Le missel-pontifical de Roland de Neufville, évêque de Léon (+ 1613)
La riche bibliothèque municipale de Lyon conserve sous la cote 521 (Delandine 441) l’imposant missel-pontifical de Roland de Neufville, évêque de Léon. Ce manuscrit, qui ne renferme que le Commun du temps, quelques messes votives et diverses bénédictions et préfaces, a été écrit sur parchemin : 170 f. de 500 × 347 mm. La reliure est en maroquin rouge.
L’ouvrage porte à plusieurs reprises les armes du prélat (ci-dessous, f. 3) Neufville (De gueules au sautoir de vair) / Ruffier ( D’azur à dix billettes d’argent, 4, 3, 2, 1) :
(c) Lyon BM
Au f. 1v, l’évêque est à l’autel, présenté par saint Pol de Léon, terrassant le dragon. Au-dessus le nom : Rolandus de Neufville, episcopus Leonensis. Ses armes reparaissent, séparées ou réunies, dans les encadrements, avec le chiffre de l’évêque R. D. N. et sa devise « Domine, exalta te, trahe te ad me. » .
Suivant le catalogue, au \ »f. 1se trouve une grande peinture héraldique, portant les armes suivantes que décrit le catalogue : écartelé, au un de gueules, à la croix en sautoir moirée d’argent et d’azur ; — au deux parti, au un d’azur, à dix billettes d’argent posées quatre, trois, deux et un, au deux échiquete d’azur et d’argent ; — au trois contrécartelé : au un d’azur, à dix billettes comme dessus ; au deux burelé d’argent et d’azur de dix pièces ; au trois losangé de gueules et de sable, chargé d’une croix d’argent ; au quatre contrécartelé, aux un et quatre d’argent, aux deux et trois de gueules à un lambel de trois pendants d’argent ; — au quatre contrécartelé : au un d’azur, à trois chevrons denchés d’argent ; aux deux et trois de gueules, à neuf mâcles d’or posés en pal, accompagnés d’un lambel de trois pendants d’argent ; au quatre d’or à trois… de sable, accompagnés de dix merlettes de sable, posées quatre, trois, deux et un. — Sur le tout, de gueules à la croix pattée d’or. Tenants : deux licornes, crosse et mitre d’évêque. Au-dessus le nom : Rolandus de Neufville, episcopus Leonensis\ ».

(c) Lyon BM
François du Fou (que je remercie) me suggère ces possibles identifications :
– 1er : de gueules au sautoir de vair (qui est Neufville ou Neuville)
– 2ème : parti, au 1er Ruffier OU d’azur à dix billettes d’argent 4, 3, 2 et 1 (qui est Robien) OU d’azur à dix billettes d’or (qui est Perrier) ; et au 2ème : échiqueté d’argent et d’azur (qui est La Houssaye OU Le Fer)
– 3ème : contre-écartelé au 1er : Ruffier, Robien ou Perrier, au 2ème : burelé d’argent et d’azur de 10 pièces au croissant de gueules brochant (qui est Tréal), au 3ème : de gueules à la croix d’or frettée d’azur (qui est Le Scaff), au 4ème : écartelé d’argent et de gueules, brisé d’un lambel d’argent (qui est Raguenel OU Le Roux)
– 4ème : contre-écartelé au 1er : d’azur à 3 chevrons d’argent (qui est Plumaugat), aux 2ème et 3ème : de gueules à 9 macles d’or 3, 3 et 3, brisé d’un lambel d’argent (qui est Montauban), au 4ème : d’or à trois fasces nouées de sable, accompagnées de 10 merlettes de même, 4, 3, 2 et 1 (qui est ?) et sur le tout, de gueules à la croix pattée d’or (qui est Baudouin de Villembrois, OU De Savonnières OU Renault)
Aux f. 40 et 41 : la Crucifixion et Dieu le Père.
Au f. 98, le nom : « Jacques Jamiaux, fils de Mathurin Jamiaux. » (XVIIe siècle.)
Le patronyme JAMIAUX est caractéristique d’Ile-et-Vilaine. Un Jacques Jamiaux, sans doute l’ancien possesseur du missel-pontifical de Roland de Neuville, fut sous-fermier des devoirs de Rennes au XVIIe s. (Archives municipales de Rennes, FF442 = Lien)
Roland de Neufville, fils de Regnault de Neufville (1), sr du Plessix-Bardoul et de Charlotte Ruffier, naquit vers 1530. Dès 1551 il a la charge de l’abbaye des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Saint-Jacques de Montfort. Nommé évêque de Saint-Pol-de-Léon en 1562 (sous la protection du duc d’Etampes), il prête serment au roi le 25 octobre 1565. La famille de Neufville, sr du Plessix-Bardoul. Ref. 1454, 1477, 1513, paroisses de Domagné, Orgères et Pléchatel, ancien diocèse de Rennes, portait de gueules au sautoir de vair. (De Courcy, Nobiliaire, p. 283). Bardoul fondue dans Neufville.
Le gisant de l’évêque de Neufville se trouve en la cathédrale Saint-Pol-de-Léon. Une verrière disparue du peintre de Lesneven Alain Cap (XVIIe s.) le représentait. Son épitaphe nous apprend qu’il décéda à Rennes le 5 février 1613 :
Cy gist messire Rolland de Neufville puisné de la Maison du Plessis-Bardoul, en son vivant Evesque de Léon, lequel décéda en la ville de Rennes le cinquième jour de Feuvrier 1613. agé de 83 ans, & fut enterré le VIe jour de Mars ; ayant possédé l’Abbaie de Saint Jac pres Monfort 61 ans & ledit Evesché 51, le laissant par sa vigilance sans aucun hérétique, (Gaignières)
Roland de Neufville, prélat humaniste, mourut en odeur de sainteté. Il fut un grand bâtisseur, faisant ériger plusieurs centaines de croix dans son diocèse, afin, disait-il, \ »que les fidèles rencontrassent partout les signes augustes de notre rédemption\ »,
L’évêque fut à l’initiative de la publication d’une vie de saint Méen : \ »Parmi les auteurs qui ont écrit la vie de saint Méen, cet écrivain (le Bollandiste) cite Albert de Morlaix ou Albert le Grand qui écrivait vers 1630; puis Pierre Viel, docteur en théologie, qui rédigea cette vie à la prière de Rolland de Neufville, évéque de Léon (sacré en 1532 et mort en 1613). Nous possédons ces deux vies. Voici le titre de la seconde : « La vie de sainct Méen, abbé au pays de Bretaigne, le 15 juin, mise en français du latin escrit à la main, pris des martyrologes et histoires anciennes dudict pays, à la diligence de Révérend Père en Dieu Roland de Neufville, évêque de Léon en Basse-Bretaigne, par M. Pierre Viel, docteur en théologie » (Revue de l’Anjou, 1890, p. 44).
En 1650, Jan Tanouarn, seigneur Duplessix Bardoul et de Kerdanouarn, abbé commendataire de l’abbaye de Montfort, résidant plus ordinairement au manoir du Plessis Bardoul, paroisse de Téchastel, diocèse de Rennes, fonde pour lui, ses parents et son oncle Rolland de Neufville, chaque jour et fête de saint Rolland, évêque de Cambrai, le 13 octobre, un double solennel, mémoire après vêpres et De profundis chanté près la tombe de Mgr de Neufville « estant dans le chœur, côté de l’Épître » (P. Peyron, La cathédrale de Saint-Pol et le minihy Léon, p. 115).
(1) Renaud de Neuville, seigneur du Plessis-Bardoul, appelé à la montre de l’évêché de Rennes, en 1541, dont le fils, Briand, ne laissa qu’une fille, son héritière, Rollande de Neuville, mariée avant le 29 septembre 1576 à Christophe de Tanouarn.
Sources : Collections numérisées de la bibliothèque de Lyon, avec plusieurs images du missel-pontifical [ Lien ]
Biblio : Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France : Fonds général. Lyon, T. XXX
V. Leroquais, Bibliothèque de la ville de Lyon : Exposition des manuscrits à peintures, Lyon, 1920.
Pouillé historique de l’archevêché de Rennes.
Missel-pontifical cité par F. Duine, Inventaire liturgique de l’hagiographie bretonne, 1922, p. 212-213, n° ccxcviii.
Y. – P. Castel : \ »La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l’influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613)\ », dans Annales de Bretagne, t 90, 1983, p. 311-319.
Anciens registres paroissiaux de Bretagne : baptêmes, mariages, sépultures … (Pléchatel) Par Paul Paris-Jallobert, p. 23.
« Cest le liure de Euen Buzhic » (ms London, BL Harley 6508)
The manuscript British Library, Harley 6508, is an example of Wace’s famous Roman de Brut, a octosyllabic chronicle telling the history of England from he fall of Troy to around the middle of the 12th century, essentially based on Geoffroy of Monmouth’s Historia britonnum. This manuscript, copied in the 14th century, consists of 99 parchment folios. The text, in two columns of 33/43 lines and red initials, begins :
Le manuscrit de la British Library, Harley 6508, est un exemplaire du fameux Roman de Brut, de Wace, une chronique en vers octosyllabiques retraçant l’histoire de l’Angleterre depuis la chute de Troie jusque vers le milieu du XIIe siècle, basée essentiellement sur l’Historia britonnum de Geoffroy de Monmouth. Le manuscrit en question, copié au XIVe siècle, comprend 99 folios de parchemin. Le texte, sur deux colonnes de 33/43 lignes et initiales en rouge, débute :
« Qvi veut oir et veut sauer
De roi en roi et de heir en heir
Qui cil furent et dont il vindrent
Qui engleterre primes tindrent
Quels rois iot en ordre eu
Et qui en ceis et qui puis fu
Mestre gazce la translate
Qui en conte la uerite
Si comme le liure le deuise ».
And ends / Et se termine :
« Ci fault les gestes de bretons
Et la lignee des barons
Qui de lignage bruti vindrent
Qui engleterre longues tindrent
Puis que escript (sic) incarnacion
Print por nostre redempcion
Mil. et C. L. V. anz
Fist maestre gace cest romans »
« Explicit liber bruty » (f. 99).
On the last folio (99v) a 15th century hand has written / Sur le dernier folio (99v) une main du XVe siècle à inscrit :
« Cest le liure de Euen Buzhic ».
Above, there are several notes / Au dessus, plusieurs notes :
1) « Infantem nudum cum te natura creavit » forms the first part of Cato’s Distich I, XXI, which should end ‘Paupertatis honus pacienterferre memento’ / forme la première partie du distique I, XXI, de Caton, lequel doit s’achèver par « Paupertatis honus pacienter ferre memento ».
2) « Tant vault amour come argent dure
Qant argent fault amour nest nulle »
Part of the ‘dis des philosophes’, which is attributed to Juvénal. The end should read : / Fait partie des « dis des philosophes », celui-ci attribué à Juvénal. La fin doit être :
« Qui le sien despent folement,
Il n’est amé de nulle gent ».
3) « Cantate domino canticum nouum laus eius
in eclesia sanctorum letetur israel in eo qui
Deo gracias amen ».
The beginning of psalm 149, which ends: / Il s’agit du début du psaume 149, qui doit se terminer par :/ « fecit eum, et filii Sion exsultent in rege suo ».
Nous avons identifié le possesseur de ce manuscrit comme étant Even Buzic, un petit noble breton de Cornouaille, inscrit au nécrologe de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas (OSA, chanoines réguliers de Saint-Augustin), pour laquelle il fit une importante fondation. En fait, deux membres des Buzic (de gueules a six annelets d’argent) portèrent le prénom \ »Even\ ». Le premier, décédé le 2 juin 1404, fut receveur de Brest, et leva fouage en pays de Léon en 1382 ; l’autre, mort vers 1435, épousa Marguerite du Mur.
We have identified the owner of this manuscript as being Even Buzic, a member of the Breton lesser nobility in Cornouaille, whose death is listed in the Augustinian abbey of Notre-Dame de Daoulas, to which he made an considerable donation. In fact, two members of the Buzic family (de gueules a six annelets d’argent) had the first name ‘Even’. The first, who died 2nd June 1404, was a tax collector in Brest, and raised the ‘focagium’ (hearth tax) in Léon in 1382. The second, who died around 1435, was married to Marguerite du Mur.
Ce manuscrit du Roman de Brut témoigne de la culture livresque des petits seigneurs dont on a trop souvent dédaigné l’importance.
The manuscript of the Roman de Brut is a witness of the book culture of the minor nobility, the importance of which is all too often
underrated.

Armes des Buzic
Liens en relation :
Le Brut d’Engleterre, manuscrit Paris BnF Fr. 1454 [En ligne sur Gallica]
La page d’Hervé Torchet sur les Buzic [En ligne] – Sur Tudchentil [En ligne]
Biblio :
H.L.D. Ward, Catalogue of Romances in the department of manuscripts in the British Museum, I, 1883, p. 263 (donne Enon à la place d’Euen)
Wace, Le Roman de Brut, édité par Ivor Arnold, 2 vol., 1938-1940, Firmin-Didot, Paris, (SATF)
Jean-Luc Deuffic, \ »Les documents nécrologiques de l’abbaye Notre-Dame de Daoulas\ », dans Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 106, 1978, p. 83-102; 107, 1979, p. 103-147.
Sur la famille des Buzic, sr de Kerdaoulas, Keredec, Lespervez, Kergoet, voir Comte de Rosmorduc, La noblesse de Bretagne devant la Chambre de la Réformation, 1668-1671, 1896.
Pecia. Le Livre et l’écrit
Un nouveau site web dédié à la collection périodique Pecia. Le livre et l’écrit [ISSN 1761-4961] (Brepols Publishers)
Décès de Bruce Ferrini
Une grande figure du \ »marché\ » des manuscrits, l’antiquaire d’ Akron, Ohio (Etats-Unis), Bruce Ferrini, vient de disparaitre à l’âge de 60 ans.
Source : Ohio.com
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Auteur du blog : Jean-Luc DEUFFIC




