Autour d’un Pontifical de Robert Guibé, évêque de Rennes (†1513) : un nouveau feuillet !
Notre ami Peter Kidd a déjà retracé (avec sa rigueur érudite coutumière) les mouvements de quelques feuillets d’un Pontifical de l’évêque de Rennes Michel Guibé (mais plutôt de Robert) sur son blog Medieval Manuscripts Provenance : première partie – seconde partie.
Un nouveau feuillet est arrivé sur le marché ces derniers jours, sur le site de vente en ligne de la Potomack Company (Alexandria). Il concerne le début de la consécration d’un autel sans dédicace d’église :DE ALTARIS CONSECRATIONE, QUE FIT SINE ECCLESIE DEDICATIONE. Quando altare solum , et non ecclesia , consecratur …
Photo Potomack Company
En fait, tous ces feuillets proviennent d’un Pontifical de Robert Guibé (353 x 250 mm) différent (et plus petit), que celui qui se trouve dans les collections de l’évêché de Rennes (432 x 302 mm), ayant appartenu à Michel Guibé, lequel avait fait l’objet d’une magnifique étude en 2001 :

Missel pontifical – XVe siècle : Cérémonial du couronnement des Ducs de Bretagne, Collectif (Françoise FERY-HUE, Sophie CASSAGNES-BROUQUET, Xavier FERRIEU, Loïc de COURVILLE, André CHEDEVILLE). Ouest-France & Association des Amis des Archives Historiques du Diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, 2001. 24 x 32 cm, 110 pages (nombreuses illustrations couleurs). Sommaire : Préface de François Saint Macary. I. Du Duché à la Province, le contexte historique. II. Les Landais-Guibé, un bel exemple de népotisme. III. Un Manuscrit pour la Bretagne. IV. Contenu du Manuscrit. V. Le Plain-Chant, les heures musicales d’un évêque entre deux sièges. VI. Le Cérémonial du Couronnement des ducs de Bretagne au XVe siècle. VII. Pour Lire le Cérémonial. VIII. Fac Similé – Transcription – Traduction par F. Féry-Hue. IX. Le Centaure et la Centaurée, le décor du Pontifical. X. Des Pigments et des Encres, étude scientifique. XI. L’Armorial des évêques de Rennes.
Compte-rendu Florian Mazel [en ligne ]

Empreinte de sceau. Michel Guibé. 1482. Nantes, ADLA, E 58/4
Récapitulatif des feuillets dispersés provenant du Pontifical de Robert Guibé
Harvard, Houghton Library, ms Lat. 470 (1 feuillet) (Ordo pour la tenue d’un synode et litanies des saints) : http://id.lib.harvard.edu/alma/99153726407303941/catalog
Sur ce feuillet voir la contribution de mon amie Diane Booton [en ligne]
Seattle Art Museum (WA) (2 feuillets) : Inv. 54.118. (consécration et ordination d’un évêque) et Inv. Inv. 47.15. (messe de consécration) https://art.seattleartmuseum.org/collections
Princeton, Gilded Lion (2 feuillets) (Ordo pour la consécration d’une église et d’un cimetière)
Phillip J. Pirages, Catalogue 54, 2007, no. 9 (1 feuillet) (Consécration d’un autel portatif)
Royaume Uni, collection privée (Messe pour la dédicace d’une église et pour la réconciliation d’un cimetière profané).
Collection privée, vente Potomack Company du 25 avril 2024 (consécration d’un autel sans dédicace d’église) (lien)
Sotheby’s, vente du 13 décembre 1965, lot 173 (4 feuillets, dont probablement celui de Houghton)
Les feuillets dispersés, listés par Peter Kidd, sont à 30 lignes par colonne alors que le Pontifical étudié en 2001 est à 25 lignes.
(Source : Peter Kidd = https://mssprovenance.blogspot.com/)
Notice
Voici la notice que je consacre au Pontifical de Robert Guibé, frère et successeur de Michel Guibé à l’évêché de Rennes, dans mon Inventaire des livres liturgiques de Bretagne (2014): Diocèse de Rennes, n° 75.
Pontifical de Robert Guibé (ca 1460-1513), évêque de Tréguier (1483-1502), de Rennes à la mort de son frère Michel († 1502), et de Nantes (1507-1511). Il reçoit le chapeau cardinalice de Jules II lors du consistoire du 1er décembre 1505, au titre de Sainte-Anastasie. Archiprêtre de la basilique Sainte-Marie Majeure à Rome en 1511, il meurt dans cette même ville en 1513, enterré dans l’église Saint-Yves-des-Bretons.
Le manuscrit fut exposé à Rennes (1872), puis à Vitré, lors d’une séance du Congrès de l’Association Bretonne, en septembre 1876. Il appartenait alors au comte Olivier Le Gonidec de Traissan, au château de la Baratière (Vitré) :
« Voici ce que M. Ropartz, dans son compte-rendu de l’Exposition de Rennes de 1872, a dit de ce livre précieux qui, relié en veau gaufré sur ais en bois, fait partie de la belle bibliothèque de M. le comte O. Le Gonidec de Traissan :
Ce manuscrit, du commencement du XVIe siècle, contient, comme tout pontifical, les prescriptions des fonctions épiscopales, de même que le rituel règle les fonctions curiales. On y voit, en tête de chaque chapitre, une admirable vignette en miniature, représentant un évêque officiant ou remplissant les devoirs de son ministère, revêtu des ornements pontificaux propres à la cérémonie décrite dans le texte. Les armes de Robert Guibé, qui s’y trouvent, sont : d’argent à trois jumelles de gueules, avec 8 coquilles d’azur placées 3, 2 et 3.
C’est avec raison que le savant M. Ropartz a qualifié d’admirables les nombreuses vignettes que renferme ce Pontifical, car, outre que la composition en est presque toujours heureuse, leur coloris, quoique vieux de près de quatre siècles, a gardé une fraîcheur telle qu’elle pourrait être enviée par bien des œuvres modernes ».
Le pontifical en question est encore cité en 1906 par François Duine, dans ses Bréviaires et missels, p. 8-9. On ignore où se trouve actuellement ce manuscrit.
Association Bretonne, Session de Vitré en 1876 (1877), p. 303-304.

Signature de Robert Guibé dans une lettre « Escript à Rome, le XVIIIe jour d’aoust » (Paris, BnF, Français 2985, fol. 41
[Un grand merci à Peter Kidd, à Mme Françoise Féry-Hue (IRHT) et à Diane Booton]
Guillerm ar Bleis : copiste breton (vers 1350)
Parmi les nombreux copistes bretons du Moyen Âge que j’ai pu étudier figure un certain Guillerm ar Bleis (Guillaume Le Bleis), originaire de Kergoat au pays de Cornouaille. Nous ne connaissons de lui qu’un seul manuscrit : l’oeuvre de Peyre de Paternas, maître en théologie des ermites de saint Augustin, Tractatus de sufficientia et de humanae vitae necessitate, conservé dans le manuscrit Paris, BnF, Lat. 3313A (Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525126499
Il s’agit d’un traité de morale en occitan et latin, rédigé en 1349 pour Delphine de Beaufort, la nièce du pape Clément VI, dont les armoiries sont souvent placées à côté de celles de son époux, Hugues de La Roche. Pour notre copiste breton, cela n’a pas du être chose facile …
Le copiste se nomme au fol. 160v : Guillelmus Lupi, de villa nemoris, Corisopitensis dyocesis, scripsit, … ad peticionem religiosi uiri fratris Petri de Paternis …
Au fol. 1, deux peintures représentent la dédicataire aux pieds de la Vierge et de l’Enfant, présentée par s. Augustin, l’autre, l’auteur offrant son livre. Sur plusieurs fol. des notes en français ont été tracées à l’intention de l’enlumineur. Ainsi, au fol. 27v : « Grisel avant » — « Mestre Jehan de Mazeres »

Peut-être avons-nous là une représentation de l’enlumineur et du copiste ? Ou bien s’agit-il d’un maître notaire (Jean de Mazères) et de son « clerc » (Guillerm ar Bleis) exerçant du côté d’Avignon?

Au fol.148, un corbeau dit à un âne joueur d’orgue : « je chante mieux que vous »

Au fol. 149v : « S. Augustin despute contre les bougres »
Guillerm ar Bleis ne semble pas être un copiste professionnel. Exerça-t-il comme notaire ? En novembre 1358, l’office de tabellion fut accordé à Guillaume Lupi (le Bleiz) de villa nemoris (de Kergoat), clerc de Quimper, non marié, et n’étant pas dans les ordres sacrés (Innocent VI, tome XX, fol. 339). Bulletin diocésaine d’histoire et d’archéologie, Quimper, 1912, p. 128. Les toponymes Kergoat étant légion en Cornouaille, difficile de dire exactement d’où était originaire notre copiste. Peut-être est-ce de Kergoat en Quéménéven (arrondissement de Quimper), que le peintre Jules Breton (+1906) a si bien immortalisé ?

Bibliographie
Carolus-Barré, « Peyre de Paternas, auteur du Libre de sufficiencia et de necessitat (1349) », dans Romania, t. 67 (1942-1943), p. 237.
Jean-Luc Deuffic, « Copistes bretons du Moyen Age (xiiie-xve) : une première « handlist »… », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol.13, 2010, p. 151-198 , cité p.162
Jean-Luc Deuffic, « Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (xive-xvie s.) », in Pecia. Le livre et l’écrit, Notes de bibliologie , vol. 7, 2009, cité p. 283
Émilie Nadal, « Les animaux dans les manuscrits du Sud-Ouest de la France au 14e siècle », dans De Medio Aevo, ISSN-e 2255-5889 : https://dx.doi.org/10.5209/dmae.66816
Catherine E. Léglu, Introduction, in Multilingualism and Mother Tongue in Medieval French, Occitan, and Catalan Narratives, https://doi.org/10.1515/9780271078632-003
Jean-Baptiste Camps, Les Manuscrits occitans à la Bibliothèque nationale de France, Diplôme de conservateur des bibliothèques, 2010, p. 65-66.
HERIBERT TENSCHERT : à propos de nos livres d’heures de Bretagne

HERIBERT TENSCHERT
Dans le monde assez fermé de la vente du manuscrit enluminé, HERIBERT TENSCHERT occupe une place privilégiée, au sommet même de la discipline. Depuis plus de 45 ans, cet homme, amoureux du livre manuscrit, a fait de l’art de collectionner son métier et sa passion. Nombre de trésors sont passés entre ses mains expertes, trésors qu’il a fait connaître de par le monde au travers de ses nombreux catalogues érudits somptueusement illustrés.
Heribert Tenschert est né en 1947 d’une famille de réfugiés de Silésie/ Bohème installée en Bavière (Allemagne). Après des études de littérature et de philologie allemandes et romanes (1969-1977) à l’université de Fribourg-en-Brisgau, avec Erich Köhler (1924-1981), il ouvre une librairie spécialisée à Rotthalmünster, en pays bavarois. Intéressé à l’origine par la bibliophilie moderne (épisode Franz Kafka), il se consacre principalement par la suite aux ouvrages médiévaux et plus particulièrement aux livres d’heures, tant manuscrits qu’imprimés. Parmi ses nombreux clients figure l’industriel et collectionneur d’art allemand Kurt Bösch, propriétaire alors de la Bibermühle, résidence « seigneuriale » près de Ramsen (Suisse), au bord du Rhin, composée du moulin d’origine avec ses dépendances et d’une villa aux allures de château, construite par Albrecht Sulzer en 1918.
C’est dans ce magnifique domaine de Bibermühle qu’il acquiert en 1993, que notre collectionneur passionné déploie toute son énergie dans l’expertise des plus beaux et des plus précieux manuscrits enluminés, tant pour leur illustre provenance (souvent royale) que pour leur somptueuse décoration (attribuée aux maîtres les plus prestigieux).
Heribert Tenschert, collectionneur, est avant tout un « connoisseur » doté d’une mémoire fabuleuse. En France, en 2002, il reçoit le grade de Chevalier de l’ordre des arts et des lettres et la communauté universitaire, au vue de ses compétences, a jugé bon de le nommer à juste titre docteur honoris causa de l’Albert-Ludwigs-Universität de Fribourg-en-Brisgau en 2010.
Bibermühle abrite ainsi la plus grande collection au monde de livres d’heures imprimés, ainsi que le plus important ensemble de livres illustrés du XVIIIe siècle (environ 2600 ouvrages), la plus belle réunion de reliures mosaïquées du XVIIIe siècle, et une collection unique de livres illustrés français de l’époque romantique (vers 1825-1875, environ 1000 volumes).
Heribert Tenschert s’est entouré des meilleurs spécialistes. Pas étonnant donc, si la plume et les connaissances d’historien d’art du professeur Eberhard König rehausse encore davantage ses riches catalogues depuis de nombreuses années. Le dernier en date (Katalog LXXXVIII, 2021) est entièrement consacré au livre d’heures de Claude de Toulongeon (1), seigneur de Traves, de la Bastie, du Chastelier, etc… chevalier de la Toison d’or en 1481, un des principaux opposants à Louis XI en Bourgogne, lequel occupa plusieurs fonctions importantes : conseiller et chambellan de l’archiduc en 1477. Marié en février 1476 avec Guillemette de Vergy, dame de Bourbon-Lancy (+1504), veuve de Guillaume de Pontailler, seigneur de Talmay, fille de Charles de Vergy et de Claude de La Trémoille.

Les Heures de Claude de Toulongeon
Ma rencontre avec Heribert Tenschert s’est faite assez simplement, mais dans un lieu prestigieux, sous la coupole du Grand Palais, à Paris, lors d’un Salon International du Livre Ancien, toujours très fréquenté. Mes yeux avaient été attirés par le splendide livre d’heures de Jean Troussier, sénéchal de Lamballe (v. 1420-1430), d’une fraicheur exceptionnelle, exposé dans une de ces vitrines où s’étalaient bien d’autres merveilles.
Depuis plusieurs années déjà, je travaillais à rassembler un corpus des livres enluminés de Bretagne (2). Cette rencontre avec Heribert Tenschert me fut dès lors bénéfique, d’autant que plusieurs de ces ouvrages bretons étaient déjà passés entre ses mains. Quel bonheur d’échanger avec Heribert Tenschert ! De passionné à passionné il n’y a pas de frontières … Je dois bien remercier le destin de m’avoir fait connaître cet exceptionnel collectionneur, et surtout d’apprécier les qualités de l’homme qu’il est, autant par ses connaissances que par son humanisme. Depuis, nos contacts restent réguliers et c’est toujours avec grand plaisir de correspondre avec lui sur des sujets communs, à découvrir de nouvelles provenances.
Parmi les heures bretonnes rassemblées dans mon récent corpus, plusieurs ont « transité » par Heribert Tenschert. Je les donne ci-dessous avec leur numéro respectif dans l’ordre où ils sont placés dans notre ouvrage :
[57] Rennes Métropole, Bibliothèque, ms. 1509. Heures Du Chalonge-Boüan. Manuscrit numérisé sur BVMM/IRHT.
[61] Collection privée. Heures de Guémadeuc. Livre d’heures à l’usage de Rome, du capitaine Tanneguy Madeuc et de son épouse, Anne du Fou. Paris? Lyon? Bourges? vers 1500, par le Maître d’Antoine de Roche (Guido Mazzoni, v. 1450-1518), et le Maître du Spencer 6 (ou le Maître de Guillaume Lambert, de Lyon). Ce manuscrit a fait l’objet d’une somptueuse reproduction fac-similé publiée par Heribert Tenschert, commentée par Eberhard König, en 2001: Eberhard König, Das Guémadeuc-Stundenbuch. Der Maler des Antoine de Roche und Guido Mazzoni aus Modena, Kommentar zur Faksimile-Edition mit einem genealogischen Essay von Xavier Ferrieu, Rotthalmünster (Allemagne) : Ramsen (Suisse) : H. Tenschert. Collection : Illuminationen ; 3.

Heures de Guémadeuc, enluminées par Guido Mazzoni
[73] Collection privée. Livre d’heures à l’usage de Paris, de Jean Troussier, procureur général de Bretagne gallo et sénéchal de Lamballe. Paris, vers 1420-1430. Dites Heures de la Gaptière (3).
[82] New York, The Morgan Library & Museum, ms. M.1135. Livre d’heures à l’usage de Rome. Bourges ? vers 1522. Heures de Maubruny.
[83] Collection privée. Livre d’heures à l’usage de Poitiers. Tours, vers 1480. Heures du Pou.
[123] Collection privée. Livre d’heures à l’usage de Rome. Nantes ?, vers 1450. Décoration : Maître de Jacques d’Armagnac ? Maître des Heures d’Oxford ?
[149] Rennes Métropole, Bibliothèque, ms. 2054. Livre d’heures à l’usage de Rennes. Nantes?, vers 1460. Achat 2007 (Heribert Tenschert). Manuscrit numérisé sur les Tablettes Rennaises.
[157] Collection privée. Heures à l’usage de Rennes (ou Le Mans?). Rennes?, vers 1440.
[161] Collection privée. Livres d’heures à l’usage de Rennes. Bretagne, vers 1440. Commanditaire : un membre de la famille Le Veneur (Pierre?).
[165] Collection privée. Livre d’heures à l’usage de Rennes, vers 1420. Commanditaire non identifié (XVe siècle) ‒ Pierre Legros (XVIIIe siècle), Angers.
[207] Collection privée. Livres d’heures de Jean de Noual et de Jeanne Maingard, de Saint-Malo. Gand, Bruges, 17 mai 1499.

Heures de Jean Troussier, sénéchal de Lamballe. Heures de La Gaptière
Au-delà de cette liste de livres d’heures, tous aussi intéressants les uns que les autres, c’est l’amour du manuscrit qui nous rassemble. L’étude du livre « objet » s’est élargie aujourd’hui à des aspects jusque là quelque peu négligés. Tout a pris de l’importance dans les détails même du manuscrit, de la découverte d’un commanditaire jusqu’à l’identification des provenances. Connaître un livre c’est comprendre aussi son lecteur. On doit à Heribert Tenschert cette volonté suprême de sublimer le livre dans toutes ses composantes.
Notes
(1) Prof. Dr. Eberhard König, Katalog LXXXVIII, The Book of Hours of Claude of Toulongeon. Heribert Tenschert, 2021. 151 p., 100 illustrations coul. ISBN 978-3-906069-36-4.
(2) Jean-Luc Deuffic, Le livre d’heures enluminé en Bretagne – Car sans heures ne puys Dieu prier –, Collection Manuscripta Illuminata (MI 5), 742 p., 22 b/w ill. + 125 colour ill., 216 x 280 mm, 2019. ISBN: 978-2-503-58475-1. Turnhout: Brepols Publishers.
(3) Sur ces Heures, voir Prof. Eberhard König, Das Pariser Stundenbuch an der Schwelle zum 15. Jahrhundert. Die Heures de Joffroy und weitere unbekannte Handschriften, Antiquariat Bibermühle, 2011 (Studien und Monographien num. 15), p. 279-306, 19 pl. Jean-Luc Deuffic , « Miscellanées bretonnes : la page dans tous ses états : XV. Le commanditaire breton des « Heures de La Gaptière »« , dans Pecia, 16, 2013, Performance and the Page, p. 221-228.
Sources
HERIBERT TENSCHERT (Site)
Andreas Platthaus, « Der Herr der alten Bücher », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 21 juillet 2010 (en ligne)
Lilli Binzegger, « Heribert Tenscherts Tresor » (en ligne)
D. Courvoisier, « Notes de lecture. Univers romantique. Les Français peints par eux-mêmes », dans Bulletin du Bibliophile, 2018, p. 409-411.
La Bretagne des origines : de nouvelles approches. IrCaBriTT et CODECS

La Bretagne carolingienne n’a pas encore dévoilé tous ses mystères et ses richesses et les zones d’ombre sont encore nombreuses sur cette période et celle qui la précède. L’absence flagrante de documentation originale complique l’approche de l’historien. La dispersion des élites bretonnes à l’époque des grandes invasions scandinaves (IX-Xe siècle) s’est accompagnée d’une atomisation des collections monastiques contribuant à un éparpillement significatif des manuscrits échappés au vandalisme.
En 1985, lors d’un mémorable colloque organisé pour le 15e centenaire de l’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec, j’avais modestement fait un état des lieux de la question (1) en dressant un catalogue des manuscrits bretons, initialement à partir de données puisées aux travaux pertinents du regretté professeur Léon Fleuriot (1923-1987) et aux contacts que j’avais alors avec l’éminent paléographe allemand Bernard Bischoff (1906-1991).
Depuis cette époque, quelques études ont été consacrées à tel ou tel manuscrit breton (2), mais pour lors nous attendons toujours une histoire globale des scriptoria armoricains dans un contexte plus large, celui de leurs relations avec les centres culturels de la grande Celtie. Aussi, c’est avec beaucoup d’intérêt que nous assistons à la genèse de plusieurs bases documentaires liées à cette problématique.
Mention particulière, tout d’abord, au projet « Ireland and Carolingian Brittany: Texts and Transmission » (IrCaBriTT) financé par Laureate Awards Scheme de l’Irish Research Council et dirigé par le Dr Jacopo Bisagni (Classics, NUI Galway).
Le projet IrCaBriTT explore les échanges culturels entre l’Irlande, la Bretagne et la Francia à l’époque carolingienne (vers 750-1000). Plus précisément, l’un des principaux objectifs du projet est d’évaluer l’impact de l’héritage littéraire et savant de l’Irlande paléochrétienne sur la formation de l’identité textuelle et culturelle de l’élite intellectuelle de la Bretagne médiévale.
IrCaBriTT se concentre sur un groupe nouvellement découvert de textes très distinctifs du début du Moyen Âge sur le comput (science du calcul du temps) et l’exégèse biblique, tous montrant des liens clairs avec la Bretagne. En plus de fournir de nouvelles preuves substantielles pour des domaines jusqu’ici négligés de l’éducation et de l’érudition bretonnes à l’époque carolingienne, ces travaux démontrent la contribution formative de l’apprentissage irlandais médiéval au développement des idées « scientifiques » et religieuses bretonnes entre la fin du VIIIe et le début du Xe siècle.
L’intégration de ces nouvelles preuves dans une évaluation globale de la transmission bretonne des textes hiberno-latins permet de reconstruire et de comprendre les réseaux intellectuels qui ont lié les scriptoria insulaires, bretons et francs où ces œuvres ont été produites, copiées et étudiées.
Les chercheurs trouveront en ligne une riche Handlist of Breton Manuscripts, c. AD 780–1100 (DHBM), travail remarquable de Jacopo Bisagni (avec les contributions de Sarah Corrigan), précédée d’une utile présentation sur les caractéristiques du « manuscrit breton ».
La base s’accompagne d’une bibliographie exhaustive et d’une liste de ressources internet.
Le projet IrCaBriTT marque une étape décisive dans l’étude de la Bretagne carolingienne. Saluons donc la très belle initiative de Jacopo Bisagni, en espérant qu’elle suscite de nouvelles idées parmi nos jeunes chercheurs bretons …
Dans cette même optique, signalons CODECS: Collaborative Online Database and e-Resources for Celtic Studies, publiée par la A. G. van Hamel Foundation for Celtic Studies. Textes, manuscrits et bibliographie composent cette riche base.
CODECS, acronyme de Collaborative Online Database and e-Resources for Celtic Studies, est une plateforme en ligne publiée par la Fondation A. G. van Hamel pour les études celtiques, basée aux Pays-Bas. Il présente une tentative continue de construire un catalogue descriptif complet des sources d’intérêt pour les études celtiques, y compris texte et manuscrit inédits, ainsi qu’une bibliographie qui contient actuellement plus de 20 000 références. De plus, pour enrichir les façons dont les utilisateurs peuvent découvrir et explorer ces ressources anciennes, il fournit des informations structurées sur les contenus ainsi que sur les contextes ou les provenances des sources décrites.
Parmi les ressources annexes nous trouvons même le dictionnaire néerlandais-breton de Jan Deloof (2004).
(1) Jean-Luc Deuffic, “La production manuscrite des scriptoria bretons (VIIIe-XIe siècle)”, in: Simon, Marc (ed.), Landévennec et le monachisme breton dans le haut Moyen Âge: actes du colloque du 15e centenaire de l’abbaye de Landévennec, 25-26-27 avril 1985, Association Landévennec 485-1985, Landévennec: Association Landévennec, 1986. 289-321.
(2) Je pense, par exemple, aux travaux de David N. Dumville et de Louis Lemoine. Avec le CRBC (Centre de Recherche Bretonne et Celtique), le CIRDOMOC, que j’ai contribué à créer au lendemain du colloque précité, fédéralise aujourd’hui une grande partie des études celtiques en Bretagne.

Illustrations: New York, Public Library, 115 / Boulogne, BM, 8
PAGES ANNEXES
Auteur du blog : Jean-Luc DEUFFIC






