Hugues et Jehan de Keroullay, de Bretagne en Anjou ….
Parmi mes \ »chantiers\ » en cours, une étude captivante sur une famille bretonne de l’ancien diocèse de Léon (Ploudiry / Pencran ?), les KEROULLAY.
(Source : http://clergedol.free.fr/dioceses-bretons/di-leon.htm)
Si son origine reste encore à retracer, deux de ses membres au moins se sont fait un nom au XIVe siècle. Hugues, évêque éphémère de Tréguier, mourut vers 1385/1386. Après avoir été chanoine de Poitiers (1361), de Saint-Pol de Léon et d’Angers (1364), trésorier (1370) puis chanoine de Quimper, etc. il entra à la Rote et devint de ce fait chapelain de Grégoire XI. En 1378 il était régent de l’Université d’Angers. Son frère, Jehan de Keroullay, né en 1327, fut chanoine de Nantes (1362) et prévôt de la collégiale de Guérande. Docteur renommé à l’Université de Paris, il enseigna la théologie à Narbonne auprès de Pierre de la Jugie. Il mourut en 1398 et fut inhumé à Saint-Yves de Paris.
Tombe de Jehan de Keroullay en la chapelle royale Saint-Yves de Paris, d’après Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales, tome IV, Paris, Drouhin, 1792, p. 12-13. Voir l’étude de notre ami Charles Vulliez, \ »Tu es magister in eternum : la représentation magistrale au Moyen Âge à travers quelques pierres tombales de \ »maîtres-enseignants\ » parisiens des XIVe et XVe siècles\ », dans Passion de la découverte, culture de l’échange. Mélanges offerts à Nicole Moine et Claire Prévotat, Langres, 2005, p. 187-206
Probablement par suite d’héritages, Hugues de Keroullay reçut plusieurs biens et fiefs en Anjou, qui à sa mort revinrent à son frère Jehan, qui lui-même les légua à un autre frère Yvon, écuyer, époux de Marie de Léon. Une fille de ce dernier se maria à Lépart de la Jumellière, d’une famille angevine, seigneur de Martigné-Briand, la Guerche, Blaison, le Vieil-Baugé, la Jumellière, etc., C’est ainsi que la famille fit souche en Anjou.
Château de la Haute-Guerche des seigneurs de La Jumellière (c) Châteaux de France
Nous avons déjà étudié (1) quelques manuscrits de la fratrie Keroullay aujourd’hui conservés à la Bibliothèque Carnégie de Reims. Plusieurs sont issus des collections de l’ancien évêque de Nantes Olivier Salahadin, dont la famille fit alliance, semble-t-il, avec celle de Keroullay. Jehan de Keroullay fut chanoine de Nantes et parait avoir acquis plusieurs manuscrits de la succession d’Olivier, comme l’indique l’ex-libris d’un de ses manuscrits (n° 501, oeuvre du Breton Hervé Nedellec) : « Iste liber est Oliverii Salah[adini], doctoris in theologia ». — Un peu plus bas : « Istum librum tradidit dominus Archerius magistro Johanni de Keroullay, quando fuit Nannetis ». Le patronyme\ »Larchier\ » reste fréquent dans le Nantais. Il fut entre autres porté par une dynastie d’imprimeurs dont Etienne ( Jean Meschinot, Lunettes des princes) et maistre Jehan Larcher, dit Dupré, en son vivant libraire, lequel fut un des premiers imprimeurs parisiens.
(c) Reims BM 501. Explicit.
Le manuscrit Reims 684 porte lui l’exlibris d’Hugues de Keroullay : « Iste liber est domini Hugonis de Keroullay, utriusque juris doctoris, domini de Marchereuart ». Le magistral catalogue des reliures médiévales de la Carnégie (IRHT : Jean-Louis Alexandre, Genevièvre Grand, Guy Lanoë) donne pour ce manuscrit la forme Marcherenart. Mais il s’agit bien de Marchereuart (Marcherevart), nom de l’ancien fief des Marchais-Ravart sis en la commune de Faye-en-Anjou, tenu par les Keroullay dans la seconde moitié du XIVe siècle.
(c) Reims, ms 684, f. 148v. Ex-libris de Hugues de Keroullay. Photo IRHT : http://reliures-reims.irht.cnrs.fr/accueil/accueil.php
Notre étude s’appuie essentiellement sur des documents inédits des archives départementales de Maine-et-Loire (ADML), des Archives nationales (fonds Saint-Yves et chapitre Notre-Dame) et sur les manuscrits de la Bibliothèque Carnégie de Reims.
(1) Jean-Luc Deuffic, « Les manuscrits d’Olivier Salahadin, Grand Maître du collège royal de Navarre (+1354) », dans Pecia, 6, 2004, p. 161-166.
Dormition de la Vierge
Dormition de la Vierge. Eglise Saint-Salomon de La Martyre (Finistère, Bretagne, France). 1562.
(c) http://www.flickr.com/photos/16459025@N03/
Lien : la page de Jean-Pierre Le Bihan sur les vitraux de la Dormition en Bretagne
Vol du Codice Calixtino !
Ce jour, a été annoncé le vol du Codice Calixtino, célèbre manuscrit désigné également sous le nom de Liber Sancti Jacobi ou Livre de saint Jacques, conservé à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Histoire et description du Codex Calixtinus [ wikipedia ]
Sources :
A voir : présentation du manuscrit par M. Alison Stones, Professor of History of Art and Architecture
A lire : Les textes fondateurs de la légende de Compostelle par Bernard Gicquel
Fondation David Parou Saint-Jacques
Bibliothèque de la cathédrale Saint-Jacques
Medieval chant from Codex Calixtinus [ youtube ]
Auction : Livres d’heures
<> Mercredi 25 mai 2011. Paris, Drouot. KAPANDJI MORHANGE :
Lot 19. Livre d’heures à l’usage de Rome. Bruges ou Gand. Vers 1470. Parchemin, 4 f. + 116 f. + 6 f., 165 x 123 mm.
[ Catalogue en ligne ]
<> Mercredi 1er juin 2011. PARIS ROSSINI. VENTE ALDE :
Lot 94. HEURES À L’USAGE DE PARIS. Manuscrit du XVe siècle sur vélin. In-8°, ais de bois. Les miniatures ont été enlevées.
Lot 95. HEURES À L’USAGE DE ROME. — Hore interemate dei genetricis Virginis Marie secundum usum romanum totaliter ad longum adjunctis que plurimis sanctorum sanctarum que devotissimis orationibus et suffragis. Paris, Thielman Kerver, 14 Aoust 1515.
[ Catalogue en ligne ]
<> Vendredi 17 juin à 13h du N°1 à 740 – Samedi 18 à 13h du N°741 à 1420. BRUXELLES – THE ROMANTIC AGONY :
Lot 984. Livre d’heures de Jean le Sauvage et Jacqueline de Boulogne, à l’usage de Rome, école ganto-brugeoise, 1503, manuscrit en latin et en français sur parchemin, reliure moderne de cuir brun, 150 x 107 mm, 177 f. D’une écriture cursive XVe-XVIe siècle à l’encre noire : \ »Ces presentes heures ont esté a dame Jaqueline de Boulogne et apries son trepas a Franchoys le Sauvaige\ ». A l’encre rouge : \ »Ce superbe manuscrit faisoit l’ornement de la Bibliothèque de l’Abbaye de Saint-Adrien à Grammont et fut possédé ensuite par Dom Norbert de Schamphelere [1741-1805], religieux supprimé de la ditte abbaye, qui au lit de la mort en a gratifié Albert Spitaels le 11 juillet 1805, quatre jours avant son trépas, R.I.P.\ ».
Le corps original du livre (f. 5-157) est de la main de Jean Markant, qui a signé son oeuvre dans le colophon du f. 157. Ce dernier a fait partie d’un groupe de miniaturistes actif à Lille au tournant du XVIe s.; on le trouve également à Tournai en 1489, où il était un des élèves de Jean César, et à Bruges en 1512, où il s’était fait membre d’une guilde, probablement afin d’avoir accès au florissant marché de l’enluminure.
Les premiers possesseurs pourraient être Jean le Sauvage [ voir bio ici ]et son épouse Jacqueline de Boulogne représentés en prière au f. 4, sur un folio ajouté au corps original du texte. Jean le Sauvage (1455-1518) était seigneur d’Escobecques, près de Lille. Il fit une importante carrière au service de Philippe le Beau et de son fils Charles Quint et fut promu au rang de président du Conseil des Flandres en 1503 (année de notre manuscrit), de chef du conseil de Malines en 1508, puis de grand chancelier de Bourgogne en 1515. Il mourut à Saragosse en 1518. Jacqueline de Boulogne était dame de Le Maisnil. A sa mort, le manuscrit passa entre les mains de François le Sauvage. A la fin du XVIIIe siècle, il appartenait à Norbert de Schamphelere (1741- 1805), l’un des derniers bénédictins de l’Abbaye Saint-Adrien de Grammont, où il enseignait la syntaxe latine au collège abbatial. A l’article de la mort, en juillet 1805, il donna le livre à l’un de ses élèves, Albert Spitaels, membre d’une riche famille de banquiers grammontais.
Lot 985. Breviary with prayers and Psalms, in Latin and French. [France, 15th c.], manuscript on vellum, c. 13,7 x 10 cm, f. 1-11 : French Calendar (lacking \ »July\ »), with some typical saints in red (Pol, Adix, Yves, Eloy, Loys Roy, Andrieu); f. 12-156 : Gospel readings, Psalms and prayers, with 1 blank f. (ruled) and last 7 f. in French
[ Catalogue en ligne ]
Pour quelques oeuvres de l’enlumineur Jean Markant, voir :
ms London, British Library, Harley 2923 ;
ms San Marino Huntington 1149 [ en ligne ]
Liste sur la base Luxury Bound d’Hano Wijsman [ en ligne ]
A lire : D. Vanwijnsberghe, \ »Marketing Books for Burghers : Jean Markant’s Activity in Tournai, Lille and Bruges\ », in Flemish Manuscript Painting in Context. Recent research, based on symposia held at the J. Paul Getty Museum Los Angeles (Sept. 5-6, 2003) and at the Courtauld Institute of Art, London (Febr. 21, 2004), Los Angeles, 2006, p. 135-148. [ Extraits ]
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Auteur du blog : Jean-Luc DEUFFIC
