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29 Mar 2016
Jean-Luc Deuffic

Les manuscrits de la comtesse Le Gualès de Mezaubran


Le Gualès
: de gueules au croissant d’argent accompagné de 6 coquilles de même, rangées 3 et 3.
La famille Le Gualès figure parmi les plus anciennes de Bretagne. On trouvera toutes les références généalogiques les concernant sur le précieux site TUDCHENTIL de notre ami Amaury de La Pinsonnais, et sur la même page un lien vers leur généalogie dressée par Rémy Le Martret.
Dans l’arrêt de maintenue de 1669:

« Rolland le Guales, chevaillier, seigneur de Mezaubran, cheff de nom et armes », affirme portter «  les armes de leur nom de le Gualles, qui est une famille en cette possession de noblesse depuis plus de quatre cent ans, et quoy qu’il peut remonter sa genealogie jusques à un Jan le Guales, qui vivoit en 1300, et faire la preuve d’onze degres de filiations en ligne directe, sans aucune interuption, cepandant, pour ne s’engager à rien qu’il ne puisse prouver si constamant qu’il n’y ait pas la moindre ombre de difficulté, il se restraint à huit degres seulement et ne parlera de Jan et de Geffroy le Gualles que pour faire voir son antiquité et celle de sa famille, pour eviter la confusion ordinaire dans toutes les geneallogies ».

De cette noble famille nous retiendrons Gilberte Le Gualès de Mézaubran, comtesse Le Gualès de Mézaubran, née Levesque (1892-1970), épouse d’Adolphe Le Gualès de Mézaubran (1886-1944), comte Le Gualès de Mézaubran, ancien maire de Joué-sur-Erdre. Pour l’Histoire, soulignons qu’ils méritèrent par leurs actions, durant le Seconde Guerre mondiale, la Médaille de Juste.
 
La vente Sotheby’s  du 2 juillet 1951 : Mediaeval manuscripts and miniatures, décrit 8 manuscrits ayant appartenu en dernier lieu à la comtesse de Mezaubran :
Lot 23. Saint Augustin. 32 f. écriture gothique. 17 lignes. f. 1 ½ p. miniature de saint Augustin. Armes de Jean Budé. 145 x 105 mm. France.
Manuscrit aujourd’hui conservé à la Boston Public Library,  Ms. q.Med. 127 (ancien 1549). // Je remercie Kimberly Reynolds, curator of Manuscripts, pour les renseignements qu’elle a pu me fournir sur ce manuscrit. //
De contemplatione Christi, seu Manuale. ca 1475/1480.
Initiales or et couleurs. Rubriques en bleu. réglure en rouge. Table f. 31-32.
Acquis de Maggs Bros. (A century of printed books (1462-1562) and some mediaeval manuscripts : cat. 816, 1953, n° 141). « J.L. Whitney Fund / Nov. 3 – 1953/ 029 » (f. 1).
Sur les armoiries de Jean Budé, voir la base BIBALE (IRHT) 
Sur les manuscrits des Budé :
Monique-Cécile Garand, \”Les copistes de Jean Budé (1430-1502)\”, dans  le Bulletin d’information de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, 15, 1969 (Numéro 1967), p. 293-332 [en ligne sur Persée]
H. Omont, \”Georges Hermonyme de Sparte, maître de grec à Paris et copiste de manuscrits, suivi d’une notice sur les collections de manuscrits de Jean et Guillaume Budé\”, et de notes sur leur famille, dans Mémoires et Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, t. XII, 1885, p. 5-57.

Lot 24. Bréviaire à l’usage de Rome. Illuminé. 446 f. Gothique. 27 lignes. 150 x 115 mm. XVe s. Italie du Nord.
Ca 1430. 152 x 118.  2 col. Prix : 39.20
Passé dans la vente Proske, décembre 1994. Psautier et bréviaire. 10 initiales historiées. Prix : 15500.00

Lot 25. Recueil. Latin. Papier. 83 f. Enluminure p. 1. Armes de Jean Budé. Des initiales ont été découpées. 137 x 92. France XVe s.
Aujourd’hui à Austin, University of Texas, Harry Ransom Center, MS HRC 40. // Je remercie Elizabeth L. Garver, French Collections Research Associate, pour son aide //
Description et photos sur Digital Scriptorium.

Partie 1. Il s’agit de l’oeuvre de l’historien Jean de Candida (Giovanni Filangieri Candida (+ vers 1499):

« Divo Carolo adolescenti Lodovici filioli Francorum regi christianissimo humilimus ac fidelis servitor et subditus Johannes Candida, victoriam et felicitatem.
« Daturo munuseulum strene tue Majestati, etc. (voir en ligne : Camille Couderc, sur Persée et Persée)

Partie 2, 33-54v: Seraphius vir Urbinas vir utriusque iuris interpres nostri temporis primarius, reverendissime pater, gentilium libros de optimarum artium studiis cum datur otium frequentius legere solet. Is nuper cum Luciani philosophi apud graecos suo tempore clarissimi quendam legeret dialogum qui inscribitur Caron latinum nescio quo interprete iam diu factum me pro mutua inter nos consuetudine rogavit ut illum sui gratia emendarem corrigeremque, quoniam exstarent quam multa eo mendosa quod ad sententias explicandas ut plurimum esset opus Sibilla interprete. (en ligne : )


© Austin, University of Texas

Armes des Budé : d’argent, au chevron de gueules accompagné de trois grappes de raisin pourpre, pamprées de sinople
Nous y avons reconnu au f.1 l’ex-libris (XVII/XVIIe s.) des Oratoriens de Nantes : Oratorii Nannetensis
[voir ici] et [voir ici] :


© Austin, University of Texas

Une inscription verticale montre que le manuscrit était à Nantes en août 1837.
De même nous avons remarqué sur le premier folio le cachet très caractéristique du Comte de Kergariou (+1849) (1) avec sa devise \”Là ou ailleurs\” :


© Austin, University of Texas
  
Prix : 56.00

Lot 26. Entretiens pour assister au saint sacrifice de la messe. Enluminé, style Renaissance. 65 f. Ecriture romane, or, bleu, noir. 15 lignes. 171 x 111 mm. Reliure maroc. fin XVIIe s.
Ce manuscrit est passé en 1841 à la vente Deville & Dufour :
Lot 70 du Catalogue des livres rares, précieux, singuliers et curieux,… provenant  des bibliothèques de MM. Deville et Dufour dont la vente se fera le lundi 8 février 1841 (Paris, Bohaire, Libraires, 1841): Entretiens pour assister au saint sacrifice de la messe et pour la confession et communion. Pet in 4° mar. r. fil. tr. d. Joli manuscrit du XVIe siècle sur peau vélin avec lettres initiales, ornements et 4 jolies miniatures, le tout en or et en couleur.    
Prix : 12.00
 
Lot 27. Heures de la Vierge. Usage de Dol. 120 x 80 mm. XVe s. Enluminé. Semi-gothique. 15 lignes. Armes au f. 58v. Reliure XVIe s. Médaillon de la Crucifixion avec ces mots : IACQVE MVNE MOQUE
Sotheby’s 1951. Prix : 28.00
Peut-être une famille « Mocqué » ?, patronyme attesté en Bretagne.

Lot 28. Heures de la Vierge à l’usage de Paris. Enluminé. 146 f. Gothique. 14 lignes. 131 x 97 mm. France. XVe s.
Prix : 9.80

Lot 29. Heures de la Vierge. 74 f. 174 x 120 mm. XVe s. Franco/ Flamand. Gothique. 19 lignes. Enluminures pleine page : Jugement dernier. Bordures. Reliure XIXe s. avec inscription : ANNA BAYS.
Prix : 67.20

Lot 30. Heures de la Vierge avec calendrier à l’usage de Paris. 89 f. Gothique. 14 lignes. 8 miniatures ½ p. La première page du calendrier manque. 155 x 109 mm. Paris, XV ½.
Prix : 252.00


Jean Budé et son père Dreux Budé (détail d’un panneau du maître de Dreux Budé, vers 1450).

Pour lors, nous n’avons pas retrouvé d’informations sur les différents livres d’heures de la comtesse Le Gualès de Mezaubran.

Note
(1) Sur ce bibliophile breton voir Jean-Luc Deuffic, \”Le comte de Kergariou. A propos d’un Livre d’heures… et de saint Fiacre\”, dans Notes de Bibliologie. Livres d’heures et manuscrits du Moyen Âge identifiés (Pecia, Le livre et l’écrit, 7), Brepols, Turnhout, 2010, p. 171-175. [ Lien 
 

25 Mar 2016
Jean-Luc Deuffic

Heures à l’usage de Paris : copiste breton ?

La maison ADER propose à sa vente du 7 avril 2016 (lot 33) un livre d’heures à l’usage de Paris, exécuté vers 1410/1420. La présence \”remarquable\” de saint Conogan, fêté au 15 octobre dans le calendrier, laisse à penser qu’une main bretonne a confectionné ce manuscrit…


(c) Ader

Description détaillée du manuscrit dans la Gazette Drouot


Bateau de pierre de saint Conogan à Beuzec-Cap-Sizun (source : topic topos)
La vie de saint Conogan, dans Dom Alexis Lobineau (1725) [lien]
CONOGAN : donné tardivement comme évêque de Quimper, attesté dès le Xe siècle.

Ce livre d’heures a servi de livre de raison à plusieurs membres de la famille de Reméru (Lorraine puis Chalon). 

Voir sur un autre livre d’heures et de raison de Philibert de Reméru : Le livre d’heures de Philibert de Reméru. [Notes généalogiques sur la famille de Reméru inscrites sur un livre d’heures du XVIe siècle.] Mém. Soc. d’hist. et d’arch. de Chalon-sur-Saône, xxi (1925), 89-101. Numérisé sur Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5722175x
10 Fév 2016
Jean-Luc Deuffic

Rennes, BM, ms. 1557 : sur les origines d’un livre d’heures à l’usage de Saint-Malo


(c) Bibliothèque Rennes Métropole. Ms. 1557, f. 82

Dans la belle collection des livres d’heures de la Bibliothèque de Rennes Métropole, précieusement gardée par Sarah Toulouse, heureuse conservatrice, figure un manuscrit particulier, objet en 1998 d’un mémoire universitaire de Violaine Godin, dont le titre m’avait surpris : \”Etude du livre d’heures à l’usage de Tréguier, manuscrit 1557 : Bibliothèque municipale de Rennes\”.
En effet, en ne se basant que sur les travaux de Madan, elle s’est engagée dans une mauvaise direction.
La présence, au calendrier, des fêtes de saint Jean de la Grille (Johannis de craticula, au 1er février), et de la dédicace de l’église cathédrale de Saint-Malo au 30 octobre, ne laisse aucun doute sur le caractère malouin de ce livre d’heures. On pourrait bien entendu y ajouter les fêtes de saint Servais, en mai (également honoré d’un suffrage), de saint Aaron en juin, et de la translation de saint Malo en juillet, saints repris dans le litanies.


(c) Bibliothèque Rennes Métropole. Ms. 1557, f. 9

Une main ancienne, d’une date proche de la composition de ce manuscrit, a ajouté en rouge, au 11 août, la fête de sainte Suzanne, et en même temps, avant la calendrier, un feuillet contenant une prière à la sainte, de toute rareté :

Vierge douce, vierge bénigne,
Vierge saincte, vierge très digne,
Vierge franche de Rome née,
Vierge puissante et vertueuse
De Dieu espouse gracieuse
O saincte Susanne ma dame
Par ta pitié mon corps et mon âme
Veuilles de tout peine défendre
Et en ta saincte garde prendre.

Toutefois, il ne faut pas confondre les deux Suzanne, la chaste Suzanne de Babylone, dont la légende se lit dans Daniel, fêtée le 18 février, et la Suzanne romaine, le 11 août. 

L’importance donnée à sainte Suzanne dans ce manuscrit nous a mené bien évidemment à en rechercher l’origine. Cela n’a pas été très difficile… Dans l’ancien diocèse de Saint-Malo, et tout près de la célèbre cité corsaire, se trouvait à Saint-Coulomb une chapelle frairienne dédiée à sainte Suzanne, aujourd’hui disparue que rappellent encore une croix de chemin, et un étang qui en a pris le nom.
Au XVIIIe siècle, se voyait encore dans l’église de Saint-Coulomb, au haut de la nef, du côté de l’épître, un grand vitrail orné des armes d’Olivier du Chastellier et de Suzanne Uguet, sa femme, seigneur et dame du Lupin en 1611 ; au-dessous étaient deux pierres tombales portant les armes des Uguet : d’argent à deux croissants rangés et adossés de gueules. Ainsi le prénom de Suzanne était-il en honneur au XVIe s. dans cette région. Déjà en 1469, dans son testament, parmi les saintes nommées pour la protéger, la duchesse Marguerite de Bretagne, implorait elle-même sainte Suzanne, dont le culte en Bretagne ne resta pas ignoré (Mûr-de-Bretagne (22), Questembert et Sérent (56), Les Iffs (35), etc…).
Pour connaître un des premiers possesseurs du manuscrit 1557 de la Bibliothèque de Rennes Métropole peut-être faudrait-il chercher dans les familles nobles de la région de Saint-Coulomb une dame prénommée Suzanne vivant vers la fin du XVe siècle …

Manuscrit numérisé sur les Tablettes Rennaises et sur le site BVMM (IRHT)

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