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18 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Les origines bretonnes du « graveur et tailleur de lectres a imprimer » Claude GARAMONT

Le nom de « Garamond » reste familier à ceux qui fréquentent les livres et s’intéressent à leur histoire. Ce « caractère » témoigne encore aujourd’hui de la renommée de son concepteur et il n’est donc pas étonnant qu’un site institutionnel soit dédié au célèbre graveur et tailleur de lettres, sur lequel on trouvera quantité d’informations précieuses, archives et bibliographie :
http://www.garamond.culture.fr/fr

Cette présente note ne s’attardera pas sur l’oeuvre du « maître », mais tout simplement sur ses origines bretonnes. En fait GARAMONT n’est pas son véritable patronyme. Son père s’appelait Yvon GARAMOUR, et exerçait comme imprimeur à Paris à la fin du XVe siècle. Ce nom de GARAMOUR reste essentiellement usité au pays de MORLAIX / LANMEUR, dans le nord du département actuel du Finistère, à l’extrémité de la Bretagne. L’imprimeur breton suivit l’exemple d’autres compatriotes venus s’installer dans la capitale comme le productif Guillaume ANABAT (originaire de Morlaix, spécialiste du Livre d’heures) ou encore Yvon QUILLEVÉRÉ, libraire-imprimeur établi depuis 1498 à Paris, installé en 1530 rue de la Bûcherie, à l’enseigne de la Croix Noire.

Yvon GARAMOUR épousa Françoise Barbier, issue peut-être du même milieu, parente probable de Symphorien Barbier, ou de Jean Barbier, imprimeurs de livres et bourgeois de Paris. Un acte du 13 juin 1547 fait mention d’une donation faite par « par Yves GARAMOUR, natif de Bretagne, frère de l’hôtel hôpital des Quinze-Vingts aveugles, audit hôpital de son corps et ses biens », montrant qu’à cette date il devait être sur la fin de sa vie. (Paris, AN, MC/ET/CXXII/159).

Claude devenu GARAMONT fit son testament le 23 septembre 1561 (il demeurait alors rue des Carmes), dans lequel il cite encore sa mère Françoise Barbier, toujours vivante, mais âgée et aveugle, et qui n’a pas « le moyen et discretion de se conduyre ». Claude avait épousé Guillemette Gaultier en premières noces, et s’était remarié, avant 1551, à Ysabeau Le Fèvre.

17 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Glanes bretonnes : métiers du livre et étudiants à Paris au XVIe siècle

Nous avons relevé ci-dessous quelques documents des Archives Nationales (Paris) relatifs aux livres ou aux étudiants bretons de Paris :

Mise en serviteur et apprenti, pour deux ans, par Yves Maguet, prêtre, principal du collège de Kerambert, d’Alain Moalic, originaire de Landerneau en Bretagne, âgé de vingt-deux ans, chez Rolin de Breuille, libraire et relieur de livres, rue des Carmes, qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra dix écus d’or soleil, dont deux écus comptant, deux à Pâques, deux à la Saint-Remi et le reste à Noël 1550.
17 octobre 1549 – MC/ET/XXXIII/34 , fol. XIIIxxXVI, fol. 276.

Bail viager, à la vie des deux époux, par le collège de Tréguier, à Hervé Bolsec, libraire et bourgeois de Paris, marié à Marie Bénard, de deux étables contiguës, ‘une vifz entre deulz’, dépendant du collège, sises rue Saint-Jean-de-Latran, dites la Grande et la Petite étable, mesurant trente-quatre pieds de long, que les preneurs convertiront en deux ouvroirs ; loyer annuel : 6 l. t. 29 juillet 1522 – MC/ET/XXXIII/7, fol. 152.

Olivier Dargant, natif de Thogonenens (??), diocèse de Tréguier, se baille comme serviteur et apprenti pour 2 ans de ce jour à Georges Sauberon, marchand libraire et relieur de livres à Paris. 14 juin 1565 – MC/ET/XXXIII/50.

Assemblée en la salle du Collège de Tréguier des bretons bretonnants natifs du pays de la Basse Bretagne qui constitue procureur maître Louis Utin, secrétaire de monseigneur de Martigues, pour solliciter du prévôt de Paris la nomination d’un nouveau chapelain et garde perpétuel de la chapelle et confrérie Saint-Yves à Paris en remplacement de défunt Jean Le Bastard, prêtre. 11 novembre 1568. MC/ET/XXXIII/188.

Reçu par Guy Leclerc, Yves Cosic, prêtres, et Geoffroy Legal, agissant comme procureurs de Jean Guefferus et Yves Sayte, héritiers d’Alain Guefferus, docteur régent en la Faculté de théologie en l’Université de Paris, à Louis Lasserre, prêtre, proviseur du collège royal de Champagne, dit de Navarre, exécuteur testamentaire d’Alain Guefferus : 1° de 31 l. 3 s. 6 d. t., excédant de la recette sur la dépense occasionnée par la pension et l’écolage audit collège de François \ »Karoulas\ », fils de Tanneguy \ »Karoulas\ », seigneur de \ »Karoulas en Bretagne\ » ; 2° d’un écu soleil, dû au défunt par Georges Mulot, docteur en théologie ; 3° de l’Anti-Lutherus Jodoci Clichtovei ( 1 ) et du Propugnaculum ecclesie ( 2 ), jadis prêtés par le défunt aux Chartreux près Paris.- 19 (fol. XLIII) 19 décembre 1539.

Procuration par Jean Le Roy, prêtre du diocèse de Cornouaille en Basse-Bretagne, étudiant à Paris, demeurant en la maison de Bene Natus, (Bienné ?) imprimeur ès langues grecques et latines, aux fermiers de l’abbaye de Langonnet pour recevoir 10 écus d’or qu’il a prêtés à Yves Benoist, maître ès arts, natif de la paroisse de Plusquellec, audit diocèse. 9 décembre 1579. MC/ET/XXXIII/195.

Ratification par Guillaume Littré, marchand et imprimeur de livres, rue Saint-Christophe, de la vente faite par son procureur, Jean Moysan, à Alain Littré, fils de Pierre Littré, le 6 juillet 1544, du quart des ‘ediffices et droictz’ appartenant à Guillaume Littré, sis à ‘Restourmen( 3 ), paroisse de Édern, moyennant treize écus soleil, somme que Guillaume Littré reconnaît avoir reçue des mains de Guillaume Pochet, messager de Jean Moysan. 3 octobre 1544 – MC/ET/XXXIII/19 , fol. 136 Vo.

( 1 ) Simon de Colines, 1524, in-f°. ( 2 ) Ibid, 1526. ( 3 ) Aujourd’hui Roc’htourment

4 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

De l’évangéliaire breton de Tongres (IX / Xe siècle) à « La Gloire de sainte Anne » (1657)


(c) Base BALaT (IRPA)

Parmi les évangéliaires bretons médiévaux encore conservés aujourd’hui, celui de la Basilique Notre-Dame de la Nativité de Tongres (Belgique), daté des IX/Xe s., est certainement l’un des plus intéressants, notamment par la longue souscription qu’il contient, nous révélant qu’il s’agit présentement d’une donation à Saint-Pern, église faisant autrefois partie de la paroisse primitive de Plouasne (diocèse de Saint-Malo), église donnée, en 1050, à l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers :

« Moi, serviteur des serviteurs de Dieu, et son fidèle disciple, bien qu’indigne, Gleuhitr, par amour du Roi éternel et de saint Bern, confesseur, pour moi-même ainsi que pour tous les chrétiens nés depuis Adam jusqu’au jour du Jugement, et pour mon seigneur abbé Loeisguoret, qui a abandonné au clergé de cette église le cens de ma maison et de mon jardin pour autant qu’ils valent, sur l’ordre de Dieu et avec l’assentiment des gens de bien, j’ai donné ce livre des Évangiles à l’église de saint Bern, dans l’évêché de saint Malo. C’est pourquoi je prie tous les successeurs de cette église, aussi bien les plus âgés que les plus jeunes, et aussi les fidèles, de n’oser enlever ce livre, ou de le soustraire en quelque occasion pour un certain temps ; ensuite, quiconque l’aura volé, ou l’aura enlevé de quelque façon de cette église, sauf avec les reliques des saints aux jours de fête, ou quiconque grattera de cette page ces lignes écrites par moi, ou enlèvera le feuillet même par mauvais esprit, qu’il soit au jour redoutable du Jugement séparé de la congrégation des saints et joint à celle des démons ».

De même, sa précieuse reliure velours, argent et pierre précieuse (XIII/XIVe s.), avec fermoirs en argent (1617), en fait un objet d’art inestimable …

L’importance des évangéliaires pour l’étude des scriptoria bretons est comparable au succès d’une oeuvre comme celle de la Gloire de sainte Anne, qui au XVIIe siècle fut un bestseller local, en référence au grand mouvement qui se forma autour du célèbre pèlerinage de Saint-Anne d’Auray (diocèse de Vannes).

LA GLOIRE DE || SAINTE ANNE, || MERE DE LA SACRE’E || VIERGE MARIE. || REPRÉSENTE’E SOMMAIREMENT || en sa Vie, en ses Grandeurs ; Et parti- || culiérement en l’Origine, & progrès || admirable de la célebre devotion de sa Chapelle Miraculeuse près d’Auray || en Bretagne. || Auec vne Instruction aux Pelerins, & || des Prières & Oraisons pro- || pres pour bien faire ce voyage. || Par vn Pere de la Compagnie de IESUS || Le tout diuisé en trois Parties. || [ vignette : le Christ et la Vierge Marie] || A VENNES, || Par VINCENT DORIOV, Imprimeur || du Clergé & du College. 1657. || [ — ] || AUEC PRIVILEGE DV ROY.

L’ouvrage du R. P. jésuite François de Kernatoux (1601 – † 8 octobre 1667 ) a eu son historien en la personne de Jean-Louis Debauve, « Un succès local de librairie sous l’ancien régime : les éditions de La gloire de sainte Anne (1657-1854) », dans MSHAB, t. 78, 2000, p. 75-91.
Pour notre part nous avons relevé au moins 14 éditions différentes de la Gloire de sainte Anne entre 1657 et 1770.

Description et bibliographie dans :

INVENTAIRE DES LIVRES LITURGIQUES DE BRETAGNE

20 Oct 2013
Jean-Luc Deuffic

Aristocratie et mécénat en Bretagne au XVe siècle. Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron, bâtisseur et bibliophile

Ayant moi-même étudié la belle \ »librairie\ » de Jean de Derval (in Notes de bibliologie, Pecia 7, Brepols, 2009), je me réjouis de l’ouvrage que consacre aujourd’hui Michel Mauger à ce seigneur breton si emblématique. La Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine remplit ainsi pleinement sa mission d’encouragement à la recherche historique en publiant ce livre richement illustré.

Fidèle à ses recherches sur les manuscrits à enluminures bretons entamées depuis longtemps, Michel Mauger a mené une enquête approfondie sur la bibliothèque de  Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron. Une longue familiarité avec archives et catalogues lui a permis d’accomplir un travail remarquable et de faire connaître l’un des plus grands bibliophiles de la fin du Moyen Âge en Bretagne.
… Le livre met en lumière Jean de Derval, grand seigneur breton, héritier de deux grandes familles et allié aux Laval par son épouse. Suivant nombre de ses pairs, il pratique un mécénat artistique à la fois par goût mais aussi par souci d’affirmer son prestige. Il subsiste de son action une « librairie », bien incomplète mais dont les magnifiques restes manifestent incontestablement l’engagement du maître. Avec plus de vingt manuscrits souvent splendidement décorés que l’on peut lui attribuer, il prend place parmi les plus grands bibliophiles bretons. 
Sommaire
Préface de Daniel Pichot, président de la SAHIV, professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Rennes 2.
Introduction
Chapitre 1. L’homme et le seigneur
Chapitre 2. Le mécénat de Jean de Derval : de la pierre au vitrail
Chapitre 3. Jean de Derval bibliophile
Chapitre 4. La passion des livres en Bretagne au XVe siècle : bibliophilie et milieu artistique
Conclusion
Annexes
– Documents
– Généalogies
– Index

Michel Mauger, Aristocratie et mécénat en Bretagne au XVe siècle. Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron, bâtisseur et bibliophile. Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, 2013.

Bon de souscription
Cliquer sur le lien [ 000000000000000_asouscription_derval.pdf ]
à adresser, avec le paiement, à :
Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine
1, rue Jacques-Léonard – 35000 Rennes
avant le 20 novembre 2013


Les armes de Jean de Derval et d’Hélène de Laval (© Paris, BnF, Fr. 2663)


Pierre Le Baud présente son Histoire de Bretagne à Jean de Derval (© Paris, BnF, Fr. 8266, f. 393v).

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