14 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Le Landernéen « Charles de Rochemagne le Rouss », capucin, converti à la religion réformée (1619)

Traquant ex-libris et anciennes provenances, j’ai fait la rencontre récente d’une plaquette de 14 pages in-8° (non encore examinée) dont le titre en lui-même est assez significatif pour être publié entièrement :

Declaration de Charles de Rochemagne Ie Rouss, natif de Landernau en Basse Bretaigne, ci-deuant Capucin au conuent des Capucins de Chasteleraud, faite publiquement en l’Eglise Reformée dudit lieu, le Dimanche 22 de Septembre 1619. Ou sont contenues les raisons et motifs pour lesquels il a abjuré ses voeuz monastiques, et s’est retiré de dessous Ie joug de la Tyrannie Papale. Ne jugez point selon l’apparence, mais jugez d’un droit iugement. I Jean, 7 24. A Lodvn de l’impression de La-Barre, 1619.

Référence prise dans les Kerkhistorisch archief, volumes 1 à 2, Amsterdam, 1857, p. 414, le seul exemplaire connu, semble-t-il, se trouve aujourd’hui conservé à l’Université de Leiden (Special Collections (KL) Bibliotheque Wallonne, BIBWAL I 124: 1 ). Il y eut un second tirage, puisque les exemplaires de Paris, BnF (D2- 10764) et de la BM de Toulouse (Fa D 19218 (63), datés de 1620, offrent un libellé quelque peu diffèrent :

Declaration de Charles de Rochemagne le Rouss. natif de landerneau en Basse Bretagne cy devant Capucin au couvent des Capucins de Chasteleraud, faite publiquement en l’église réformée dudit lieu, le… 22. de janvier 1620. Où sont contenues les causes et motifs pour lesquels il a abjuré ses voeux monastiques et s’est retiré de dessous… la tyrannie papale. Jouxte la copie imprimée à Loudun, 1620.

« Charles de Rochemagne le Rouss », se dit natif de Landerneau. Le patronyme Rochemagne est inconnu à la Bretagne : s’agit-il d’une traduction française d’un nom breton (Rochemeur, Rosmeur ?) Probablement s’appelait-il « Le Roux ». Malheureusement nous n’avons pas trouvé trace de sa naissance à Landerneau, seuls les registres paroissiaux de la paroisse de Saint-Thomas remontent au-delà de 1600. Il ne fit certainement pas profession chez les Capucins de l’ancienne cité léonarde, puisque l’installation du couvent de cette ville ne date que de 1633. Il rejoignit donc celui de Chatellerault fondé en 1612 dans le faubourg Sainte-Catherine.
Quoiqu’il en soit, après sa conversion, Charles de Rochemagne, s’installa à Vitré, un des grands pôles, avec Nantes, du calvinisme breton (http://protestantsbretons.fr/histoire/etudes/questions-sur-vitre-1/)
En effet, son nom se retrouve dans les registres de l’église réformée de Vitré, à la date du 12 juillet 1620 (1), quand il se marie avec Anne Chapelais, née le 12 mars 1597 de Guy Chapelais, sieur de la Vigne, tailleur d’habits et de Judith de Launay.
Plusieurs enfants naîtront de son union avec Anne:
Elisabeth, 12 avril 1621
Charlotte, 11 mars 1622
Philippe, 5 avril 1624
Jeanne, 25 juin 1625
Marie, 18 novembre 1626
Philippe, 26 juillet 1628
Charles, 28 décembre 1630
Anne morte le 5 mars 1634, Charles de Rochemagne se réfugie par la suite à Guernesey, où il mourut à un âge très-avancé, en mars 1672 : 

Il remplissait dans l’église paroissiale de Saint-Pierre-Port l’office de Lecteur, c’est-à-dire de celui à qui il appartenait de lire les saintes Ecritures, de conduire le chant, et d’aider le ministre dans quelques-uns de ses devoirs. Il était aussi maître de l’école paroissiale. Il s’est remarié deux fois à Guernesey, d’abord en avril 1641, à Jeanne Arthur, et puis en mars 1653, à Marguerite Hodon  (Bulletin archéologique de l’Association bretonne, 1877, p. 33).

Gilles-André de La Roque de La Lontière, dans son Histoire généalogique de la maison de Harcourt, 1662, p. 622-623, fait mention de « Charles de Rochemagne Breton, en la généalogie manuscrite qu’il a publiée de la maison de Montgommery », qui sans aucun doute, se rapporte à notre personnage.

NOTE
(1) Je remercie Jean-Claude Bourgeois (groupe Généalogistes du Finistère) pour une précision concernant cette date.

BIBLIO
Paul Paris-Jallobert, Anciens registres paroissiaux de Bretagne: baptêmes, mariages, Volume 1, Eglise protestante de Vitré, Rennes, 1890,, p. 25, 140.
LIENS
Le blog de Jean-Yves CARLUER : Les Protestants bretons
LE PROTESTANTISME EN BRETAGNE AUX XVIe, XVIIe & XVIIIe siècles, par Jean-Luc TULOT

12 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

L’incunable de la « Cité de Dieu » du frère carme Bertrand Estienne


Bertrand Estienne
(ou Etienne, Bertrandus Stephani) et Jean Marchand (Johannes Mercatoris), carmes de la province de Touraine, bacheliers en théologie et lecteurs en l’Université de Paris, ont marqué l’histoire de l’imprimerie lorsqu’à la demande de Louis Martineau (également tourangeau), ils corrigèrent le commentaire de leur confrère anglais John Bacon sur le troisème livre des Sentences, qui sera imprimé à Paris le 15 janvier 1485 (n.s.). Cette précieuse édition in-folio est aujourd’ui conservée dans plusieurs bibliothèques (Durham, Ushaw College; Edinburgh UL (New College) ; Paris Mazarine; Valognes BM ; Leipzig UB ; Nürnberg StB ; Cambridge MA, Harvard College Library, Houghton Library, etc)

Nous avons eu la chance de découvrir le nom de Bertrand Estienne sur un autre incunable dont il fut un certain temps possesseur. En effet, à la Bibliothèque de la Sorbonne se trouve un exemplaire (Rés. In 70) de la Cité de Dieu de saint Augustin (De civitate Dei comment. Thomas Valois et Nicolaus Triveth), imprimé à Bâle par Johann Amerbach, le 13 février 1489, portant cette note manuscrite : « Ce livre appartient a fresre Bertram Estienne».
Par la suite, au courant du XVIe siècle, l’ouvrage a appartenu à Jérôme [?], religieux du prieuré clunisien de Saint-Martin des Champs à Paris, et au frère Jean, gardien du couvent (des Franciscains ?) de Quimper, sans que l’on ne connaisse exactement la chronologie de ses différentes possessions : « Dompnus Jheronimus [gratté] religiosus Sancti Martini de Campis sibi pertinet hunc librum, xiiii s. P. » ; « Ex libris fratris Johannis prepositi conventus Corizopitensis ». Un examen des écritures pourrait peut-être le déterminer.

SUDOC / Référence

Biblio : A. Claudin, L’histoire de l’imprimerie, t. 1, Paris, 1900, p. 300-301.
 

Exemplaire de la Cité de Dieu de la Bridwell Library

5 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

Prochaines ventes : Sotheby’s, Livres d’heures et statuts

Sotheby’s 8 juillet 2014 : une des belles ventes de l’année …
Lot 16: un feuillet avec scènes de la vie de saint Denis, enluminées par Richard et Jeanne de Montbaston (XIIIe s.)
Livres d’heures : lot 60, 61, 62, 63, 64 (Peut-être décoré à Rennes), 65
Catalogue en ligne : http://www.sothebys.com/pdf/2014/L14240/index.html

Alde – 27/06/2014, lot 58. [HEURES]. Horæ ad usum Romanum. [Flandres (?), fin du XVe siècle]. Manuscrit sur vélin de 161 f.n.ch. 130 x 90 mm. Reliure XVIe s.
http://catalogue.gazette-drouot.com/html/g/fiche.jsp?id=4029334
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Heures (Flandres?)

SARTHE ENCHERES – 28 juin 2014. Lot 255. Livre d’heures. XVe s. 158 pages de velin. 175 x 115 mm. 8 miniatures. 4 feuillets de velin portant des annotations manuscrites, Reliure du XVIe siècle. Provenance : 1) vers 1510: Gillette de Vassau épouse d’un Pierre Clément… (p. 5r). 2) vers 1580: demoiselle Loyse Dehault épouse d’un de Grand de la région de Chaumont, (Haute Marne) (p. 2r). 3) vers 1620: Alexandre de Grand, fils des précédents (p. 162v). 4) vers 1663: Nicolas de Grand, fils du précédent (ibid.). 5) famille CAILLAUX à partir de 1812, Joseph Caillaux, etc …Baronne ROGER née Caillaux.
http://tiny.cc/iywygx


Heures à l’usage de Langres

AUDAP – MIRABAUD – Drouot Richelieu – 26 juin 2014- Lot 51 : Livre d’heures à l’usage de Langres – première moitié du XVe siècle ; pet. in-8 (100 x 80 mm) de 153 f. à 15 longues lignes par page, reliure du début du XVIIIe s.
http://tiny.cc/82wygx

Maître Hervé LEGROUX et Hôtel des Ventes de RODEZ – 19 juin 2014
Règles et statuts de l’église collégiale et chapitre de Saint Laurent de Rouergue – XVe s.

4 Juin 2014
Jean-Luc Deuffic

De l’évangéliaire breton de Tongres (IX / Xe siècle) à « La Gloire de sainte Anne » (1657)


(c) Base BALaT (IRPA)

Parmi les évangéliaires bretons médiévaux encore conservés aujourd’hui, celui de la Basilique Notre-Dame de la Nativité de Tongres (Belgique), daté des IX/Xe s., est certainement l’un des plus intéressants, notamment par la longue souscription qu’il contient, nous révélant qu’il s’agit présentement d’une donation à Saint-Pern, église faisant autrefois partie de la paroisse primitive de Plouasne (diocèse de Saint-Malo), église donnée, en 1050, à l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers :

« Moi, serviteur des serviteurs de Dieu, et son fidèle disciple, bien qu’indigne, Gleuhitr, par amour du Roi éternel et de saint Bern, confesseur, pour moi-même ainsi que pour tous les chrétiens nés depuis Adam jusqu’au jour du Jugement, et pour mon seigneur abbé Loeisguoret, qui a abandonné au clergé de cette église le cens de ma maison et de mon jardin pour autant qu’ils valent, sur l’ordre de Dieu et avec l’assentiment des gens de bien, j’ai donné ce livre des Évangiles à l’église de saint Bern, dans l’évêché de saint Malo. C’est pourquoi je prie tous les successeurs de cette église, aussi bien les plus âgés que les plus jeunes, et aussi les fidèles, de n’oser enlever ce livre, ou de le soustraire en quelque occasion pour un certain temps ; ensuite, quiconque l’aura volé, ou l’aura enlevé de quelque façon de cette église, sauf avec les reliques des saints aux jours de fête, ou quiconque grattera de cette page ces lignes écrites par moi, ou enlèvera le feuillet même par mauvais esprit, qu’il soit au jour redoutable du Jugement séparé de la congrégation des saints et joint à celle des démons ».

De même, sa précieuse reliure velours, argent et pierre précieuse (XIII/XIVe s.), avec fermoirs en argent (1617), en fait un objet d’art inestimable …

L’importance des évangéliaires pour l’étude des scriptoria bretons est comparable au succès d’une oeuvre comme celle de la Gloire de sainte Anne, qui au XVIIe siècle fut un bestseller local, en référence au grand mouvement qui se forma autour du célèbre pèlerinage de Saint-Anne d’Auray (diocèse de Vannes).

LA GLOIRE DE || SAINTE ANNE, || MERE DE LA SACRE’E || VIERGE MARIE. || REPRÉSENTE’E SOMMAIREMENT || en sa Vie, en ses Grandeurs ; Et parti- || culiérement en l’Origine, & progrès || admirable de la célebre devotion de sa Chapelle Miraculeuse près d’Auray || en Bretagne. || Auec vne Instruction aux Pelerins, & || des Prières & Oraisons pro- || pres pour bien faire ce voyage. || Par vn Pere de la Compagnie de IESUS || Le tout diuisé en trois Parties. || [ vignette : le Christ et la Vierge Marie] || A VENNES, || Par VINCENT DORIOV, Imprimeur || du Clergé & du College. 1657. || [ — ] || AUEC PRIVILEGE DV ROY.

L’ouvrage du R. P. jésuite François de Kernatoux (1601 – † 8 octobre 1667 ) a eu son historien en la personne de Jean-Louis Debauve, « Un succès local de librairie sous l’ancien régime : les éditions de La gloire de sainte Anne (1657-1854) », dans MSHAB, t. 78, 2000, p. 75-91.
Pour notre part nous avons relevé au moins 14 éditions différentes de la Gloire de sainte Anne entre 1657 et 1770.

Description et bibliographie dans :

INVENTAIRE DES LIVRES LITURGIQUES DE BRETAGNE

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