16 Sep 2026
Jean-Luc Deuffic

I N C I P I T

Ce blog, dédié au maître Léopold Delisle (1826-1910) et à l’érudit breton François Duine, clericus dolensis (1870-1924) est exclusivement (ou presque !) consacré au manuscrit médiéval, jusqu’à ses rapports avec les premiers incunables.
This blog is dedicated to the great manuscript scholar Léopold Delisle (1826-1910) and to François Duine, clericus dolensis (1870-1924), and (almost exclusively!) to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing.
Jean-Luc Deuffic
Contact : pecia29@orange.fr  

[ Illustrations : Cambrai BM, 620 . © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS ] – Léopold Delisle – François Duine, hagiologue, historien, folkloriste ]

L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L
PECIA : LE LIVRE ET L’ECRIT [link] – Edition : Brepols Publishers (Turnhout)

DERNIERS VOLUMES PARUS
Pecia. Le livre et l’écrit, 19 (2016): Outils et pratiques des artisans du livre au Moyen Âge.
Pecia. Le livre et l’écrit, 20 (2017) : Livres de maîtres, livres d’étudiants: le manuscrit universitaire au Moyen Âge
Pecia. Le livre et l’écrit, 21 (2018). Livre manuscrit et mécénat du Moyen Âge à la Renaissance
Pecia. Le livre et l’écrit, 22 (2019) et 23 (2020). Le manuscrit médiéval: texte, objet et outil de transmission. Volume I et volume II.
Pecia. Le livre et l’écrit, 24 (2021). Du manuscrit à l’imprimé: une autre modernité.
Pecia. Le livre et l’écrit, 25 (2022). Miscellanées. Volume du 20e anniversaire.
Pecia. Le livre et l’écrit, 26 (2023, publ. 2024) Hommage à François Duine (1870-1924)

Toujours disponible
Jean-Luc Deuffic. Inventaire des livres liturgiques de Bretagne. Livres d’heures, de piété, de dévotion et ouvrages associés antérieurs à 1790. Présentation [lien / link]
Compte-Rendu, Yann Celton, dans Revue d’Histoire de l’Eglise de France [ lien ]

Le livre d’heures enluminé en Bretagne (BREPOLS Publishers)

16 Sep 2026
Jean-Luc Deuffic

Du cloître de l’abbaye de Daoulas aux érudits du Léon : itinéraire d’un manuscrit des « Mémoires » de dom Louis Pinsson (Brest, CRBC, Mdk1475)

Un remarquable itinéraire bibliophilique se cache dans les pages du manuscrit Mdk1475, conservé au Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) de Brest au sein du fonds récemment déposé par notre ami Jacques Miorcec de Kerdanet. Ce document renferme les Mémoires de dom Louis Pinsson, un texte prêt à sortir de l’ombre à l’occasion de sa publication prochaine dans le second tome de mon ouvrage : Daoulas. Une abbaye entre Léon et Cornouaille.

Au-delà de sa valeur textuelle pour l’histoire même de l’abbaye Notre-Dame, ce volume offre une véritable leçon de provenance : par la superposition de ses ex-libris, notes d’achats et envois, il retrace près de deux siècles de circulation intellectuelle et d’érudition locale entre Daoulas, Landerneau et Lesneven.

Origine et premières mains (XVIIIᵉ siècle)

Auteur des Mémoires, le chanoine régulier de Saint-Augustin dom Louis Pinsson s’éteint en 1738, alors prieur-recteur de Ploudiry, un des riches prieurés de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas. Après sa mort, le manuscrit entre dans les collections institutionnelles ou privées. Une inscription au bas d’une des pages, aujourd’hui en partie effacée mais où l’on devine la mention « directeur des économats », laisse penser qu’il est passé vers 1770 entre les mains d’un haut fonctionnaire sous l’Ancien Régime. En effet, suite à suppression des Jésuites en 1762, l’abbaye de Daoulas passe dans le patrimoine de l’Économat général.

Le manuscrit rejoint ensuite la sphère d’un nommé Yves-Louis Floc’h, dont le nom apparaît à deux reprises, notamment sur la page de titre (« À Yves-Louis Floc’h »). Bornons l’homme : né à Lesneven en 1772, capitaine de la garde nationale et clerc praticien dans sa jeunesse, il devint instituteur. Un faisceau d’indices suggère qu’il est entré en possession de l’ouvrage par le biais de réseaux érudits ou familiaux tissés entre Lesneven et Landerneau. Floc’h quittera plus tard la région pour exercer comme précepteur, peut-être du jeune Charles Varsavaux de Henlée, à Yseron (commune de Vallet), au service d’une grande famille de juristes originaires du Léon et établis en Loire-Atlantique (dont César-François Varsavaux de Kerjestin, intendant du château de Blain et ancien archiviste des Rohan, mort en 1795). C’est à Vallet qu’Yves-Louis Floch s’éteindra en 1818.

La possession par l’abbé François-Damien Jannou († 1807)

C’est très probablement à Landerneau ou dans les environs que le manuscrit passe entre les mains de François-Damien Jannou (1752-1807).
Né à Quimper, ordonné prêtre en 1777, Jannou intègre la communauté des chanoines réguliers de l’abbaye de Daoulas. Nommé recteur de Loperhet en 1785, il s’illustre sous la Révolution : d’abord partisan des idées nouvelles (il est élu maire de Loperhet en 1790 et participe à l’élection de l’évêque constitutionnel Expilly), il se rétracte courageusement. Chassé de Daoulas, incarcéré au château du Taureau en 1792, il choisit l’émigration à Jersey avant de regagner le Finistère sous le Consulat. Nommé curé de la paroisse Saint-Houardon de Landerneau en septembre 1803, cet homme de lettres et d’esprit y meurt le 10 mai 1807.

La vente aux enchères du 29 juin 1807 et l’acquisition par Cruzel

Au lendemain du décès du curé Jannou, sa bibliothèque et ses meubles sont dispersés aux enchères. Une note autographe inscrite au bas d’un feuillet scelle cette mutation :
« Achetté le 29 juin 1807 à la vente qui à eû lieu chez Mr François Damien Jannou, autre-fois chanoine de Daoulas, ex recteur de Loperhet, décédé curé de Landerneau le 10 mai 1807. »
L’acquéreur n’est autre que Julien-Marie Cruzel, 1770-1850, futur juge de paix, notable local issu d’une importante famille de la bourgeoisie landernéenne.

Du notaire Malléjac au don à Daniel Miorcec de Kerdanet (1833)

Julien-Marie Cruzel conserve l’ouvrage pendant plusieurs années et décide de s’en séparer au profit de Me Yves Malléjac (1796-1858), notaire royal à Landerneau de 1822 à 1855, membre du Conseil Général du Département, Président de la Chambre des Notaires, suppléant du Juge de Paix, Receveur de l’Hospice et bureau de bienfaisance.
L’acte n’est pas anodin : Malléjac est le neveu par alliance de Cruzel (ayant épousé en 1826 Jeanne-Marie-Vincente Cosson, dont la mère était une Cruzel).
Mais le notaire ne garde pas le manuscrit. Conscient de l’intérêt passionné que porte l’érudit lesnevien Daniel-Louis-Olivier-Marie Miorcec de Kerdanet (1792-1874) aux antiquités du Léon, il lui en fait don sur-le-champ. Daniel Miorcec de Kerdanet – avocat, archéologue, historien, futur maire de Lesneven et fils du célèbre député et antiquaire Daniel Nicolas Miorcec de Kerdanet – consigne à son tour la provenance au bas du feuillet, le 19 avril 1833 :
« Mr Malléjac, notaire à Landerneau, m’a fait don de ce manuscrit, le 19 avril 1833. D. Miorcec de Kerdanet »
Daniel-Louis-Olivier-Marie Miorcec de Kerdanet, fait alors entrer le document dans le fonds familial. Il y restera conservé pendant près de deux siècles jusqu’au dépôt récent effectué par Jacques Miorcec de Kerdanet au CRBC de Brest.

De l’abbaye de Daoulas aux rayons d’un centre de recherche universitaire, l’exemplaire Kerdanet des « Mémoires » de dom Louis Pinsson illustre à merveille la manière dont les livres voyagent à travers les tourmentes de l’Histoire, préservés par la curiosité des lettrés et la passion des bibliophiles.


Illustrations : Photos CRBC (Brest)

1 Sep 2026
Jean-Luc Deuffic

Call for Papers / Appel à contributions : Pecia. Le Livre et l’écrit (29, 2026)

Annoncer et mémoriser la mort au Moyen Âge : pratiques scripturaires et culture matérielle

Au Moyen Âge, la mort n’est pas seulement un seuil biologique ou théologique ; elle est le catalyseur d’une immense production écrite et d’une intense activité documentaire. L’irruption du trépas exige à la fois une diffusion de la nouvelle – pour mobiliser les réseaux de prière ou réordonner les structures politiques et sociales – et une fixation mémorielle pérenne, indispensable au salut de l’âme et à la survie de la communauté des vivants.

C’est au prisme de cette double nécessité, oscillant entre l’éphémère de l’annonce et l’éternité du souvenir, que la revue Pecia. Le Livre et l’écrit souhaite consacrer son prochain volume.

Si l’histoire de la mort et des sensibilités religieuses a déjà fait l’objet de travaux majeurs, ce volume se propose d’adopter une perspective résolument centrée sur la culture matérielle de l’écrit. Il s’agira d’interroger la manière dont le livre, le document diplomatique, l’inscription épigraphique ou le support nomade recueillent, formalisent et transmettent le fait funéraire.

Les contributions pourront ainsi explorer les modalités de circulation de l’information (des rouleaux des morts aux brefs d’annonce), les dynamiques codicologiques et paléographiques de l’enregistrement (nécrologes, obituaires, ajouts marginaux dans les livres liturgiques), ainsi que les genres graphiques et textuels dédiés à la mémoire (livres d’heures, testaments, recueils d’épitaphes). Une attention toute particulière sera portée à la matérialité des supports, à la genèse des textes, à l’histoire des bibliothèques et aux pratiques des scriptoria ou des chancelleries.

La revue sollicite des études de cas inédites, des éditions de textes commentées ainsi que des approches méthodologiques transversales (paléographie, diplomatique, codicologie, histoire de l’art) permettant de mettre en lumière la fabrique écrite du souvenir médiéval.

Informations pratiques :

  • Date limite de soumission des propositions : 31 octobre 2026.
  • Format des propositions : un résumé d’environ 300 à 500 mots, accompagné d’une brève notice biographique, à envoyer à : jldeuffic@gmail.com (Jean-Luc Deuffic)
  • Langues acceptées : Français, anglais.
  • Date limite de remise des textes : 30 mai 2027.

Call for Papers | Pecia. Le Livre et l’écrit (29, 2026)

Announcing and Commemorating Death in the Middle Ages: Scriptural Practices and Material Culture

In the Middle Ages, death was not merely a biological or theological threshold; it acted as a catalyst for an immense output of written material and intense documentary activity. The occurrence of death demanded both the dissemination of the news – to mobilize prayer networks or reorder political and social structures – and a lasting codification of memory, which was essential for the salvation of the soul and the continuity of the community of the living.

It is through the lens of this dual necessity, oscillating between the transience of the announcement and the eternity of remembrance, that the journal Pecia. Le Livre et l’écrit wishes to dedicate its upcoming volume.

While the history of death and religious sensibilities has already been the subject of major scholarly works, this volume aims to adopt a perspective resolutely centered on the material culture of the written word. The objective is to examine how books, diplomatic documents, epigraphic inscriptions, and portable media recorded, formalized, and transmitted the reality of death.

Contributions may explore the modalities of information circulation (from mortuary rolls to brief announcements), the codicological and paleographical dynamics of recording death (necrologies, obituaries, marginal additions in liturgical books), as well as the graphic and textual genres dedicated to remembrance (books of hours, wills, collections of epitaphs). Particular attention will be paid to the materiality of the media, the genesis of the texts, the history of libraries, and the practices of scriptoria or chancelleries.

The journal welcomes unpublished case studies, text editions with commentaries, and cross-disciplinary methodological approaches (paleography, diplomatics, codicology, art history) that shed light on the written fabrication of medieval memory.

Practical information:

  • Proposal submission deadline: October 31, 2026.
  • Proposal format: an abstract of approximately 300 to 500 words, accompanied by a brief biographical note, to be sent to: jldeuffic@gmail.com (Jean-Luc Deuffic).
  • Accepted languages: French, English.
  • Final text submission deadline: May 30, 2027.

Illustration : Angers, BM, 0045 (0038)
Rouleau des morts de l’abbaye Saint-Aubin d’Angers (?) ARCA/IRHT

14 Mai 2026
Jean-Luc Deuffic

Manuscrits et imprimés de la Coutume de Bretagne

Après de longues recherches, j’ai le plaisir de vous annoncer la publication de mon dernier livre : Manuscrits et imprimés de la Coutume de Bretagne.
Cet ouvrage est le fruit d’un travail de recensement et d’analyse des sources qui ont forgé le droit breton. Je suis particulièrement honoré qu’il soit préfacé par Thierry Hamon, Docteur en histoire du droit et Maître de conférences à l’Université de Rennes 1.
Le livre se présente sous la forme d’un beau volume relié de 231 pages, incluant de nombreuses illustrations pour accompagner l’étude des textes.

I am pleased to announce the publication of my latest work: Manuscrits et imprimés de la Coutume de Bretagne (Manuscripts and Printed Editions of the Custom of Brittany).
This book is the culmination of extensive research into the legal sources that shaped Breton law. I am deeply honored that the preface was written by Thierry Hamon, Doctor of Legal History and Senior Lecturer at the University of Rennes 1.
The volume is a high-quality hardcover edition of 231 pages, featuring numerous illustrations to complement the study of these historical texts.

Remontant très probablement à la première moitié du XIVe siècle, la Très Ancienne Coutume de Bretagne codifie des usages plus anciens, issus du droit féodal et des traditions bretonnes. L’union de la Bretagne à la France (1532) conduisit à une modernisation du texte qui restera alors appliqué en Bretagne jusqu’à la Révolution française, époque de l’abolition des droits féodaux. L’importance historique de la Coutume tient à sa spécificité juridique, marquée par des pratiques différentes du droit français royal. Elle constitue une source précieuse pour l’étude de la société médiévale bretonne, et consolide l’autonomie juridique du duché avant son intégration au royaume de France.
Mon intérêt particulier pour les provenances anciennes des manuscrits et des premières impressions bretonnes m’a conduit à étudier les nombreux exemplaires de la Coutume de Bretagne, tant manuscrits qu’imprimés, en me basant sur les recherches du juriste Marcel Planiol (1853-1931) qui fut véritablement le premier historien à étudier ce texte fondateur dans un travail remarquable publié en 1896 : La très ancienne coutume de Bretagne, avec les assises, constitutions de parlement et ordonnances ducales, suivies d’un recueil de textes divers antérieurs à 1491 (Rennes : J. Plihon et L. Hervé).
N’ont pas été retenus dans cet ouvrage les différents commentaires de la Coutume. On ne trouvera pas ici une étude sur l’histoire du droit breton, mais simplement une « matière première » susceptible d’ouvrir la voie à de nouvelles recherches. En proposant cette ressource originale, basée sur les manuscrits et imprimés de la Coutume de Bretagne, je souhaite redonner vie à des juristes – parfois anonymes, parfois illustres – qui laissèrent leur nom sur des exemplaires aujourd’hui dispersés de par le monde. De l’humble étudiant au jurisconsulte chevronné, chaque annotation, chaque signature constitue un témoignage vivant qui s’insère dans la trame de la culture juridique bretonne.
Qui vouldroit vivre honestement et que justice soit faite, l’en pout aprendre en cest livre qui nous enseigne des COUSTUMES, des STILLES et des ESTABISSEMENS de BRETAIGNE qui doivent estre tenuz selon ce que reison et droit donnent et justice estre faite.

Jean-Luc DEUFFIC, Manuscrits et imprimés de la Coutume de Bretagne. Préface de Thierry Hamon, Docteur en histoire du droit, maître de conférences en histoire du droit de l’Université de Rennes 1 et directeur de l’Antenne de la Faculté de droit de Rennes à Saint-Brieuc

21 × 28 cm. Relié. Illustrations. 231 p. ISBN 979-1097611439
Comment se procurer l’ouvrage ? How to order ?
Disponible dès à présent sur AMAZON :
https://www.amazon.fr/dp/B0H1QD9MF3
En librairie : Il sera très prochainement disponible auprès de certaines libraires.
En direct : Pour toute commande particulière ou dédicace, n’hésitez pas à me contacter directement par email : jldeuffic@gmail.com


Most likely dating back to the first half of the 14th century, the Très Ancienne Coutume de Bretagne codified older practices rooted in feudal law and Breton traditions. The union of Brittany with France in 1532 led to a modernization of the text, which remained in effect in Brittany until the French Revolution—the era when feudal rights were abolished. The historical significance of the Coutume lies in its legal specificity, characterized by practices distinct from French royal law. It constitutes a precious source for the study of medieval Breton society and solidified the Duchy’s legal autonomy prior to its integration into the Kingdom of France.
My particular interest in the early provenance of Breton manuscripts and incunabula led me to study numerous copies of the Coutume de Bretagne, both handwritten and printed. My work is based on the research of the jurist Marcel Planiol (1853-1931), who was truly the first historian to study this foundational text in a remarkable work published in 1896: La très ancienne coutume de Bretagne, avec les assises, constitutions de parlement et ordonnances ducales, suivies d’un recueil de textes divers antérieurs à 1491 (Rennes: J. Plihon and L. Hervé).
Various commentaries on the Coutume were not included in that specific volume. What follows is not a study of the history of Breton law, but simply « raw material » intended to pave the way for new research. By offering this original resource based on manuscripts and printed editions of the Coutume de Bretagne, I hope to breathe life back into the jurists – sometimes anonymous, sometimes illustrious – who left their names on copies now scattered across the globe. From the humble student to the seasoned legal scholar, every annotation and every signature serves as a living testimony woven into the fabric of Breton legal culture.

Pages :1234567...181»