10 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

Fragment retrouvé d’un livre d’heures des Mathefelon

Nous avions relevé dans nos Notes de bibliologie (Brepols, 2009, p. 42 note 14), un passage de la Revue historique de l’Ouest (1892, p. 258), relatif à une exposition ayant eu lieu au pavillon des Halles de Vannes (Bretagne), laquelle présentait un « Livre d’heures venant de l’évêché (de Vannes), Livre d’heures de l’Office de la Vierge, embelli de fines miniatures représentant la Nativité, l’Adoration des Mages, la Fuite en Egypte, etc., et d’encadrements formés d’entrelacs et de rinceaux variés, avec les devises du possesseur, allant se répétant à chaque page : Faulte d’avis ; En passant temps ; Amis sont ; et les armoiries : de gueules à 6 écussons d’or, posés : 3, 2 et 1 », qui sont bien celles des Mathefelon.
J’avais alors précisé que ce manuscrit semblait introuvable…
Comme en la matière rien n’est vraiment jamais impossible, nous apprenons qu’une vente se déroulera au château d’Artigny à Montbazon le 12 juin 2016 (expert: J. Paul Veyssière). Au catalogue est inscrit, sous le lot 110, : \”LA FUITE EN EGYPTE. Peinture sur vélin extraite d’un livre d heures\”. La description ne fait aucun doute, il s’agit là d’une enluminure tirée de l’ancien manuscrit de l’évêché de Vannes… 


La Fuite en Egypte. Armes des Mathefelon. (c) Catalogue ROUILLAC

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Devises des Mathefelon. (c) Catalogue ROUILLAC

223 x 168 mm. Provenance : manoir de la Roche-Musset, Cinq-Mars-la-Pile.

6 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

David T. Gura : A Descriptive Catalogue of the Medieval and Renaissance Manuscripts of the University of Notre Dame and Saint Mary’s College

 
David T.  Gura, conservateur des manuscrits anciens et médiévaux à la Bibliothèque Hesburgh et professeur adjoint à l’Institut médiéval de l’Université de Notre Dame, a récemment mis en avant un livre d’heures breton du Vannetais, démembré, pour lequel il s’attache à retrouver tous les fragments. Travail louable qu’il faut signaler : la Bretagne lui en est reconnaissante.

 
(c) Univ. of Notre Dame, Hesburgh Library, Frag. III.1 fol. 49r.

Hour by Hour: Reconstructing a Medieval Breton Prayerbook. Snite Museum of Art, University of Notre Dame (January 18–March 16, 2015). Review with video: http://www.medievalists.net/2015/04/08/a-broken-book-of-hours-saving-a-medieval-manuscript/. Digital companion: http://hour-by-hour.snitemuseum.org/

David T. Gura nous annonce la publication en novembre prochain de son monumental Descriptive Catalogue of the Medieval and Renaissance Manuscripts of the University of Notre Dame and Saint Mary’s College.
Après une introduction sur l’histoire de la formation de ces collections, David T. Gura nous présente un catalogue innovant où il décrit les 288 manuscrits médiévaux et renaissants conservés à l’Université de Notre Dame (Bibliothèque Hesburgh et Snite Museum of Art) et au Saint Mary’s College, manuscrits reliés, feuillets et fragments, de la fin du XIe au XVIe s.: bibles, livres d’heures, calendriers, textes liturgiques, etc. Tous ces manuscrits bénéficient d’un traitement critique approfondi et d’une description scientifique très poussée. On y trouve ainsi  pour chaque notice des éléments paléographiques habituels dans ce genre d’ouvrages, des informations, entre autres, sur les types d’écriture, l’historique des possesseurs, la reliure, et bien entendu toutes les références bibliographiques utiles.  
Bibliothèques, collectionneurs de manuscrits, chercheurs travaillant sur les manuscrits médiévaux et renaissants trouveront de quoi s’enrichir dans ce catalogue exemplaire.

University of Notre Dame Press
ISBN: 978-0-268-10060-5
648 pages
Année de publication: 2016

3 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

Nouvelle identification : le livre d’heures de Nicolas de La Primaudaye (Paris, Bibliothèque nationale de France, Arsenal, Ms-1188)

La mise en ligne récente sur GALLICA d’un livre d’heures à l’usage de Rome, avec une devise répétée à l’infini, D’AMY DELOYAL PAS NAY CVRE, m’a conduit à en rechercher le propriétaire.
Ah, merci \”Google Books\” ! J’imagine que Léopold Delisle aurait apprécié ce bien utile instrument de travail … De ce fait, ma recherche ne fut pas longue et me conduisit à une petite étude parue dans le Bulletin de la Société archéologique de Touraine (1940, p. 459-460) avec la description d’un jeton anagrammatique de toute rareté, celui de Nicolas (ou Nicole) de La Primaudaye, alors marié en secondes noces à Marie de Morvilliers.

D’AMY DELOYAL PAS NAY CVRE est bien l’anagramme de NICOLAS DE LA PRIMAUDAYE

Armes de La Primaudaye : d’après les généalogies des familles orléanaises, par le chanoine Hubert : D’azur, semé de fleurs de lys d’or, à un pied de griffon de même posé en fasce et sur le tout un écusson chargé d’un besant d’or; d’après d’Hozier : Semées de France, à l’escu d’or en abîme, traversé d’une patte d’or de griffon, chargé d’un tourteau de sable sur le tout.

Jeton d’Antoine de La Primaudoye (fils de Nicolas), Général des Monnaies. Paris. s.d. (1543-1547). [source]

Ainsi, notre élégant livre d’heures (Paris, Bibliothèque nationale de France, Arsenal, Ms-1188) fut certainement commandité par Nicolas de La Primaudaye, descendant d’une famille originaire de Bretagne, plus exactement de la région de Pontivy : Jean de La Primaudaye avait été trésorier général de Bretagne*; Jeanne de la Primaudaie, abbesse de S. Georges de Rennes en 1534, …

Nicolas de La Primaudaye, écuyer, conseiller secrétaire du roi, épousa en premières noces Jeanne Berthomier, et en secondes Marie de Morvilliers. Il fut l’ami de Thomas Bohier (1465-1524), trésorier général des finances, le mécène de Chenonceau :

maistre Nicole de la Primaudaye, notaire et secretaire du Roy nostre sire, seigneur de La Barrée, ou vivant de feu messire Thomas Bohier, chevalier, sr de Chenonceau, general de France, il estoit son ser[viteur], amy et familier (Paris, AN, MC/ET/XXXIII/13 , f. 188, 5 août 1528) 


Thomas Bohier.  Source.


© Paris, BnF, Arsenal 1188, f. 17

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© Paris, BnF, Arsenal 1188, f. 16

F. 1. Calendrier en français F. 7. Péricopes évangéliques. F. 11v. Passion selon S. Jean F. 17. « Hore beate Marie virginis, secundum usum Romane ecclesie » F. 55. Les sept psaumes et les litanies. Dans les litanies : S. Louis et Ste Anne F. 64. « Vigilie mortuorum » F. 81. « Suffragia plurimorum sanctorum et sanctarum » F. 93. « Plusieurs devotes oraisons à la vierge Marie » F. 102v. Diverses oraisons latines F. 113. « L’examen de conscience pour congnoistre à bien se confesser, composé par maistre Jehan Quentin, pénitentier de Paris » ; en français […]
De la bibliothèque de M. de Paulmy.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550098895

* Sur Jean de La Primaudaye, voir Dominique Le Page, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, Paris, 1997, p. 416-417 et p. 538 : \”il faut signaler le recrutement de Bretons soit comme officiers, soit comme membres de l’hôtel royal. La monarchie a su se montrer accueillante pour tous ceux qui désiraient la servir, à quelque degré de la noblesse qu’ils appartinssent. Cela a été vrai pour des gentilshommes en quête de fortune comme Jean de La Primaudaie, originaire de la région de Pontivy, signalé comme secrétaire du roi en 1470\”.

Antoine de la Primaudaye, fils mineur de Nicole de la Primaudaye, et de Jeanne Barthomier, comme petit-fils des défunts Pierre Barthomier, seigneur d’Olivet, et Antoinette de Gannay, sa femme, morte le 28 septembre 1522, reçut de ces derniers 1/5e de leur succession, dans laquelle on remarque :

Unes Heures en parchemin, enlumynées, à lectres d’or, deux fermouers d’argent doré, garnys de deux tringles d’or, avec troys petis boutons de petites perles, VIII l. t.
deux livres en papier, l’un des Evangilles, en francoys, et l’autre intitulé Frere Jehan de Vigny …
… Troys livres en papier, l’un l’Ordinaire des crestiens, l’autre la Vie des Peres, et l’autre le premier volume du roy Charles le Quinct.
… Ung grant livre, en parchemin, des Euvres de Seneque …
Unes petites Heures, en parchemin, à ung fermouer d’argent doré …, unes vielles Heures, en papier …, ung grant livre, en papier, lectre d’impression, appellé Ovide, de Methamorphoses, et ung autre livre, en parchemin, commencant : ‘Reges intelligite’…
… Ung Messel, en papier, lectre d’impression, à l’usaige de Paris.
Deux paieres d’Heures, en papier, lectre d’impression, à l’usage de Paris.
(Ernest Coyecque, Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVIe siècle [étude XXXIII], t. I, 1498-1545 [3608 actes], Paris, 1905, p. 56, notice n° 261)

2 Mai 2016
Jean-Luc Deuffic

À propos d’un exemplaire du traité d’hippiatrie de Jean de Feschal (Paris, BnF, NAF 28881)

L’incontournable plateforme Gallica vient de mettre en ligne un exemplaire du traité d’hippiatrie de Jean de Feschal (Paris, BnF, NAF 28881). Écrit en gothique bâtarde (fin XVe s.), d’une seule main, ce manuscrit de 68 f. (320 x 240 mm) comporte une illustration abondante, relative à l’embouchure des chevaux, avec 160 dessins de mors faits à l’encre bistre et aquarellés en bleu.

L’auteur de ce traité désigné au f. 2v (et fut recoeilly et fait cedit livre par messire Jehan de Feschal, chevallier), devise : Rien qui ne l’a (f. 1, avec le toponyme \”Marboué\”) et porte comme armes: écartelé aux un et quatre vairé et contrevairé d’argent et d’azur à la croix étroite de gueules, aux deux et trois de gueules au lion d’or armé et lampassé d’azur, à la bordure d’or ( f. 8).

armes.jpg

Au f. 1, on a noté une épitaphe :

Le XIeme jour de janvier mil cent cinq cent trente et ung alla de vie a trespas messire Christoffle du Bouys Geneur, capitaine general des ffrancs archiez en l’esvesché de Saint Malo et capitaine de Comper, et fut ensepulturé ledit chevalier en l’esglise de Panpont. Dieu luy face pardon. Amen.

Le personnage en question ayant posé problème à l’auteur de la notice BnF, le concours de mes amis de la liste Noblesse Bretonne, et plus particulièrement la perspicacité de Jean Brogilos, nous a permis d’identifier précisément le chevalier inhumé en 1531 à l’abbaye de Painpont. Il s’agit de Christophe Du Boisguéhenneuc, fils de François Du Boisguéhenneuc, chevalier, seigneur du Cleyo, de la Villéon, de Brignac, de La Ville-Rio (ca 1446- ca1500) et de Jeanne des Grées, demoiselle de La Ville Rio en Augan (+1513). On trouvera des éléments généalogiques sur l’arbre en ligne d’Arnaud du Boisguéheneuc.


Abbaye de Painpont

Jean de Feschal, Traité d’hippiatrie, Traité d’embouchure. Paris, BnF, NAF 28881. Numérisé sur Gallica.

 

29 Avr 2016
Jean-Luc Deuffic

Vente AGUTTES du 12 mai 2016

Vente AGUTTES du 12 mai 2016

Lot. 17. LIVRE D’HEURES à l’usage de Châlons-sur-Marne: matines, « Benedicta tu / Sancta maria »; tierce, « Rubum quem / Paradisi porta »; vêpres, « Beata mater / Beata es virgo ») France, Champagne (?), vers 1475. 86 f., écriture gothique, initiales peintes, bordures enluminées, trois enluminures (repeints aux visages). Reliure XXe s. 182 x 127 mm.

Notice catalogue Bibliorare

29 Avr 2016
Jean-Luc Deuffic

Vente ALDE du 24 mai 2016

Vente ALDE du MARDI 24 MAI 2016  

Lot 6. HEURES À L’USAGE DE CHALON-SUR-SAÔNE. Franche-Comté (certainement Besançon), vers 1440-1450. Manuscrit sur parchemin de 146 ff. (230 x 165 mm), à 15 longues lignes la page (justif. : 65 x 115 mm) 

Lot 7. HEURES À L’USAGE DE COUTANCES. Paris, dernier quart du XVe siècle. Manuscrit sur parchemin de 120 ff. (206 x 148 mm) à 16 longues lignes par page (justif. 98 x 65) 

Lot 12. HEURES À L’USAGE DE ROME. Paris, vers 1506. Manuscrit sur parchemin de 126 ff. (155 x 98 mm) à 26 longues lignes (justif. du calendrier : 95 x 56 mm, du texte : 98 x 54 mm)

Lot 13. [PROCESSIONNAL]. Incipit liber Rubrica[rum] et p[ro]cessionum secundum ritum frat[rum] atq[ue] sororum ordinis predicatorum. 24 mars 1506. Manuscrit sur vélin de [8] ff., CXIV pp., [2] ff. Petit in-4 (214 x 142 mm)

Lot 15. [HEURES]. Ces prese[n]tes heures a lusaige de Rome au long sans requerir… Paris, Philippe Pigouchet pour Guillaume Eustace, 1509. In-4 (184 x 115 mm) de [132] ff., sign. a-q8, r4, almanach pour 1510-1530 

Lot 20. [ORDRE DE SAINT-MICHEL]. Le Livre des statuts & ordonances de l’Ordre Sainct Michel, estably par le treschrestien Roy de France Loys unzieme de ce nom. Institution de l’office de prevost et maistre des ceremonies, avec statuts & ordonances sur le faict dudict ordre. S.l.n.d. [Paris, vers 1550]. In-4 (218 x 157 mm)

Catalogue en ligne : http://www.alde.fr/vente/25831/1

2 Avr 2016
Jean-Luc Deuffic

À propos de l’origine bretonne du Ciceron de Leyde (BU, Periz. F°. 25)


(c) BU Leyde

Dans sa note publiée en 1948 par la revue emblématique Scriptorium, Karel Adriaan De Meyier (1906-1980) présentait quelques éléments sur « Les armoiries et l’histoire d’un Cicéron de Leyde » [en ligne sur Persée], et établissait une origine bretonne au manuscrit de la Bibliothèque Universitaire, Leyde F°. 25 [description sur catalogue en ligne] et sur [Digital Sources]
Effectivement, sur plusieurs feuillets (f. 115v, 121v, 178v, et 237) du Periz, F. 25 sont peintes des armoiries de gueules, à la fasce d’argent accompagnée de six annelets d’or, trois en chef et trois en pointe, posés 2 et 1, que De Meyier, suivant alors Riestap et son Armorial Général, identifia comme étant celles de la famille bretonne de Philippes, sr de Barac’h, en Louannec, dont un membre, Guillaume, avait été anobli par le duc de Bretagne en 1423. Ces armoiries étant surmontées d’une crosse, l’identification n’aurait pas du poser de problème. Malheureusement cette famille de Barac’h n’a donné aucun abbé…
En cherchant un peu plus en avant, nous n’avons pas mis trop de temps à découvrir un personnage bien plus remarquable susceptible d’être le possesseur ou le commanditaire de ce Ciceron de Leyde, en l’occurrence l’abbé du monastère de Saint-Denis, Guy de Monceau (+ 1398), dont les armes sont identiques.
Dom Félibien, dans son  Histoire de l’abbaye royale de Saint-Denys en France (1706), nous fournit plusieurs renseignements biographiques sur cet abbé.

A Robert de Fontenay succéda Guy de Monceau. L’écusson de ses armes gravé sur sa tombe & sur quelques images d’argent dont il fit présent à son église ne laisse aucun doute sur la noblesse de son extraction. L’éclat de son nom estoit encore relevé par d’autres qualitez qui ne suivent pas toujours la naissance. L’abbé Guy estoit sage prudent & plein de douceur. Il s’ estoit nourri de bonne heure l’esprit & le coeur dans les divines écritures & l’ intelligence qu il y avoit acquise luy rendit cette étude tres profitable à luy même & à tous ceux qui eurent le bonheur d’estre sous sa conduite. Il estoit docteur en droit canon & civil avant que d’estre nommé abbé ; il cultiva toujours depuis cette science & fit transcrire plusieurs livres de droit à l’usage du monastere. ..
… Il y avoit près de trente cinq ans que l’abbé Guy de Monceau gouvernoit l’abbaye de Saint Denys mourut le vingt huitième d’avril 1398. Il fut dautant plus regrété que l’Eglise de France perdoit en sa personne un de ses plus savans théologiens & l’Ordre monastique un de ses plus dignes abbez .  

Plus près de l’autel de saint Benoit, sur la même ligne que la tombe de Gille de Pontoise et celle de Guy de Castre d’Arpajon, se voit un troisième tombeau de cuivre sur laquelle est représenté l’abbé Guy de Monceau en habit pontificaux; on y voit gravé en deux endroits l’écusson de ces armes lesquelles sont de gueule aune face d’argent accompagné de six annelets d’or ; c’est le premier abbé de saint Denis à avoir pris armoiries  

L’épitaphe de Guy de Monceau :
Sub hac tumba vi mortalis belli,
Est Abbatis Guidonis Moncelli
Inhumatum corpus exanime :
Parcat Deus ipsius animæ.
Hic nobilis, benignus & prudens,
In scripturis sacris olim studens,
Doctor factus, non ob hoc vacavit,
Sed scripturis eisdem vacavit,
Ex quo sibi multisque profecit,
Et quamplures libros scribi fecit,
Tam divini, quam humani juris :
Nec mundanis minus vacans curis
Redditibus & ædificiis ;
In turribus & fortaliciis,
Cænobium istud augmentavit.
Auro mictram amplius ditavit,
Et campana magna presens templum,
Bonum prestans futuris exemplum,
Sicque vivens in hoc mundo, demum
Diem vitæ conclufit extremum.
Anno Domini m.ccc. nonagesimo viii, xxviii. Aprilis

Tombe de Guy de Monceau relevé par Gaignières:


(c) Paris, BnF, Est. RESERVE Pe-11a-Pet. fol.

Selon le regretté G. Ouy, le manuscrit de Leyde serait de la main même de Pierre d’Ailly (1351-1420) et aurait été écrit entre 1409 et 1420. A ce stade de mes investigations je n’ai pas trouvé l’argumentation du paléographe sur cette attribution.
Quoiqu’il en soit, il me parait très probable que la \”bretonitude\” du manuscrit de Leyde n’est pas à chercher dans son possesseur mais bien dans son copiste, lequel semble avoir marqué ses origines au f. 137, en dessinant deux hermines stylisées de part et d’autre d’une fleur de lys … Nous avons déjà rencontré dans la capitale, à cette époque, nombre de copistes bretons…

 

Parmi les noms inscrits sur le manuscrit de Leyde figure celui de « Sellarii ». Il s’agit très probablement du prêtre Nicolas Sellier, « scribe » et notaire du chapitre de Notre-Dame de Paris, attesté en 1393. On lui doit plusieurs ouvrages, en particulier une traduction  :« De l’Effect de oroison et de la maniere de prier Dieu… composé en latin par feu de bonne memoire maistre GUILLAUME, evesque de Paris, et puis translatée en françois par maistre NICOLLE SELLIER, scribe du chapitre de Paris » (Paris, BnF, Fr. 930 = numérisé sur Gallica), ouvrage imprimé à Paris, par Antoine Verard, en 1511.


(c) Paris, BnF, Fr. 930

Bibliographie
J. P. Gumbert, ‘Cicerones Leidenses’, in: Medieval Manuscripts of the Latin Classics. Production and Use. Ed. C.A. Chavannes-Mazel & M.M. Smith. Los Altos Hills/London 1996, p. 208-244, i.c. p. 242

29 Mar 2016
Jean-Luc Deuffic

Les manuscrits de la comtesse Le Gualès de Mezaubran


Le Gualès
: de gueules au croissant d’argent accompagné de 6 coquilles de même, rangées 3 et 3.
La famille Le Gualès figure parmi les plus anciennes de Bretagne. On trouvera toutes les références généalogiques les concernant sur le précieux site TUDCHENTIL de notre ami Amaury de La Pinsonnais, et sur la même page un lien vers leur généalogie dressée par Rémy Le Martret.
Dans l’arrêt de maintenue de 1669:

« Rolland le Guales, chevaillier, seigneur de Mezaubran, cheff de nom et armes », affirme portter «  les armes de leur nom de le Gualles, qui est une famille en cette possession de noblesse depuis plus de quatre cent ans, et quoy qu’il peut remonter sa genealogie jusques à un Jan le Guales, qui vivoit en 1300, et faire la preuve d’onze degres de filiations en ligne directe, sans aucune interuption, cepandant, pour ne s’engager à rien qu’il ne puisse prouver si constamant qu’il n’y ait pas la moindre ombre de difficulté, il se restraint à huit degres seulement et ne parlera de Jan et de Geffroy le Gualles que pour faire voir son antiquité et celle de sa famille, pour eviter la confusion ordinaire dans toutes les geneallogies ».

De cette noble famille nous retiendrons Gilberte Le Gualès de Mézaubran, comtesse Le Gualès de Mézaubran, née Levesque (1892-1970), épouse d’Adolphe Le Gualès de Mézaubran (1886-1944), comte Le Gualès de Mézaubran, ancien maire de Joué-sur-Erdre. Pour l’Histoire, soulignons qu’ils méritèrent par leurs actions, durant le Seconde Guerre mondiale, la Médaille de Juste.
 
La vente Sotheby’s  du 2 juillet 1951 : Mediaeval manuscripts and miniatures, décrit 8 manuscrits ayant appartenu en dernier lieu à la comtesse de Mezaubran :
Lot 23. Saint Augustin. 32 f. écriture gothique. 17 lignes. f. 1 ½ p. miniature de saint Augustin. Armes de Jean Budé. 145 x 105 mm. France.
Manuscrit aujourd’hui conservé à la Boston Public Library,  Ms. q.Med. 127 (ancien 1549). // Je remercie Kimberly Reynolds, curator of Manuscripts, pour les renseignements qu’elle a pu me fournir sur ce manuscrit. //
De contemplatione Christi, seu Manuale. ca 1475/1480.
Initiales or et couleurs. Rubriques en bleu. réglure en rouge. Table f. 31-32.
Acquis de Maggs Bros. (A century of printed books (1462-1562) and some mediaeval manuscripts : cat. 816, 1953, n° 141). « J.L. Whitney Fund / Nov. 3 – 1953/ 029 » (f. 1).
Sur les armoiries de Jean Budé, voir la base BIBALE (IRHT) 
Sur les manuscrits des Budé :
Monique-Cécile Garand, \”Les copistes de Jean Budé (1430-1502)\”, dans  le Bulletin d’information de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, 15, 1969 (Numéro 1967), p. 293-332 [en ligne sur Persée]
H. Omont, \”Georges Hermonyme de Sparte, maître de grec à Paris et copiste de manuscrits, suivi d’une notice sur les collections de manuscrits de Jean et Guillaume Budé\”, et de notes sur leur famille, dans Mémoires et Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, t. XII, 1885, p. 5-57.

Lot 24. Bréviaire à l’usage de Rome. Illuminé. 446 f. Gothique. 27 lignes. 150 x 115 mm. XVe s. Italie du Nord.
Ca 1430. 152 x 118.  2 col. Prix : 39.20
Passé dans la vente Proske, décembre 1994. Psautier et bréviaire. 10 initiales historiées. Prix : 15500.00

Lot 25. Recueil. Latin. Papier. 83 f. Enluminure p. 1. Armes de Jean Budé. Des initiales ont été découpées. 137 x 92. France XVe s.
Aujourd’hui à Austin, University of Texas, Harry Ransom Center, MS HRC 40. // Je remercie Elizabeth L. Garver, French Collections Research Associate, pour son aide //
Description et photos sur Digital Scriptorium.

Partie 1. Il s’agit de l’oeuvre de l’historien Jean de Candida (Giovanni Filangieri Candida (+ vers 1499):

« Divo Carolo adolescenti Lodovici filioli Francorum regi christianissimo humilimus ac fidelis servitor et subditus Johannes Candida, victoriam et felicitatem.
« Daturo munuseulum strene tue Majestati, etc. (voir en ligne : Camille Couderc, sur Persée et Persée)

Partie 2, 33-54v: Seraphius vir Urbinas vir utriusque iuris interpres nostri temporis primarius, reverendissime pater, gentilium libros de optimarum artium studiis cum datur otium frequentius legere solet. Is nuper cum Luciani philosophi apud graecos suo tempore clarissimi quendam legeret dialogum qui inscribitur Caron latinum nescio quo interprete iam diu factum me pro mutua inter nos consuetudine rogavit ut illum sui gratia emendarem corrigeremque, quoniam exstarent quam multa eo mendosa quod ad sententias explicandas ut plurimum esset opus Sibilla interprete. (en ligne : )


© Austin, University of Texas

Armes des Budé : d’argent, au chevron de gueules accompagné de trois grappes de raisin pourpre, pamprées de sinople
Nous y avons reconnu au f.1 l’ex-libris (XVII/XVIIe s.) des Oratoriens de Nantes : Oratorii Nannetensis
[voir ici] et [voir ici] :


© Austin, University of Texas

Une inscription verticale montre que le manuscrit était à Nantes en août 1837.
De même nous avons remarqué sur le premier folio le cachet très caractéristique du Comte de Kergariou (+1849) (1) avec sa devise \”Là ou ailleurs\” :


© Austin, University of Texas
  
Prix : 56.00

Lot 26. Entretiens pour assister au saint sacrifice de la messe. Enluminé, style Renaissance. 65 f. Ecriture romane, or, bleu, noir. 15 lignes. 171 x 111 mm. Reliure maroc. fin XVIIe s.
Ce manuscrit est passé en 1841 à la vente Deville & Dufour :
Lot 70 du Catalogue des livres rares, précieux, singuliers et curieux,… provenant  des bibliothèques de MM. Deville et Dufour dont la vente se fera le lundi 8 février 1841 (Paris, Bohaire, Libraires, 1841): Entretiens pour assister au saint sacrifice de la messe et pour la confession et communion. Pet in 4° mar. r. fil. tr. d. Joli manuscrit du XVIe siècle sur peau vélin avec lettres initiales, ornements et 4 jolies miniatures, le tout en or et en couleur.    
Prix : 12.00
 
Lot 27. Heures de la Vierge. Usage de Dol. 120 x 80 mm. XVe s. Enluminé. Semi-gothique. 15 lignes. Armes au f. 58v. Reliure XVIe s. Médaillon de la Crucifixion avec ces mots : IACQVE MVNE MOQUE
Sotheby’s 1951. Prix : 28.00
Peut-être une famille « Mocqué » ?, patronyme attesté en Bretagne.

Lot 28. Heures de la Vierge à l’usage de Paris. Enluminé. 146 f. Gothique. 14 lignes. 131 x 97 mm. France. XVe s.
Prix : 9.80

Lot 29. Heures de la Vierge. 74 f. 174 x 120 mm. XVe s. Franco/ Flamand. Gothique. 19 lignes. Enluminures pleine page : Jugement dernier. Bordures. Reliure XIXe s. avec inscription : ANNA BAYS.
Prix : 67.20

Lot 30. Heures de la Vierge avec calendrier à l’usage de Paris. 89 f. Gothique. 14 lignes. 8 miniatures ½ p. La première page du calendrier manque. 155 x 109 mm. Paris, XV ½.
Prix : 252.00


Jean Budé et son père Dreux Budé (détail d’un panneau du maître de Dreux Budé, vers 1450).

Pour lors, nous n’avons pas retrouvé d’informations sur les différents livres d’heures de la comtesse Le Gualès de Mezaubran.

Note
(1) Sur ce bibliophile breton voir Jean-Luc Deuffic, \”Le comte de Kergariou. A propos d’un Livre d’heures… et de saint Fiacre\”, dans Notes de Bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (Pecia, Le livre et l’écrit, 7), Brepols, Turnhout, 2010, p. 171-175. [ Lien 
 

25 Mar 2016
Jean-Luc Deuffic

Heures à l’usage de Paris : copiste breton ?

La maison ADER propose à sa vente du 7 avril 2016 (lot 33) un livre d’heures à l’usage de Paris, exécuté vers 1410/1420. La présence \”remarquable\” de saint Conogan, fêté au 15 octobre dans le calendrier, laisse à penser qu’une main bretonne a confectionné ce manuscrit…


(c) Ader

Description détaillée du manuscrit dans la Gazette Drouot


Bateau de pierre de saint Conogan à Beuzec-Cap-Sizun (source : topic topos)
La vie de saint Conogan, dans Dom Alexis Lobineau (1725) [lien]
CONOGAN : donné tardivement comme évêque de Quimper, attesté dès le Xe siècle.

Ce livre d’heures a servi de livre de raison à plusieurs membres de la famille de Reméru (Lorraine puis Chalon). 

Voir sur un autre livre d’heures et de raison de Philibert de Reméru : Le livre d’heures de Philibert de Reméru. [Notes généalogiques sur la famille de Reméru inscrites sur un livre d’heures du XVIe siècle.] Mém. Soc. d’hist. et d’arch. de Chalon-sur-Saône, xxi (1925), 89-101. Numérisé sur Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5722175x
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