27 Août 2022
Jean-Luc Deuffic

I N C I P I T

Ce blog, dédié au maître Léopold Delisle (1826-1910) et à l’érudit breton François Duine, clericus dolensis (1870-1924) est exclusivement (ou presque !) consacré au manuscrit médiéval, jusqu’à ses rapports avec les premiers incunables.
This blog is dedicated to the great manuscript scholar Léopold Delisle (1826-1910) and to François Duine, clericus dolensis (1870-1924), and (almost exclusively!) to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing.
Jean-Luc Deuffic
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[ Illustrations : Cambrai BM, 620 . © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS ] – Léopold Delisle – François Duine, hagiographe, historien ]

L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L
PECIA : LE LIVRE ET L’ECRIT [link] – Edition : Brepols Publishers (Turnhout)

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Pecia. Le livre et l’écrit, 20 (2017) : Livres de maîtres, livres d’étudiants: le manuscrit universitaire au Moyen Âge
Pecia. Le livre et l’écrit, 21 (2018). Livre manuscrit et mécénat du Moyen Âge à la Renaissance
Pecia. Le livre et l’écrit, 22 (2019) et 23 (2020). Le manuscrit médiéval: texte, objet et outil de transmission. Volume I et volume II.

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Nouveauté : Le livre d’heures enluminé en Bretagne (BREPOLS Publishers)

26 Août 2022
Jean-Luc Deuffic

Entre les Universités d’Orléans et de Paris: le parcours d’Aufred Saisiz, étudiant breton de Carhaix à la fin du Moyen Âge

Étudié par Léopold Delisle, un manuscrit malheureusement détruit lors de l’incendie de la bibliothèque de Tours le 19 juin 1940, coté 663, renfermait, entre autres, les notes d’un étudiant breton de l’Université d’Orléans, originaire de Carhaix, portant le nom d’Aufred Saisiz (ou Aufroy Saisiz). Le recueil en question nous donne les noms de quelques uns de ses professeurs de droit, comme Bertrand Chabrol, Henri de Marle, Jean Gilles ou Guillaume de Dormans, futur évêque de Meaux, de 1377 à 1390, puis archevêque de Sens. Nous sommes alors dans les années 1373/1378.

Toutefois, avant de fréquenter Orléans, Aufred avait fait ses premières études à Paris où il avait obtenu sa maîtrise ès-arts en 1371, année où il se trouvait  en troisième année d’audition. Peut-être était-il boursier du collège parisien de Plessis, puisque celui de Cornouaille fondé par Jean de Guiscriff ne vit le jour que vers 1374.

Après ses études de droit à Orléans, il revient à Paris. Licencié in utroque jure en 1387, Aufred se décrit lui-même comme « licencié es loys et en décret » en 1398.

En dehors de ses études, Aufred Saisiz, à l’instar de ses compatriotes, recherche des bénéfices : en 1371, à la collation de l’évêque de Dol. En 1378, sous-diacre, il est recteur de l’église paroissiale de Pluzunet au diocèse de Tréguier et candidat à un canonicat avec expectative de prébende à la cathédrale de Quimper en 1387. En 1403, il est encore candidat à un bénéfice sur le « rotulus » de l’Université de Paris. Après cette date, nous ne savons plus rien de notre maître de Carhaix. Est-il décédé ? S’en est-il retourné en Bretagne ?

Aufred Saisiz avait participé à l’assemblée de l’Université de Paris en tant que représentant de la Faculté des Arts pour entendre la synthèse des votes sur l’attitude à avoir face au schisme en 1394 (24-25 février) et débattre des actions à entreprendre. Quatre ans plus tard, il fait à nouveau partie de l’assemblée de l’Église de France en tant que représentant de l’Université de Paris et au choix de la soustraction d’obédience pour lequel il a personnellement voté (source : Millet (H.) et Poulle (E.), Le vote de la soustraction d’obédience en 1398, Paris, 1988, I, 179 (n145).


Signature d’Aufred Saisiz

Aufred Saisiz appartenait à une très ancienne famille bretonne de Cornouaille dont le berceau était Carhaix : Les Saizy de Kerampuil dont l’histoire a été retracée jadis par la comtesse du Laz. Elle est bien documentée par ses preuves de noblesse. Peut-être notre étudiant était-il frère d’Alain de Saisy, écuyer seigneur de Kerampuil, décédé en 1379 ?

La ville de Carhaix, la grande Vorgium gallo-romaine, a connu d’autres copistes. J’ai relevé les noms de deux homonymes. Un Jean de Karahes, copia un manuscrit aujourd’hui conservé en Autriche (Graz, BU, 63. Digestum novum) daté de 1390 ; un autre, surnomé « Ira », est l’artisan du manuscrit Bruxelles, KBR, 21190 (Apparatus, Innocent IV), daté de 1290, dont enluminure ci-dessous:

Bibliographie

Rotuli Parisienses : Supplications to the Pope from the University, publié par William J. Courtenay, Eric D. Goddard, I, 175; II, 365-366.

Delisle, « Les professeurs de droit à Orléans sous Charles V », dans BEC, XXXIII, 1872, p. 319-324. https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1872_num_33_1_462046

Baron de Saint-Pern, Revue Historique de l’Ouest, année 12 (1896), p. 92-112 (Preuves de noblesse (1669/1778)). En ligne sur Tudchentil : https://www.tudchentil.org/spip.php?article118

De Saisy, comtesse du Laz, Généalogie de la maison de Saisy de Kerampuil, Imp. Galles, Vannes, 1896. Sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55351888

Jean-Luc Deuffic, « Copistes bretons du Moyen Age (xiiie-xve) : une première “handlist”… », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol.13, 2010, p. 151-198.

Camille Gaspar et Frédéric Lyna, Les principaux manuscrits à peintures de la Bibliothèque royale de Belgique, PL. XLIIb.

Base STUDIUM http://studium-parisiense.univ-paris1.fr/?action=index&letter=A

23 Août 2022
Jean-Luc Deuffic

Guillerm ar Bleis : copiste breton (vers 1350)

Parmi les nombreux copistes bretons du Moyen Âge que j’ai pu étudier figure  un certain Guillerm ar Bleis (Guillaume Le Bleis), originaire de Kergoat au pays de Cornouaille. Nous ne connaissons de lui qu’un seul manuscrit : l’oeuvre de Peyre de Paternas, maître en théologie des ermites de saint Augustin, Tractatus de sufficientia et de humanae vitae necessitate, conservé dans le manuscrit Paris, BnF, Lat. 3313A (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525126499
Il s’agit d’un traité de morale en occitan et latin, rédigé en 1349 pour Delphine de Beaufort, la nièce du pape Clément VI, dont les armoiries sont souvent placées à côté de celles de son époux, Hugues de La Roche. Pour notre copiste breton, cela n’a pas du être chose facile …

Le copiste se nomme au fol. 160v : Guillelmus Lupi, de villa nemoris, Corisopitensis dyocesis, scripsit, … ad peticionem religiosi uiri fratris Petri de Paternis … 
Au fol. 1, deux peintures représentent la dédicataire aux pieds de la Vierge et de l’Enfant, présentée par s. Augustin, l’autre, l’auteur offrant son livre. Sur plusieurs fol. des notes en français ont été tracées à l’intention de l’enlumineur. Ainsi, au fol. 27v : « Grisel avant »  —  « Mestre Jehan de Mazeres »

Peut-être avons-nous là une représentation de l’enlumineur et du copiste ? Ou bien s’agit-il d’un maître notaire (Jean de Mazères) et de son « clerc » (Guillerm ar Bleis) exerçant du côté d’Avignon?

Au fol.148, un corbeau dit à un âne joueur d’orgue : « je chante mieux que vous »

Au fol. 149v : « S. Augustin despute contre les bougres »

Guillerm ar Bleis ne semble pas être un copiste professionnel. Exerça-t-il  comme notaire ? En novembre 1358, l’office de tabellion fut accordé à Guillaume Lupi (le Bleiz) de villa nemoris (de Kergoat), clerc de Quimper, non marié, et n’étant pas dans les ordres sacrés (Innocent VI, tome XX, fol. 339). Bulletin diocésaine d’histoire et d’archéologie, Quimper, 1912, p. 128. Les toponymes Kergoat étant légion en Cornouaille, difficile de dire exactement d’où était originaire notre copiste. Peut-être est-ce de Kergoat en Quéménéven (arrondissement de Quimper), que le peintre Jules Breton (+1906) a si bien immortalisé ?

 

Bibliographie

Carolus-Barré, « Peyre de Paternas, auteur du Libre de sufficiencia et de necessitat (1349) », dans Romania, t. 67 (1942-1943), p. 237.
Jean-Luc Deuffic, « Copistes bretons du Moyen Age (xiiie-xve) : une première “handlist”… », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol.13, 2010, p. 151-198 , cité p.162
Jean-Luc Deuffic, « Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (xive-xvie s.) », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol. 7, 2009, cité p. 283
Émilie Nadal, « Les animaux dans les manuscrits du Sud-Ouest de la France au 14e siècle », dans De Medio Aevo, ISSN-e 2255-5889 : https://dx.doi.org/10.5209/dmae.66816
Catherine E. Léglu, Introduction, in Multilingualism and Mother Tongue in Medieval French, Occitan, and Catalan Narrativeshttps://doi.org/10.1515/9780271078632-003
Jean-Baptiste Camps, Les Manuscrits occitans à la Bibliothèque nationale de France, Diplôme de conservateur des bibliothèques, 2010, p. 65-66.

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