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14 Sep 2010
Jean-Luc Deuffic

« Arrête passant et révère ce que l’Espagne a redouté …» : Philippe de Châteaubriant (1608-1642)

\ »Le cinquième jour d’octobre 1642 fut tué à l’armée du pays de Catalogne haut et puissant seigneur Monseigneur le comte des Roches Philippe de Châteaubriant. Son corps fut enterré en la chapelle de Montserra, et son coeur fut apporté aux Roches le dixième du mois de novembre en l’année 1652\ ».
C’est ainsi que les registres mortuaires de l’église Saint-Germain de Princay relatent la mort du comte Châteaubriant.
Les circonstances de cette fin tragique à la bataille de Lerida, lors de la campagne d’Espagne, nous sont relatées, entre autres, par les Mémoires de Monglat :

Durant le siége de Perpignan, le maréchal de La Mothe voyant les Espagnols en désordre par les avantages qu’il avoit eus sur eux, assembla toutes ses forces et entra dans l’Arragon, où il mit le siége devant Monçon ; et l’ayant battu du côté de l’église Sainte-Guiterie, la ville se voulut rendre, mais ce maréchal ne la voulut pas recevoir sans le château : de sorte que les batteries continuèrent, et les travaux s’avancèrent tellement , que le 14 de juin tout se rendit ; et y ayant laissé bonne garnison, il retourna en Catalogne pour s’opposer au marquis de Léganès , qui étoit sur la Cinga, et faisoit mine de vouloir entreprendre quelque chose. Après la prise du Roussillon, toute l’armée passa les Pyrénées, et le vint fortifier ; il étoit à Notre-Dame de Montserrat (A), où le marquis de La Luzerne mourut de maladie et y fut enterré, lorsque ce renfort lui arriva fort à propos : car les Espagnols voyant le Roussillon pris, et toutes les troupes qu’ils avoient assemblées pour le secourir inutiles, résolurent de les employer à quelque entreprise considérable en Catalogne. Et comme Lérida est sur la rivière de Sègre, qui faisoit la communication de la Catalogne dans l’Arragon. ils s’arrêtèrent à ce dessein; et le marquis de Tarracuse marcha droit à Lérida avec l’armée qu’il commandoit, durant que le marquis de Léganès, qui étoit à Fragues, l’investissoit de son côté. Sur cette nouvelle, le maréchal de La Mothe assembla toutes ses forees, et marcha en diligence pour sauver cette ville ; et passant par Cervères il gagna la plaine d’Urgel, et passa la Sègre sur le pont de Balaguer, pour aller au devant du marquis de Léganès et le combattre, devant que l’autre armée qui venoit de la plaine de Tarragone l’eût joint : mais ce marquis se retira à Fragues, et donna avis à celui de Tarracuse de tout ce qui se passoit. 11 ne laissa pas de le joindre par des chemins détournés, et tous deux ensemble tournèrent tète au maréchal de La Mothe pour lui donner bataille. Ce dernier eut avis de leur marche par des coureurs qu’il avoit envoyés devers Ayetone, et aussitôt il se prépara pour les bien recevoir. En effet, les deux armées furent le 7 d’octobre en vue l’une de l’autre, et à dix heures du matin la bataille commença, dans laquelle les Français furent chargés d’abord si vigoureusement par les régimens du prince d’Espagne etda comte duc, qu’ils furent mis en désordre ; mais le baron d’Alais et le comte des Roches Baritaut avec la cavalerie les soutint si hardiment que la chance tourna ; et les Espagnols furent rompus, et tellement mis en déroute, qu’ils prirent la fuite, et se sauvèrent en grande confusion à Fragues. Le champ de bataille demeura aux Français avec tout le canon, et ils ne perdirent que le comte des Roches Baritaut ; mais les Espagnols laissèrent deux mille morts sur la place, et la ville de Lérida fut sauvée, ce qui causa une grande joie dans la Catalogne. Sur la fin de l’année, le maréchal de Brezé ayant voulu retourner en France, celui de La Mothe fut fait en sa place vice-roi. Il fit son entrée à Barcelone en cette qualité, où il fut reçu comme triomphant après tant de victoires, avec grande satisfaction des peuples.

On trouvera dans la Gazette de France le déroulement de sa carrière :

Le Sieur de Chateaubriant est nommé lieutenant-colonel du corps de quatre escadrons de dragons formé en Saintonge pour la garde des côtes de cette province.
Année 1636. Le comte des Roches-Baritaut, qui avoit été fait prisonnier par les troupes du général Picolomini, recouvre sa liberté (19 nov.)
1637. Il fait rentrer dans leur devoir les peuples qui s’étoient soulevés en Poitou, en Saintonge & en Angoumois. (8 août). Il défait & dissipe entièrement les restes des Croquans de ces mêmes provinces (14 nov.)
1641. Lieutenant pour le Roi à Talmond en Bas-Poitou, il repousse des pataches espagnoles qui avoient tenté de faire une descente & de fourager la pays (8 Juin).
Le Sieur de Chateau-Briant contribue à chasser le 7 Novembre les Catalans de devant la ville d’Almenas. (18 oct.)
1642. Le comte des Roches commande la gauche de l’avant-garde à la bataille de Lérida & il y est tué. (14 oct.)

Philippe de Châteaubriant, fils de Gabriel de Châteaubriant et de Charlotte de Salo, héritière du s. de la Cornetière, épousa en 1631 Suzanne Loaisel, née en 1607, inhumée le 25 mars 1659 en la cathédrale Saint-Pierre de Rennes. Elle était fille d’Isaac, sieur de Brie, Chambrières, etc., président à mortier au Parlement de Bretagne (1596-1634, d’argent à trois merlettes de sable, posées 2 et 1) (1) et de Catherine de Faucon.
 

Epitaphe de Philippe de Châteaubriant dans le choeur de l’église de Saint-Germain-de-Prinçay

ARRESTE PASSANT
ET RÉVÈRE CE QVE L’ESPAGNE A REDOVTÉ
C’EST LE COEVR DE MESSIRE PHILIPPE DE CHATEAVBRIAND
COMTE DES ROCHES-BARITAVD, MAISTRE DE CAMP
D’VN RÉGIMENT DE CAVALERIE FRANÇOISE ET MARÉCHAL DE CAMP
ÈS ARMÉES DE SA MAJESTÉ.
LA GRANDEVR DE SA NAISSANCE RÉPONDIT PARTOVT
A CELLE DE SA VIE
LA NATVRE LVI DONNA DES VERTVS, ET LE TEMPS
DES OCCASIONS DE LES FAIRE PAROITRE.
IL APPRIT DE SON PÈRE LES PRINCIPES DE LA GVERRE
TANT PAR SES EXEMPLES QVE PAR SES LEÇONS
POVR DONNER A DIEV LES PRÉMISSES DE SA VALEVR
IL DÉFIT A QVATORZE ANS LES ENNEMIS DE LA FOI
EN POITOV, LES SVJETS REBELLES EN RÉ, LES VOISINS
ORGVEILLEVX OV IL RELEVA SON PÈRE, ET SON CHEVAL
AYANT ÉTÉ TVÉ, IL LVI DONNA LE SIEN,
IL LE SVIVIT DANS CETTE ILE ET AV SIÈGE DE LA
ROCHELLE; COMME PYRRHVS ACHILLE A CELVI DE TROYE
IL FVT AVSSI PROMPT A SECOVRIR NOS ALLIÉS QV’A DOMPTER
NOS ENNEMIS ET FIT DEVX CAMPAGNES EN PIÉMONT
FVT AV SECOVRS DE CASAL
IL BVT PART ATOVTES LES OCCASIONS D’ALLEMAGNE ET DE FLANDRE.
IL COMBATTIT A CORBIE JEAN DE WERTH ET PICOLOMINI
ET FVT LEVR PRISONNIER APRÈS AVOIR PERCÉ VINGT ESCADRONS,
NON VAINCV, MAIS LAS DE VAINCRE
LA GLOIRE FVT LE SEVL PRIX DE SA RANÇON,
IL S’EST TROVVÉ EN TRENTE COMBATS OV SIÈGES DE PLACES
ET EN DEVX BATAILLES. CE NOMBRE ÉGALE A PEV PRÈS
CELVI DE SES ANNÉES ; CELLES D’ALEXANDRE.
IL FVT PLVS GLORIEVX EN SA MORT, QVI PRE VINT SON TRIOMPHE
A LA BATAILLE DE LERIDA. IL FIT VN MONVMENT DE SES TROPHÉES
ET MOVRVT V1CTORIEVX A L’AGE DE TRENTE QVATRE ANS,
LE SEPTIEME DV MOIS D’OCTOBRE 1642.
PASSANT AVOVE QVE CE COEVR QVE L’ESPAGNE A REDOVTÉ
MÉRITE D’ÊTRE RÉVÉRÉ SOVS CETTE LAME ÉLEVÉE A SA MÉMOIRE
ET A LA DOVLEVR D’VN PÈRE QVI LVI A RENDV
LES HONNEVRS QV’IL DEVAIT RECEVOIR DE LVI.

Notes
(A). Pour le culte de Notre-Dame de Montserrat en Bretagne, voir la chapelle placée sous ce vocable à Saint-Malo-de-Phily.
(1) le \ »vieux conteur breton\ » Noël du Fail (Propos rustiques ; Contes et discours d’Eutrapel, etc.) pourvu d’un office de conseiller au Parlement de Bretagne par lettres-patentes du 14 octobre 1571, résigna en 1586 sa charge en faveur de Me Isaac Loaisel.
Isaac Loaisel se trouva mêlé à toutes les affaires de la Ligue en Bretagne ; il acheta en 1599 les terre et seigneurie de la Motte en la paroisse de Saint-Armel ; il mourut en septembre 1634, après avoir abjuré l’hérésie, et fut inhumé dans la cathédrale de Rennes en la chapelle Saint-Nicolas dépendant de sa seigneurie de la Motte-Saint-Armel. Sa femme, Catherine Faucon, l’y suivit dans la même tombe le 3 septembre 1641. On voyait encore à Rennes son tombeau en 1756 : c’était « une table de marbre noir portée par quatre consoles en marbre jaspé » avec l’écusson des Loaisel. (Revue de Bretagne et de Vendée, volume 10, juillet 1893, p. 162-163).

28 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

Etienne de Berbisey et Anne Moisson, à propos d’un feuillet enluminé …

La relecture d’un ancien catalogue de Dr. Jörn Günther (Antiquariat, Hamburg), d’octobre 2003 (A selection of manuscripts and miniatures) m’a conduit à identifier (avec l’aide précieuse de Bernard de Lespinay), à partir des armes qui s’y trouvent, les commanditaires de ce manuscrit dont il ne reste ici qu’un feuillet (285 x 190 mm). Le catalogue présume qu’il s’agit présentement du frontispice de statuts d’une confrérie de Saint-Yves(+ 1303), nombreuses depuis le Moyen Âge. L’enluminure est attribuée au Maître des Heures Ango (le célèbre armateur de Dieppe). Nous avons donc ici, agenouillés devant le saint de Tréguier, patron des avocats, Etienne de Berbisey (d’azur à la brebis d’argent, paissant sur une terrasse de sinople) et Anne Moisson, son épouse :

(c) Dr Jörn Günther

Etienne III Berbisey, seigneur de Belleneuve, fils de Thomas B. et de Marguerite Bonvilain, conseiller au Parlement de Dijon épousa vers 1530 Anne Moisson, fille d’Hélie M., avocat général au Parlement de Dijon. C’est le 29 avril 1535 qu’il obtient ses provisions de l’office de conseiller au Parlement de Dijon en remplacement de Lazare de Montholon, décédé. Il était alors licencié ès lois et avocat postulant. Il fut reçu dans ses nouvelles fonctions le 7 juillet 1534. (Collection des ordonnances des rois de France, Catalogue des actes de François 1er, 1531/1534, II, Paris, 1888, p. 671)
Paris BnF Lat. 1374 est le Livre d’heures de Thomas de Berbisey, secrétaire de Louis XI, sur lequel il a inscrit la naissance de son fils Etienne.

Nous tirons de La noblesse aux états de Bourgogne de 1350 à 1789, de Henri Beaune et Jules D’Arbaumont, les éléments suivants sur la famille Moisson :

Moisson. — De sinople à la bande ondée d’argent de trois pièces ; au chef d’azur, chargé de trois étoiles d’or.— Devises : Sine messe fames, et : En moisson loyauté.— Famille originaire de Chambolle et qui remonte à noble Jean Moisson (1), secrétaire du roi, échevin de Dijon et receveur général des finances de Bourgogne en 1389, puis grenetier au grenier à sel et receveur du bailliage de Dijon en 1394 et 1401. Parmi ses membres on remarque : Jean, qualifié bourgeois de Dijon en 1435; Jacques, vicomte-mayeur de la même ville en 1539 et 1542, et gouverneur de la chancellerie aux contrats du duché, dont le fils Jean et le petit-fils André furent maîtres des requêtes de l’hôtel, celui-ci ayant précédemment exercé une charge de conseiller au parlement de Bourgogne en 1605; Elie, avocat général, Philippe et Bernard, conseillers au même parlement en 1520, 1529 et 1634. — Alliances : Léry, Boudier, Millière, Anlezy, Julien, Malion, des Barres, Montholon, la Haye, Berbisey, Beugre, Sayve, Chaugy, Vandenesse, Bernardon, Alixant, Morel, Leval, Parpas, Maillot, Breschard, Fleurey, Brosses. — Fiefs : Cessey, Senecey, le Bassin, Renève, la Motte-les-Talmay. — Cette famille a fourni aussi un doyen de Saint-Etienne de Dijon, grand-vicaire de Langres. M. 1669. E. 1577.
(1) Le sceau de Jean Moisson portait cinq épis posés trois et deux.

\ »On trouve déjà des Berbisey sur la liste des magistrats nommés par Louis XI lorsqu’il créa le parlement de Bourgogne. Et depuis lors, cette famille, dont les alliances étaient considérables, n’avait pas cessé de donner des maires à la ville de Dijon, des conseillers au parlement de Bourgogne, des évêques et des abbés à l’Église. Mais ce qui ajoutait un éclat incomparable à l’illustration de cette maison, c’est qu’il y avait dans les veines des Berbisey une goutte du sang de saint Bernard. En 1378, les deux familles s’étaient unies par le mariage de Perrenot de Berbisey avec Oudette de Normand, de la maison du saint abbé de Clairvaux\ » (Emile Bougaud, Histoire de Sainte Chantal et des origines de la Visitation, Vol. 1, p. 5).

Biblio :
\ »Mémoire sur les origines de la famille Berbisey, à l’occasion d’un hôtel ayant appartenu à cette famille\ », dans  Commissions des antiquités de la Côte d’Or, 1862.
Sur d’autres manuscrits des Berbisey :
Marie-Françoise Damongeot, Un livre d’heures inédit de la famille Berbisey, dans Art de l’enluminure, n° 13. (ms Dijon BM 3765, XVe s., attribué au Maître des prélats bourguignons. [ Etude non consultée ]

Crédit photo : Jörn Günther antiquariat
 

27 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

« Car sans heures ne puys Dieu prier … »

Car sans heures ne puys Dieu prier … c’est le souhait de Jehanne Cinot, qui espère le retour de son Livre d’heures dans le cas où il serait perdu …

Description et image d’un Livre d’heures à l’usage de Noyon vendu chez Sotheby’s (5 décembre 2006, lot 45), ayant appartenu à Jeanne, fille de Jean Cinot.
Autres possesseurs :
Madelaine Camuce (1615, 1657)
Jean Marie Paque de Boulogne (XVII/XVIIIe s.)
[ Lien Sotheby’s ]

Il y aurait un recueil à composer (s’il n’existe déjà …) de ces diverses formules trouvées dans les Livres d’heures :

Heures de Pierre, duc de Bretagne (Paris BnF lat. 1159) : « Cestes heures sont au duc, qui les trouvera si les range, et il aura bonnes trouvailles. »
Paris, Mazarine 508 : « Ce present livre à moy sy appertient Jehenne Hervez, femme de Fleurence (?) de Renel, espicier, demeurant… rouges es halles à Paris. Qui le trouvera, sy me rapporte et payerai… feves. Se (sic) 6 novembre 1547. Jehanne Hervez. »
Douai BM 189 : « Cestes heures appartiennent à Louyse Baillet, fille de feu Herry Baillet, bouchyer, dict Hardy, marchant, demourante au marchié de poisson à Lille. Cuy les troeuve luy les rende ; on luy donera voluntiers pour le vin VI patars, ou que seroit aultrement de raison. »
Rennes BM 27 : « Les presentes heures appartiennent à Yves Garnier. Qui les trouvera les luy rendant, il poyra le vin. »

………..

19 Août 2010
Jean-Luc Deuffic

Techniques d’enluminure au Moyen Âge, d’après le manuscrit du greffier Jean Le Bègue


… Autre Recepte pour faire encre

Prenes ung quarteron de noiz de galle de iiij deniers parisis et faites batre en pouldre, puis la metez en quatre et demie diaue et la faites boulir une heure et demie ou plus a beau feu de charbon et jusques atant que leaue soit revenue a la quarte ; et puis quant elle aura ainsi bouli, y mettez un quarteron de gomme de iiij deniers et plain gobelet de vin aigre ; et puis le faites boulir une autre heure et puis quant elle aura boulu, la descendez et y metez un quarteron coperose en pouldre de iij deniers parisis, et le laissiez refroidier puis metez en un cellier. Et se elle est trop clere blanche si y metez encore un pou de coperose et vous aurez bon encre.

Pour escrire ou paindre d’or
Mettez argent vif avecques or molu en pouldre en cuir de cerfs, et le espraignez si passera largent vif par le cuir et lor demourra ou cuir, puis mettez lor avecques largent vif sur le feu maiz gardez bien que le crosel narde. Et mettez avecques un pou de sel bien moulu et crible tant que le vif argent se parte par fumée, lequel vous pouez recevoir en une escuelle ointe de graisse pendue au hault au dessus puis lavez la pouldre dor en un bacin en yaue, comme vous feriez mine. Puis mettez la pouldre dor quant elle est sèche en glus laite de parchemin orculin [ou velin] lequel mis en vaissel sur eaue chaude est tantost résolu et quant tout sera résolu moelez bien et mettez en vostre plume ou pincel et escrisiez ou paindez dicellui or trempe.

Pour enluminer de mine, soit livre ou autre chose
Ne mettez pas mine par soi, car la lettre en seroit trop clere et mal parant, mais mettez mine avecques vermillon, et se le vermillon est bien rouge et novel si en mettez deux parties et le tiers de mine. Et sil est viel et obscur ou brun mettez de mine la moitié ou les deux pars, car plus est vermillon viel et plus est noir et obscur, et quant il sera mouluz ensamble a leaue clere et sec par monseaux se vous voulez eu ouvrer et quil soit luisant trempez le de vernix et de glaire dœufs rompue a lespurge, et y mettez pou deaue clere et de ce escrisiez en parchemin grosse lettre et menue et quant il est sech, sil nest bien luisant, et que le temps soit moite, séchez le au feu, si resplendira ; et se le tempe et sech et chaut elle serait mieulx sechee au soleil.

Pour escrire de laton et pareillement dor et dargent
Limez très subtilement laton de très pure couleur et puis le molez soutiliment sur le porphire qui est pierre très seure, puis le mettez et un net vaisel et le laissiez asseoir, puis ostez leaue et ayez vostre détrempe de gomme arabiche, et len destrempez puis en ouvrez de vostre pincel, et quant ce sera fait et sech, si le frotez et burnissez très bien, d’une pierre qui est nommée ametiste et ainsi povez vous escrire dor et dargent.

[ A suivre … ]

Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, Lat. 6741, (1441)
Édition : M. Merrifield, Original Treatises on the Arts of Painting Dating from the XIIth to the XVIIIth Centuries, London, 1849.
Biblio : ARLIMA.
 

Orpiment se fait ainsi
Prenez oille et encre et jus despine noire et son escorce moienne bien broyée en un mortier et mettez tout ensemble, en un pot, et li laissiez une nuit reposer, puis le metez un poi boulir, puis le colez, puis le metez boulir un pou avec mirre et aloes et derechief le coulez. Puis metez avec un po de verjus ou de glace, et remetez tout ensemble sur les charbons sans flamme un petit bolir, puis le ostez et le gardez.

A faire couleur blauet comme d’azur
Prenez jus de bleues net et faite en bois ou en parchemin un camp de blanc de plomb, puis mettez le jus dessus le dit champ, trois ou quatre ou cinq lis ou plus si mestier est ; si avez couleur dazur.

Pour peindre murs
Mettez un po de chaux avec ocre pour avoir plus grant clarté, ou vous la mêliez avec rouge simple ou avec prasin ou avec une couleur qui est nommée posce qui est faite de ocre vert et de membrayne ou vous pouvez prandre dune couleur qui soit faite de synople et docre et de chaux et de pose etc. ; et doivent estre murs paint plus moiste que aultre chose pour ce que les couleurs se tiennent mieulx ensembles et soient plus fermes. Et doivent toutes couleurs pour murs estre melles avecques chaux vive.

Noir est fait de charbon broyé avec eaue ou vin et destrempez doile ou deil, mais le bon est fait darrement, etc. Se ce nest carbon qui est fait de paille de fer boulu et cuie avec oille. Ou vous prenez escorce daine et le broiez en eue avec molure de ferre en yaue, et mettez avec arcement et destrempez.

Charnure dymages se fait ainsi
Prenez vert terrin blanc et laque, et mellez ensemble et emplissiez la ou vous vouldrez, puis faictes ombre de vert et ocre en telle manière que ce soit comme vert et mellez avecques un po de laque, et signez vos lits, et puis ombre et puis rose de blanc et de synople, et roses la ou vous plaira, puis faites charnure docre et de blanc et dun po de cinople et mettez dedans les signemens espes et cil qui sera sur la rose sera très sutil, puis prenez de celle couleurs et mettez sur les surcils et dessoubs les piez et sur la bouche et au menton et a la goile et aux oreilles. Et en faut si comme se fust vains, puis désignez de pur lac les cilles et narines et les yeulx et tous les membres. Et metez de rechief dedens umbre legierement et de lac loignez un petit, puis le blanchissez de blanc pur, puis désignez les cilles et les yeulz et les autres membres.

Pour mettre or de feuilles battues
Molez gipse très bien avec yaue pure et nette, puis le séchiez, puis le molez avec cinope si comme rose, et avec cole de poisson qui soit fondue avec très bon vin blanc et le mettez au pincel la ou vous vouldrez et soit bien couvert et le séchiez puis le raez dun coustel plainement et mettez lor dessus et le fermez de ametiste, et le lissez. Et se il ne vient bien prenez de la cole dessus dicte et metez au dessein, et tantost la feuille de lor dessus.

Si vous voulez appareiller oile pour destremper toutes manières de couleurs
Prenes chaux vive avec autant de cerase comme est de loile, puiz metez au soleil et ne le movez jusques a ung moyt ou plus tar quant plus y sera, et mieulx vaudra, puis le colez et gardez très bien loile, et de celle oille gardée et ainsi préparée povez destremper toutes couleurs ensemble et chacun par soy.

Pour escrire dor et dargent
Pren feuille dor et la broyé sur le marbre avec sel, puis le fay estre longuement en eaue, et le levé et laisse rasseoir puis prenez leaue pour oster * le sel, si demourra lor au fons. Si le destrempe a gomme et en escri, si auras lettre noire et quant elle sera sèche, si la poli dun dent, si sera belle et gaune et luisant en bonne cou¬leur dor, et ainsi puez tu escrire de argent se tu veulz.

Pour faire lettre dargent tans argent
Broyez alun avec sel, puis le levé pour oster le sel puis le destrempe a gomme et escri et quant il est sec, si le poli du dent, si perdra sa novete et ara couleur d’argent.

Pour or mouler recipe
R. très fin or lime bien menu et le broyez en un mortier suzille tel que les appoticaires ont, cilz de cuivre les trois pars et la quarte partie de staing ou de plomb, tels sont leurs mortiers ; mais avant ce doit estre votre limeure d’or bien lavée en un bachin ou en une conche de limeterie a un pincel et en ce mortier dessus dit, molez tant or que bave qui y sera mise soit au départir clere. Et en telle manière pourrez molez cuivre argent loton estaing et tout autre metail, mais gardez que lor ne se haerde car il le faul-droit remouldre de rechief. Et quant ce sera fait, estez liaue et les ordures et laissiez lautre rasseoir, puis le metez sur les charbons avec eaue et le chauffez et mouvez.

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