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23 Juin 2020
Jean-Luc Deuffic

Gric a Molac ! Silence a Molac !

Fils de Sébastien, baron de Molac et de Françoise de Montmorency, Sébastien II de Rosmadec (†1653) épousa le 1er mai 1616 Renée de Kergournardec’h (1601-1643) et de Kerhoent, alors âgée de 15 ans, dont il aura dix enfants. Député aux États de Bretagne en 1626, il fut nommé gouverneur de la ville de Quimper en 1634 et de Dinan en 1643. Personnage érudit, c’est à lui que font référence les Mauristes dom Lobineau et dom Morice, comme ayant réuni un grand nombre de documents relatifs à l’histoire de la Bretagne. Au reste, il fournit au généalogiste d’Hozier le manuscrit de Pierre Le Baud que celui-ci fera imprimer en 1638 à Paris, chez Gervais Alliot : HISTOIRE / DE / BRETAGNE, / AVEC LES CHRONIQVES / DES MAISONS DE VITRE, / ET DE LAVAL / PAR PIERRE LE BAUD, CHANTRE ET CHANOINE / de l’Eglise Collegiale de Nostre-Dame de Laual, Tresorier de la / Magdelene de Vitré, Conseiller & Aumosnier d’Anne / de Bretagne Reine de France. / ENSEMBLE QVELQVES AVTRES TRAICTEZ / servans à la mesme Histoire. Et un Recueil Armorial contenant / par ordre Alphabétique les Armes & Blazons de plusieurs Anciennes / Maisons de Bretagne. Comme aussi le nombre des Duchez, / Principautez, Marquisats, & Comtez de cette Prouince. / LE TOVT NOVVELLEMENT MIS EN LVMIERE, / tiré de la Bibliotheque de Monseignevr le Marqvis de Molac, / & à luy dedié :
Le soin que vous avez, Monseigneur, de joindre à la gloire des armes les connoissances honnestes vous rend plus capable qu’aucun de ceux de vostre condition, de donner ceste assistance à ceux qui ont la mesme curiosité que moy ; et comme c’est un bien que vous n’estimez que pour en estre liberal, vous m’avez fait l’honneur de me communiquer abondamment les grandes recherches que vous avez faittes particulièrement pour l’Histoire de Bretagne.
Vulson de La Colombière lui dédie sa Science héroïque (1), et loue en lui « un des plus sages et des plus doctes seigneurs de France ». Il fut en relation avec plusieurs érudits de l’époque (André Du Chesne, Autret de Missirien, etc.), avec le dominicain breton Albert Le Grand.
Nicolas Dadier († 1628) « a mis son livre (Parthenice Mariane) sous la protection d’un des plus grands seigneurs, d’un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays : c’est au très noble et vertueux seigneur, marquis de Rosmadec, baron de Molac, de la Hunaudaye et Montafillant, seigneur de Penhouet, gouverneur des ville et château de Dinan, qu’il a dédié sa Parthenice Mariane. Ce Sébastien de Rosmadec est le même qui fut aussi gouverneur de Quimper et qui — au rapport de Lobineau — « avoit conçu de vastes desseins pour une nouvelle histoire de Bretagne » ; son portrait et la généalogie succincte de sa maison se trouvent dans la Science Héroïque de Vulson, publiée à Paris, en 1644, et d’Hozier, lui faisant hommage de son édition de l’Histoire de Bretagne, de Pierre le Baud, parlait de « l’estime extraordinaire qu’il faisoit de ses vertus et de ses talents. » Dadier avait donc bien choisi le protecteur à qui il dédiait son livre ; elles n’étaient pas vaines, sans doute, les louanges par lesquelles il remerciait le marquis de Rosmadec de témoigner une bienveillance éclairée aux couvents de son ordre ; et sa reconnaissance s’appuyait ingénieusement sur des souvenirs historiques, quand il ajoutait : « Un chacun a aussi cognoissance du regret qui pénétra vostre âme, après avoir veu les lamentables ruines de vostre maison et monastère des Carmes, jadis l’honneur de la ville de Ploërmel, temple fondé, basti et dédié, il y a plus de trois cents ans, par les anciens ducs et princes souverains de ce pays. » (2).
La bibliothèque du marquis de Molac était « très belle et abondante en livres rares et singuliers » . L’ex-libris de Rosmadec (I. Picart fecit) avec la devise Gric a Molac est connu par plusieurs exemplaires, dont un conservé à la Bibliothèque de Wolfenbüttel (Graph. A1 : 2068)


Ex-libris de Rosmadec- © Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel

L’explication des blasons de cet ex-libris a été donnée par d’Hozier : « Blason du grand escu, ou penon d’alliances paternelles & maternelles de M. le marquis de Molac, dans l’Histoire de Bretagne, avec les Chroniques des maisons de Vitré et de Laval … de Pierre Le Baud », Paris, 1638 :
Contre écartelé :
1er : Rosmadec (de) : palé d’argent et d’azur de six pièces
2e : Chapelle (de La) : de gueules à la fasce d’hermines
3e : Rohan (de) : de gueules à neuf macles d’or, trois, trois et trois
4e : Beaumanoir du Besso (de) : d’azur à onze billettes d’argent, quatre, trois et quatre
et
1er : Montmorency-Fosseux (de) : d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur, quatre, quatre, quatre et quatre (sa mère)
2e : Aumont (d’) : d’argent au chevron de gueules, accompagné de sept merlettes de même, quatre en chef et trois en pointe
3e : Saint-Amadour (de) : de gueules à trois têtes de loup arrachées d’argent
4e : Ferrières (de) : d’hermines à la bordure de gueules, chargée de fers de cheval d’or
sur le tout :
Bourbon – La Marche : de France à la bande de gueules chargée de trois lionceaux d’argent
Parmi les quelques manuscrits ayant appartenu au marquis de Molac, citons le Paris, BnF, Lat. 9888, une copie de la Chronique de Saint-Brieuc , in-folio de papier de la fin du XVe s., relié en veau, à ses armes. Une note du XVIIe s. (sans doute de la main de Du Paz) précise :
ce livre commence au feuillet IIII en chiffres. Au XVIIe siècle il y en a 2 perduz, et finist à la page chiffrée CLVII. – Envoyé à Monsieur André du Chesne par Messire Sébastien, marquis de Rosmadec, comte de la Chapelle, baron de Molac, Rostrenen et Penhoët, 1633.
Effectivement, dans l’état des papiers de Dom Lobineau, dressé en 1727, ce manuscrit est ainsi désigné :
Un autre volume in quarto, relié en veau de couleur noire passée, étiqueté au dos Chronicum Britanniae et marqué sur les deux côtés de la couverture aux armes de Molac-Rosmadec. Ce manuscrit, très ancien, contient 167 feuillets écrits à deux colonnes .
Le regretté Hubert Guillotel signalait également la présence dans les collections de Rosmadec d’un exemplaire du cartulaire de l’abbaye de la Vieuxville communiqué à André Duchesne . Le marquis de Molac chérissait entre toutes les sciences celle qui apprend la connaissance des armes, qui déchiffre leurs blazons et traite de leur origine. L’Oratorien Jacques Lelong, dans sa Bibliothèque historique fait état de ses Mémoires servans à l’Histoire de Bretagne, manuscrit autographe, paraphé de la main du fameux d’Argentré. « Il étoit entre les mains de M. Gérard Mellier, Conseiller du roi …, maire et colonnel de la Milice bourgeoise de Nantes » .
Une généalogie historique du monde, depuis Adam jusqu’au roi Charles V (1364-1380), figure dans les collections Lawrence J. Schoenberg de l’Université de Pennsylvania (USA), acquise chez Sotheby’s, à la vente du 23 juin 1998, lot 53. Le manuscrit Ljs266 [numérisé], daté de 1404/1406, commence : Cy ensuit la generation de adam qui comprent jusques au deluge, et finit : En lan mil CCC hexadecimus le jour de pasques fu sacre pape urban en la ville de rome et en chanta on en leglise de paris Te deum laudamus. Une note en page de garde indique une provenance : A lonsiesme feuillet ste Anne et autres choses notables / Ce livre est a / present de la / Bibliotheque du / Marquis de Molac :


Note de provenance. © University of Pennsylvania

Puis au f. 1rv : Achepte a Rouen le 26 avril 1632 par le marquis de Molac de Bretagne. Une marque plus ancienne (XVe s.), lue seulement à l’ultra-violet, donne le nom d’un premier possesseur : Cest livre est a Johan Austin. Sans doute doit on y voir un membre de la famille Austin (Aoustin) de laquelle est issu Guillaume, conseiller clerc de Rouen à la fin du XVe siècle, lignage qui portait d’azur à la fasce eschiquetée d’argent et de gueulles de 3 traicts ; accompagnée d’un léopard d’or en chef et 3 coquilles d’or en poincte posées en orle. Ce Guillaume fut conseiller  en la grande séneschaussée de Normendie, et par le registre de l’Eschiquier (1497, p. 63), on voit qu’il y eut lettres du Roy adressées au dict Eschiquier pour informer de la vie, mœurs et suffisance tant du dict Austin que de plusieurs autres qui avoient esté conseillers en la dicte séneschaussée, les quels furent tous ensuite pourveus d’offices de conseillers en Leschiquier comme il sera remarqué cy après. Le dict Aoustin fut pourveu de la dite charge par les lettres d’érection du dict Eschiquier, du mois d’avril 1499 et en fit le serment le 1 d’octobre 1409. M. Le Febvre dict que sa seule vertu l’a eslevé à cette charge. Il estoit curé de Moyaux (arrest de Leschiquier du 28 janvier 1502). Les armes cy employées sont en la maison de M. de Tilly, parroisse de Saint-Amand, laquelle a appartenu à ceux de cette famille (3) .
Les armes de Guillaume Austin ont été reconnues sur un livre d’heures à l’usage de Rouen de la bibliothèque de Cheltenham, n° 3977 . De même, sur le ms Paris, BnF, Fr. 2195, un exemplaire contenant des fragments du Roman de la Rose, du Roman de Fauvel et le Testament de J. de Coen, on peut lire au f. 147v : Cest livre est à Massiot Austin de Rouen qui l’acheta le mois de juing l’an mil IIIIc LXX de ung libratier de Rouen nommé Gautier Néron. Qui le trouvera si le raporte et on luy donnera ung bon pot de vin. Le nom du copiste, Johan Mulot est donné par une énigme à partir des initiales des mots de trois vers .

Autres manuscrits du baron de Molac
Nantes, BM, 1199 : « Parlement général de Bretaigne, assigné par Pierre, par la grâce de Dieu duc de Bretaigne, comte de Monfort et de Richemont, à tenir à Vannes, à ce lundy vingt-quatriesme jour de may l’an mil quatre cens cinquante ung ». XVe s. 286 × 185 mm, papier, 160 f. Reliure basane aux armes de Molac.
Paris, BnF, Fr. 16620 (ancien Saint-Germain 1137). Inventaire des titres de la Chambre des Comptes de Nantes, dressé par les commissaires députés à cet effet, en 1574. XVIe s. Papier. 1034 pages. 360 × 250 mm. Reliure veau rac., aux armes de Sébastien de Rosmadec.
Vulson de la Colombière précise, d’autre part, qu’il a vu dans la bibliothèque du marquis de Molac « un manuscrit dans lequel l’entrée & couronnement du Duc de Bretagne, François troisième du nom, Dauphin de France, dans la ville de Rennes, capitale du Duché, est amplement écrite » .
Quelques livres imprimés de la bibliothèque de Molac
■ Les œuvres de maistre Alain Chartier, Paris, Samuel Thiboust, 1617. Ouvrage relié dans un plein veau brun aux armes or du marquis de Molac avec la devise : « Gric a Molac » dans un encadrement à double filets, actuellement présenté par la Librairie Guimard (Nantes). Il porte à l’encre brune sur la page de garde : « Ce livre est de la bibliothèque du Marquis de Molac 1630 ».
■ Livre d’architecture contenant plusieurs portiques de differentes inventions, sur les cinq ordres de colomnes / par Alexandre Francine Florentin, ingenieur ordinaire du Roy. – À Paris : Planches signées : A. Francini inventor ; Tavernier ex. : chez Melchior Tavernier, graveur et imprimeur du Roy pour les tailles douces…, 1631. Mention manuscrite sur la page de titre : « Gric a Molac » ; de dédicace : « Le Marquis de Molac ». Exemplaire : Paris, BENSBA Réserve, LES. 1250.
La Hiérusalem délivrée, poëme héroïque de Torquato Tasso trad. en vers françois, par M. (Michel) Le Clerc, Paris : Cl. Barbin, 1667 (Nantes, BM, 27626)
Ouvrages à la Bibliothèque municipale de Vannes (4) :
■ Lodovico Melzo, Regole militari sopra il governo e servitio particolare della cavalleria, … In Anversa, appresso G. Trognoesio, 1611. In-fol. Ex-libris de Keroset, reliure aux armes de Rosmadec-Molac (Études R.100).
■ Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré et de Laval, par Pierre Le Baud,… ensemble quelques autres traictez servans à la mesme histoire, et un recueil armorial… Le tout nouvellement mis en lumière… par le sieur d’Hozier Pierre Le Baud. Paris, G. Alliot, 1638. Reliure veau aux armes de Sébastien II de Rosmadec et la devise Gric à Molac. La page de garde porte : Ce livre est de la bibliothèque du Marquis de Molac 1640. La page de titre porte également la devise « Gric à Molac » (Études, R 74).

Notes

(1) La Science héroïque traitant de la noblesse, de l’origine des armes, de leurs blasons et symboles… avec la généalogie de Rosmadec en Bretagne, le tout embelly d’un grand nombre de figures en taille douce…, par Marc de Vulson, sieur de la Colombière, Paris, chez S. Cramoisy et G. Cramoisy, 1644.
(2) Olivier Gourcuff, Anthologie des poètes bretons, Nantes, 1884, p. 2.
(3) Recueil des présidents, conseillers et autres officiers de l’Échiquier, Paris, Picard, 1905, p. 55
(4) Plusieurs ouvrages de la Bibliothèque de Vannes proviennent de Sébastien de Rosmadec (†19 juillet 1646), évêque de Vannes.

Extrait de Jean-Luc Deuffic, “Gric a Molac ! Silence a Molac !”, dans Miscellanées bretonnes. La page dans tous ses états. Pecia. Le livre et l’écrit, 16 (Brepols, 2013), p. 193-199.

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Marc FAUJOUR, que je remercie, m’indique qu’on peut identifier le marquis de Molac comme auteur d’autres manuscrits :

BnF ms. fr. 11 551 : généalogie et recherches concernant la seigneurie
de Kergournadec’h dont le marquis de Molac est seigneur du chef de sa
femme, et la Léon. Mention Molac sur le premier plat intérieur, et
renseignements très personnels concernant le marquis, son épouse et
beau-père (f° 6).

BnF ms. fr. 22361 en grosse partie de la main de Molac, notamment les
512 quartiers de Sébastien de Rosmadec (f° 79), le reste du manuscrit en
grande partie de la même main, notamment le début. La majorité des
thèmes concerne le marquis : forte connotation héraldique, famille
proche du marquis (ex : f° 75 la famille de la Chapelle) ou concernant
le Léon. La montre armoriée de 1467 (f° 314) est un travail du marquis,
repris et blasonné par Longchamps dans le BnF ms. fr. 5506.

Voir son livre sur les Kergournadec’h : L’héraldique des seigneurs de Kergournadec’h et des familles alliées dans le Haut-Léon 1275-1721

17 Juin 2020
Jean-Luc Deuffic

Le manuscrit des Coutumes de Bretagne de Julien Chauchart

La Bibliothèque municipale de Saint-Brieuc possède sous la cote 12 un exemplaire des anciennes Coutumes de Bretagne [1], précédées d’un calendrier [2], en latin, célébrant plusieurs saints bretons, parmi lesquels Yves, Méen, Guillaume (évêque de Saint-Brieuc), Armel, Gobrien, Malo, etc. C’est un manuscrit du XVIe siècle de 230 f. aux dimensions de 200 x 145 mm, écrit sur parchemin et papier, relié en plein veau. Au f. 31, se lit cette note A celx qui veulent vivre honestement et faire justice, ils deibvent savoir les coustumes, ordrenances et stilles de Bretaigne

Un ancien possesseur a laissé sa marque au f. 7 :

Ces presantes coustumes sont et apartiennent a Jullien Chauchart sieur de la Vicomté ce dixiesme juign 1594. – Jullien Chauchart

Cette famille Chauchart [3], possessionée à Dinard où elle disposait du manoir de la Vicomté, est mentionné dès 1513 sous le nom de la vicomté de la Motte. La maison manale appartenait encore aux Chauchart en 1541 et en 1678, et fut plus tard aux mains des seigneurs de Pontual et de la Perronnay. Une chapelle dédiée à Notre-Dame-du-Bois, une motte féodale, un colombier, des garennes et des pêcheries sur la Rance, composaient le domaine [4].

En la paroisse de Pleurtuit, les Chauchart possédaient également « le logis du Bois-Thomelin, avec sa chapelle, ses jardins, ses vergers, pourpris, moulin à eau et bois de haute futaie ». Fr. Bérard et Perronnelle Chauchart y sont attestés en 1539 ; notre Julien Chauchart, écuyer, sieur du Mottay, en 1604 [5]. Cette même année il déclare en outre la seigneurie du Chardonnay, sise en la paroisse du Rheu, qu’il vendra en 1624 à P. Ginguené, écuyer [6].

Julien Chauchart, seigneur de la Vicomté [7] et du Mottay, fils de Pierre Chauchart et de Marguerite Le Corvaisier, fut marié en 1608 à Gillette Giraud, fille d’Antoine Giraud, écuyer, seigneur de Clermont et de Gabrielle du Boisguérin, dont il n’eut pas d’enfant. Il descendait de Charles Chauchart, seigneur du Bois, et de Jeanne Heurtaut, vivants à la fin du XVe siècle. [8]

[1] Marcel Planiol, La Très ancienne coutume de Bretagne : avec les assises, constitutions de parlement et ordonnances ducales, suivies d’un recueil de textes divers antérieurs à 1491, Rennes, J. Plihon et L. Hervé & Paris, Champion, 1896.  Réimpr. Genève, Slatkine, 1984.

[2] Les premiers folios sont déchirés. L’usage de faire précéder le texte des coutumes d’un calendrier n’est pas propre à la Bretagne. Voir par exemple pour la Normandie, les manuscrits Paris, BnF, Fr. 5336, 5960, 5964, 5965, 14550 (Heures de Notre-Dame), etc. Même après l’apparition de l’imprimerie, se perpétue cette pratique, du moins en Bretagne, comme dans une publication de Thomas Mestrard (1543 x 1548), où le calendrier breton est suivi d’ordonnances et d’arrêts : [Fol. a I :] « Ensuyt le kalendriez pour || trouver les jours ferielz tant a clero que les courtz et jurisdi || ctions, tant ecclesiastiques que secu || liers, des eveschez de Dol, Ren || nes, Nantes, Sainct-Malo et || Vennes cessent de exercez et te || nir, que a clero et populo que les oeu || vres terriennes cessent et doibvent || cesser estre faictes, quelles festes || sont à tel signe D. R. N. M. || V., ainsi que on pourra veoirs || par les moys cy après justifiez, || avecques l’almanach pour trou || ver le nombre d’or, festes mobil || les et aultres choses, avecques || In principio.|| Imprimé à Rennes, pour || Thomas Mestrard ». L’almanach couvre les années 1536-1546. Exemplaire : Bibliothèque nationale de France, Réserve, F. 2274. L. Delisle, Catalogue des livres imprimés ou publiés à Caen avant le milieu du XVIe siècle, I, Caen, 1903, p. 80-81, n° 88.

[3] D’azur, à trois têtes de cygne d ‘argent, becquées et arrachées de gueules.

[4] Nantes, ADLA, B 2165, paroisses de Saint-Enogat et Saint-Erblon : « le manoir de la Vicomté, avec droit de pêche et « gouasmonnerye » dans la Rance, par P. Chauchart (1541), Julien Ch., sieur du Mottay, lequel déclare en outre la seigneurie du Chardonnay, paroisse du Rheu (1604), Noël Ch., écuyer (1628), Jean Ch., écuyer, seigneur du Bois-Thoumelin (1673), etc. »

[5] Nantes, ADLA, B 1270. Le Maître, Inventaire sommaire, p. 302 : « Aveux et dénombrements de terres, de rentes, de fiefs, de maisons, de métairies, de dîmes, de droits réels et honorifiques tenus à charge de foi et hommage, sous le ressort de la barre royale de Dinan, avec les dénominations suivantes : … le logis du Bois-Thomelin avec sa chapelle, ses jardins, vergers, pourpris, moulin à eau et bois de haute futaie, possédé par Fr. Bérard et Perronnelle Chauchart (1539) ; Julien Chauchart, écuyer, sieur du Mottay (1604), Noël Chauchart (1628) et Guillemette Gardin, tutrice de leurs enfants, laquelle a fait aveu aussi pour le bailliage du Mottay (1653) ; Jean Chauchart, écuyer, sieur de la Vicomté et de la Villeneuve (1673) ». Voir également Nantes, ADLA B 1016 : hommage présenté au roi « sous la juridiction de Dinan, par Julien Chauchart, sieur de La Vicomté, pour la terre du Bois, paroisse de Pleurtuit, etc ».

[6] Nantes, ADLA B 2161.

[7] Voir Nantes, ADLA, B 2374, f. 23 : « Julien Chauchart, seigneur de la Vicomté ».

[8] Bulletins et mémoires de la Société d’Émulation des Côtes-du-Nord, 1908, p. 30.

Manuscrit numérisé en partie sur BVMM/IRHT

Texte extrait de : Jean-Luc Deuffic, Notes de bibliologie (Pecia. Le livre et l’écrit, volume 7), p. 45-46 (Brepols on line)

7 Juin 2020
Jean-Luc Deuffic

À propos du couvent breton de Cuburien et de ses livres

« Je vous engage à conserver avec soin dix-sept grands livres liturgiques des Recolets de Cuburien ; ces manuscrits sur parchemin sont assez beaux pour qu’on les ménage … »
C’est ainsi que s’exprimait le citoyen Cambry (1749-1807) dans son Catalogue des objets échappés au vandalisme dans le Finistère : dressé en l’an III (Nouv. éd. Rennes, 1889, p. 173). Malheureusement son souhait ne semble pas avoir été entendu, puisqu’il ne reste pratiquement plus rien de la richesse de l’ancienne bibliothèque conventuelle de Cuburien.

Adossé à la rivière de Morlaix, le couvent de Cuburien fut fondé en 1458 par Alain IX de Rohan (1382-1462), sur le lieu d’un ancien château des seigneurs de Léon. Il fut alors peuplé par des Cordeliers venus de la communauté de l’Île Vierge (auj. en Plouguerneau). La chapelle, dédiée à saint Jean-Baptiste, commencée le 11 mars 1527, fut achevée en 1530 et consacrée le 25 juin 1531 par Jean du Largez, l’influent abbé/évêque de Notre-Dame de Daoulas (OSA).

Plusieurs ouvrages de Cuburien ont rejoint, après la Révolution, la Chambre littéraire de Morlaix (« Chambre de littérature et de politique »), laquelle avait été fondée quelques années plus tôt, en 1778, à l’initiative de Macé de Richebourg, maire de la ville, le marquis de Coëtlosquet et l’abbé de Pennanprat. Quelques uns de ces livres ont, par la suite, pu rejoindre la Bibliothèque municipale de Morlaix (aujourd’hui Bibliothèque patrimoniale Les Amours Jaunes).
Parmi ceux-ci, plusieurs portent des marques de provenance intéressantes. Ainsi cet exemplaire de
L’art de discourir des passions, des biens et de la charité. Ou une méthode courte, et facile, pour entendre les tables de la philosophie, qui ont été faites par Loüis de Lesclache, à Paris chez l’autheur, 1660 (Morlaix, A.J., 30385), avec les ex-libris « Pour le Couvent des Recolets de Cuburien lez Morlaix ». – « Pour les religieux Recollets de Cuburien donné par Mademoiselle du Laouès de la ville de Pontrieu obtenu par le Père Paulin Le Gat du temps qu’il préchoit la ditte station en l’an 1679 ». – « Aux Récollets de Cuburien, malheur au voleur » – « Ce livre est de la bibliothèque des Recollets de Cuburien lès Morlaix. Malheur à celuy qui le dérobera. Anathema furansi ».

Un autre volume des commentaires d’Aristote, Paris, Henri Estienne, 1518 (Morlaix, A.J. B27), porte la mention « Ce presant librem a doné au couvent de cuburien Suis Richard Rogerie bourgeois de Morlaix et Jehanne Guycaznou sa compagne l’an 1554 ».
Précieuse indication car ce Richard Rogerie, un normand bien connu à Morlaix, qui épousa une demoiselle de la noblesse locale, fut ancien apprenti de Robert Macé, imprimeur de l’Université de Caen, qui l’engagea pour 3 ans en 1502/1503. Originaire de Hudimesnil, libraire et marchand, il touchait un peu à tout.
Comme libraire il participa à la publication de plusieurs ouvrages dont un Traité grammatical de Jean de Garlande, achevé d’imprimer à Rouen le 21 juillet 1505, et un Manuel à l’usage de l’église de Saint-Brieuc. En 1519, on le trouve à Bordeaux pour le commerce d’une cargaison de vin vers la Flandre. En 1544, à Paris, il s’associe pour l’établissement d’une forge d’artillerie en Bretagne avec Marquis Hue, fondeur d’artillerie pour le roi à Breteuil en Normandie (Paris, AN MC/ET/CXXII/41 – MC/ET/CXXII/1109 – MC/ET/CXXII/42)

Des ouvrages provenant des Récollets de Cuburien doivent certainement se trouver en mains privées. Récemment, une librairie parisienne mettait en vente un Juvenalis familiare commentum cum Antonii Mancinelli eruditissimi explanatione, imprimé à Lyon en 1501 par Jean de Vingle pour Etienne Gaynard avec un supra-libris doré poussé sur les plats de ce couvent. Ce post-incunable contient, entre autres, des annotations du XVIe siècle, d’une main humanistique, et celle d’un ancien possesseur, probablement celle d’un frère du couvent de Cuburien, Hervé Chapalen : (f. 197 v°) : « Herveus Chapalen est verus possessor hujus ».

Si la riche bibliothèque de Cuburien a bien été dispersée, l’Histoire retiendra qu’en ce lieu fut implantée vers 1570 une imprimerie éphémère dont quelques spécimen ont encore survécu au temps. C’est le cas du Mirouer de la mort, en breton, auquel doctement et dévotement est trecté des quatre fins de l’home, c’est à sçavoyr de la mort, du dernier jugement, du très sacré Paradis et de l’horible prison de l’Enfer et ses infinis tourments… Imprimet é S. Francez Cuburien, 1575 (Paris, BnF, RES P-YN-1 : ark:/12148/bpt6k87099147) ; ou de la vie de sainte Catherine, en 1576 : Aman ez dezraou buhez an itron sanctes Cathell guerhes ha merzeres En brezonec neuez imprimet, e Cuburien, euit Bernard de Leau, peheny a chom e Montrolles. M.D.LXXVI (Paris, BnF, Res-J-3007: ark:/12148/bpt6k8706132g)

Peut-être cette imprimerie fut-elle voulue par l’éminent théologien Christophe de Cheffontaines ou de Penfentenyo (1532-1594) qui y prit l’habit. En 1562, il en est le gardien et provincial de Bretagne. Son premier ouvrage, Defense de la foy de noz ancestres contre les heretiques de nostre temps (1564), est dédié à Jean Jouvenel des Ursins, alors évêque  de Tréguier. En 1568, il adresse sa Response familiere a vne epistre escrite contre le liberal Arbitre au breton Alain du Louët, seigneur de Kerrom, et sa Chrestienne confutation du poinct d’honneur… à Pierre de Boiséon, seigneur de Coëtinisan , son « mécène ». Le 3 juin 1571, le cardinal Cribelli, spécialement délégué par Pie V présida le chapitre de l’Ordre, réuni au couvent romain de l’Aracoeli où Christophe de Cheffontaines enseignait alors la théologie. Notre docte breton y fut élu Général, presque à l’unanimité (omnibus fere suffragiis), à peine âgé de 39 ans, faisant alors fonction de « custode » de Bretagne.

Mais le rôle de Christophe de Cheffontaines dans la vie éphémère de l’imprimerie de Cuburien n’a pas encore été formellement établi. L’atelier typographique travailla certainement pour une clientèle locale, et n’eut pas les moyens de diffuser l’oeuvre importante du franciscain breton. Au reste, à l’époque, Christophe de Cheffontaines se trouvait en Espagne ou en Italie. Christophe de Cheffontaines mourut le 26 mai 1594, retiré au couvent italien de San-Pietro-in-Montorio. Tanguy de Penfentenyo († 4 avril 1646), sénéchal de Brest, un de ses neveux, ramena les cendres du docte théologien dans la chapelle familliale du manoir de Kermorvan en Trébabu.

Bibliographie
Jean Marzin, Les origines de la chambre littéraire de Morlaix, Morlaix : Imprimerie Nouvelle, 1938.
Sur l’imprimerie de Cuburien voir Gwennole Le Menn, « L’imprimerie des Franciscains de Cuburien (Morlaix, vers 1575-1585) », dans Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, LXII, 1985, p. 129-135.
Pour Christophe de Cheffontaines, se reporter à notre étude: Jean-Luc Deuffic (avec la collaboration de Gwenole Le Menn), « Christophe de Cheffontaines (1532-1594). A propos de quelques phrases en breton dans une correspondance de la fin du XVIe siècle », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 136, 2007, p. 207-223.

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