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27 Mar 2020
Jean-Luc Deuffic

Pierre Biré, sieur de La Doucinière, « gloire de l’antique Armorique » (Birœe, Armorici lausque decusque soli)

Biré tu ne pouvais mieux orner tes escrits,
Que de ce nom Lorrain tant aymé de la France ;
Tu n’as que trop caché ta divine science,
Au regret desplaisant de tous les bons esprits
…………………………………………………………………
Toy contre tant d’erreurs plein de mémoire heureuse,
Tu nous faits veoir au vray ceste maison fameuse
De ce grand Pharamond prendre son tige et nom …
(Jean Callo, sieur de La Ramée)

Le Père Louis Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques (Paris, 1644, p. 641), évoquant la Bretagne, précise : « M. Biré Autheur de quelques livres a dressé une notable Bibliotheque, par la recherche qu’il a fait des bons livres ».

Pierre Biré, sieur de la Douciniere, reste essentiellement connu pour deux ouvrages devenus très rares aujourd’hui.

Epismasie
ov
RELATION
d’Aletin Le Martyr
Concernant l’Origine, Antiquité, Noblesse &
Saincteté de la Bretaigne Armorique & parti-
culièrement des villes de Nantes & Rennes :
Auec l’explication d’un Epigraphe ou Inscription en l’honneur
de Volianus grauée sur une pierre de marbre blanc trouuée
dans les vieux fossez de l’enceinte dudit Nantes l’an 1580
Où sont contenues plusieurs recherches rares & curieuses, concernans
les vieilles fondations des Gaulois & Bretons & quelques remar-
ques vtiles, des fautes & erreurs des Chimiques de ce temps.
A MESSIEVRS LES MAIRE ET ESCHEVINS,
Nobles Bourgeois & habitans de la ville de Nantes
Quidquid fub terra est ////// in apricum proferet œtas
Horat. Lib. i Epistol.
A NANTES
Par SEBASTIEN DE HVCQVEVILLE Imprimeur &
Libraire ruë de la Iuisuerie. 1637
Auec Approbation

Pierre Biré est aussi l’auteur des Alliances généalogiques de la maison de Lorraine illustrees des faits et gestes des Princes d’icelle (Nantes, Nicolas Desmaretz et François Faverye, imprimeurs), un ouvrage de propagande politique cherchant à démontrer la légitimité des prétentions bretonnes de Philippe-Emmanuel de Lorraine (1558-1602), duc de Mercœur. Le livre sera publié l’année de son mariage, à Nantes, avec Jacquine CHEVALLIER. Pierre BIRÉ, né vers 1562, est le fils de Michel BIRÉ, sieur de la Grenotière (Cugand), conseiller au Présidial de Nantes, et de Marguerite TAILLANDIER. Après la défaite de Mercœur en 1598, Pierre Biré de la Doucinière, « l’un des personnages les plus compromis de la Ligue nantaise », quitte la magistrature (comme avocat du Roi au Siège Présidial de Nantes) pour devenir « docteur et professeur royal des droitz en l’Université de Nantes ».

Le dominicain breton Albert Le Grand cite dans ses Vies de saints de la Bretagne Armorique (éd. 1901, p. *48) « Noble homme M. Pierre Biré, sieur de la Doussiniere, … dont les doctes et riches escrits sont extrémement desirez du public ».
Pierre Biré décéda le 4 mars 1638 et fut inhumé le 6 aux Carmes de Nantes, dans la paroisse de Saint-Vincent.

BIRÉ (de). Armes : d’azur à une branche de grenadier d’or posée en fasce, chargée de trois grenades de même grénelées et couronnées de gueules, deux en chef et une en pointe.

Biblio

Alain Cullière, La manière « apologétique » de Pierre Biré (1593)
https://books.openedition.org/pur/98588?lang=fr
René Kerliver, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, Rennes, J. Plihon et L. Hervé, 1886-1908, III, 305 sq
Violaine Mabille de Poncheville, Pierre Biré, ligueur nantais. Un officier de justice à la cour de Mercœur, Mémoire de maîtrise soutenu à l’université de Nantes en 1997.

19 Déc 2018
Jean-Luc Deuffic

Sur un manuscrit du “livre des faiz et gestes de Bertran du Guesclin”

La fondation Martin Bodmer, à Coligny, conserve sous la cote 20, un manuscrit de la Chronique de Bertrand du Guesclin (version B), un des rares de possession bretonne. Il s’agit d’un remaniement anonyme et en prose, de la fin du XIVe siècle, de la Chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier, texte de 23 000 alexandrins, exécuté pour Marie de Bretagne, épouse du duc d’Anjou et fille de Charles de Blois († 1404).
D’une écriture bâtarde, il était destiné à être illustré. Des espaces (100 x 50 mm) ont ainsi été réservés mais les illustrations n’ont pas toutes été exécutées. Huit d’entre elles sont visibles sur les quinze premiers folios.
Le texte débute au fol. 1r : \”Cy commence le livre des faiz et gestes de Bertran Du Guesclin depuis sa jeunesce jucques a son trespassement, comme est escript es livres des roys de France a Saint Denis en France. Et fut connestable de France et le plus proux chevalier en son vivant qui fust ou royaume ou ailleurs, car sa renommee a couru sur toute crestienté.\”

Provenance:
Sur la feuille de garde :  Le present livre est et appartient a Christofle [le prénom Trystan a été barré puis corrigé] de Chasteau Briant, sr de Beaufort.

Au fol. 1, d’une main différente : Le livre est et appartient a Franczoys de Chasteaubriant, sires de Beaufort, du Glesquin, du Plessix Bertran, d’Orange, Tanney, Sainct Liger, Campphleur et de La Villebagne. A luy donné par Amaury Gouyon, sire de la Moussaye et de La Rivyere, son bon nepveu. 1557.

Description et numérisation du manuscrit sur E-CODICES:

François de Châteaubriand, – ancêtre de l’écrivain (1768-1848), figure marquante du romantisme français – , fils de Jean de Châteaubriand, transigea en 1543 et 1547, avec ses sœurs, sur leurs droits dans la succession de leurs père et mère, dont il était principal héritier. Il épousa (ca 1540) Anne de Tréal, et eurent Christophe, qui recueillit de son père le dit manuscrit, marié successivement à Jeanne de Sévigné, dame du Guesclin, puis à Charlotte de Montgoméry, Georges, Briand, Catherine, née le 21 février 1551, nommée par Amaury Gouyon. Décédé le 13 octobre 1562, François fut inhumé à Saint-Coulomb .

Fils de Jacques Gouyon, seigneur de la Moussaye (†1536), et de Louise de Châteaubriant, dame de Varades, « Hault et puissant Amaury Gouyon, sire de la Moussaye » , épousa le 19 mars 1557 (date de la note insérée au manuscrit, qui fut peut-être un cadeau du nouveau marié à François de Châteaubriand ?) « haulte et puissante Claude de Acigné , vicomtesse de Dinan, dame de la Belliere », fille du vicomte de Coetmen, et veuve de Claude, sire du Chastel, baron de Marcé, vicomte de Pommerit. Amaury , fils de Jacques Gouyon (1516-1538), sire de La Moussaye, de Plouër, du Launay Gouyon, etc., et de Louise de Châteaubriand, dame de Varades, s’était uni auparavant – il n’avait alors que 11 ans – avec (1543) Catherine du Guémadeuc, morte en 1553, inhumée dans l’enfeu seigneurial de l’église paroissiale de Plouër-sur-Rance, puis en 1555 avec la veuve d’un sieur Le Cheval. Amaury Gouyon, chevalier de l’Ordre du roi, décédé le 21 octobre 1582, repose près de sa dernière épouse.

Au bas du premier folio, sous le texte du prologue  : Je suis a Jacques Nepveu 1611.

Fils de Mathurin Nepveu, avocat fiscal et bailli de la justice à Sablé, et de Julienne de Beaugé, du Mans, dame des Isles, près Sainte-Suzanne,  Jacques Nepveu, eut pour frère Rolland, baptisé en l’église Notre-Dame de Sablé, le 15 mars 1553. Pourvu, le 9 septembre 1603, de l’office de juge ordinaire et général du marquisat de Sablé nouvellement créé, il épousa, par contrat du 23 février 1579, Marie Foullon, dame du Defays, de la ville de Saumur, dont il eut une fille unique Renée. En 1610, cette Renée Nepveu, dame d’Auvers, fit alliance avec Gabriel du Guesclin, conseiller au parlement de Bretagne, de la maison de Bertrand du Guesclin, connétable de France, fils de feu Bertrand du Guesclin, chevalier de l’ordre du roi, et de Julienne du Chastellier, frère cadet de César du Guesclin de la Roberye. Sur le contrat de mariage, passé le 26 novembre, on remarque parmi les signataires : François du Guesclin, écuyer, sieur du Gast ; noble homme Jacques Nepveu, sieur des Isles.

Jacques Nepveu, écuyer, sieur des Isles, lieutenant général au comté de Laval par provisions du 2 août 1594, remplacé le 22 mai 1622, par Pierre Marest, épousa Claude Marest, et mourut à Laval, le 22 juin 1622, inhumé le 24 dans l’église de la Trinité.

Encore en-dessous un petit dessin, qui représente peut-être un blason ou des armoiries, a été exécuté à la plume (essai d’entrelacs).

Au verso du fol. 102 l’inscription Françoy Parlag n’est pas un nom, mais le début d’une phrase: // Francoy par la g[race] …
Parmi les manuscrits:

On consultera avec beaucoup d’intérêt :

La chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier, [éd. par] Jean-Claude Faucon ; préf. de Philippe Ménard, Toulouse : Éd. universitaires du Sud, 1990-1991, 3 vol. (486, 501, 495 p.) ; 25 cm.

Jean-Claude Faucon, « Note sur deux manuscrits de La Chanson de Du Guesclin par Guvelier », dans Revue d’Histoire des Textes, 8-1978 (1979), p. 319-323. https://www.persee.fr/doc/rht_0373-6075_1979_num_8_1978_1186
L
a thèse d’Yvonne Vermijn, Chacun son Guesclin : La réception des quatre versions de l’oeuvre de Cuvelier entre 1380 et 1480, Thèse de Master sous la direction des dr. Katell Lavéant et Jelle Koopmans, RMA Medieval Studies, Université d’Utrecht.

26 Août 2018
Jean-Luc Deuffic

Yorio OTAKA : “La fin de l’homme” d’Alain de “Chastau tournant” (8 novembre 1451)

L’année dernière, une note importante (quelque peu modifiée depuis …) fut consacrée sur ce blog à l’oeuvre méconnue d’un auteur que nous avions identifié avec un certain Alain de Château Trô, se disant lui-même \”franczois\” et \”bretonnant\”, issu d’une ancienne famille noble possédant la seigneurie du même nom, aujourd’hui sur la commune de Guilliers (Morbihan), alors en zone tampon entre pays gallo et bretonnant.
Nous avons le plaisir d’annoncer les premiers résultats du travail de notre ami Yorio OTAKA, professeur émérite des universités d’Osaka et de Otemae, au Japon, lequel vient de publier dans la revue Otemae Journal (2018): \”A propos du manuscrit OUL 2 dit M de l’Université Otemae: La fin de l’homme\”. Dans cette étude préliminaire, M. OTAKA nous donne une édition critique de la préface (f. 1-3v), du prologue, des chap. I1, III2, III10 (la ballade concluante le tiers livre).
La tradition manuscrite de cette oeuvre reste bien \”maigre\”, hélas … Le manuscrit d’Otemae (ms. OUL 2) provient de la prestigieuse bibliothèque du duc de La Vallière et figure sous le n° 235 au catalogue de la Bibliotheca Parisiana, importante vente aux enchères organisée le 26 mars 1791 à Londres (Edwards). Ce manuscrit était primitivement en Bretagne, entre les mains de Claude de Rieux (1497-1532), fils de Jean IV de Rieux, marié en 1518 avec Catherine de Laval, dame de La Roche-Bernard (1504-1526), puis avec Suzanne de Bourbon-Montpensier (morte en 1570). Ses armes, 1 et 4, de Rieux, 2 et 3, Rochefort, sur le tout Harcourt figurent en pleine page au f. 1.

« Ce present libvre est et appartient a hault et puissant seigneur monseigneur Claude de Rieux et de Rochefort, baron d’Ancenys comte de Harcourt, vicomte de Donges seigneur de Largouet et de Chasteauneuff ».

Claude de Rieux a apposé (ou fait apposer) la même note sur le ms. Paris, BnF, fr. 1659, un exemplaire de la « Libvre du bon Jehan duc de Bretaigne », de Guillaume de Saint-André, copié en 1441 à Vannes par Jean Olivero pour Yves Conan.
Le manuscrit de la Bibliothèque nationale de France (ms. Fr. 200), sur papier, illisible en plusieurs endroits, l’encre ayant altéré le support, a fait partie du \”fonds breton\” des collections du prestigieux château d’Anet, puis de celle d’Antoine Lancelot (1675-1740), et est accessible sur Gallica.


Paris, BnF, Fr. 200, f. 3.

 

Sur un des feuillets de garde, un essai de plume ? :\”A mon tres honnore sr monsr de Ker\” (logiquement au 15e siècle on aurait \”Kaer\”)
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