« Arrête passant et révère ce que l’Espagne a redouté …» : Philippe de Châteaubriant (1608-1642)
\ »Le cinquième jour d’octobre 1642 fut tué à l’armée du pays de Catalogne haut et puissant seigneur Monseigneur le comte des Roches Philippe de Châteaubriant. Son corps fut enterré en la chapelle de Montserra, et son coeur fut apporté aux Roches le dixième du mois de novembre en l’année 1652\ ».
C’est ainsi que les registres mortuaires de l’église Saint-Germain de Princay relatent la mort du comte Châteaubriant.
Les circonstances de cette fin tragique à la bataille de Lerida, lors de la campagne d’Espagne, nous sont relatées, entre autres, par les Mémoires de Monglat :
Durant le siége de Perpignan, le maréchal de La Mothe voyant les Espagnols en désordre par les avantages qu’il avoit eus sur eux, assembla toutes ses forces et entra dans l’Arragon, où il mit le siége devant Monçon ; et l’ayant battu du côté de l’église Sainte-Guiterie, la ville se voulut rendre, mais ce maréchal ne la voulut pas recevoir sans le château : de sorte que les batteries continuèrent, et les travaux s’avancèrent tellement , que le 14 de juin tout se rendit ; et y ayant laissé bonne garnison, il retourna en Catalogne pour s’opposer au marquis de Léganès , qui étoit sur la Cinga, et faisoit mine de vouloir entreprendre quelque chose. Après la prise du Roussillon, toute l’armée passa les Pyrénées, et le vint fortifier ; il étoit à Notre-Dame de Montserrat (A), où le marquis de La Luzerne mourut de maladie et y fut enterré, lorsque ce renfort lui arriva fort à propos : car les Espagnols voyant le Roussillon pris, et toutes les troupes qu’ils avoient assemblées pour le secourir inutiles, résolurent de les employer à quelque entreprise considérable en Catalogne. Et comme Lérida est sur la rivière de Sègre, qui faisoit la communication de la Catalogne dans l’Arragon. ils s’arrêtèrent à ce dessein; et le marquis de Tarracuse marcha droit à Lérida avec l’armée qu’il commandoit, durant que le marquis de Léganès, qui étoit à Fragues, l’investissoit de son côté. Sur cette nouvelle, le maréchal de La Mothe assembla toutes ses forees, et marcha en diligence pour sauver cette ville ; et passant par Cervères il gagna la plaine d’Urgel, et passa la Sègre sur le pont de Balaguer, pour aller au devant du marquis de Léganès et le combattre, devant que l’autre armée qui venoit de la plaine de Tarragone l’eût joint : mais ce marquis se retira à Fragues, et donna avis à celui de Tarracuse de tout ce qui se passoit. 11 ne laissa pas de le joindre par des chemins détournés, et tous deux ensemble tournèrent tète au maréchal de La Mothe pour lui donner bataille. Ce dernier eut avis de leur marche par des coureurs qu’il avoit envoyés devers Ayetone, et aussitôt il se prépara pour les bien recevoir. En effet, les deux armées furent le 7 d’octobre en vue l’une de l’autre, et à dix heures du matin la bataille commença, dans laquelle les Français furent chargés d’abord si vigoureusement par les régimens du prince d’Espagne etda comte duc, qu’ils furent mis en désordre ; mais le baron d’Alais et le comte des Roches Baritaut avec la cavalerie les soutint si hardiment que la chance tourna ; et les Espagnols furent rompus, et tellement mis en déroute, qu’ils prirent la fuite, et se sauvèrent en grande confusion à Fragues. Le champ de bataille demeura aux Français avec tout le canon, et ils ne perdirent que le comte des Roches Baritaut ; mais les Espagnols laissèrent deux mille morts sur la place, et la ville de Lérida fut sauvée, ce qui causa une grande joie dans la Catalogne. Sur la fin de l’année, le maréchal de Brezé ayant voulu retourner en France, celui de La Mothe fut fait en sa place vice-roi. Il fit son entrée à Barcelone en cette qualité, où il fut reçu comme triomphant après tant de victoires, avec grande satisfaction des peuples.
On trouvera dans la Gazette de France le déroulement de sa carrière :
Le Sieur de Chateaubriant est nommé lieutenant-colonel du corps de quatre escadrons de dragons formé en Saintonge pour la garde des côtes de cette province.
Année 1636. Le comte des Roches-Baritaut, qui avoit été fait prisonnier par les troupes du général Picolomini, recouvre sa liberté (19 nov.)
1637. Il fait rentrer dans leur devoir les peuples qui s’étoient soulevés en Poitou, en Saintonge & en Angoumois. (8 août). Il défait & dissipe entièrement les restes des Croquans de ces mêmes provinces (14 nov.)
1641. Lieutenant pour le Roi à Talmond en Bas-Poitou, il repousse des pataches espagnoles qui avoient tenté de faire une descente & de fourager la pays (8 Juin).
Le Sieur de Chateau-Briant contribue à chasser le 7 Novembre les Catalans de devant la ville d’Almenas. (18 oct.)
1642. Le comte des Roches commande la gauche de l’avant-garde à la bataille de Lérida & il y est tué. (14 oct.)
Philippe de Châteaubriant, fils de Gabriel de Châteaubriant et de Charlotte de Salo, héritière du s. de la Cornetière, épousa en 1631 Suzanne Loaisel, née en 1607, inhumée le 25 mars 1659 en la cathédrale Saint-Pierre de Rennes. Elle était fille d’Isaac, sieur de Brie, Chambrières, etc., président à mortier au Parlement de Bretagne (1596-1634, d’argent à trois merlettes de sable, posées 2 et 1) (1) et de Catherine de Faucon.
Epitaphe de Philippe de Châteaubriant dans le choeur de l’église de Saint-Germain-de-Prinçay
ARRESTE PASSANT
ET RÉVÈRE CE QVE L’ESPAGNE A REDOVTÉ
C’EST LE COEVR DE MESSIRE PHILIPPE DE CHATEAVBRIAND
COMTE DES ROCHES-BARITAVD, MAISTRE DE CAMP
D’VN RÉGIMENT DE CAVALERIE FRANÇOISE ET MARÉCHAL DE CAMP
ÈS ARMÉES DE SA MAJESTÉ.
LA GRANDEVR DE SA NAISSANCE RÉPONDIT PARTOVT
A CELLE DE SA VIE
LA NATVRE LVI DONNA DES VERTVS, ET LE TEMPS
DES OCCASIONS DE LES FAIRE PAROITRE.
IL APPRIT DE SON PÈRE LES PRINCIPES DE LA GVERRE
TANT PAR SES EXEMPLES QVE PAR SES LEÇONS
POVR DONNER A DIEV LES PRÉMISSES DE SA VALEVR
IL DÉFIT A QVATORZE ANS LES ENNEMIS DE LA FOI
EN POITOV, LES SVJETS REBELLES EN RÉ, LES VOISINS
ORGVEILLEVX OV IL RELEVA SON PÈRE, ET SON CHEVAL
AYANT ÉTÉ TVÉ, IL LVI DONNA LE SIEN,
IL LE SVIVIT DANS CETTE ILE ET AV SIÈGE DE LA
ROCHELLE; COMME PYRRHVS ACHILLE A CELVI DE TROYE
IL FVT AVSSI PROMPT A SECOVRIR NOS ALLIÉS QV’A DOMPTER
NOS ENNEMIS ET FIT DEVX CAMPAGNES EN PIÉMONT
FVT AV SECOVRS DE CASAL
IL BVT PART ATOVTES LES OCCASIONS D’ALLEMAGNE ET DE FLANDRE.
IL COMBATTIT A CORBIE JEAN DE WERTH ET PICOLOMINI
ET FVT LEVR PRISONNIER APRÈS AVOIR PERCÉ VINGT ESCADRONS,
NON VAINCV, MAIS LAS DE VAINCRE
LA GLOIRE FVT LE SEVL PRIX DE SA RANÇON,
IL S’EST TROVVÉ EN TRENTE COMBATS OV SIÈGES DE PLACES
ET EN DEVX BATAILLES. CE NOMBRE ÉGALE A PEV PRÈS
CELVI DE SES ANNÉES ; CELLES D’ALEXANDRE.
IL FVT PLVS GLORIEVX EN SA MORT, QVI PRE VINT SON TRIOMPHE
A LA BATAILLE DE LERIDA. IL FIT VN MONVMENT DE SES TROPHÉES
ET MOVRVT V1CTORIEVX A L’AGE DE TRENTE QVATRE ANS,
LE SEPTIEME DV MOIS D’OCTOBRE 1642.
PASSANT AVOVE QVE CE COEVR QVE L’ESPAGNE A REDOVTÉ
MÉRITE D’ÊTRE RÉVÉRÉ SOVS CETTE LAME ÉLEVÉE A SA MÉMOIRE
ET A LA DOVLEVR D’VN PÈRE QVI LVI A RENDV
LES HONNEVRS QV’IL DEVAIT RECEVOIR DE LVI.
Notes
(A). Pour le culte de Notre-Dame de Montserrat en Bretagne, voir la chapelle placée sous ce vocable à Saint-Malo-de-Phily.
(1) le \ »vieux conteur breton\ » Noël du Fail (Propos rustiques ; Contes et discours d’Eutrapel, etc.) pourvu d’un office de conseiller au Parlement de Bretagne par lettres-patentes du 14 octobre 1571, résigna en 1586 sa charge en faveur de Me Isaac Loaisel.
Isaac Loaisel se trouva mêlé à toutes les affaires de la Ligue en Bretagne ; il acheta en 1599 les terre et seigneurie de la Motte en la paroisse de Saint-Armel ; il mourut en septembre 1634, après avoir abjuré l’hérésie, et fut inhumé dans la cathédrale de Rennes en la chapelle Saint-Nicolas dépendant de sa seigneurie de la Motte-Saint-Armel. Sa femme, Catherine Faucon, l’y suivit dans la même tombe le 3 septembre 1641. On voyait encore à Rennes son tombeau en 1756 : c’était « une table de marbre noir portée par quatre consoles en marbre jaspé » avec l’écusson des Loaisel. (Revue de Bretagne et de Vendée, volume 10, juillet 1893, p. 162-163).
Cabinet \ »Honoré d’Urfé\ » : expertises …
Le Cabinet \ »Honoré d’Urfé\ » met en ligne certaines de ses expertises : une démarche à suivre … [ lien ]
Des Heures pour prier (II) : Livres de dévotion privée de l’Europe méridionale (XIVe-XVe s.)
Journée d’étude le Vendredi 17 septembre 2010 :
(Université d’Avignon et des pays de Vaucluse – UFR – IP sciences humaines et sociales – Département d’histoire – CIHAM (UMR 5648, Université Lumière-Lyon 2, CNRS- EHESS, Ecole Normale Supérieure de Lyon, UAPV) – UMR Telemme (Université de Provence-UMR 6570)
Organisée par Paul Payan et Maria-Alessandra Bilotta
Au programme :
9h30 Introduction, par Paul Payan (Université d’Avignon)
9h45 Livres d’Heures conservés dans la région d’Avignon : état des lieux, par Marie-Claude Leonelli (Conservateur du Patrimoine, DRAC Aix-en-Provence)
10h15 Quelques pistes vers une définition d’un style méridional dans les manuscrits montpelliérains, par Béatrice Beys (Université de Montpellier)
10h45 Pause
11h00 Livres d’Heures toulousains, par Maria-Alessandra Bilotta (Université d’Avignon)
11h30 Livres d’Heures milanais, par Anna Malipiero (Bibliothèque Ambrosiana de Milan)
12h00 Discussion
14h00 Livres d’Heures italiens, par Francesca Manzari (Université de Rome 1 – La Sapienza)
14h30 Cycles iconographiques et piété privée dans des livres d’Heures de l’axe rhodanien au XVe s., par Sarah Castro (Université d’Avignon)
15h00 Discussion et pause
15h30 Table ronde pour une étude des livres d’Heures méridionaux, avec les intervenants et la participation de Christiane Raynaud (Université de Provence), Véronique Rouchon (Université Lumière-Lyon 2), Guy Lobrichon (Université d’Avignon), Georges Fréchet (Bibliothèque Municipale d’Avignon).
Amphi 2E05 – Campus centre ville – Site Ste Marthe
Contact : Maria Alessandra Bilotta : maria.alessandra.bilotta[at]gmail.com
René de Chasteaubriant (+ ca 1500), chevalier pèlerin pour la Terre Sainte, comte de Guazava au royaume de Fez
Fils de Theaude de Châteaubriant, seigneur du Lyon d’Angers, des Roches-Baritaud, comte de Casan au royaume de Naples (+ 1470) et de Françoise Odart, dame de Colombières en Touraine et baronne de Loigny dans le Perche, René de Châteaubriant fut conseiller et chabellan du roi. Il descendait de cette lignée du Lyon d’Angers qui eut « pour service militaire le comté de Casan au royaume de Naples ; elle fonda une principauté en lllyrie ; elle s’allia deux fois avec la maison de Maillé, trois fois avec celle de Sainte-Maure-Montausier » (Mémoires d’Outre-tombe).
Dès le 5 juin 1492, il porte les titres de baron de Logné (Loigny), de vicomte de Regmalart et de seigneur des Roches-Baritaud, de Chavannes et du Lyon d’Angers (Archives du château de la Potherie, XXXII, f. 246). Après la mort de Jacques de Châteaubriant, peu avant 1500, il entra en possession de la châtellenie de Challain, dont la nue-propriété paraît lui avoir été assurée dès 1480. Sa fortune fut divisée entre ses filles, exceptée la seigneurie de la Roche-Baritaud qui advint à son frère cadet, Georges (Comte René de l’Esperonnière, Histoire de la baronnie de Candé, Angers, 1894, f. 426-427).
René de Châteaubriant est attesté comme propriétaire du château de Saint Hilaire des Noyers, situé à Colonard Corubert, dans le Perche ornais, propriété actuelle du professeur Pierre Braquet [ lien ]. L’acte de présentation de Simon Regnault à la cure, daté du 4 mars 1499, précise que le droit de patronage lui appartient « à cause de sa terre et seigneurie du dit lieu et dépendances » (Société historique et archéologique de l’Orne, XXVI, 1907, p. 89).
Sur un ancien armorial de Mons (Belgique) relatif aux familles alliées des Croy figuraient les armes de René de Châteaubriant et de sa femme Hélène d’Estouteville :
« Le blason du mari porte de gueules semé de fleurs de lis d’or. Celui de l’épouse est burelé d’argent et de gueules ; un lion de sable, armé, lampassé et couronné d’or brochant sur le tout.
René de Châteaubriant, comte de Casan, baron de Loigny, vicomte de Regmalart, seigneur du Lion d’Angers, qui vivait en 1489, et sa femme, Hélène d’Estouteville, dame de Tronchai, fille de Robert, baron d’Ivry, et d’Ambroise de Lorré), furent le père et la mère de Charlotte de Châteaubriant. Le placement de ce second groupe près du précédent, est justifié par le mariage de Henri de Croy (fils de Philippe de Croy et de Jacqueline de Luxembourg) avec Charlotte de Châteaubriant. De cette union naquirent cinq fils :
1° Philippe de Croy, né en 1496 et mort à Bruxelles en avril 1549, premier duc d’Arschot et héritier d’une grande partie des biens de son oncle, Guillaume de Croy, dit Monsieur de Chièvres, précepteur de Charles-Quint
2° Guillaume de Croy, cardinal-archevêque de Tolède et chancelier de Castille, mort à Worms, le 6 janvier 1521 et inhumé au cloître des Célestins d’Héverlé : son corps et son mausolée ont été transférés en 1842 dans l’église des Capucins, à Enghien (Ernest Matthieu, Histoire d’Enghien, p. 564) ;
3° Charles de Croy, époux de Françoise d’Ambroise ;
4° Robert de Croy, évèque de Cambrai, mort en 1556 :
5° Charles de Croy, abbé d’Afflighem, de Saint-Ghislain et d’Hautmont, puis évêque de Tournai, mort à Saint-Ghislain, le 2 décembre 1564.
Charlotte de Châteaubriant mourut en 1509 et Henri de Croy en 1514.
Les huit quartiers de René de Châteaubriant sont :
Quartiers paternels : Châteaubriant, Laval, Lion d’Angers et Clisson (Rietstap, Armorial, p. 240, 622 et 254)
Quartiers maternels : Oudart, Craon, Loigny et Rohan. (Ib., p. 780, 279, 869 et 891)
Les huit quartiers de Hélène d’Estouteville sont :
Quartiers paternels : Estouteville, Blainville, Fiennes et Mailli. (Ib, p. 354, 372 et 669. La Chenaye Desbois, Dict. de la noblesse de France, t. II, p. 354)
Quartiers maternels : Lorré, Grandpret, Ivry et Ailly. (Rietstap, p. 447, 547 et 35)
Source : « Armoiries de familles alliées aux Croy, copiées au XVIIIe siècle à l’hôtel de ville de Mons », dans Annales du Cercle archéologique de Mons, XXIII, 1892, p. 19-20.
La Chenaye Desbois, Dictionnaire de la noblesse de France. Paris. 1771, 2e édition, t. iv, p. 288 à 291.
René de Châteaubriant et Hélène d’Estouteville eurent en plus de Charlotte, deux autres filles :
– Marie, dame du Lyon d’Angers, mariée à Jean de Chambres (1), seigneur de Montsoreau
– Madeleine, dame de Chavannes, qui épousa François, seigneur de la Noue (2)
La carrière de René de Châteaubriant n’est pas très connue… faute de documentation. Quelques titres dans les archives du château de Beaumont (Belgique) font état d’une « Lettre d’invitation du roi Dom Philippe de Castille à M. René de Châteaubriant, seigneur du Lion d’Angers, pour l’engager à venir signaler sa vaillance dans la guerre sainte qu’il faisait aux Maures de Grenade et de Cordoue, le 12 juin 1490 ; avec la copie d’une très-élégante réponse latine, datée de Paris le 8 mars 1491 » (Commission royale d’histoire, Académie royale de Belgique, II, 1838, p. 270).
Ses armes (de gueules, semé de fleurs de lys d’or), accompagnées du collier de l’Ordre de Saint-Michel, se retrouvent sur un exemplaire du Livre de l’Ordre de Chevalerie de Raymond Lull [ lien ], aujourd’hui conservé à la Bibliothèque municipale de Toulouse (ms 830) : « Cy commence le livre de l’ordre de chevalerie ». Prologue : « A la louenge et gloire domne Dieu, qui est sire et roy souverain par dessus toutes choses celestes et terrestres, nous commençons cest livre de l’ordre de chevalerie pour demonstrer que à la segnifiance … ».

(c) Toulouse BM 830. Frontispice. Source : Base Enluminures
René de Châteaubriant figure également dans la « Relation d’un voyage en terre sainte, au mont Sinaï et au couvent de Sainte-Catherine » qu’il effectua vers 1486 avec un groupe de pèlerins parmi lesquels figuraient deux autres Bretons : François de Tournemine, et l’abbé de Saint-Méen, Robert de Coëtlogon. Le récit anonyme de ce périple se trouve transcrit dans un manuscrit de la Bibliothèque municipale de Rennes (ms 261), du XVe s., manuscrit qui comporte deux feuillets d’un livre de raison tenu par Jean Bouscher, sieur des Planches, en Bruz, près de Rennes (Trésor des bibliothèques de Bretagne, Pontivy, 1989, p. 72, n° 26 – Abbé Guillotin de Corson, « Note sur la relation d’un voyage en Terre-Sainte fait par trois Bretons à la fin du XVe siècle », dans Bulletin et mémoires de la Société archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, XXXIII, 1904, p. 395-398) .
Mon ami André-Yves Bourgès me signale que ce texte a fait l’objet de deux éditions récentes et relativement accessibles : en 1979 dans Archivum Franciscanum Historicum, t. 72, p. 106-133 et 330-428 (B. Dansette, « Les pèlerinages occidentaux en Terre Sainte : une pratique de la \ »Dévotion moderne » à la fin du Moyen Âge? Relation inédite d’un pèlerinage effectué en 1486″) et en 1997 dans D. Régnier-Bohler, Croisades et pèlerinages. Récits, chroniques et voyages en Terre Sainte (XIIe-XIVe siècle), p. 1168-1225.
De même, on trouvera sur le manuscrit de Rennes une notice et un fac-similé du f. 63v dans Voyage au pays des croisades, d’Anne Pouget-Tolu et Wilfrid Lermenier, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 134.
Le Voyage de Georges Lengherand, mayeur de Mons en Haynaut, a Venise, Rome, Jerusalem, Mont Sinaï, Le Kayre, en 1485/1486 mentionne la présence de » Franchois de Tournemine, sgr de la Gherche, escuier d’escuyrie du duc de Bretaigne »… (A) Je ne sais s’il y a relation entre ces deux récits.
Un autre aspect méconnu de la biographie de René de Châteaubriant reste sa nomination, le 11 août 1493, par D. João II, roi du Portugal (1455-1495, dit le Prince parfait), au titre de comte (in partibus infedelium) de Guazava, au royaume de Fez. Voir Pierre de Cenival, « René de Chateaubriand, comte de Guazava au royaume de Fez, 1493 », dans Hespéris, XIX, 1934, p. 27-37. Jean Aubin, « D. Joao II devant sa succession », dans Arquivos do Centro Cultural Português, 27, 1990, p. 101-140 (118-121)
(1) Alliée aux Rohan, aux Craon, aux d’Estouteville, la maison de Chambes était comptée parmi les plus considérables de l’Angoumois. Le 1er février 1518, Charles de Boulainvilliers, comte de Rossillon, vte hérédital d’Aumale, seigneur de Rouvran, de Verneuil-sur-Oise, et sa femme, dame de Coudroy et Montpensier, font la foi et hommage lige, pour « le chastel, chastellenie, terre et seigneurie du Couldroy » à « Marie de Chasteaubriand, dame de la baronnie de Champfroy et des seigneuries du Lyon d’Angers, Challun et Verrières ». veuve de Jean de Chambes, seigneur de Montsoreau et du Petit-Chasteau, au nom et comme ayant la garde-noble des enffans myneurs du défunt » (Mémoires de la Société archéologique de Touraine : Série in-8°, Volume 40, p. 191) . De ce mariage :
1) Philippe de Chambes x Anne de Laval.
2) Hippolyte, née vers 1497 X (1526) Jacques d’Amboise, chevalier, baron d’Aubujoux (Auvergne), et de Castelnau (proche d’Albi). Postérité.
3) Louise, née vers 1500, X (1529) Jean de Malestroit.
(2) Jean-François de La Noüe, seigneur de La Noüe, Guémené, Toulan, Basoges, Launay-Basoin, Le Bois-Greffier, Lesemeuc, La Porte-Bernier et La Bouexière, qualifié en 1481 noble écuyer puis noble et puissant seigneur, reçut en cette année un aveu comme seigneur de Guémené. Il se distingua dans le guerres d’Italie. Testament : Nantes, 26 juillet 1537. Inhumé à Notre-Dame de Fresnay, près de son père. Décède vers 1547 (Source : Précis généalogique de la maison de La Noüe, p. 66-67). Il est le grand-père du célèbre « Bras-de-Fer » … François de La Noüe.
(A) FrançoisTournemine, Sire de La Guerche, fut nommé par Louis XII, ambassadeur de Hongrie en 1500, « pour y conduire la princesse Anne de Foix, fille du comte de Candale & épouse de Ladislas, roi de Pologne, de Hongrie & de Bohême, s’aquittant de cette ambassade avec magnificence & dextérité, fit assigner le Douaire de la Reine sur le Domaine de Hongrie, porta le sceptre royal au couronnement, se signala dans plusieurs expéditions contre les Turcs, & après avoir fait deux fois le voyage de la Terre – Sainte, mourut l’an 1529, sans avoir été marié » (Moreri, Le grand dictionnaire historique, p. 189).
Illustration : Saint-Méen-le-Grand, église abbatiale, pierre tombale de Robert de Coëtlogon (+ 30 avril 1492), compagnon de route de René de Châteaubriant. Armes des Coëtlogon : de gueules à trois écussons d’hermine.
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Auteur du blog : Jean-Luc DEUFFIC




