2 Sep 2011
Jean-Luc Deuffic

Hugues et Jehan de Keroullay, de Bretagne en Anjou ….

Parmi mes \”chantiers\” en cours, une étude captivante sur une famille bretonne de l’ancien diocèse de Léon (Ploudiry / Pencran ?), les KEROULLAY.

(Source : http://clergedol.free.fr/dioceses-bretons/di-leon.htm)

Si son origine reste encore à retracer, deux de ses membres au moins se sont fait un nom au XIVe siècle. Hugues, évêque éphémère de Tréguier, mourut vers 1385/1386. Après avoir été chanoine de Poitiers (1361), de Saint-Pol de Léon et d’Angers (1364), trésorier (1370) puis chanoine de Quimper, etc. il entra à la Rote et devint de ce fait chapelain de Grégoire XI. En 1378 il était régent de l’Université d’Angers. Son frère, Jehan de Keroullay, né en 1327, fut chanoine de Nantes (1362) et prévôt de la collégiale de Guérande. Docteur renommé à l’Université de Paris, il enseigna la théologie à Narbonne auprès de Pierre de la Jugie. Il mourut en 1398 et fut inhumé à Saint-Yves de Paris.


Tombe de Jehan de Keroullay en la chapelle royale Saint-Yves de Paris, d’après Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales, tome IV, Paris, Drouhin, 1792, p. 12-13. Voir l’étude de notre ami Charles Vulliez, \”Tu es magister in eternum : la représentation magistrale au Moyen Âge à travers quelques pierres tombales de \”maîtres-enseignants\” parisiens des XIVe et XVe siècles\”, dans Passion de la découverte, culture de l’échange. Mélanges offerts à Nicole Moine et Claire Prévotat, Langres, 2005, p. 187-206

Probablement par suite d’héritages, Hugues de Keroullay reçut plusieurs biens et fiefs en Anjou, qui à sa mort revinrent à son frère Jehan, qui lui-même les légua à un autre frère Yvon, écuyer, époux de Marie de Léon. Une fille de ce dernier se maria à Lépart de la Jumellière, d’une famille angevine, seigneur de Martigné-Briand, la Guerche, Blaison, le Vieil-Baugé, la Jumellière, etc., C’est ainsi que la famille fit souche en Anjou.


Château de la Haute-Guerche des seigneurs de La Jumellière (c) Châteaux de France

Nous avons déjà étudié (1) quelques manuscrits de la fratrie Keroullay aujourd’hui conservés à la Bibliothèque Carnégie de Reims. Plusieurs sont issus des collections de l’ancien évêque de Nantes Olivier Salahadin, dont la famille fit alliance, semble-t-il, avec celle de Keroullay. Jehan de Keroullay fut chanoine de Nantes et parait avoir acquis plusieurs manuscrits de la succession d’Olivier, comme l’indique l’ex-libris d’un de ses manuscrits (n° 501, oeuvre du Breton Hervé Nedellec) : « Iste liber est Oliverii Salah[adini], doctoris in theologia ». — Un peu plus bas : « Istum librum tradidit dominus Archerius magistro Johanni de Keroullay, quando fuit Nannetis ». Le patronyme\”Larchier\” reste fréquent dans le Nantais. Il fut entre autres porté par une dynastie d’imprimeurs dont Etienne ( Jean Meschinot, Lunettes des princes) et maistre Jehan Larcher, dit Dupré, en son vivant libraire, lequel fut un des premiers imprimeurs parisiens.


(c) Reims BM 501. Explicit.

Le manuscrit Reims 684 porte lui l’exlibris d’Hugues de Keroullay : « Iste liber est domini Hugonis de Keroullay, utriusque juris doctoris, domini de Marchereuart ». Le magistral catalogue des reliures médiévales de la Carnégie (IRHT : Jean-Louis Alexandre, Genevièvre Grand, Guy Lanoë) donne pour ce manuscrit la forme Marcherenart. Mais il s’agit bien de Marchereuart (Marcherevart), nom de l’ancien fief des Marchais-Ravart sis en la commune de Faye-en-Anjou, tenu par les Keroullay dans la seconde moitié du XIVe siècle.

(c) Reims, ms 684, f. 148v. Ex-libris de Hugues de Keroullay. Photo IRHT : http://reliures-reims.irht.cnrs.fr/accueil/accueil.php

Notre étude s’appuie essentiellement sur des documents inédits des archives départementales de Maine-et-Loire (ADML), des Archives nationales (fonds Saint-Yves et chapitre Notre-Dame) et sur les manuscrits de la Bibliothèque Carnégie de Reims.

(1) Jean-Luc Deuffic, « Les manuscrits d’Olivier Salahadin, Grand Maître du collège royal de Navarre (+1354) », dans Pecia, 6, 2004, p. 161-166.

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