Tirande (2), religieuse en nostre dicte église, unes heures a l’usage de Rome, lesquelles ce commencent en premieres feuilles par ung kalendier, les quatre évangilles, une petite passion de saint Jehan, abrégee, plusieurs petites heures, unes de la Trinité, entieres, plussieurs de Nostre Dame, ceulx du sacrement, du Saint-Esprit et de la Croix, V grans histoires, la premiere a une petite passion, la seconde a plussieurs vers dont le premier ce commence Recordare, le dernier cum accepisset aceptum, dixit : consumatum est, la tierce au commancement de matines de Nostre Dame, la iiiie ou commencement des sept pseaulmes, la cinquiesme a placebo de vespres de mors; es dernieres feuilles y a les sept pseaulmes signés et une letanie des trespassés, lesquelles heures sont aux armes de feue nostre trés redoubtee et puissante dame madame Marguerite d’Orléans, comtesse d’Estampes et de Vertus, dame de Clicon, et ycelles heures nous ont esté envoyees de nostre trés révérende dame, ma dame, Marie de Bretaigne, digne abbesse de Fonteverault, des quelles heures donnees a nostre dicte seur Collette Trande, nous quittons nostre dicte révérende dame et tous aultres, tesmoing nostre scel cy mys le jour saincte Croix, quatorsiesme jour de septembre l’an m. iiiic soixante sept. » (3)

Notes
(1) Jeanne La Porchère, abbesse de 1467 à 1484.
(2) Colette la Tirande, sœur de lait de Marguerite d’Orléans, entra au couvent le 21 novembre 1453, à l’âge de 14 ans, et mourut le 20 janvier 1496. Voir Paris, AN, L 1024 n.° 5 et 18. Nantes, ADLA, E 30 n.° 4 : Titre d’une rente viagère de 8 livres en faveur de Colette la Tirande (1453, 15 novembre).
(3) Nantes, ADLA, E 36, n° 30.

Extrait de Jean-Luc Deuffic, Le livre d’heures enluminé en Bretagne : Car sans heures ne puys Dieu prier, Turnhout : Brepols, 2019, p. 103-104
http://www.brepols.net/Pages/ShowProduct.aspx?prod_id=IS-9782503584751-1

Bibliographie
Eberhard König, Les heures de Marguerite d’Orléans: reproduction intégrale du calendrier et des images du manuscrit latin 1156B de la Bibliothèque nationale (Paris), introd. et commentaire par Eberhard König ; trad. de l’allemand par François Boespflug, Paris : Éditions du Cerf ‒ Bibliothèque nationale, 1991.
Eberhard König et Christine Seidel, Das Stundenbuch der Margarete von Orléans. Kommentar zur Faksimile-Edition. Luzern, Quaternio-Verlag, 2013.
Manuscrit numérisé sur GALLICA et Notice sur “Archives et Manuscrits”
https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc590877


Paris, BnF, Lat. 1156b, fol. 25. Marguerite d’Orléans

30 Nov 2020
Jean-Luc Deuffic

« Jean de Malzéville m’a écrit … »

Les livres d’heures à l’usage des Carmes étant assez rares, je ne resiste pas à donner ici quelques lignes sur l’ouvrage conservé à la National Library of New Zealand sous la cote MSR-11. Son intérêt tient à ce que le copiste et le destinataire y soient mentionnés, même si sur ces personnages la documentation fait défaut.

Le livre d’heures en question a, en effet, été copié en 1511 au couvent de Baccarat (Meurthe-et-Moselle, Lorraine) par le frère carme Jean de Malzéville, qui au folio 58v inscrit son nom : « f. Jo. de Malzevilla carme(ta) conventus baccareti me scripsit », après avoir, donné la date de son travail (fol. 16v).

Le destinataire ou commanditaire y est représenté au folio 17, avec ces lettres « F.[. .].P. DARGENT », en l’occurrence Frère Pandargent, connu comme prieur de Baccarat en 1505. Effectivement, cette année-là, il s’engageait au nom de sa communauté à chanter à perpétuité après Complies le Salve Regina devant l’image de la Vierge, moyennant 200 francs qui lui avaient été donné par Olry de Blâmont, évêque de Toul (1495-1506).

La destinée de ce livre d’heures l’a conduit entre les mains du savant italien Ferdinando Carli, qui y a apposé sa signature « Dominus Ferdinandus Carli Petrasanctensis », au fol. 103.

Érudit, collectionneur et marchand d’art, Fernidando Carli ( 1578-1641 ), fait l’objet d’une riche notice dans le Dizionario Biografico degli Italiani – Volume 20 (1977) :

https://www.treccani.it/enciclopedia/ferdinando-carli_%28Dizionario-Biografico%29/

Livre d’heures numérisé à l’adresse :

https://ndhadeliver.natlib.govt.nz/delivery/DeliveryManagerServlet?dps_pid=IE3296920&dps_custom_att_1=emu

L’ensemble des photos © National Library of New Zealand

6 Nov 2020
Jean-Luc Deuffic

PECIA 22/23 : Le manuscrit médiéval: texte, objet et outil de transmission

Les 2 prochains volumes de PECIA. LE LIVRE ET L’ÉCRIT (Brepols), en cours de préparation, auront pour thème : “Le manuscrit médiéval: texte, objet et outil de transmission“, avec au sommaire :

Aurore GASSEAU
(Université de Lorraine, CRULH)
Les cycles iconographiques des calendriers des livres d’heures à l’usage de Metz

Jennifer SOLIVAN
(Universidad de Puerto Rico, Recinto de Río Piedras)
Prudentius’ mnemonic images in a twelfth century Psychomachia manuscript

Audrey PENNEL
(Université de Bourgogne)
Jacques d’Armagnac et Jean du Mas, entre bibliophilie et sédition politique

Ismérie TRIQUET
(Université de Rouen)
Des manuscrits pour transmettre l’histoire du duché de Normandie à la fin du Moyen Âge

Gleb SCHMIDT
(Université de Lorraine, CRULH)
Authorial intent and the reality of reading history: the case of Honorius Augustodunensis’ Elucidarium

Diego BELMONTE FERNANDEZ
(Universidad de Sevilla)
Difusión legal en la reconquista española: el manuscrito como herramienta de transmisión en los cabildos capitulares del sur de Castilla

Antonio MARSON FRANCHINI
(St. Cross College, Oxford University)
Nicolas de Biard’s de festis model sermon collection. Preliminary study for an edition

Thibaut RADOMME
(Université de Fribourg – FNS)
De tali amore loquitur Dominus. Les marginalia bilingues de l’Ovide moralisé comme support d’édification dans la fable de Phébus et Daphné

Ilsiona NUH
(Université Clermont Auvergne)
Le miracle marial par personnages dans le ms. BnF, Fr. 819-820 : reflet poétique d’une célébration bourgeoise et urbaine

Ainoa CASTRO CORREA
(Universidad de Salamanca)
Dating and placing Visigothic script codices: A quick guide for beginners

Nathalie CROUZIER-ROLAND
(Université Bordeaux Montaigne)
Construire une mémoire urbaine : les cartulaires municipaux bordelais et libournais
(XIVe-XVe siècle)

Thomas BERGQVIST RYDÉN
(Researcher by Lund Cathedral Chapter / The Historical Museum of Lund University)
The Valréas Book of Hours, Avignon, BM, ms. 1903

Isabel BARROS FELIX
(Université Catholique de Louvain)
Le Traité des quatre dernières choses. Étude comparative des enluminures de trois manuscrits bourguignons du XVe siècle (mss Bruxelles, KBR, 11129, KBR, 9048 et Paris, BnF, Fr. 993)

Estelle GUÉVILLE
(Assistant Researcher – Louvre Abu Dhabi)
Les manuscrits médiévaux occidentaux dans la collection du Louvre Abu Dhabi
2009-2017

Synnøve Midtbø MYKING
(Université de Bergen)
Les livres français en Norvège médiévale : témoins de connexions culturelles, religieuses, sociales

Marjorie MOUREY
(Centre d’études romand)
La marque de l’auteur dans les manuscrits BnF, Fr. 9343-9344
Une proposition d’attribution du Roman de Buscalus à Jean Wauquelin

Gauthier GRÜBER
(CALHISTE / DeScripto – EA 4343
Université polytechnique Hauts de France)
La mort Gerin :Un épisode à la tradition bouleversée dans Girbert de Metz

Armando NORTE
(CHSC-UC; CH-ULisboa)
A library for eternity : Books and textbooks donated on death bed by Mem Peres de Oliveira, a Portuguese ecclesiastical and scholar of the early 15th century

11 Oct 2020
Jean-Luc Deuffic

Sur un manuscrit perdu de l’Arbre des Batailles

Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet (1792-1874), avocat, maire de Lesneven (Finistère, Bretagne), historien, possédait dans sa riche bibliothèque un exemplaire de l’Arbre des Batailles d’Honorat Bovet. Le manuscrit, qui semble avoir disparu, portait cette formule d’anathème  :
« C’est le livre appelé l’Arbre des batailles, qui appartient à Guillemin Richer, bourgois de Paris, demourant en la rue Sainct-Honoré près la Croix du Tirouer ; s’il le preste, qu’on le luy rende, et s’il est perdu, qu’on le luy raporte, et il donnera plein broc de vin; ou aultrement, maudit soit la quierielle (kyrielle) très toute, ou son âme puisse périr. » Source : Felix Ravaisson, Rapports au Ministre de l’Instruction publique sur les Bibliothèques des départements de l’Ouest, suivis de pièces inédites, Paris: Joubert, 1841, p. 79.

Ci-dessous, L’arbre des batailles [ca. 1400-1450]. Beinecke MS 230

Vers 1530. La croix du Trahoir, ou du Tirouer (Tiroir), située au coin de la rue Saint-Honoré, section alors nommée rue de la “Crois de Tiroüer et de la rue de l’Arbre Sec”.

Biblio: Hélène Biu, L’Arbre des batailles d’Honorat Bovet, étude de l’œuvre et édition critique des textes français et occitan, 4 vol., thèse de doctorat, Université Paris IV, 2004.

 

7 Oct 2020
Jean-Luc Deuffic

Un texte controversé : la vie de saint Gouesnou

Notre ami André-Yves Bourgès, bien connu pour ses nombreuses et érudites études hagiographiques bretonnes vient de publier aux Lettres Morlaisiennes, une jeune maison d’édition, un texte très controversé des origines bretonnes, la vie de saint Gouesnou . C’est donc aussi l’occasion de faire mémoire ici de notre cher Gwénaël Le Duc (1951-2006), collègue disparu prématurément, lequel s’était également attaqué à ce texte emblématique. Voir notre post : http://pecia.blog.tudchentil.org/2007/08/21/un-ami-nous-a-quitte-gwenael-le-duc-12-octobre-1951-24-decembre-2006/

<<<< La vita de Goëznou, dont le texte n’est plus connu dans son intégralité, connaît aujourd’hui encore une certaine célébrité, alors même que l’historicité du personnage, comme c’est le cas pour presque tous les saints « bretons » de la période héroïque, est inaccessible. Cette relative notoriété de la vita de Goëznou est principalement la conséquence d’une controverse ancienne et durable sur la date de sa composition : controverse de pure histoire littéraire, mais dont les enjeux idéologiques se sont rapidement révélés bien plus importants que le texte qui l’avait fait naître. Plus généralement, il s’agit, au travers de ce cas particulièrement discuté, sinon même disputé, de confronter un texte dans sa dynamique de déperdition d’informations, aux différentes interprétations, parfois malencontreuses, qu’en ont faites certains historiens: les excès qui se remarquent à cette occasion doivent inciter à appliquer la même démarche critique à l’ensemble de la littérature hagiographique, notamment en Bretagne où la geste des saints se déroule entre légendes et histoire.
En annexe est publié pour la première fois le texte de la vita de saint Ténénan, dont plusieurs indices laissent à penser qu’elle est peut-être sortie de la plume du même hagiographe.>>> (André-Yves Bourgès)

Prix : 15 Euros (plus 5 Euros de frais d’expédition)
Renseignements et commandes :
LES LETTRES MORLAISIENNES
leslettresmorlaisiennes@gmail.com

 


Statue de saint Gouesnou dans la chapelle Saint-Guénolé de Plougastel-Daoulas (Finistère)

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