22 Avr 2026
Jean-Luc Deuffic

Un beau coup de pub ! Robert de Nantes, maître d’écriture au XVe siècle

Le manuscrit Latin 8685 de la Bibliothèque nationale de France, un document fascinant, montre les débuts du « marketing » éducatif. Robert de Nantes ne se contente pas d’enseigner ; il fixe un tarif précis, une durée (un mois hors jours fériés), et prévoit même un service après-vente (le droit de revenir gratuitement si l’élève est un peu lent à apprendre) tout en se protégeant contre les mauvais payeurs par un système d’acompte et de caution.

The manuscript Latin 8685 from the Bibliothèque nationale de France, a compelling document, reveals the early beginnings of educational « marketing. »
Robert de Nantes did not merely teach; he established a precise pricing structure and a set duration (one month, excluding public holidays). He even provided a form of after-sales service –granting students the right to return for free if they were slow learners – while protecting himself against bad payers through a system of deposits and guarantees.

Au nom du Seigneur, Amen.
Ceux qui désirent être instruits dans la science de l’écriture – laquelle ne peut être acquise sans une très grande diligence – sont informés qu’un accord a été conclu avec Robert Det[…], clerc du diocèse de Nantes, suffisamment expert en cet art. S’ils y mettent de la peine, il a l’intention, avec l’aide du Seigneur, de les rendre aussi parfaits que possible dans ladite science.
Le mode d’apprentissage de cette science sera le suivant :
Tout homme, vieux ou jeune, pourvu qu’il soit clerc, pourra apprendre avec lui, pour le prix de deux écus d’or de bon et légitime poids, pendant l’espace d’un mois (les jours de fête non compris), n’importe quel style d’écriture suivant, soit de manière particulière, soit de manière générale.
Les conditions de paiement :
Le premier écu sera payé avant tout début de l’écriture ; pour le second, il sera fourni une caution ou un engagement, et pas autrement, afin d’éviter que ne s’élève, de quelque manière que ce soit, une plainte trompeuse avec ses compagnons écoliers. En effet, il entend mener toutes ses affaires avec simplicité, réclamant le pieux soutien de ses bons compagnons. Il croit d’ailleurs qu’à moins qu’ils ne soient très grossiers [d’esprit], ils seront rendus suffisamment savants dans ce laps de temps.
Cependant, s’ils n’ont pas maîtrisé l’écriture dans cet intervalle, ils pourront se présenter à son étude pour le temps qu’il restera dans leur région, sans autre paiement pour ladite science ; il y apportera, comme auparavant, toute la diligence dont il sera capable.
Les styles d’écriture enseignés sont les suivants :
La lettre curiale (de cour)
La lettre simple et courante
La lettre serrée ou enchaînée (conclavata)
La lettre ronde
La lettre en écriture brisée (textus fractus, la gothique textura)
La lettre en écriture semi-brisée
La lettre bâtarde
Comme cela pourra apparaître clairement dans ses propres écrits à ceux qui s’y connaissent. Ces écritures, ou certaines d’entre elles selon leur volonté d’apprendre, il s’efforcera de leur montrer d’un cœur bienveillant, avec beaucoup d’autres excellents détails, s’ils prennent soin de bien le payer.
Explicit. (Fin)

Numérisé sur Gallica :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10023848k

Archives et manuscrist (BnF)

Lecture :
Journal des Savants (1899)
F. GASPARRI, « Note sur l’enseignement de l’écriture aux XVe-XVIe siècles : à propos d’un nouveau placard du XV1e siècle découvert à la Bibliothèque Nationale »,dans Scrittura e civiltà (ISSN: 0392-1697), 2 (1978), p. 245-261.
https://heyjoe.fbk.eu/index.php/scrciv

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