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17 Avr 2020
Jean-Luc Deuffic

La bible de Dom Noël Ollivier, chapelain de Broualan

Le catalogue en ligne de la bibliothèque de Rennes Les Champs Libres (Mme Sarah Toulouse, conservatrice) est un de ceux qu’on aime consulter parce que l’on sait, avec quasi certitude, que l’on y découvrira sous peu quelques pépites … bibliologiques.

En effet, la description des livres anciens y est très détaillée, avec notamment une retranscription des marques de provenance et des liens particuliers vers des numérisations en ligne. C’est un jardin pour les amateurs d’ouvrages rares ou patrimoniaux.

Pour la présente note une bible ancienne a retenu notre attention, imprimée à Lyon en 1497 par Fradin et Pivart (1), elle porte deux inscriptions du début du XVIIe siècle :

« Ce present livre est a dom Noel Ollivier, de Brouallen en La Boushac. Ceulx ou celle qui ce dit livre [trouvera], je vous prye de le me randre, et je vous poyré or, vin, honestement s’il plaist a Dieu. Fait et escript le IIIIe jour de may, en de Notre Seigneur 1605 »

et au-dessous :

« Je suys a discret prestre dom Noel Ollivier, du bourg de Brouallen, en la parouasse de La Boushac, en l’église de La Bouchac » (f. Bb8v).

Le personnage n’est pas un inconnu. Il a aussi fait marquer son nom dans la pierre. Le calvaire monumental situé près de l’ancienne chapelle de Broualan, à La Boussac (Ille-et-Vilaine), porte en effet cette inscription :

M(ESSI)RE : NO(EL) : OLIVIER (ETANT) CHAP(ELAIN) (.) J(EHAN) PELIHON : A DON(N)E CETTE +

Calvaire de Broualan. Crédit : A. COCHERIE

Dom Noël Ollivier fut chapelain à Broualan et l’édifice, daté de 1483, conserve encore sa pierre tombale.

(source de la photo)

(1) Rennes Les Champs Libres 16215 Rés

Rennes Les Champs Libres : Millennium Catalogue

Notice BIBLISSIMA  

Exemplaire numérisé

Illustration : Biblia. Exemplaire de Vienne, ONB

13 Avr 2020
Jean-Luc Deuffic

Guillaume “Supremus”, Jean Fougère et les Dominicains de Rennes

Aujourd’hui, la « toile » offre aux chercheurs de vastes champs d’investigation. La bibliologie n’échappe pas au phénomène. De nombreuses bases de données sont en ligne permettant sans cesse de nouvelles trouvailles.

CERL (Consortium of European Research Libraries) propose ansi MEI (Material Evidence in Incunabula), une base autour de l’incunable. Le questionnement sur « Rennes » m’a permis de relever un précieux ouvrage conservé à la Koninklijke Bibliotheek – Nationale Bibliotheek van Nederland (NL) sous la cote KW 171 D 20. Il s’agit d’un exemplaire de l’Opus nonaginta dierum, de Guillaume d’Ockham, imprimée à Lyon par Jean Trechsel, le 16 juillet 1495 (GW 11910). L’intérêt de ce livre est surtout dans la marque de possession des Dominicains de Rennes, du couvent de Bonnes-Nouvelles, datée de 1513, que voici :
« Concessus est praesens liber fratri guillelmo sup(re?)my [magistris] conventus redonensis ordinis fratrum predicatorum // a fratre Ihoanne Fougere priore meritissimo eiusdem conventus ac vicario totius nationis britannie / anno millesimo quingentesimo xiij.mo mense septembre frater guillelmus suprem[y] » [signé] « frater guillelmus supremy. »

Au passage, mentionnons une autre épave de l’ancienne bibliothèque des Dominicains de Rennes, conservée aux Champs Libres, Rennes 15574 Rés., Ovide, Fasti, Paris, 1512, portant aussi le nom de « Guillaume supremus », relevée par Sarah Toulouse, conservatrice du dépôt rennais, dans une étude consacrée « À la recherche de la bibliothèque d’Yves Mahyeuc. Les dominicains de Rennes et leurs livres au XVIe siècle » (1). Ajoutons Clipeus Thomistarum in quoscumque adversos (Rennes, 15196 Rés) avec cette inscription « Iste Clipeus est fratri Guillelmo Suspremi […] Redonensis filio […] priore conventus pro suo usu concess… » (f. cc6v) ; M. T. Ciceronis de Oratore Iibri tres (Rennes, 15481 Rés) : « Frater Julianus Guyhart hunc librum habuit ex libris Reverendi quondam patris penitentiarii reverendi in Christo patris domini domini Redon[…], cujus animam Deus absolvat, a me Jhesus (?) et hoc in penitentiarum utitur p[…] concessione colendissimi magistri nostri magistri Guilhermi Suppremy piciorum meritissimi anno Domini millesimo quingentesimo trigesimo secundo ».

Mais qui est donc ce Guillaume « Supremy » dont le nom nous semble quelque peu énigmatique ?… Un renseignement important nous vient du bon Albert Le Grand (1599-1641), Dominicain breton, divulgué dans ses Vies des saints de la Bretagne Armorique, en l’occurrence dans celle d’Yves Mahyeuc (1462-1541) : « Le P. Guillaume Supremus, docteur, premier gradué en théologie depuis la réforme du couvent de Bonne Nouvelle et inquisiteur de la foi, le seconda (= Yves Mahyeuc) puissamment dans cette œuvre de zèle et fit une si exacte recherche des hommes ennemis qui avaient répandu cette mauvaise semence à la faveur des ténèbres qu’ils furent contraints d’abandonner le pays … » (2).
Du reste, ce « Guillaume Suprême » est également attesté à l’autre extrémité de la France. Ainsi, est-il connu pour avoir été en 1519 prieur des Frères prêcheurs de Lyon, au couvent de Notre-Dame-de-Confort, succèdant à frère Valentin Liévin (3).
Professeur de théologie, sa science fut mise à contribution lorsque « Thomas Meeterius de Neubourg nous apprend que Jean Macé, libraire de Rennes, lui a fait transmettre par Laurent Hostingue, imprimeur à Caen, ce livre précieux De curâ clericali pour corriger les fautes qui s’y étoient glissées ; qu’après l’avoir lu, il a noté plusieurs barbarismes et restitué au texte sa pureté primitive. Il adresse ce volume au dominicain Guillaume Supremi, professeur de théologie, avec prière de le lire et d’exhorter ses élèves à l’étudier ; ce qui, dit-il, leur sera fort utile » (4). Malheureusement cette édition du Cura clericalis n’est pas datée, mais a du être imprimée vers 1519. Sur le dernier feuillet, l’épître dédicatoire, datée elle d’un 23 mars, de Caen, est adressée par ce « Thomas Meeterius, Novoburgensis, ad reverendissimum magistrum nostrum Guillielmum Supremi, sacre pagine sanctissimum professerem Dimensem, ordinis Predicatorum ». Dimensem doit être pour Dinan, vieille cité de l’ancien diocèse de Saint-Malo, où fut fondé le premier couvent dominicain de Bretagne, vers 1232. C’est dans cette maison que prit l’habit de l’Ordre le Bienheureux Alain de la Roche, grand restaurateur de la dévotion du Rosaire.
Le nom ou surnom de « Supremi », « Suprême », etc… peut étonner car il ne correspond à aucun patronyme connu. Je crois, en fait, qu’il s’agit bien ici d’une traduction du breton « Le Meur », ce qui pourrait laisser supposer que notre professeur de théologie était originaire de Basse-Bretagne, d’où peut-être ses liens étroits avec le vénérable léonard Yves Mahyeuc, confesseur d’Anne de Bretagne, qu’il a assisté comme inquisiteur. Notre Guillaume Le Meur serait mort en 1536.

Yves Mahyeuc présenté par saint Yves. Basilique Notre-Dame de La Guerche-de-Bretagne, vitrail de l’Annonciation (1536)

L’inscription du livre de la Koninklijke Bibliotheek nous révèle le nom d’un autre personnage important, celui de frère Jean Fougère, prieur du couvent de Bonnes-Nouvelles et vicaire de toute la « nation bretonne ». Nous sommes alors en 1513. Le Dominicain breton, du couvent de Guérande (fondé par le duc Jean V), fut par la suite à Lyon, où il décéda : « Le Père Jean Fougère, religieux de notre convent de Lyon, docteur et professeur en théologie, qui avoit été Vicaire de la Congrégation gallicane et Prieur dudit convent a été enseveli dans notre ancien chapitre, dont on voyoit l’épitaphe qui y avoit été mise en 1583, … et la pierre sur laquelle ces épitaphes étoient gravées s’est cassée en 1723 … » (5). C’est en 1524 que Jean Fougère fut nommé vicaire général : « Le Chapitre fut célébré au Convent de Rouen, et là fut esleu Vicaire Frere Jean Fougère Docteur Bullé, du Convent de Guerrande (Frater Joannes Fougere fuit confirmatus in Vicarium Congregationis Gallicanæ) » (6).

(1) TOULOUSE, Sarah. À la recherche de la bibliothèque d’Yves Mahyeuc. Les dominicains de Rennes et leurs livres au XVIe siècle In : Yves Mahyeuc, 1462-1541 : Rennes en Renaissance [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2010 (généré le 12 avril 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pur/127290>. ISBN : 9782753567191. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.127290.
(2) Albert Le Grand, Vie des saints de la Bretagne Armorique, Brest, 1837, p. 538.
(3) Jean D. Levesque, Les Frères prêcheurs de Lyon: Notre-Dame-de-Confort, 1218-1789, 1978.
(4) Bulletin du bibliophile, 1854, p. 819.
(5) Michel Cormier, L’ancien couvent des Dominicains de Lyon …, 1900.
(6) Histoire des maîtres généraux de l’Ordre des Frères Prêcheurs. Tome cinquième: 1487-1589.

Référence : Sanctuaires

27 Mar 2020
Jean-Luc Deuffic

Pierre Biré, sieur de La Doucinière, « gloire de l’antique Armorique » (Birœe, Armorici lausque decusque soli)

Biré tu ne pouvais mieux orner tes escrits,
Que de ce nom Lorrain tant aymé de la France ;
Tu n’as que trop caché ta divine science,
Au regret desplaisant de tous les bons esprits
…………………………………………………………………
Toy contre tant d’erreurs plein de mémoire heureuse,
Tu nous faits veoir au vray ceste maison fameuse
De ce grand Pharamond prendre son tige et nom …
(Jean Callo, sieur de La Ramée)

Le Père Louis Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques (Paris, 1644, p. 641), évoquant la Bretagne, précise : « M. Biré Autheur de quelques livres a dressé une notable Bibliotheque, par la recherche qu’il a fait des bons livres ».

Pierre Biré, sieur de la Douciniere, reste essentiellement connu pour deux ouvrages devenus très rares aujourd’hui.

Epismasie
ov
RELATION
d’Aletin Le Martyr
Concernant l’Origine, Antiquité, Noblesse &
Saincteté de la Bretaigne Armorique & parti-
culièrement des villes de Nantes & Rennes :
Auec l’explication d’un Epigraphe ou Inscription en l’honneur
de Volianus grauée sur une pierre de marbre blanc trouuée
dans les vieux fossez de l’enceinte dudit Nantes l’an 1580
Où sont contenues plusieurs recherches rares & curieuses, concernans
les vieilles fondations des Gaulois & Bretons & quelques remar-
ques vtiles, des fautes & erreurs des Chimiques de ce temps.
A MESSIEVRS LES MAIRE ET ESCHEVINS,
Nobles Bourgeois & habitans de la ville de Nantes
Quidquid fub terra est ////// in apricum proferet œtas
Horat. Lib. i Epistol.
A NANTES
Par SEBASTIEN DE HVCQVEVILLE Imprimeur &
Libraire ruë de la Iuisuerie. 1637
Auec Approbation

Pierre Biré est aussi l’auteur des Alliances généalogiques de la maison de Lorraine illustrees des faits et gestes des Princes d’icelle (Nantes, Nicolas Desmaretz et François Faverye, imprimeurs), un ouvrage de propagande politique cherchant à démontrer la légitimité des prétentions bretonnes de Philippe-Emmanuel de Lorraine (1558-1602), duc de Mercœur. Le livre sera publié l’année de son mariage, à Nantes, avec Jacquine CHEVALLIER. Pierre BIRÉ, né vers 1562, est le fils de Michel BIRÉ, sieur de la Grenotière (Cugand), conseiller au Présidial de Nantes, et de Marguerite TAILLANDIER. Après la défaite de Mercœur en 1598, Pierre Biré de la Doucinière, « l’un des personnages les plus compromis de la Ligue nantaise », quitte la magistrature (comme avocat du Roi au Siège Présidial de Nantes) pour devenir « docteur et professeur royal des droitz en l’Université de Nantes ».

Le dominicain breton Albert Le Grand cite dans ses Vies de saints de la Bretagne Armorique (éd. 1901, p. *48) « Noble homme M. Pierre Biré, sieur de la Doussiniere, … dont les doctes et riches escrits sont extrémement desirez du public ».
Pierre Biré décéda le 4 mars 1638 et fut inhumé le 6 aux Carmes de Nantes, dans la paroisse de Saint-Vincent.

BIRÉ (de). Armes : d’azur à une branche de grenadier d’or posée en fasce, chargée de trois grenades de même grénelées et couronnées de gueules, deux en chef et une en pointe.

Biblio

Alain Cullière, La manière « apologétique » de Pierre Biré (1593)
https://books.openedition.org/pur/98588?lang=fr
René Kerliver, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne, Rennes, J. Plihon et L. Hervé, 1886-1908, III, 305 sq
Violaine Mabille de Poncheville, Pierre Biré, ligueur nantais. Un officier de justice à la cour de Mercœur, Mémoire de maîtrise soutenu à l’université de Nantes en 1997.

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