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20 Sep 2024
Jean-Luc Deuffic

Les Heures de Jean Troussier, sénéchal de Lamballe et procureur général de la « Bretagne Galou » (Paris, vers 1420-1430). Collection Heribert Tenschert

© HERIBERT TENSCHERT – Heures de Jean Troussier. Pietà ; commanditaire (fol. 3).

 

La présentation vidéo, en ligne, d’un des sublimes livres d’heures de la prestigieuse collection de notre ami Heribert Tenschert, en l’occurrence celui de Jean Troussier, m’a encouragé à revenir sur cet emblématique manuscrit, dont l’enluminure a été attribuée au Maître de la Légende dorée de Munich, et qui montre l’attachement de certains seigneurs bretons à faire appel aux meilleurs et aux plus talentueux enlumineurs de l’époque. Cette page reprend en fait, avec quelques légères modifications, la notice que j’ai consacrée à ce manuscrit dans mon corpus publié sous le titre Le livre d’heures enluminé en Bretagne. Car sans heures ne puys Dieu prier (Brepols, 2020).

Livre d’heures à l’usage de Paris, de Jean Troussier, procureur général de Bretagne gallo et sénéchal de Lamballe. Paris, vers 1420-1430. Collection Heribert Tenschert

168 f. 215 × 162 (110 × 72) mm. 15 lignes (texte), 17 lignes (calendrier), 18 lignes (textes ajoutés en début et fin d’ouvrage). Écriture gothique Textura. Reliure maroquin vert (XVIIIe siècle).

Composition. 1-2v. Armoiries peintes (1). Fol. 3. Salve Regina. Fol. 4-15v. Calendrier en français, de type parisien. Au 21 février, Luthernast, pour saint Leuthiern (2), dont les reliques reposaient à l’abbaye Saint-Magloire de Paris. Fol. 16. Péricopes évangéliques. Saint Jean. Fol. 17v. Saint Luc. Fol. 19. Saint Mathieu. Fol. 20v. Saint Marc. Fol. 21v. Prières à la Vierge. Obsecro te (formulation masculine). Fol. 25. O intemerata. Fol. 29. Heures de la Vierge, à l’usage de Paris. Matines. Trois nocturnes. Fol. 51. Heures de la Vierge. Laudes. Fol. 62. Prime. Fol. 68. Tierce. Fol. 72v. None. Fol. 80v. Vêpres. Fol. 87. Complies. Fol. 92. Psaumes pénitentiels. Fol. 103v. Litanies. Entre autres, saints Gervais et Protais, Denis, Germain ; saintes Geneviève et Opportune. Fol. 109v. Heures de la Croix. Fol. 113. Suffrages. Fol. 116. Office des morts, à l’usage de Paris. Fol. 159. Les Quinze Joies de Notre-Dame, en français :  xv Joyes : Doulce dame. Fol. 164. Les Sept Requêtes à Notre-Seigneur, en français : vii Requêtes : Doulz Dieu. Fol. 167-167v. Une prière a été ajoutée peu avant 1450, pour éviter les punitions de l’Enfer. Oracio ad evitandum eterna supplicia. Deus, qui non vis mortem peccatorum, nec letaris in perditione morientium… (formulation féminine).

Décoration. Attribuée au Maître de la Légende dorée de Munich. Pietà ; commanditaire (fol. 3). Saint Jean (fol. 14) (3). Saint Luc (fol. 15v). Saint Mathieu (fol. 17). Saint Marc (fol. 18v). Annonciation (fol. 27). Visitation (fol. 49). Nativité (fol. 60). Annonce aux bergers (fol. 66). Adoration des Mages (fol. 70v). Présentation au Temple (fol. 74v). Fuite en Égypte (fol. 78v). Couronnement de la Vierge (fol. 85). David en prière (fol. 90). Crucifixion (fol. 107v). Pentecôte (fol. 111). Funérailles (fol. 114). Vierge à l’enfant Jésus, au jardin (fol. 157). Jugement dernier (fol. 162). Enfer (ajoutée ? exécutée par le Maître de Dunois, fol. 165).

Concernant le Maître de la Légende dorée de Munich, les avis ont divergé sur l’existence réelle d’un atelier attaché à cet enlumineur parisien, certains le présentant plutôt comme un itinérant (Spencer). Aujourd’hui, au vu de sa production, la question semble réglée. François Avril a souligné le rôle déterminant du MLDM dans la formation du Maître de l’Échevinage de Rouen, ville où le MLDM aurait pu séjourner (4). On peut remarquer plusieurs connexions avec la Bretagne, notamment avec les Heures du duc Arthur III (ms. New York, The Morgan Library & Museum, M.241) ou celles de son épouse Marguerite de Bourgogne (ms. Windsor Castle, royal collection, RCIN 1142248, « Heures Sobieski) (5).

Le Maître de Dunois, actif à Paris entre 1435 et 1466, doit son nom à une de ses premières productions, le livre d’heures du comte Jean de Dunois, fils illégitime de Louis d’Orléans (ms. London, British Library, Yates Thompson, 3), et est aussi appelé « Principal associé du maître de Bedford » (Chief Associate of the Bedford Master) (6). Comme production commune de ces deux maîtres voir les Heures de la collection d’André Hachette.

Provenance. Manuscrit commandité par Jean Troussier (ou Trouxier), procureur général de Bretagne gallo et sénéchal de Lamballe dans les années 1420-1450 ; au fol. 3 : Jean Troussier, en armures, les mains jointes, agenouillé sur un coussin d’azur semé de fleurs d’or, devant son prie-Dieu sur lequel se trouvent ouvert son livre d’heures ; à terre, son bouclier peint à ses armes, et son casque dont le cimier représente une femme vêtue de gueules, tenant en ses mains un phylactère avec une probable devise (motto), dont on devine quelques mots : « … * pour * le * s… * ». Armoires : d’hermines au lion de gueules couronné d’or.

Commissaire pour la réformation de la noblesse bretonne de 1426, et pour plusieurs enquêtes de feux (1434, 1440 etc.), Jean Troussier figure aux précieux comptes de Jean Droniou (1424-1426), comme trésorier et receveur général de Bretagne, parmi les officiers du duc Jean v : « Jehan Troussier procureur général de Bretagne Galou » (la partie gallo de la Bretagne, celle dite de langue française ; l’autre étant le procureur de Basse-Bretaigne, bretonnante) ; « A Jean Troussier, sénéchal de Lamballe 20 £ » ; « A Jehan Troussier, que Monseigneur lui devait pour prêt 235 écus d’or » (7). De nombreux actes mentionnent les activités de Jean Troussier, comme sénéchal, entre 1412 et 1444 (8).
Le Catalogue de livres rares et curieux composant la bibliothèque de M. L. B. G., (Paris, 1864), fait état sous le n. 653 d’un « TERRIER DE LAMBALLE » : s’ensuivent les informations de plusieurs paroisses dudit terrouer faites par Jehan Troussier, sénéchal de Lamballe, etc (Gr. in fol., br. MANUSCRIT ancien, très curieux à consulter pour l’histoire de Lamballe et de Saint Brieux (sic).
Le nom de l’épouse de Jean Troussier ne nous est pas parvenu.


© HERIBERT TENSCHERT – Heures de Jean Troussier. Commanditaire (fol. 3, détail).

Les Troussier, seigneurs de la Gabetière (9) et de Pontmenard à Saint-Brieuc-de-Mauron (Morbihan), portaient d’hermines au lion de gueules couronné d’or. L’enquête de réformation de la noblesse bretonne du 14 avril 1426 avant Pâques (1427 n. s.), signale parmi les trois nobles de cette paroisse un certain Guillaume Troussier ayant « métayer en son manoir à la Gabetière », personnage sur lequel nous ne savons rien par ailleurs (quel lien avec notre Jean, sénéchal de Lamballe?). Cette famille donna deux grands chantres de Saint-Malo, Olivier Troussier (pourvu en 1450, fondateur en 1470 de la chapellenie de Saint-Julien dans la cathédrale), décède en 1475 (10) ; Jean Troussier, son neveu, qui le remplaça, fut grand aumônier du duc de Bretagne François II, son ambassadeur en Angleterre en 1486 (11). Citons également Guillaume Troussier, noble écuyer, receveur de Lamballe en 1459-1460 (12) et Mathelin Troussier, alloué de Lamballe, mentionné en 1476 (13). Le 18 avril 1480, Florence Leet (14), femme de Guillaume Troussier, sr de la Gabetière, était en procès devant la cour de Lamballe contre Jean Poulain (15). Ce Guillaume Troussier est peut-être le fils de notre Jean Troussier, sénéchal de Lamballe.

Possesseurs (XVIIe siècle); aux fol. 1r-v, 2, armes et monogramme: « M » et « A », entrelacés. De Curcay (16)? ‒ Aubert de Rosainville (XVIIe siècle ?) ‒ Ex-libris de Helmut N. Friedlaender (1913-2008) ‒ Christie’s, vente du 28 novembre 1990, Medieval and illuminated manuscripts, valuable printed books, autograph letters and manuscripts, lot 9. ‒ Heribert Tenschert, catalogue n. 30 : Leuchtendes Mittelalter 5, Psalter und Stundenbuch in Frankreich vom 13. bis zum 16. Jahrhundert: mit Miniaturen von den Meistern der Historienbibel des Duc de Berry (1993, lot 15). ‒ Heribert Tenschert, catalogue n. 36 : Leuchtendes Mittelalter I-VI, 1989-1994: Fazit 1996 : die noch verfügbaren Manuskripte, lot 34.

Bibliographie.

Catherine Reynolds, « English Patrons and French Artists in Fifteenth-Century Normandy », dans D. Bates et A. Curry (éd.), England and Normandy in the Middle Ages, London, 1994, p. 299-314. Tenschert, 1994, n. 30 : Leuchtendes Mittelalter 5, Psalter und Stundenbuch in Frankreich vom 13. bis zum 16. Jahrhundert : mit Miniaturen von den Meistern der Historienbibel des Duc de Berry, lot 15. Catherine Reynolds, « Master of the Munich Golden Legend », dans The Dictionary of Art, London, 1996, XX, 735. Catherine Reynolds, « The Workshop of the Master of the Duke of Bedford », dans Godfried Croenen, Peter F. Ainsworth (éd.), Patrons, Authors and Workshops : Books and Book Production in Paris around 1400, Louvain : Peeters (« Synthema » 4), 2006, p. 454, note 43. Heribert Tenschert / Eberhard König, Das Pariser Stundenbuch an der Schwelle zum 15. Jahrhundert. Die Heures de Joffroy und weitere unbekannte Handschriften, Ramsen, Schweiz, Antiquariat Bibermühle, 2011 (Studien und Monographien num. 15), p. 279-306, 19 pl. : « Das Stundenbuch der Familie Gaptière aus der Bretagne : ein reifes Hauptwerk des Meisters der Münchner Legenda Aurea ». Laurent Ungeheuer, Le Maître de la Légende dorée de Munich. Un enlumineur parisien du milieu du XVe siècle, formation, production, influences et collaborations, Thèse de doctorat d’Histoire de l’Art, sous la direction de Michel Pastoureau, Paris : École doctorale de l’École Pratique des hautes Études, EPHE 472 (HTR), 2015. Accessible sur le web, n. 38, p. 401-408, 623-624 (précise que la famille normande Boissay/ Boissey porte également les armes d’hermines, au lion de gueules) (17). Jean-Luc Deuffic, « Miscellanées bretonnes : la page dans tous ses états : XV. Le commanditaire breton des « Heures de La Gaptière »« , dans Pecia, 16, 2013, Performance and the Page,  p. 221-228. Paris mon Amour, I, 2017, no. 11, pp. 291-311 [ en ligne ].

Je remercie Guy de Kersabiec, vicomte de la Gaptière, pour son aide précieuse.

© HERIBERT TENSCHERT – Armoiries.

Notes

[1] Fol. 1. Demi-lune d’argent sur fond azur, contenant deux cœurs d’or enflammés traversés par une flèche, écu entouré de feuilles d’acanthes ornées de conques, bleues, rouges, argent et or. Fol. 1v. Monogramme d’or, « M » et « A » (?) entrelacés, entourés par une branche de palmier à gauche, et de laurier à droite, liées par deux rubans, lilas en haut, et rose en bas. Fol. 2. Armes mi-parties, composées, de celles du fol. 1, auxquelles s’ajoutent, de haut en bas, deux mouches sur fond rouge, une rose rouge sur fond or, et une roue d’or sur fond azur. Ungeheuer, 2015, p. 401.

[2] Au 19 octobre dans le calendrier parisien utilisé par P. Perdizet, 1933.

[3] Ungeheuer, 2015, foliotation + 2.

[4] François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures, Paris : Flammarion et Bibliothèque nationale de France, 1993, p. 170.

[5] Diane E. Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print in Late Medieval Brittany, Farnham : Ashgate, 2010, p. 148, 264, 316-317. Eleanor Patterson Spencer, The Sobieski Hours: a manuscript in the Royal Library at Windsor Castle, Academic Press, 1977. John Plummer, Gregory Clark, The Last Flowering : French Painting in Manuscripts, 1420-1530, New York: Pierpont Morgan Library, 1982, n. 8. Roger S. Wieck et al., Time sanctified. The book of hours in medieval art and life, New York: George Braziller, in association with the Walters Art Gallery, Baltimore, 1988, p. 11sq. Miriam Milman, Les Heures de la prière. Catalogue des Livres d’heures de l’abbaye d’Einsiedeln, Turnhout : Brepols, 2003, notamment p. 28-32.

[6] François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures, Paris : Flammarion et Bibliothèque nationale de France, 1993, p. 36.

[7] Hervé Torchet, Comptes du duc de Bretagne 1420-1433 d’après les copies manuscrites, Les Éditions de la Pérenne, 2010, p. 94, 102, 104. Jean Kerhervé, Les gens de finances des ducs de Bretagne, catalogue prosopographique, III, p. 412 (Thèse dact.) ; L’État breton aux 14e et 15e s., 1987, t. ii, p. 736 et note 134.

[8] Voir René Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne (Archives de Bretagne, 4-8), Nantes, 1889-1895, 5 vol. : mandements 1142, 1546bis, 1580 : 1424, 4 février, Vannes, mandement d’enquérir des droits des chapelains d’Auray à Jehan Troussier et Jehan de Bennerven, noz procureurs generaulx de Bretaigne gallou et de Bretaigne bretonnant. Mandements 2569, 1660, 2571, 2595, 2605, 2614, 2621-2624, 2626-2627, 2413, 2495. 1444, 21 août, commission au sénéchal de Lamballe pour s’assurer de l’emploi d’une somme de mille livres léguée par le duc Jean V pour être convertie en acquêts dont les revenus devaient servir à payer la fondation d’une messe quotidienne dans le couvent des Augustins de Lamballe, à nôtre bien amé et féal conseillier Jehan Troussier notre sénéchal de Lamballe. Voir Annuaire des Côtes-du-Nord, vol. 10, 1860, p. 70-73.

[9] « Le château de la Gabetière consiste en une cour renfermée de quatre corps de logis assez grands et dans l’un desquels se trouve la chapelle, et aux quatre coins d’iceux trois grosses tours cylindriques et donjon où est l’horloge, et au devant d’icelui un premier portail et un second portail à pont levis et le dit château entouré de douves et fossés ». Nantes, ADLA, B 2000, n° 12, papier terrier de la barre de Ploermel.

[10] Voir H. Harvut, « Notice sur la cathédrale de Saint-Malo depuis sa fondation jusqu’à nos jours », dans la Semaine religieuse du diocèse de Rennes, n. 44, 26 aout 1882, p. 695-703. J.-Y. Copy, Les gisants haut bretons, 1986, p. 234-235 et n. 242. Annales de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo, 1996, p. 329.

[11] J. P. Leguay, Un réseau urbain au Moyen Âge : les villes du duché de Bretagne, Paris, 1981, p. 285-289 ; Rennes, ADIV, G 275.

[12] Peut-être celui cité par Dom Morice, Preuves, t. II, col. 1717, en 1458, d’après les Archives de la Chambre des comptes.

[13] « Mandement d’évocation pour Guillaume Troussier, sr de la Gabetiere contre Me Mathelin Troussier et sa femme touchant la possession des biens meubles et héritages de feu Me Olivier Troussier chantre et chanoine de Dol ». Paris, BnF, ms. Fr. 22318, fol. 47.

[14] Leët, sr de la Desnerie, paroisse de Saint-Donatien de Nantes, porte losangé (sceau 1421).

[15] Nantes, ADLA, B 9, fol. 49v. Cf. « (1488) Don à Gilles Troussier du rachapt de feus Guillaume Troussier et Florence Leet sa femme et de Me Mathelin Troussier, le 28 jour de mars ». Ms. Paris, BnF, Fr. 22318, fol. 138.

[16] D’azur au cœur d’or, soutenu d’un croissant d’argent en pointe (d’Aguesseau).

[17] Dans celles de Jean Troussier le lion est, plus exactement, « couronné d’or ».

Heribert Tenschert : 600 Years ago: The Hours of Jean Troussier, Breton Nobleman, with 20 large Miniatures by two of the foremost Painters of the Time, datable 1424-25 [ en ligne ]

 

9 Sep 2024
Jean-Luc Deuffic

Professeur David Dumville (1949–2024). Nécrologie


Photo : © Department of History, University of Aberdeen

Après Peggy Brown, voici venue l’annonce d’une nouvelle disparition tragique, celle du Professeur David Norman Dumville (1949–2024). Mes premiers contacts avec le savant paléographe remontent à 1985, lorsqu’il présenta une communication au colloque du 15e centenaire de l’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec, en Bretagne cornouaillaise. Nous nous rencontrâmes à l’abbaye toute proche de Daoulas (Finistère), là où je suis né, avec Pierre Riché, François Kerlouégan, Patrick Mc Gurk, Léon Fleuriot … (que du beau monde !).  Par la suite, il participa aux pas balbutiants du CIRDOMOC (abbaye de Landévennec), dont il devait être un des premiers vice-présidents avec François Kerlouégan (1933-2009): « what an acronym ! » m’écrivait il en février 1986. Précurseur, il fut un des premiers paléographes à s’intéresser aux manuscrits carolingiens bretons, champ de recherche souvent ignoré. On lui doit ainsi, pour le domaine breton continental, plusieurs études essentielles, parmi lesquelles (ordre chronologique) :

« Brittany and Armes prydein vawr« , dans Études celtiques, vol. 20, 1983, p. 145-159.
« On the dating of early Breton lawcodes », dans Études celtiques, vol. 21, 1984, p. 207-221.
« Gildas and Uinniau », dans Gildas : New Approaches, Michael Lapidge and David Dumville, Woodbridge (Studies in Celtic History, V), 1984, p. 207-214.
« L’écriture des scribes bretons au dixième siècle: Le cas de l’Amalaire provenant de Landévennec », dans Bretagne et pays celtiques. Mélanges offerts à la mémoire de Léon Fleuriot, 1992, p. 129-139 (étude déjà communiqué en 1985, au colloque du 15e centenaire de l’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec).
« On the dating of the early Breton lawcodes », dans D. Dumville, Britons and Anglo-Saxons in the Early Middle Ages, 1993, p. 207-221
« Ireland, Brittany, and England: transmission and use of Collectio canonum hibernensis« , dans Irlande et Bretagne: vingt siècles d’histoire : actes du colloque de Rennes, 29-31 Mars 1993, Catherine Laurent, Helen Davis, 1994, p. 85-95.
« Breton and English manuscripts of Amalarius’s Liber Officialis« , dans Mélanges François Kerlouégan, Besançon : Université de Franche-Comté, 1994, p. 205-214.
« Brittany », dans A palaeographer’s review : the insular system of scripts in the early Middle Ages, volume one (Sources and Materials Series, 20.1), Kansai University Press, 1999, p. 111-114.
« The Colophon of The Penitential of Uinniau« , dans Corona monastica : Mélanges offerts au père Marc Simon, 2004, p. 197-208.
« Writers, scribes and readers in Brittany, AD 800-1100: the evidence of manuscripts », dans Medieval Celtic literature and society, Edited by Helen Fulton, 2005, p. 49-64.


David Dumville et Patrick Mc Gurk, abbaye de Daoulas (Finistère, Bretagne). 1985.

Remembering Professor David Dumville (University of Aberdeen)
Bibliographie: sur Regesta Imperii

23 Août 2024
Jean-Luc Deuffic

Nécrologie : Elizabeth Atkinson Rash Brown (1932-2024)

[Moi et Peggy en 2012, à Paris]

La vie est un long chemin semé de rencontres diverses, les unes furtives, d’autres que l’on n’oublie jamais. Autodidacte, n’étant pas universitaire, les occasions furent nombreuses d’en rencontrer dans ce milieu parfois étonnant. Parmi les personnalités qui m’ont le plus marqué figure Elizabeth Atkinson Rash Brown, « Peggy » pour les intimes, un prénom qui la caractérisait, puisqu’il s’agit d’un diminutif du persan « margiritis », qui signifie « perle ». Nous nous sommes rencontrés lorsque je préparais pour ma revue PECIA LE LIVRE ET L’ÉCRIT (Brepols) un volume spécialement consacré aux funérailles d’Anne de Bretagne, commémorant le 5e centenaire de sa mort (1514). Elle y participa avec grand plaisir conjointement avec notre amie Cynthia J. Brown. Depuis lors nos contacts étaient restés fréquents.

Née le 16 février 1932, à Louisville, Peggy fréquenta le collège de Swarthmore, épousa Ralph Brown, un étudiant de Boston. Ses premiers diplômes furent acquis avec les « plus hautes distinctions », ce qui en faisait la meilleure élève de sa classe. Par la suite, Peggy obtient son grade de doctorat et postule en histoire à Harvard où elle devient assistante pédagogique au département d’histoire. Publiant de nombreux livres et articles, enseignant aux étudiants de premier cycle et encadrant ceux des cycles supérieurs, Peggy est devenue leader dans son domaine de prédilection.
Parallèlement à ses travaux universitaires, Peggy fonda une belle famille.
Après avoir exercé au Brooklyn College pendant plusieurs décennies, pris sa retraite et occupé le poste de professeur émérite, Peggy continua à enseigner aux États-Unis, dans les universités de Yale et de Berkeley, et donna des conférences dans toute l’Europe. Le CUNY Graduate Center a reconnu son travail lors d’une conférence « Peggyfest » [programme en ligne ]. Elle fut vice-présidente et présidente de la Medieval Academy of America de 2010 à 2011, laquelle l’a récompensée lors d’une conférence.
Peggy, femme courageuse et forte, luttant contre la cruelle maladie qui l’avait durement atteinte, continua ses travaux jusqu’à la dernière limite. Ses papiers sont conservés dans les bibliothèques de l’Université de Pennsylvania, où elle a créé un fonds dédié à la préservation des archives des historiens médiévistes.

Peggy est décédée le 8 août 2024 dans son appartement de l’Upper Westside de Manhattan, entourée de ses chers papiers et livres bien-aimés. Qu’elle repose en paix à tout jamais. R.I.P.

BIBLIOGRAPHIE
Parmi ses ouvrages importants :

The Oxford Collection of the Drawings of Roger De Gaignières and the Royal Tombs of Saint-Denis, Transactions, American Philosophical Society (vol. 78, part 5), Philadelphia : American Philosophical Society, 1988.



Politics & Institutions in Capetian France
, Aldershot : Variorum, 1991. 258 p.

The Monarchy of Capetian France and Royal Ceremonial, Aldershot : Variorum, 1991. Compte-rendu dans Bibliothèque de l’Ecole des chartes [ en ligne ]

« Franks, Burgundians, and Aquitanians » and the Royal Coronation Ceremony in France, Transactions, American Philosophical Society (vol. 82, part 7), Philadelphia : The American Philosophical Society Press, 1992.

Customary Aids And Royal Finance in Capetian France: The Marriage Aid of Philip the Fair, Cambridge : Medieval Academy of America, 1992. Compte-rendu dans la Revue du Nord [ en ligne ]



Jean Du Tillet and the French Wars of Religion: Five Tracts, 1562-1569
 (Medieval & Renaissance Texts & Studies, Vol 108), Binghamton (N.Y.): Center for medieval and early Renaissance studies, 1994.

Saint-Denis: la basilique, avec Calude Sauvageot, Saint-Léger-Vauban, 2001.

Pour la liste de ses nombreuses études, voir le site RI OPAC: Literature Database for the Middle Ages : [ en ligne ]

Pecia. Le livre et l’écrit, 15 (2012)
« Qu’il mecte ma povre ame en céleste lumière ». Les funérailles d’une reine: Anne de Bretagne (1514). Textes, images et manuscrits
Cynthia J. Brown and Elizabeth A. R. Brown, Le trespas de l’hermine regrettée : A Critical Edition
Cynthia J. Brown and Elizabeth A. R. Brown, L’ordre qui fut tenue a l’obseque et funeraille de feue tresexcellente & tresdebonnaire princesse Anne par la grace de Dieu royne de France, duchesse de Bretaigne, tant aux eglises que au chemin depuis Bloyz iusques a l’abbaye de Saint Denis en France : A Critical Edition

 

Entretien avec Elizabeth A. R. Brown sur le site Cour de France.fr
réalisé par Kathleen Wilson-Chevalier et Caroline zum Kolk, Paris, Cour de France.fr, 2014 (https://cour-de-france.fr/article3388.html). Interview publié le 1er septembre 2014.

Kings Like Semi-Gods. Autour des travaux D’Elizabeth A. R. Brown
An american in Paris
Elizabeth A. R. Brown, « An american in Paris », Cahiers de recherches médiévales et humanistes [En ligne], 31 | 2016, mis en ligne le 03 août 2019, consulté le 23 août 2024. URL : http://journals.openedition.org/crmh/14013 ; DOI : https://doi.org/10.4000/crm.14013


Elizabeth A. R. Brown, en 1958

Kings Like Semi-Gods. Autour des travaux d’Elizabeth A. R. Brown
Sous la direction de Olivier Canteaut et Xavier Hélary
CRMH Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes / 31/ 2016
[ en ligne ]

Political Ritual and Practice in Capetian France: Studies in Honour of Elizabeth A. R. Brown
(Rencontres culturelles dans l’Antiquité tardive et au Moyen Âge, 34), Turnhout : Brepols, 2021 [ description ]
Dans ce volume, treize des plus grands spécialistes de la France médiévale explorent certaines des idées, des événements, des personnalités et des créations artistiques les plus importantes du monde capétien (987-1328). Depuis certaines des premières tentatives médiévales de traitement narratif de l’histoire de France, en passant par l’invention des écoles, la création de l’architecture gothique, les pratiques de la chevalerie, la pratique de l’art de gouverner et la promulgation des codes de lois, le volume offre une vue panoramique du royaume et de l’époque qui a défini le monde médiéval dans l’imagination des érudits et du grand public.
Les chercheurs réunis dans ce volume partagent également un sentiment commun de gratitude et une dette intellectuelle envers Elizabeth AR Brown, dont la rigueur et le génie ont inspiré leur travail et façonné leur perception du passé. Political Ritual and Practice in Capetian France est à la fois un hommage à une érudite de grande valeur et un recueil de travaux universitaires originaux fondés sur les fondements qu’Elizabeth AR Brown elle-même a posés.

Entretien avec Elizabeth A. R. Brown le 26 février 2024: Une discussion avec Richard Matthew Pollard lors du 50e anniversaire de son article « The Tyranny of a Construct: Feudalism and Historians of Medieval Europe », publié  dans The American Historical Review, 79, 1974, p. 1063-1088.

Penn Libraries receives $5M bequest from medieval historian Elizabeth A.R. Brown
The bequest alongside the gift of Brown’s professional papers elevates the Penn Libraries’ position as a leader for research in medieval studies.
https://penntoday.upenn.edu/news/penn-libraries-receives-5m-bequest-medieval-historian-elizabeth-ar-brown

10 Juil 2024
Jean-Luc Deuffic

Le « Livre des simples médecines » de Simon Chabot, apothicaire de Nantes (XVIIe siècle)

Le Livre des simples médecines, un texte en français conservé dans plus de 25 manuscrits enluminés des XVe et XVIe siècles, est une traduction du Tractatus de herbis, un traité latin dérivé du Circa instans compilé au XIIe siècle autour de l’école de médecine de Salerne. Ce livre décrit des substances végétales, minérales ou animales aux vertus thérapeutiques, présentées par ordre alphabétique et illustrées. Nous donnons ci-dessus un feuillet de l’exemplaire de la BnF, Français 12322 (fol. 138v)

Parmi ces manuscrits figure le Paris, BnF, Français 19081 (1), du XVe siècle, probablement écrit en Flandre. Le parcours de cet ouvrage donne à comprendre la circulation des manuscrits entre des territoires bien éloignés. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, l’Herboriste se trouvait à Fontainebleau comme le précisent plusieurs inscriptions :

Françoys Presdeseigle, bon marchant mercyer, demourant à Fontainebleaud, où pend pour enseigne le Pillier vert, maison René Habert, filz de deffunct Jehan Habert, son père.
Ce présent livre appartient à honnorable home Françoys Presdeseigle, dem[ourant] à Fontainebleaud, où pend pour enseigne le Pillier vert

Peut-être de la même famille, un François Presdeseigle, marchand marchand drapier et chaussettier, bourgeois de Paris, demeure rue Galande, en la maison du Soleil-d’Or, près de la place Maubert, paroisse Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, époux de Marie Le Bé. Il est parrain de Frédéric Lombart, le 1er juin 1587 et le 16 mars 1604, de Charles Content (fds Laborde),.
Le 15 février 1626 notre marchand drapier participe à la consécration de l’autel de Saint-Étienne-du-Mont.
Le 15 mars 1645 fut dressé l’inventaire après décès de François Presdeseigle l’aîné, marchand drapier, demeurant Rue Galande, à la requête de son fils, François Presdeseigle, marchand drapier, dans la même rue, contenant tapisserie, tableaux et livres (Paris, AN, MC/ET/XXXIII/284). Rien pourtant n’indique un rapport avec le Presdeseigle de Fontainebleau.
À Fontainebleau, l’enseigne du « Pilier vert » se trouvait dans la rue, aujourd’hui supprimée, des Fossés, tandis que le « carrefour du Pilier vert » faisait le coin de la place d’Armes et de la rue de la Chancellerie.
Le mot pilier aurait ici le sens de pileur, ou garçon de laboratoire pilant des drogues ; le pileur de l’enseigne était habillé de vert (2).

Dès la fin du XVIe siècle ou le commencement du XVIIe, le manuscrit quitte Fontainebleau pour Nantes, et devient la propriété d’un apothicaire de la ville ligérienne, Simon Chabot, sur lequel nous ne possédons que peu d’éléments biographiques.
On sait, quand même, que notre maître apothicaire épouse, à Saint-Denis de Nantes, le 27 janvier 1626, Françoise Mainguy, fille de Jean Mainguy (sieur de Pineau, la Noë-Huette et de L’Epine, à Couëron), Me procureur à la Cour, et d’Ester Millet dont le frère, Jean, exerce comme greffier de la Cour de l’Officialité de Nantes.
Jean Doucet (3) nous apprend qu’en 1616, Simon Chabot, avait son officine dans la Grand-Rue, près le Pilori, et qu’en 1663, Françoise Mainguy était veuve.


Place du Pilori, à Nantes


Détail de la Maison des apothicaires de Nantes, rue des Carmes

Notes

(1) Manuscrit numérisé (en noir et blanc, hélas !) sur Gallica
(2) Les anciennes enseignes de Fontainebleau, par F. Herbet, avec un supplément par E. Thoison, Les enseignes et les rues de Fontainebleau au XIXe siècle, par M. Bourges, Enseignes, logis historiques, villas et rues d’Avon, par Th. Fleureau, (Fontainebleau), 1898.
(3) Les apothicaires Nantais sous l’ancien régime : contribution à l’histoire de la pharmacie à Nantes, Lussaud, 1959, p. 283.

Balade : Un apothicaire dans la ville
sur le site des Archives départementales de Nantes
https://archives.loire-atlantique.fr/44/balade-un-apothicaire-dans-la-ville/c_29999

Paris, BnF, Français 19081, dernier folio. Inscriptions

Bibliographie : François Avril« Étude codicologique et artistique », dans Matthaeus Platearius, Ghislaine Malandin (traduction et adaptation), François Avril (étude codicologique) et Pierre Lieutaghi (commentaire historique, botanique et médical), Le Livre des simples médecines : d’après le manuscrit français 12322 de la Bibliothèque nationale de Paris, Paris: éditions Ozalid et textes cardinaux, 1986.
Yves Baron, « François Le Duc, apothicaire nantais », dans Revue d’Histoire de la Pharmacie, t. 107, 1939, p. 158-161 [ en ligne ]

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