Voir les articles dans "Non classé"
15 Oct 2010
Jean-Luc Deuffic

Jacques Mas, de Lille, et son manuscrit de Christine de Pisan [ Lille, BM, 391]

Un colophon quelque peu original, sur un manuscrit de l’Epitre d’Othea de Christine de Pisan (ca 1460) :

Le présent livre appertient à Jacques Mas demourant à Lille, cestuy quy le trouvera, il aura le vin quant saille deviendra persyn, une pumme et une poire et ung gigot pour aller boire.

Puis diverses notes de possesseurs : au f. 107 : « Che livre cy appertient à Philippe de le Sauch, demourant en la ville de Lannoy. » — « Histe liber pertinetat Carholyn Fratrisart », puis : « Che livre appertien à Flipes Cuvillon, demourant à Saincte-Quatereine à Lille, comme le ayant achater à le vendue Charles Fratrissart à Lille, 1553 », et : « Che livre appertient à Walleran Picavet, demourant en la rue de Courtray [à Lille]… — « Che livre appertient à Giles Vanderbuck? » (le tout en partie effacé).

Les Coutumes du baillage d’Amiens (1507) font mention d’un certain Jacques Mas « Procureur au Siege dudit Bailliage, comme Procureur des Doyen & Chapitre de Vinacourt, des Seigneurs de Beures, de Beuvry , de Souastre et de la Vallée ».

Source : Lille, Bibliothèque municipale, ms 391, f. 100v, en ligne sur la base Enluminures [ Lien ] – © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS
Catalogue général, XXVI, 1897, p. 267-268.

14 Sep 2010
Jean-Luc Deuffic

« Arrête passant et révère ce que l’Espagne a redouté …» : Philippe de Châteaubriant (1608-1642)

\”Le cinquième jour d’octobre 1642 fut tué à l’armée du pays de Catalogne haut et puissant seigneur Monseigneur le comte des Roches Philippe de Châteaubriant. Son corps fut enterré en la chapelle de Montserra, et son coeur fut apporté aux Roches le dixième du mois de novembre en l’année 1652\”.
C’est ainsi que les registres mortuaires de l’église Saint-Germain de Princay relatent la mort du comte Châteaubriant.
Les circonstances de cette fin tragique à la bataille de Lerida, lors de la campagne d’Espagne, nous sont relatées, entre autres, par les Mémoires de Monglat :

Durant le siége de Perpignan, le maréchal de La Mothe voyant les Espagnols en désordre par les avantages qu’il avoit eus sur eux, assembla toutes ses forces et entra dans l’Arragon, où il mit le siége devant Monçon ; et l’ayant battu du côté de l’église Sainte-Guiterie, la ville se voulut rendre, mais ce maréchal ne la voulut pas recevoir sans le château : de sorte que les batteries continuèrent, et les travaux s’avancèrent tellement , que le 14 de juin tout se rendit ; et y ayant laissé bonne garnison, il retourna en Catalogne pour s’opposer au marquis de Léganès , qui étoit sur la Cinga, et faisoit mine de vouloir entreprendre quelque chose. Après la prise du Roussillon, toute l’armée passa les Pyrénées, et le vint fortifier ; il étoit à Notre-Dame de Montserrat (A), où le marquis de La Luzerne mourut de maladie et y fut enterré, lorsque ce renfort lui arriva fort à propos : car les Espagnols voyant le Roussillon pris, et toutes les troupes qu’ils avoient assemblées pour le secourir inutiles, résolurent de les employer à quelque entreprise considérable en Catalogne. Et comme Lérida est sur la rivière de Sègre, qui faisoit la communication de la Catalogne dans l’Arragon. ils s’arrêtèrent à ce dessein; et le marquis de Tarracuse marcha droit à Lérida avec l’armée qu’il commandoit, durant que le marquis de Léganès, qui étoit à Fragues, l’investissoit de son côté. Sur cette nouvelle, le maréchal de La Mothe assembla toutes ses forees, et marcha en diligence pour sauver cette ville ; et passant par Cervères il gagna la plaine d’Urgel, et passa la Sègre sur le pont de Balaguer, pour aller au devant du marquis de Léganès et le combattre, devant que l’autre armée qui venoit de la plaine de Tarragone l’eût joint : mais ce marquis se retira à Fragues, et donna avis à celui de Tarracuse de tout ce qui se passoit. 11 ne laissa pas de le joindre par des chemins détournés, et tous deux ensemble tournèrent tète au maréchal de La Mothe pour lui donner bataille. Ce dernier eut avis de leur marche par des coureurs qu’il avoit envoyés devers Ayetone, et aussitôt il se prépara pour les bien recevoir. En effet, les deux armées furent le 7 d’octobre en vue l’une de l’autre, et à dix heures du matin la bataille commença, dans laquelle les Français furent chargés d’abord si vigoureusement par les régimens du prince d’Espagne etda comte duc, qu’ils furent mis en désordre ; mais le baron d’Alais et le comte des Roches Baritaut avec la cavalerie les soutint si hardiment que la chance tourna ; et les Espagnols furent rompus, et tellement mis en déroute, qu’ils prirent la fuite, et se sauvèrent en grande confusion à Fragues. Le champ de bataille demeura aux Français avec tout le canon, et ils ne perdirent que le comte des Roches Baritaut ; mais les Espagnols laissèrent deux mille morts sur la place, et la ville de Lérida fut sauvée, ce qui causa une grande joie dans la Catalogne. Sur la fin de l’année, le maréchal de Brezé ayant voulu retourner en France, celui de La Mothe fut fait en sa place vice-roi. Il fit son entrée à Barcelone en cette qualité, où il fut reçu comme triomphant après tant de victoires, avec grande satisfaction des peuples.

On trouvera dans la Gazette de France le déroulement de sa carrière :

Le Sieur de Chateaubriant est nommé lieutenant-colonel du corps de quatre escadrons de dragons formé en Saintonge pour la garde des côtes de cette province.
Année 1636. Le comte des Roches-Baritaut, qui avoit été fait prisonnier par les troupes du général Picolomini, recouvre sa liberté (19 nov.)
1637. Il fait rentrer dans leur devoir les peuples qui s’étoient soulevés en Poitou, en Saintonge & en Angoumois. (8 août). Il défait & dissipe entièrement les restes des Croquans de ces mêmes provinces (14 nov.)
1641. Lieutenant pour le Roi à Talmond en Bas-Poitou, il repousse des pataches espagnoles qui avoient tenté de faire une descente & de fourager la pays (8 Juin).
Le Sieur de Chateau-Briant contribue à chasser le 7 Novembre les Catalans de devant la ville d’Almenas. (18 oct.)
1642. Le comte des Roches commande la gauche de l’avant-garde à la bataille de Lérida & il y est tué. (14 oct.)

Philippe de Châteaubriant, fils de Gabriel de Châteaubriant et de Charlotte de Salo, héritière du s. de la Cornetière, épousa en 1631 Suzanne Loaisel, née en 1607, inhumée le 25 mars 1659 en la cathédrale Saint-Pierre de Rennes. Elle était fille d’Isaac, sieur de Brie, Chambrières, etc., président à mortier au Parlement de Bretagne (1596-1634, d’argent à trois merlettes de sable, posées 2 et 1) (1) et de Catherine de Faucon.
 

Epitaphe de Philippe de Châteaubriant dans le choeur de l’église de Saint-Germain-de-Prinçay

ARRESTE PASSANT
ET RÉVÈRE CE QVE L’ESPAGNE A REDOVTÉ
C’EST LE COEVR DE MESSIRE PHILIPPE DE CHATEAVBRIAND
COMTE DES ROCHES-BARITAVD, MAISTRE DE CAMP
D’VN RÉGIMENT DE CAVALERIE FRANÇOISE ET MARÉCHAL DE CAMP
ÈS ARMÉES DE SA MAJESTÉ.
LA GRANDEVR DE SA NAISSANCE RÉPONDIT PARTOVT
A CELLE DE SA VIE
LA NATVRE LVI DONNA DES VERTVS, ET LE TEMPS
DES OCCASIONS DE LES FAIRE PAROITRE.
IL APPRIT DE SON PÈRE LES PRINCIPES DE LA GVERRE
TANT PAR SES EXEMPLES QVE PAR SES LEÇONS
POVR DONNER A DIEV LES PRÉMISSES DE SA VALEVR
IL DÉFIT A QVATORZE ANS LES ENNEMIS DE LA FOI
EN POITOV, LES SVJETS REBELLES EN RÉ, LES VOISINS
ORGVEILLEVX OV IL RELEVA SON PÈRE, ET SON CHEVAL
AYANT ÉTÉ TVÉ, IL LVI DONNA LE SIEN,
IL LE SVIVIT DANS CETTE ILE ET AV SIÈGE DE LA
ROCHELLE; COMME PYRRHVS ACHILLE A CELVI DE TROYE
IL FVT AVSSI PROMPT A SECOVRIR NOS ALLIÉS QV’A DOMPTER
NOS ENNEMIS ET FIT DEVX CAMPAGNES EN PIÉMONT
FVT AV SECOVRS DE CASAL
IL BVT PART ATOVTES LES OCCASIONS D’ALLEMAGNE ET DE FLANDRE.
IL COMBATTIT A CORBIE JEAN DE WERTH ET PICOLOMINI
ET FVT LEVR PRISONNIER APRÈS AVOIR PERCÉ VINGT ESCADRONS,
NON VAINCV, MAIS LAS DE VAINCRE
LA GLOIRE FVT LE SEVL PRIX DE SA RANÇON,
IL S’EST TROVVÉ EN TRENTE COMBATS OV SIÈGES DE PLACES
ET EN DEVX BATAILLES. CE NOMBRE ÉGALE A PEV PRÈS
CELVI DE SES ANNÉES ; CELLES D’ALEXANDRE.
IL FVT PLVS GLORIEVX EN SA MORT, QVI PRE VINT SON TRIOMPHE
A LA BATAILLE DE LERIDA. IL FIT VN MONVMENT DE SES TROPHÉES
ET MOVRVT V1CTORIEVX A L’AGE DE TRENTE QVATRE ANS,
LE SEPTIEME DV MOIS D’OCTOBRE 1642.
PASSANT AVOVE QVE CE COEVR QVE L’ESPAGNE A REDOVTÉ
MÉRITE D’ÊTRE RÉVÉRÉ SOVS CETTE LAME ÉLEVÉE A SA MÉMOIRE
ET A LA DOVLEVR D’VN PÈRE QVI LVI A RENDV
LES HONNEVRS QV’IL DEVAIT RECEVOIR DE LVI.

Notes
(A). Pour le culte de Notre-Dame de Montserrat en Bretagne, voir la chapelle placée sous ce vocable à Saint-Malo-de-Phily.
(1) le \”vieux conteur breton\” Noël du Fail (Propos rustiques ; Contes et discours d’Eutrapel, etc.) pourvu d’un office de conseiller au Parlement de Bretagne par lettres-patentes du 14 octobre 1571, résigna en 1586 sa charge en faveur de Me Isaac Loaisel.
Isaac Loaisel se trouva mêlé à toutes les affaires de la Ligue en Bretagne ; il acheta en 1599 les terre et seigneurie de la Motte en la paroisse de Saint-Armel ; il mourut en septembre 1634, après avoir abjuré l’hérésie, et fut inhumé dans la cathédrale de Rennes en la chapelle Saint-Nicolas dépendant de sa seigneurie de la Motte-Saint-Armel. Sa femme, Catherine Faucon, l’y suivit dans la même tombe le 3 septembre 1641. On voyait encore à Rennes son tombeau en 1756 : c’était « une table de marbre noir portée par quatre consoles en marbre jaspé » avec l’écusson des Loaisel. (Revue de Bretagne et de Vendée, volume 10, juillet 1893, p. 162-163).

28 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

Etienne de Berbisey et Anne Moisson, à propos d’un feuillet enluminé …

La relecture d’un ancien catalogue de Dr. Jörn Günther (Antiquariat, Hamburg), d’octobre 2003 (A selection of manuscripts and miniatures) m’a conduit à identifier (avec l’aide précieuse de Bernard de Lespinay), à partir des armes qui s’y trouvent, les commanditaires de ce manuscrit dont il ne reste ici qu’un feuillet (285 x 190 mm). Le catalogue présume qu’il s’agit présentement du frontispice de statuts d’une confrérie de Saint-Yves(+ 1303), nombreuses depuis le Moyen Âge. L’enluminure est attribuée au Maître des Heures Ango (le célèbre armateur de Dieppe). Nous avons donc ici, agenouillés devant le saint de Tréguier, patron des avocats, Etienne de Berbisey (d’azur à la brebis d’argent, paissant sur une terrasse de sinople) et Anne Moisson, son épouse :

(c) Dr Jörn Günther

Etienne III Berbisey, seigneur de Belleneuve, fils de Thomas B. et de Marguerite Bonvilain, conseiller au Parlement de Dijon épousa vers 1530 Anne Moisson, fille d’Hélie M., avocat général au Parlement de Dijon. C’est le 29 avril 1535 qu’il obtient ses provisions de l’office de conseiller au Parlement de Dijon en remplacement de Lazare de Montholon, décédé. Il était alors licencié ès lois et avocat postulant. Il fut reçu dans ses nouvelles fonctions le 7 juillet 1534. (Collection des ordonnances des rois de France, Catalogue des actes de François 1er, 1531/1534, II, Paris, 1888, p. 671)
Paris BnF Lat. 1374 est le Livre d’heures de Thomas de Berbisey, secrétaire de Louis XI, sur lequel il a inscrit la naissance de son fils Etienne.

Nous tirons de La noblesse aux états de Bourgogne de 1350 à 1789, de Henri Beaune et Jules D’Arbaumont, les éléments suivants sur la famille Moisson :

Moisson. — De sinople à la bande ondée d’argent de trois pièces ; au chef d’azur, chargé de trois étoiles d’or.— Devises : Sine messe fames, et : En moisson loyauté.— Famille originaire de Chambolle et qui remonte à noble Jean Moisson (1), secrétaire du roi, échevin de Dijon et receveur général des finances de Bourgogne en 1389, puis grenetier au grenier à sel et receveur du bailliage de Dijon en 1394 et 1401. Parmi ses membres on remarque : Jean, qualifié bourgeois de Dijon en 1435; Jacques, vicomte-mayeur de la même ville en 1539 et 1542, et gouverneur de la chancellerie aux contrats du duché, dont le fils Jean et le petit-fils André furent maîtres des requêtes de l’hôtel, celui-ci ayant précédemment exercé une charge de conseiller au parlement de Bourgogne en 1605; Elie, avocat général, Philippe et Bernard, conseillers au même parlement en 1520, 1529 et 1634. — Alliances : Léry, Boudier, Millière, Anlezy, Julien, Malion, des Barres, Montholon, la Haye, Berbisey, Beugre, Sayve, Chaugy, Vandenesse, Bernardon, Alixant, Morel, Leval, Parpas, Maillot, Breschard, Fleurey, Brosses. — Fiefs : Cessey, Senecey, le Bassin, Renève, la Motte-les-Talmay. — Cette famille a fourni aussi un doyen de Saint-Etienne de Dijon, grand-vicaire de Langres. M. 1669. E. 1577.
(1) Le sceau de Jean Moisson portait cinq épis posés trois et deux.

\”On trouve déjà des Berbisey sur la liste des magistrats nommés par Louis XI lorsqu’il créa le parlement de Bourgogne. Et depuis lors, cette famille, dont les alliances étaient considérables, n’avait pas cessé de donner des maires à la ville de Dijon, des conseillers au parlement de Bourgogne, des évêques et des abbés à l’Église. Mais ce qui ajoutait un éclat incomparable à l’illustration de cette maison, c’est qu’il y avait dans les veines des Berbisey une goutte du sang de saint Bernard. En 1378, les deux familles s’étaient unies par le mariage de Perrenot de Berbisey avec Oudette de Normand, de la maison du saint abbé de Clairvaux\” (Emile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation, Vol. 1, p. 5).

Biblio :
\”Mémoire sur les origines de la famille Berbisey, à l’occasion d’un hôtel ayant appartenu à cette famille\”, dans  Commissions des antiquités de la Côte d’Or, 1862.
Sur d’autres manuscrits des Berbisey :
Marie-Françoise Damongeot, Un livre d’heures inédit de la famille Berbisey, dans Art de l’enluminure, n° 13. (ms Dijon BM 3765, XVe s., attribué au Maître des prélats bourguignons. [ Etude non consultée ]

Crédit photo : Jörn Günther antiquariat
 

27 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

« Car sans heures ne puys Dieu prier … »

Car sans heures ne puys Dieu prier … c’est le souhait de Jehanne Cinot, qui espère le retour de son Livre d’heures dans le cas où il serait perdu …

Description et image d’un Livre d’heures à l’usage de Noyon vendu chez Sotheby’s (5 décembre 2006, lot 45), ayant appartenu à Jeanne, fille de Jean Cinot.
Autres possesseurs :
Madelaine Camuce (1615, 1657)
Jean Marie Paque de Boulogne (XVII/XVIIIe s.)
[ Lien Sotheby’s ]

Il y aurait un recueil à composer (s’il n’existe déjà …) de ces diverses formules trouvées dans les Livres d’heures :

Heures de Pierre, duc de Bretagne (Paris BnF lat. 1159) : « Cestes heures sont au duc, qui les trouvera si les range, et il aura bonnes trouvailles. »
Paris, Mazarine 508 : « Ce present livre à moy sy appertient Jehenne Hervez, femme de Fleurence (?) de Renel, espicier, demeurant… rouges es halles à Paris. Qui le trouvera, sy me rapporte et payerai… feves. Se (sic) 6 novembre 1547. Jehanne Hervez. »
Douai BM 189 : « Cestes heures appartiennent à Louyse Baillet, fille de feu Herry Baillet, bouchyer, dict Hardy, marchant, demourante au marchié de poisson à Lille. Cuy les troeuve luy les rende ; on luy donera voluntiers pour le vin VI patars, ou que seroit aultrement de raison. »
Rennes BM 27 : « Les presentes heures appartiennent à Yves Garnier. Qui les trouvera les luy rendant, il poyra le vin. »

………..

19 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

Techniques d’enluminure au Moyen Âge, d’après le manuscrit du greffier Jean Le Bègue


… Autre Recepte pour faire encre

Prenes ung quarteron de noiz de galle de iiij deniers parisis et faites batre en pouldre, puis la metez en quatre et demie diaue et la faites boulir une heure et demie ou plus a beau feu de charbon et jusques atant que leaue soit revenue a la quarte ; et puis quant elle aura ainsi bouli, y mettez un quarteron de gomme de iiij deniers et plain gobelet de vin aigre ; et puis le faites boulir une autre heure et puis quant elle aura boulu, la descendez et y metez un quarteron coperose en pouldre de iij deniers parisis, et le laissiez refroidier puis metez en un cellier. Et se elle est trop clere blanche si y metez encore un pou de coperose et vous aurez bon encre.

Pour escrire ou paindre d’or
Mettez argent vif avecques or molu en pouldre en cuir de cerfs, et le espraignez si passera largent vif par le cuir et lor demourra ou cuir, puis mettez lor avecques largent vif sur le feu maiz gardez bien que le crosel narde. Et mettez avecques un pou de sel bien moulu et crible tant que le vif argent se parte par fumée, lequel vous pouez recevoir en une escuelle ointe de graisse pendue au hault au dessus puis lavez la pouldre dor en un bacin en yaue, comme vous feriez mine. Puis mettez la pouldre dor quant elle est sèche en glus laite de parchemin orculin [ou velin] lequel mis en vaissel sur eaue chaude est tantost résolu et quant tout sera résolu moelez bien et mettez en vostre plume ou pincel et escrisiez ou paindez dicellui or trempe.

Pour enluminer de mine, soit livre ou autre chose
Ne mettez pas mine par soi, car la lettre en seroit trop clere et mal parant, mais mettez mine avecques vermillon, et se le vermillon est bien rouge et novel si en mettez deux parties et le tiers de mine. Et sil est viel et obscur ou brun mettez de mine la moitié ou les deux pars, car plus est vermillon viel et plus est noir et obscur, et quant il sera mouluz ensamble a leaue clere et sec par monseaux se vous voulez eu ouvrer et quil soit luisant trempez le de vernix et de glaire dœufs rompue a lespurge, et y mettez pou deaue clere et de ce escrisiez en parchemin grosse lettre et menue et quant il est sech, sil nest bien luisant, et que le temps soit moite, séchez le au feu, si resplendira ; et se le tempe et sech et chaut elle serait mieulx sechee au soleil.

Pour escrire de laton et pareillement dor et dargent
Limez très subtilement laton de très pure couleur et puis le molez soutiliment sur le porphire qui est pierre très seure, puis le mettez et un net vaisel et le laissiez asseoir, puis ostez leaue et ayez vostre détrempe de gomme arabiche, et len destrempez puis en ouvrez de vostre pincel, et quant ce sera fait et sech, si le frotez et burnissez très bien, d’une pierre qui est nommée ametiste et ainsi povez vous escrire dor et dargent.

[ A suivre … ]

Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, Lat. 6741, (1441)
Édition : M. Merrifield, Original Treatises on the Arts of Painting Dating from the XIIth to the XVIIIth Centuries, London, 1849.
Biblio : ARLIMA.
 

Orpiment se fait ainsi
Prenez oille et encre et jus despine noire et son escorce moienne bien broyée en un mortier et mettez tout ensemble, en un pot, et li laissiez une nuit reposer, puis le metez un poi boulir, puis le colez, puis le metez boulir un pou avec mirre et aloes et derechief le coulez. Puis metez avec un po de verjus ou de glace, et remetez tout ensemble sur les charbons sans flamme un petit bolir, puis le ostez et le gardez.

A faire couleur blauet comme d’azur
Prenez jus de bleues net et faite en bois ou en parchemin un camp de blanc de plomb, puis mettez le jus dessus le dit champ, trois ou quatre ou cinq lis ou plus si mestier est ; si avez couleur dazur.

Pour peindre murs
Mettez un po de chaux avec ocre pour avoir plus grant clarté, ou vous la mêliez avec rouge simple ou avec prasin ou avec une couleur qui est nommée posce qui est faite de ocre vert et de membrayne ou vous pouvez prandre dune couleur qui soit faite de synople et docre et de chaux et de pose etc. ; et doivent estre murs paint plus moiste que aultre chose pour ce que les couleurs se tiennent mieulx ensembles et soient plus fermes. Et doivent toutes couleurs pour murs estre melles avecques chaux vive.

Noir est fait de charbon broyé avec eaue ou vin et destrempez doile ou deil, mais le bon est fait darrement, etc. Se ce nest carbon qui est fait de paille de fer boulu et cuie avec oille. Ou vous prenez escorce daine et le broiez en eue avec molure de ferre en yaue, et mettez avec arcement et destrempez.

Charnure dymages se fait ainsi
Prenez vert terrin blanc et laque, et mellez ensemble et emplissiez la ou vous vouldrez, puis faictes ombre de vert et ocre en telle manière que ce soit comme vert et mellez avecques un po de laque, et signez vos lits, et puis ombre et puis rose de blanc et de synople, et roses la ou vous plaira, puis faites charnure docre et de blanc et dun po de cinople et mettez dedans les signemens espes et cil qui sera sur la rose sera très sutil, puis prenez de celle couleurs et mettez sur les surcils et dessoubs les piez et sur la bouche et au menton et a la goile et aux oreilles. Et en faut si comme se fust vains, puis désignez de pur lac les cilles et narines et les yeulx et tous les membres. Et metez de rechief dedens umbre legierement et de lac loignez un petit, puis le blanchissez de blanc pur, puis désignez les cilles et les yeulz et les autres membres.

Pour mettre or de feuilles battues
Molez gipse très bien avec yaue pure et nette, puis le séchiez, puis le molez avec cinope si comme rose, et avec cole de poisson qui soit fondue avec très bon vin blanc et le mettez au pincel la ou vous vouldrez et soit bien couvert et le séchiez puis le raez dun coustel plainement et mettez lor dessus et le fermez de ametiste, et le lissez. Et se il ne vient bien prenez de la cole dessus dicte et metez au dessein, et tantost la feuille de lor dessus.

Si vous voulez appareiller oile pour destremper toutes manières de couleurs
Prenes chaux vive avec autant de cerase comme est de loile, puiz metez au soleil et ne le movez jusques a ung moyt ou plus tar quant plus y sera, et mieulx vaudra, puis le colez et gardez très bien loile, et de celle oille gardée et ainsi préparée povez destremper toutes couleurs ensemble et chacun par soy.

Pour escrire dor et dargent
Pren feuille dor et la broyé sur le marbre avec sel, puis le fay estre longuement en eaue, et le levé et laisse rasseoir puis prenez leaue pour oster * le sel, si demourra lor au fons. Si le destrempe a gomme et en escri, si auras lettre noire et quant elle sera sèche, si la poli dun dent, si sera belle et gaune et luisant en bonne cou¬leur dor, et ainsi puez tu escrire de argent se tu veulz.

Pour faire lettre dargent tans argent
Broyez alun avec sel, puis le levé pour oster le sel puis le destrempe a gomme et escri et quant il est sec, si le poli du dent, si perdra sa novete et ara couleur d’argent.

Pour or mouler recipe
R. très fin or lime bien menu et le broyez en un mortier suzille tel que les appoticaires ont, cilz de cuivre les trois pars et la quarte partie de staing ou de plomb, tels sont leurs mortiers ; mais avant ce doit estre votre limeure d’or bien lavée en un bachin ou en une conche de limeterie a un pincel et en ce mortier dessus dit, molez tant or que bave qui y sera mise soit au départir clere. Et en telle manière pourrez molez cuivre argent loton estaing et tout autre metail, mais gardez que lor ne se haerde car il le faul-droit remouldre de rechief. Et quant ce sera fait, estez liaue et les ordures et laissiez lautre rasseoir, puis le metez sur les charbons avec eaue et le chauffez et mouvez.

17 Juil 2010
Jean-Luc Deuffic

Le missel-pontifical de Roland de Neufville, évêque de Léon (+ 1613)

La riche bibliothèque municipale de Lyon conserve sous la cote 521 (Delandine 441) l’imposant missel-pontifical de Roland de Neufville, évêque de Léon. Ce manuscrit, qui ne renferme que le Commun du temps, quelques messes votives et diverses bénédictions et préfaces, a été écrit sur parchemin : 170 f. de 500 × 347 mm. La reliure est en maroquin rouge.

L’ouvrage porte à plusieurs reprises les armes du prélat (ci-dessous, f. 3) Neufville (De gueules au sautoir de vair) / Ruffier ( D’azur à dix billettes d’argent, 4, 3, 2, 1) : 

 
 (c) Lyon BM

Au f. 1v, l’évêque est à l’autel, présenté par saint Pol de Léon, terrassant le dragon. Au-dessus le nom : Rolandus de Neufville, episcopus Leonensis. Ses armes reparaissent, séparées ou réunies, dans les encadrements, avec le chiffre de l’évêque R. D. N. et sa devise « Domine, exalta te, trahe te ad me. » . 


Suivant le catalogue, au \”f. 1se trouve une grande peinture héraldique, portant les armes suivantes que décrit le catalogue : écartelé, au un de gueules, à la croix en sautoir moirée d’argent et d’azur ; — au deux parti, au un d’azur, à dix billettes d’argent posées quatre, trois, deux et un, au deux échiquete d’azur et d’argent ; — au trois contrécartelé : au un d’azur, à dix billettes comme dessus ; au deux burelé d’argent et d’azur de dix pièces ; au trois losangé de gueules et de sable, chargé d’une croix d’argent ; au quatre contrécartelé, aux un et quatre d’argent, aux deux et trois de gueules à un lambel de trois pendants d’argent ; — au quatre contrécartelé : au un d’azur, à trois chevrons denchés d’argent ; aux deux et trois de gueules, à neuf mâcles d’or posés en pal, accompagnés d’un lambel de trois pendants d’argent ; au quatre d’or à trois… de sable, accompagnés de dix merlettes de sable, posées quatre, trois, deux et un. — Sur le tout, de gueules à la croix pattée d’or. Tenants : deux licornes, crosse et mitre d’évêque. Au-dessus le nom : Rolandus de Neufville, episcopus Leonensis\”.


(c) Lyon BM

François du Fou (que je remercie) me suggère ces possibles identifications :
– 1er : de gueules au sautoir de vair (qui est Neufville ou Neuville)
– 2ème : parti, au 1er Ruffier OU d’azur à dix billettes d’argent 4, 3, 2 et 1 (qui est Robien) OU d’azur à dix billettes d’or (qui est Perrier) ; et au 2ème : échiqueté d’argent et d’azur (qui est La Houssaye OU Le Fer)
– 3ème : contre-écartelé au 1er : Ruffier, Robien ou Perrier, au 2ème : burelé d’argent et d’azur de 10 pièces au croissant de gueules brochant (qui est Tréal), au 3ème : de gueules à la croix d’or frettée d’azur (qui est Le Scaff), au 4ème : écartelé d’argent et de gueules, brisé d’un lambel d’argent (qui est Raguenel OU Le Roux)
– 4ème : contre-écartelé au 1er : d’azur à 3 chevrons d’argent (qui est Plumaugat), aux 2ème et 3ème : de gueules à 9 macles d’or 3, 3 et 3, brisé d’un lambel d’argent (qui est Montauban), au 4ème : d’or à trois fasces nouées de sable, accompagnées de 10 merlettes de même, 4, 3, 2 et 1 (qui est ?) et sur le tout, de gueules à la croix pattée d’or (qui est Baudouin de Villembrois, OU De Savonnières OU Renault)
Aux f. 40 et 41 : la Crucifixion et Dieu le Père.

Au f. 98, le nom : « Jacques Jamiaux, fils de Mathurin Jamiaux. » (XVIIe siècle.)
Le patronyme JAMIAUX est caractéristique d’Ile-et-Vilaine. Un Jacques Jamiaux, sans doute l’ancien possesseur du missel-pontifical de Roland de Neuville, fut sous-fermier des devoirs de Rennes au XVIIe s. (Archives municipales de Rennes, FF442 = Lien)

Roland de Neufville
, fils de Regnault de Neufville (1), sr du Plessix-Bardoul et de Charlotte Ruffier, naquit vers 1530. Dès 1551 il a la charge de l’abbaye des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Saint-Jacques de Montfort. Nommé évêque de Saint-Pol-de-Léon en 1562 (sous la protection du duc d’Etampes), il prête serment au roi le 25 octobre 1565. La famille de Neufville, sr du Plessix-Bardoul. Ref. 1454, 1477, 1513, paroisses de Domagné, Orgères et Pléchatel, ancien diocèse de Rennes, portait de gueules au sautoir de vair. (De Courcy, Nobiliaire, p. 283). Bardoul fondue dans Neufville.

Le gisant de l’évêque de Neufville se trouve en la cathédrale Saint-Pol-de-Léon. Une verrière disparue du peintre de Lesneven Alain Cap (XVIIe s.) le représentait. Son épitaphe nous apprend qu’il décéda à Rennes le 5 février 1613 :
Cy gist messire Rolland de Neufville puisné de la Maison du Plessis-Bardoul, en son vivant Evesque de Léon, lequel décéda en la ville de Rennes le cinquième jour de Feuvrier 1613. agé de 83 ans, & fut enterré le VIe jour de Mars ; ayant possédé l’Abbaie de Saint Jac pres Monfort 61 ans & ledit Evesché 51, le laissant par sa vigilance sans aucun hérétique, (Gaignières)

Roland de Neufville, prélat humaniste, mourut en odeur de sainteté. Il fut un grand bâtisseur, faisant ériger plusieurs centaines de croix dans son diocèse, afin, disait-il, \”que les fidèles rencontrassent partout les signes augustes de notre rédemption\”,
L’évêque fut à l’initiative de la publication d’une vie de saint Méen : \”Parmi les auteurs qui ont écrit la vie de saint Méen, cet écrivain (le Bollandiste) cite Albert de Morlaix ou Albert le Grand qui écrivait vers 1630; puis Pierre Viel, docteur en théologie, qui rédigea cette vie à la prière de Rolland de Neufville, évéque de Léon (sacré en 1532 et mort en 1613). Nous possédons ces deux vies. Voici le titre de la seconde : « La vie de sainct Méen, abbé au pays de Bretaigne, le 15 juin, mise en français du latin escrit à la main, pris des martyrologes et histoires anciennes dudict pays, à la diligence de Révérend Père en Dieu Roland de Neufville, évêque de Léon en Basse-Bretaigne, par M. Pierre Viel, docteur en théologie » (Revue de l’Anjou, 1890, p. 44).

En 1650, Jan Tanouarn, seigneur Duplessix Bardoul et de Kerdanouarn, abbé commendataire de l’abbaye de Montfort, résidant plus ordinairement au manoir du Plessis Bardoul, paroisse de Téchastel, diocèse de Rennes, fonde pour lui, ses parents et son oncle Rolland de Neufville, chaque jour et fête de saint Rolland, évêque de Cambrai, le 13 octobre, un double solennel, mémoire après vêpres et De profundis chanté près la tombe de Mgr de Neufville « estant dans le chœur, côté de l’Épître » (P. Peyron, La cathédrale de Saint-Pol et le minihy Léon, p. 115).

(1) Renaud de Neuville, seigneur du Plessis-Bardoul, appelé à la montre de l’évêché de Rennes, en 1541, dont le fils, Briand, ne laissa qu’une fille, son héritière, Rollande de Neuville, mariée avant le 29 septembre 1576 à Christophe de Tanouarn.

Sources : Collections numérisées de la bibliothèque de Lyon, avec plusieurs images du missel-pontifical [ Lien ]
Biblio : Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France : Fonds général. Lyon, T. XXX
V. Leroquais, Bibliothèque de la ville de Lyon : Exposition des manuscrits à peintures, Lyon, 1920. 
Pouillé historique de l’archevêché de Rennes.
Missel-pontifical cité par F. Duine, Inventaire liturgique de l’hagiographie bretonne, 1922, p. 212-213, n° ccxcviii.
Y. – P. Castel : \”La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l’influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613)\”, dans Annales de Bretagne, t 90, 1983, p. 311-319.
Anciens registres paroissiaux de Bretagne : baptêmes, mariages, sépultures … (Pléchatel) Par Paul Paris-Jallobert, p. 23.

Bookmark and Share

29 Mai 2010
Jean-Luc Deuffic

Les Oratoriens de Nantes : épaves d’une riche bibliothèque …

Les Oratoriens furent introduits à Nantes en 1617, l’évêque Charles de Bourgneuf de Cucé (1598-1617) (1) leur octroyant alors le prieuré vannetais des Montagnes, l’Ile-Saint-Michel dépendant de Sainte-Croix de Quimperlé. Le prélat, qui mourut cette même année, le 17 août, leur légua « par testament sa librairie estimée à 10000 francs où il y a de très bons livres, couverts seulement de parchemin, sans papier collé, pour empescher dit-on, que les rats n’appètent à les ronger » (2).
Par un accord du 1er mars 1753 entre la municipalité de Nantes et les Oratoriens, la congrégation ouvrit ses collections (plus de 10.000 volumes) au public.
De cette riche bibliothèque subsistent quelques belles \”épaves\” à la Bibliothèque municipale de Nantes. Le manuscrit 8 constitue le second tome d’un magnifique exemplaire de la Cité de Dieu enluminé par Maître François, – puis par son principal collaborateur, Jacques de Besançon -, commandité par le célèbre bibliophile Jacques d’Armagnac (1433-1477) et continué pour Philippe de Commines (1447-1511), conseiller du roi (3). Le premier volume se trouve à La Haye, au Musée Meermano-Westreenen (ms 10 A 11). Voir quelques reproductions à cette adresse [En ligne]
Le volume de Nantes a été numérisé entièrement [ En ligne ]

Parmi les autres manuscrits de la collection des Oratoriens conservés à la BM de Nantes, citons : Pontifical de Noyon (ms 24, XVe s.); Bréviaire de Nantes (ms 25, XVe s.), Digestum novum (84, XIVe s.) ; Caton (ms 109, XVe s.) ; Traité de morale dédié à Guillaume Gouffier (ms 207, XVIe s. ) ; Traité d’arithmétique (456, XVe s.), etc …

Se trouve également à la British Library, Harley 6259 [ En ligne ], un exemplaire du traité de Charles de Viry (?) dédié au duc de Savoie Charles III (1486-1553), portant l’ex libris nantais :



(C) British Library

Ci-dessous exlibris des Oratoriens de Nantes, Oratorii Nannetensis, sur une édition de Josse Bade de [1554]

Badius Ascensius, Jodocus. Navis stultifera d. Sebastiani Brant : verum humanae vitae speculum / Iacobo Lochero interprete Exlibris: \”Charles-Louis Frossard, de Nimes pasteur de l’église réformée de France archiviste du synode général.\” UB Basel AN 129 : http://www.ub.unibas.ch/spez/poeba/poeba-002827822.htm

Oratorians first came to Nantes in 1617. The bishop Charles de Bourgneuf de Cucé (1598-1617) (1) granted them the Vannes priory Montagnes, on the Ile Saint-Michel, which belonged to Sainte-Croix de Quimperlé. The bishop, who died the 17th August that same year, left them in his will ‘his library estimated at 10000 francs which consisted of very good books, only covered in parchment, without glued paper, as it is said that in this way the rats will not gnaw them’ (2).

Of this rich library some lovely ‘wrecks’ survive at the Bibliothèque municipale de Nantes. Manuscript 8 consists of the second volume of a magnificent example of the Cité de Dieu illuminated by Maître François, – then by his principal collaborator, Jacques de Besançon -, commissioned by the famous collector Jacques d’Armagnac (1433-1477) and continued for Philippe de Commines (1447-1511), king’s counsellor (3). The first volume is in the Hague, at the Meermano-Westreenen Museum (ms 10 A 11). Some reproductions can be seen here [link]. The volume in Nantes has been digitised in its entirety [link].

Other manuscripts of note from the Oratorian collection in Nantes include the Noyon Pontifical (ms 24, 15th cent.), the Nantes Breviary (ms 25, 15th cent.), Digestum novum (84, 14th cent.), Cato (ms 109, 15th cent.), a morality treaty dedicated to Guillaume Gouffier (ms 207, 16th cent.), an arithmetic treaty (456, 15th cent.), and many more.
Also, British Library, Harley 6259 [link], is an example of a treaty by Charles de Viry (?) dedicated to the duke of Savoy Charles III (1486-1553), which has an ex libris from Nantes.

Notes

(1) \”Il fut transféré du siège épiscopal de Saint-Malo à celui de Nantes, le 31 août 1598, en vertu de la permutation qu’il avait faite, deux ans auparavant, avec Jean du Bec, nommé à l’évèché de Nantes, après la translation de son oncle Philippe au siège de Reims. Il assista aux Etats tenus à Rennes en 1598 et en 1604. Député en cour pour la même compagnie, il mourut à Chartres le 17 juillet 1617, et fut inhumé à Saint Pierre-en-Vallée. Guillaume Le Gouverneur, évêque de Saint-Malo, parle fort avantageusement de Charles de Bourgneuf dans la préface de son Rituel, imprimé en 1617, et nous le représente comme une des grandes lumières du clergé de France. (D. Morice, Catal. des Evêques). Le Catalogue des Evéques de Bretagne, placé a la suite de la Vie des Saints d’Albert de Morlaix, nous apprend que le même prélat était \”homme docte et de vie sainte et austère…. Il a fait faire, ajoute-t-il, les jardins du manoir (épiscopal) de Chasseil et le petit chastelet qui se void, pour s’y retirer et y faire ses exercices spirituels ; donna aux Pères de l’Oratoire, établis à Nantes au collège de Saint-Clément, l’an 1617, sa librairie, estimée dix mille francs et à son église cathédrale, deux tentes de tapisserie, pour orner le choeur et la nef aux festes solemnelles, et toute l’argenterie qui sert à l’autel les grandes festes de l’année. » Enfin Guy Leborgne ne craint pas de dire qu’au jugement de tout le monde le prélat nantais a été l’un des plus grands de son siècle en piété et en doctrine. Ces divers témoignages de science, de vertu et de libéralité, doivent faire considérer comme calomnieuses quelques accusations de simonie portées contre Charles de Bourgneuf, par l’abbé Travers, janséniste intolérant , dans sa prétendue Histoire des Evêques de Nantes, ouvrage qui n’est autre chose qu’un indigeste amas de matériaux, utiles sans doute, mais rangés sans ordre et sans critique.\” (P. Levot, Biographie bretonne, I, 171)
(2) Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Bretagne en 1636, éd. 2001, II, p. 214.
(3) F. Avril & N. Reynaud, Les manuscrits à peintures, p. 52.

Bibliothèque municipale de Nantes [ Lien ]
Sources :
– Établissement à Nantes des Pères de l’Oratoire. 17 novembre 1617 (Nantes, Archives municipales, BB 28)
– Établissement de la Bibliothèque publique ; délibérations à ce sujet ; nomination du R. P. Giraud, prêtre de l’Oratoire, ancien supérieur de la Maison de Nantes, comme premier bibliothécaire ; règlement, 1, 13 et 18 avril 1753 (Nantes, Archives municipales BB 93)
– Bibliothèque publique. Art. 439, à M. Jérôme Giraud, prêtre, ancien supérieur de la maison de l’Oratoire de Nantes, choisi et nommé pour premier bibliothécaire de la Bibliothèque publique, établie dans la maison de l’Oratoire, 1,600l pour deux années de sa pension et entretien d’un garçon, dont 500l pour le bibliothécaire et 300l pour le garçon. (Nantes, Archives municipales, CC 222)
– (1722) : \” pour le sr Lelievre de Valoris, supérieur de l’Oratoire, 2 caisses de livres…, 2 boîtes de remèdes …\” (Nantes, AM GG 781)

27 Mai 2010
Jean-Luc Deuffic

« Cest le liure de Euen Buzhic » (ms London, BL Harley 6508)

The manuscript British Library,  Harley 6508, is an example of Wace’s famous Roman de Brut, a octosyllabic chronicle telling the history of England from he fall of Troy to around the middle of the 12th century, essentially based on Geoffroy of Monmouth’s Historia britonnum. This manuscript, copied in the 14th century, consists of 99 parchment folios. The text, in two columns of 33/43 lines and red initials, begins :

Le manuscrit de la British Library,  Harley 6508, est un exemplaire du fameux Roman de Brut, de Wace, une chronique en vers octosyllabiques retraçant l’histoire de l’Angleterre depuis la chute de Troie jusque vers le milieu du XIIe siècle, basée essentiellement sur l’Historia britonnum de Geoffroy de Monmouth. Le manuscrit en question, copié au XIVe siècle, comprend 99 folios de parchemin. Le texte, sur deux colonnes de 33/43 lignes et initiales en rouge, débute :

« Qvi veut oir et veut sauer
De roi en roi et de heir en heir
Qui cil furent et dont il vindrent
Qui engleterre primes tindrent
Quels rois iot en ordre eu
Et qui en ceis et qui puis fu
Mestre gazce la translate
Qui en conte la uerite
Si comme le liure le deuise ».

And ends / Et se termine :
« Ci fault les gestes de bretons
Et la lignee des barons
Qui de lignage bruti vindrent
Qui engleterre longues tindrent
Puis que escript (sic) incarnacion
Print por nostre redempcion
Mil. et C. L. V. anz
Fist maestre gace cest romans »
« Explicit liber bruty » (f. 99).

On the last folio (99v) a 15th century hand has written / Sur le dernier folio (99v) une main du XVe siècle à inscrit :
« Cest le liure de Euen Buzhic ».

Above, there are several notes / Au dessus, plusieurs notes :
1) « Infantem nudum cum te natura creavit » forms the first part of Cato’s Distich I, XXI, which should end ‘Paupertatis honus pacienterferre memento’ / forme la première partie du distique I, XXI, de Caton, lequel doit s’achèver par « Paupertatis honus pacienter ferre memento ».

2) « Tant vault amour come argent dure
Qant argent fault amour nest nulle »
Part of the ‘dis des philosophes’, which is attributed to Juvénal. The end should read : / Fait partie des « dis des philosophes », celui-ci attribué à Juvénal. La fin doit être :
« Qui le sien despent folement,
Il n’est amé de nulle gent ».

3) « Cantate domino canticum nouum laus eius
in eclesia sanctorum letetur israel in eo qui
Deo gracias amen ».
The beginning of psalm 149, which ends: / Il s’agit du début du psaume 149, qui doit se terminer par :/  « fecit eum, et filii Sion exsultent in rege suo ».

Nous avons identifié le possesseur de ce manuscrit comme étant Even Buzic, un petit noble breton de Cornouaille, inscrit au nécrologe de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas (OSA, chanoines réguliers de Saint-Augustin), pour laquelle il fit une importante fondation. En fait, deux membres des Buzic (de gueules a six annelets d’argent) portèrent le prénom \”Even\”. Le premier, décédé le 2 juin 1404, fut receveur de Brest, et leva fouage en pays de Léon en 1382 ; l’autre, mort vers 1435, épousa Marguerite du Mur.

We have identified the owner of this manuscript as being  Even Buzic, a member of the Breton lesser nobility in Cornouaille, whose death is listed in the Augustinian abbey of Notre-Dame de Daoulas, to which he made an considerable donation. In fact, two members of the Buzic family (de gueules a six annelets d’argent) had the first name ‘Even’. The first, who died 2nd June 1404, was a tax collector in Brest, and raised the ‘focagium’ (hearth tax) in Léon in 1382. The second, who died around 1435, was married to Marguerite du Mur.

Ce manuscrit du Roman de Brut témoigne de la culture livresque des petits seigneurs dont on a trop souvent dédaigné l’importance.

The manuscript of the Roman de Brut is a witness of the book culture of the minor nobility, the importance of which is all too often
underrated.


Armes des Buzic

Liens en relation :
Le Brut d’Engleterre, manuscrit Paris BnF Fr. 1454 [En ligne sur Gallica]
La page d’Hervé Torchet sur les Buzic [En ligne] – Sur Tudchentil [En ligne]

Biblio :
H.L.D. Ward, Catalogue of Romances in the department of manuscripts in the British Museum, I, 1883, p. 263 (donne Enon à la place d’Euen)
Wace, Le Roman de Brut, édité par Ivor Arnold, 2 vol., 1938-1940, Firmin-Didot, Paris, (SATF)
Jean-Luc Deuffic, \”Les documents nécrologiques de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas\”, dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 106, 1978, p. 83-102; 107, 1979, p. 103-147.
Sur la famille des Buzic, sr de Kerdaoulas, Keredec, Lespervez, Kergoet, voir Comte de Rosmorduc, La noblesse de Bretagne devant la Chambre de la Réformation, 1668-1671, 1896.

25 Mai 2010
Jean-Luc Deuffic

Pecia. Le Livre et l’écrit

Un nouveau site web dédié à la collection périodique Pecia. Le livre et l’écrit [ISSN 1761-4961] (Brepols Publishers)

http://www.pecia.fr

22 Mai 2010
Jean-Luc Deuffic

Décès de Bruce Ferrini

Une grande figure du \”marché\” des manuscrits, l’antiquaire d’ Akron, Ohio (Etats-Unis), Bruce Ferrini, vient de disparaitre à l’âge de 60 ans.

Source : Ohio.com