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11 Oct 2020
Jean-Luc Deuffic

Sur un manuscrit perdu de l’Arbre des Batailles

Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet (1792-1874), avocat, maire de Lesneven (Finistère, Bretagne), historien, possédait dans sa riche bibliothèque un exemplaire de l’Arbre des Batailles d’Honorat Bovet. Le manuscrit, qui semble avoir disparu, portait cette formule d’anathème  :
« C’est le livre appelé l’Arbre des batailles, qui appartient à Guillemin Richer, bourgois de Paris, demourant en la rue Sainct-Honoré près la Croix du Tirouer ; s’il le preste, qu’on le luy rende, et s’il est perdu, qu’on le luy raporte, et il donnera plein broc de vin; ou aultrement, maudit soit la quierielle (kyrielle) très toute, ou son âme puisse périr. » Source : Felix Ravaisson, Rapports au Ministre de l’Instruction publique sur les Bibliothèques des départements de l’Ouest, suivis de pièces inédites, Paris: Joubert, 1841, p. 79.

Ci-dessous, L’arbre des batailles [ca. 1400-1450]. Beinecke MS 230

Vers 1530. La croix du Trahoir, ou du Tirouer (Tiroir), située au coin de la rue Saint-Honoré, section alors nommée rue de la “Crois de Tiroüer et de la rue de l’Arbre Sec”.

Biblio: Hélène Biu, L’Arbre des batailles d’Honorat Bovet, étude de l’œuvre et édition critique des textes français et occitan, 4 vol., thèse de doctorat, Université Paris IV, 2004.

 

7 Oct 2020
Jean-Luc Deuffic

Un texte controversé : la vie de saint Gouesnou

Notre ami André-Yves Bourgès, bien connu pour ses nombreuses et érudites études hagiographiques bretonnes vient de publier aux Lettres Morlaisiennes, une jeune maison d’édition, un texte très controversé des origines bretonnes, la vie de saint Gouesnou . C’est donc aussi l’occasion de faire mémoire ici de notre cher Gwénaël Le Duc (1951-2006), collègue disparu prématurément, lequel s’était également attaqué à ce texte emblématique. Voir notre post : http://pecia.blog.tudchentil.org/2007/08/21/un-ami-nous-a-quitte-gwenael-le-duc-12-octobre-1951-24-decembre-2006/

<<<< La vita de Goëznou, dont le texte n’est plus connu dans son intégralité, connaît aujourd’hui encore une certaine célébrité, alors même que l’historicité du personnage, comme c’est le cas pour presque tous les saints « bretons » de la période héroïque, est inaccessible. Cette relative notoriété de la vita de Goëznou est principalement la conséquence d’une controverse ancienne et durable sur la date de sa composition : controverse de pure histoire littéraire, mais dont les enjeux idéologiques se sont rapidement révélés bien plus importants que le texte qui l’avait fait naître. Plus généralement, il s’agit, au travers de ce cas particulièrement discuté, sinon même disputé, de confronter un texte dans sa dynamique de déperdition d’informations, aux différentes interprétations, parfois malencontreuses, qu’en ont faites certains historiens: les excès qui se remarquent à cette occasion doivent inciter à appliquer la même démarche critique à l’ensemble de la littérature hagiographique, notamment en Bretagne où la geste des saints se déroule entre légendes et histoire.
En annexe est publié pour la première fois le texte de la vita de saint Ténénan, dont plusieurs indices laissent à penser qu’elle est peut-être sortie de la plume du même hagiographe.>>> (André-Yves Bourgès)

Prix : 15 Euros (plus 5 Euros de frais d’expédition)
Renseignements et commandes :
LES LETTRES MORLAISIENNES
leslettresmorlaisiennes@gmail.com

 


Statue de saint Gouesnou dans la chapelle Saint-Guénolé de Plougastel-Daoulas (Finistère)

21 Sep 2020
Jean-Luc Deuffic

Les “Chroniques” de Jean Chartier, moine de Saint-Denis, dans la “librairie” d’Yvon du Fou

L’importante bibliothèque d’Yvon du Fou, conseiller et chambellan de Louis XI, dont nous avons dressé une liste des ouvrages [1], renfermait un exemplaire de l’Histoire de Charles VII de Jean Chartier [2] (aujourd’hui New-York, Columbia University, Rare Book and Manuscript Library, J1.C 3813). Du milieu du XVe siècle, avec in fine le poème de Robert Regnault, Ballade faitte touchant la grant deception des Angloys (f. 192v-196r), relatant la prise de Fougères en 1450, ce manuscrit porte également aux f. 196v-197, une liste des places fortes de Normandie reprises par le roi.
Malheureusement, toutes les enluminures du manuscrit ont été enlevées avec plusieurs dizaines de folios.
Les auteurs:
Jean Chartier (mort le 19 février 1464), historiographe du roi, fut moine et chantre de Saint-Denis, selon la notice que lui consacre le nécrologe de sa maison.
Robert Regnault, grand bedeau de l’université d’Angers.
Quelques marques anciennes de possesseurs sont visibles et permettent donc de suivre les vicissitudes du volume.

Messire Yves du Fou, chevalier

… Monseigneur le daulphin fut marie
on moys de feuvrier lan mil (quatre cent cinquante)
a la fille du duc de savoye.
Explicit.
Qui fecit finem
Sit benedict[us] amen.
Pour messire yues du fou ch[eva]l[ie]r.
Cappittaine de lezignen.
Prenez en gre. Je vous en prie

Yvon du Fou, Breton de Cornouaille, chevalier, grand veneur de France, conseiller et chambellan du roi, et sénéchal de Poitou (+ 2 août 1488).

« Madelene de Monpesat », signature au f. 87v-88.


(c) New York, Columbia University, Rare Book and Manuscript J1.C 3813

Madeleine Desprez de Montpezat, fille de Melchior Desprez, seigneur de Montpezat et d’Henriette de Savoie, marquise de Villars, comtesse de Tende, épousa le 23 octobre 1583, Rostaing de La Baume, comte de Suze et de Rochefort, seigneur de Montfrin, maréchal de camp aux armées du roi et bailli des montagnes du Dauphiné. Elle dut recevoir ce manuscrit de son père Melchior, maître des eaux et forêts, sénéchal du Poitou, fils du maréchal de Montpezat, Antoine de Lettes († 26 juin 1544, inhumé à Saint-Martin de Montpezat), et de Liette du Fou, petite-fille d’Yvon du Fou.
Sur des tissus aux armes de Liette du Fou, lire Christine Aribaud, « Les textiles de la collégiale Saint-Martin de Montpezat de Quercy : un trésor spécifique ? »,  dans Les Collégiales dans le Midi de la France au Moyen Âge, sous la direction de Michelle Fournié, Actes de l’atelier-séminaire (UMR Framespa – GDR Salve – CVPM) des 15 et 16 septembre 2000 (Carcassonne), p. 145-173.


Armoiries d’Antoine des Près (Desprez) et de Lyette du Fou. Broderie sur toile.

Abbé Charles de Castellan  : note datée du 4 octobre 1663 au sujet d’une lettre de Guillaume Cousinot à Gaston de Foix ;  reliure XVIIe s. avec inscription : « F.I.A.T., Carolus de Castellan, 1663 ».


(c) New York, Columbia University, Rare Book and Manuscript J1.C 3813

Charles de Castellan († 28 novembre 1677), abbé de Saint-Evre de Toul et de la Sauve-Majeure entre 2 mers (Bordeaux), à laquelle il légua plusieurs ouvrages de sa bibliothèque, aujourd’hui à la BM de Bordeaux. Ainsi, peut-on noter sur La Fabrique et l’usage du radiomètre (Paris, 1601) cette inscription : Ex dono d. Abbatis de Castellan monasterii B. Maria Sylva majoris ordinis Sancti Benedicti 1678.
Ses armes parlantes étaient une croix, accompagnée de quatre tours, timbrées d’une mitre et d’une crosse. En 1671, il demeure à Paris, près le Clos-Georgeau, paroisse Saint-Roch (AN, Y//217-Y//221 – fol. 403 v°). Quatre ans plus tard, Charles de Castellan fait décorer à ses frais la chapelle de Sainte-Marguerite située dans le transept méridional de l’église Saint-Germain-des-Prés, pour y établir sa sépulture et celle de sa famille ; un mausolée y fut élevé à la mémoire de son père, Olivier de Castellan, lieutenant général des armées du roi, et de Louis de Castellan, son frère, morts tous deux en combattant pour la France.
Une reliure en maroquin rouge, avec les mêmes armes datées de 1663, recouvre une impression de Simon de Colines (1530), Claudius Claudianus, Quotquot nostra hac tempestate extant opuscula, passée en vente chez Bloomsbury, à New-York, le 26 septembre 2007, lot 62.
Sur le personnage, voir : Philippe Masson, “Charles de Castellan, un abbé toulois bibliophile
au XVIIe siècle”, dans Collections et collectionneurs dans les Trois-Evêchés, Textes réunis par Catherine Bourdieu-Weiss, Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire / Université de Lorraine, 2015, p. 55-68.

Notes
[1] Jean-Luc Deuffic, “Les manuscrits d’Yvon du Fou, conseiller et chambellan de Louis XI”, dans Notes de bibliologie (Pecia. Le livre et l’écrit, 17, 2009), Turnhout : Brepols, 2010, p. 221-245. Sur l’enlumineur : P.V. Day, “Le maître d’Yvon du Fou: un enlumineur poitevin au service d’Yvon du Fou, grand veneur de France”, dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest et des musées de Poitiers, 10, 1996, p. 275-306.
[2] Et non pas d’Alain Chartier, son frère, comme je l’avais indiqué dans mon étude au vu de la notice de Digital Scriptorium.

Biblio
S. de Ricci, Census of Medieval and Renaissance Manuscripts in the United States and Canada, New York, III, p. 1268, n° 49.
Edition de 1661 : Histoire de Charles VII. roy de France, par Jean Chartier, sous-chantre de S. Denys; Jacques le Bouvier, dit Berry, roi d’armes, Mathieu de Coucy, et autres autheurs du temps. Qui contient les choses les plus memorables, advenuës depuis l’an 1422 jusques en 1461. Mise en lumiere, et enrichie de plusieurs titres, memoires, traittez, et autres pieces historiques, par Denys Godefroy conseiller et historiographe ordinaire du roy. A Paris, de l’Imprimerie royale, 1661 : en ligne

Charles Samaran, “La Chronique latine inédite de Jean Chartier (1422-1450) et les derniers livres du Religieux de Saint-Denis”, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 87,  1926, p. 142-163 [en ligne].

Recherches sur la filiation de Guillaume, Alain et Jean Chartier (leur Généalogie de 1290 a 1900) par Francis Pérot (avec biblio).
« Ballade faicte touchant la grant déception des Anglois », par Robert Regnault, bedeau de l’université d’Angers (1449 ou 1450), publiée par A. Mazure dans Revue anglo-française, III (1835), 117-124.
Jean Lemoine, “Un mandement de Jean V, duc de Bretagne, en faveur de Robert Blondel et Robert Regnault”, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 54, 1893, p. 123-127.
Bruno Roy, Sur deux poèmes de Robert Regnaud, grand bedeau de l’Université d’Angers, dans Le Moyen Français, vol. 46-47, 2000, p. 469-496.
On trouvera sur la base Digital scriptorium une description sommaire et quelques images numérisées de ce manuscrit.
Base Jonas (IRHT)
Base ARLIMA (Chartier) (Regnault)


Armoiries d’Yvon du Fou sur « Le Livre de messire Lancelot du Lac », la Quête du Saint Graal, la Mort d’Arthus, de GAUTIER MAP (Paris, BnF, Fr. 111).
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