Art de l’enluminure : les Evangiles de Gannat
Le dernier numéro (mars-mai 2009) de la luxueuse revue Art de l’enluminure fait une part belle aux évangiles carolingiens de Sainte-Croix de Gannat. Jean-Baptiste Lebigue, Claudia Rabel et Patricia Stirnemann (IRHT) nous présentent cet admirable manuscrit sans doute exécuté à Trèves dans la seconde moitié du IXe siècle.
\ » À quel moment et en quelles circonstances est arrivé à l’église Sainte-Croix de Gannat ce livre d’Évangiles d’époque carolingienne, serré dans son éblouissante reliure incrustée de gemmes, d’un camée antique, d’un ivoire carolingien et d’émaux médiévaux ? On l’ignore toujours, et la tradition locale qui le fait venir de l’abbaye voisine d’Ébreuil n’est fondée sur aucun indice probant. Longtemps aussi, les hypothèses concernant sa datation et son lieu d’origine sont restées vagues et contradictoires. Erroné encore, le nom d’évangéliaire dont on l’a affublé : c’est bien d’un livre d’Évangiles qu’il s’agit. Après une série de prologues et les canons d’Eusèbe, il présente, dans l’ordre biblique, le texte, lacunaire aujourd’hui, des quatre Évangiles. Il finit par un capitulaire des péricopes évangéliques, autrement dit par une liste des lectures pour les messes de l’année. Tout autre chose donc qu’un évangéliaire, type de livre assez rare durant le Haut Moyen Âge. Ce dernier se présente comme un recueil d’extraits des Évangiles répartis suivant l’ordre de l’année liturgique sans chercher à restituer l’intégralité de leurs textes ni à en respecter l’agencement original. \ »
La seconde partie de la revue porte sur le manuscrit Paris BnF Fr. 1051, un texte inédit de Pierre de l’Hôpital : Songe de la voie d’enfer et du chemin du paradis (XIVe s..), présenté par Laurent Ungeheuer. Sa décoration est attribuée à l’entourage du Maître de l Légende dorée de Munich,
Lien : Art de l’enluminure [lien]
Archives bretonnes à l’encan …
Le 28 avril se déroule à Saint-Brieuc (Guichard / Juillan) une vente de livres et de documents historiques dont certains d’un grand intérêt pour l’Histoire bretonne.
Dans les archives dispersées signalons par exemple les nn:
56. Affaire de saint-Paul / du Bois de la Motte. 1453. Enquête de la cour de Rennes pour le sieur du Bouays-La Motte vers le sieur de Sainct-Pou(l) touchant les prééminences de la paroisse de Plouer. 2 documents.
1455 et 1457. Enquête de la cour de Rennes sur le même sujet. 4 documents. Rédigé par un officier de justice de Beaulieu.
96. Du Garzpern de Kergroix, en Plougonven. Généalogie manuscrite sur papier. 35 x 45 cm, établie depuis Guyon du Garzpern avec leurs alliances avec les familles de Coëtquis, de Lesormel, de la Tour, Jourdain de Kermerzit, de Kermeno, Le Gonidec, du Groesquer, de Gennes. Arrêt de noblesse de messieurs du Garzpern. 52 p. in-40 datée de 1669.
103. Ensemble de pièces (depuis 1509) concernant la famille Le Court de la Villethassetz, Manoir de la Rougerais en Trigavou. Rassemblé par Frédéric Le Court de la Villethassetz, procureur du roi à Fougères et auteur de L’Alexandriade.
108. Mandement de François II, duc de Bretagne \ »pour faire payer Guillaume de Beaumanoir seigneur du bois de la Motte\ » une rente \ »luy due par le domaine de Dinan\ » 22 juin 1463.
109. Mandement du duc de Bretagne. sur le même sujet. 1485. Concerne Ysabeau de Malestroit, veuve de Guillaume de Beaumanoir. Du secrétaire Jacques Bouchart, frère de l’historien.
Voir le catalogue en ligne sur le site Bibliorare.
Gwennole ar Menn : l’historien de la langue bretonne nous a quitté (14 juin 1938 – 15 avril 2009)
Cette semaine est à marquer d’une pierre noire. Gwennole ar Menn, l’historien de la langue bretonne nous a quitté ce mercredi 15 avril à Saint-Brieuc. Tous ceux qui sont attachés à la culture bretonne portent le deuil.

Gwennole fit une grande partie de sa carrière au CNRS, travaillant essentiellement à l’histoire de la langue bretonne, à partir des premiers textes du XIVe s. Par la création de sa propre maison d’édition SKOL il offrit au public des pièces rares, des textes en moyen breton dont il aimait à retracer l’histoire, et à en étudier la langue. On lui doit notamment la publication de la Vie de saint Yves (version française de Pierre de la Haye, version bretonne de Tanguy Gueguen, datées de 1623) (SKOLL 13, 2002), et effectuée d’après l’exemplaire unique de la Bibliothèque Mazarine. Je me rappelle sa joie lorsque je lui annonçais ma découverte d’un second exemplaire en Espagne …. Parmi les autres publications : les Canticou spirituel, premier recueil de cantiques bretons (1642) ; Les Dictionnaires du Père Maunoir (1659) ; une étude sur le vocabulaire du Catholicon breton, etc. Il se spécialisa dans l’étude des premiers imprimeurs bretons et de leur production. Il donna pour le grand public un Choix de prénoms bretons.
Gwennole était secrétaire-adjoint de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne.
En 1992, Gwennole réunit les textes des Mélanges offerts à la mémoire de Léon Fleuriot (1923-1987), notre maître à tous.
Dans le dernier Bulletin de la Société archéologique du Finistère nous avions collaboré ensemble sur plusieurs lettres contenant des passages en moyen breton de l’entourage de Christophe de Cheffontaines. Et d’autres projets communs devaient se réaliser … Hélas l’Ankou l’a frappé si brusquement … Skoet eo bet re abred gant an Ankou, kement a labour en doa war ar stern c’hoazh !
Kenavo Gwennole !
Lien : Agence Bretagne Presse
Le «Maître du Policratique de Charles V» : un enlumineur breton ?
François Avril, dans une belle étude sur Le parcours exemplaire d’un enlumineur à la fin du XIVe s. : la carrière et l’oeuvre du maître du Policratique de Charles V (1) a relevé au chapitre des relations professionnelles de l’artiste, « ses liens avec les copistes des manuscrits qu’il fut amené à illustrer, liens qui, dans un cas au moins, semblent avoir débouché sur un véritable partenariat. Trois noms de copistes méritent à cet égard de retenir notre attention, car tout trois étaient manifestement d’origine bretonne : il s’agit d’Yvon Lhomme, copiste du bréviaire-livre d’heures de Jean Pastourel (Paris BnF Lat. 14279), de Raoul Tainguy, copiste d’un Jeu des échecs moralisés (Paris BnF Fr. 2148), et surtout Jean Cachelart, avec lequel le Maître du Policratique semble avoir entretenu à la fin de sa vie des liens suivis puisqu’ils intervient dans au moins trois manuscrits signés ou attribuables à ce scribe. Cette collaboration répétée avec des copistes d’origine bretonne tient-elle à une communauté d’origine ? »
Pour conforter l’idée avancée de la possible origine bretonne du Maître du Policratique, signalons au moins deux autres copistes bretons oubliés dans la liste des oeuvres données par François Avril : Henri du Trévou (Bible en français, London BL Lansdowne 1175, possédé par Jean de Berry), et Henri Bossec, de Plovan au diocèse de Quimper (Paris Sainte-Geneviève, ms 34-36, Nicolas de Lyre, Postilles sur les livres de l’ancien et du nouveau Testament)

Jean de Salisbury, Le Policratique.
Traduction française de Denis Foullechat Pour Charles V (1372). Copié par le breton Henri du Trévou et Raoulet d’Orléans.
(c) Paris, BnF Fr. 24287 f 2.
Source photographique : Paris BnF

(c) CNRS/IRHT/ Bibliothèque Sainte-Geneviève
Manuscrit 35, f. 1. Maître du Policratique de Charles V
(c) CNRS/IRHT/ Bibliothèque Sainte-Geneviève
Manuscrit 34, f. 1. Maître du Policratique de Charles V
Copié par Henri Bossec, de Plovan
Source photographique : Liber Floridus
Bibliothèque Sainte-Geneviève [Lien]

(c) IRHT/CNRS / Médiathèque Caccano d’Avignon. Ms 207.
Livre de prières du cardinal Pierre de Luxembourg (1386)
Source photographique. Base Enluminures
Note
(1) In De la sainteté à l’hagiographie. Genèse et usage de la Légende dorée. Etudes réunies par Barbara Fleith & Franco Morenzoni, Droz, 2001, p. 265-282.
Biblio sur ARLIMA
PAGES ANNEXES
Auteur du blog : Jean-Luc DEUFFIC




