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7 Avr 2008
Jean-Luc Deuffic

La Bretagne carolingienne ~ Carolingian Brittany

VIENT DE PARAITRE

La Bretagne carolingienne

Entre influences insulaires et continentales

Pecia 12. ISSN 1761-4961. Format 21 x 26 cm. 172 p. Illustrations couleurs, cartes.

L’histoire de la Bretagne du haut Moyen Age, dégagée de ses légendes, prend toute sa place dans ce contexte plus large de mutations qui a abouti à la formation du domaine carolingien. Le royaume breton armoricain fut éphémère mais il engendra une richesse économique et culturelle sensible. Les monastères jouèrent à ce titre un rôle essentiel, stigmatisant leur puissance dans une organisation rigoureuse de leurs réseaux, s’appuyant alors sur le pouvoir impérial. La Renaissance carolingienne, avec ses champs de réformes, s’accompagna d’un renouveau culturel. Notre province ne s’écarta pas de ce vaste mouvement d’idées, tout en conservant certains particularismes issus de ses origines. Les contributions de ce présent volume abordent quelques aspects de cette période, une des plus riches de l’histoire bretonne.

 

Carolingian Brittany

Pecia 12. ISSN 1761-4961. Format 21 x 26 cm. 172 p. Illustrations couleurs, cartes

Brittany’s history in the high Middle Ages, when stripped of legend, takes its place in the wider context of the changes wrought by Carolingian realm. The Armorican Breton kingdom was ephemeral but it gave rise to a tangible economic and cultural richness. Monasteries played an essential role in this, stigmatising their power through the organisation of their networks and thus touching on the imperial authority. The Carolingian Renaissance, with its reforms, brought about a cultural change. Brittany didn’t depart from this vast movement of ideas, but at the same time it preserved certain unique particularities. The articles in this volume address many of the aspects of this period, one of the richest in Breton history.

Sommaire/ Contents

Marianne Besseyre [ Bibliothèque nationale de France, Paris ]
Une iconographie sacerdotale du Christ et des évangélistes dans les manuscrits bretons des IXe et Xe siècles

Roy Flechner [ Lincoln College, Oxford, UK]
Aspects of the Breton transmission of the Hibernensis

Pierre-Yves Lambert [ Ecole Pratique des Hautes Études, Sciences Historiques et Philologiques, Paris ]
Exempla bibliques comme précédents judiciaires: les sanctions dans les chartes \”celtiques\”

James T. McIlwain [ Brown University, Providence, USA ]
The \”Celtic\” Tonsure Revisited

Jean-Luc Deuffic [ Saint-Denis ]
Le \”monachisme breton\” continental: ses origines et son intégration au modèle carolingien
Planches
Index: personnes, lieux, manuscrits

17 Fév 2008
Jean-Luc Deuffic

Patrons, Authors and Workshops : Books and Book Production in Paris around 1400

« Patrons, Authors and Workshops » invokes a cross-disciplinary approach to the study of late medieval books and book production in Paris, from the troubled years of the early fifteenth century onwards. It shows the extent to which such activity was able to flourish even against the backdrop of the endemic struggle between Burgundians and Armagnacs, or the subsequent English invasion which led to Agincourt and the regency of Bedford. Extensive coverage is given to the key role played by the libraire, to the author as scribe or copyist (Christine de Pisan, Jean Lebègue), and also to the development of commercial production under figures such as Jean Trepperel. A section on bibliophiles and their various commissions leads into a group of essays that focus on particular texts and authors, whilst a further section concentrates on what we can discover about the role of the scribe. The volume concludes with four essays offering insights into the work of particular artists and illuminators. (Peeters ed.)

Les \” bibliologues \”, les historiens du livre manuscrit trouveront dans les diffèrentes contributions rassemblées par Godfried Croenen (Université de Liverpool [Lien]) et Peter Ainsworth (Université de Sheffield [Lien]) une documentation remarquable issue de la plume d’éminents spécialistes. Les thèmes abordent ici l’histoire de la production du livre à Paris autour des années 1400, période faste s’il en est, que Richard H. House et Mary A. Rouse avaient déjà méticuleusement exploré dans leur magistrale étude
Illerati et Uxorati: manuscripts and their makers. Commercial book producers in medieval Paris, 1200-1500, H. Miller, 2000.

Nos recherches sur les copistes et les libraires bretons au Moyen Age nous ont conduit bien évidemment sur les mêmes chemins, à remonter aux mêmes sources, et chaque contribution du présent ouvrage nous donne une vision plus large de nos acquisitions documentaires. Il serait vain de reprendre chaque article de ce passionnant recueil. Je me contente pour ceux qui touchent plus précisement à mon domaine de recherche d’apporter certaines précisions:

Introduction
Godfried Croenen, Patrons, Authors and Workshops : Books and Book Production in Paris around 1400
Mention, page 16, de deux copistes bretons bien connus. Henri de Trévou, copiste et libraire, très productif à la fin du XVe s. Il participa entre autres à la confection d’un exemplaire du Polycratus pour le roi Charles V (Paris BnF Fr. 24287), des Grandes Chroniques de France (Paris BnF Fr. 2813), etc. Trévou (arrondissement de Lannion, Côtes d’Armor) faisait partie jadis de l’ancien diocèse de Dol. Il existe aussi dans le Finistère Le Trevoux, mais avec une forme ancienne Treffou (1426). Raoul Tainguy, est sans conteste, par son \”jargon\”, un des copistes les plus originaux de ce début du XVe s. Voir M.-H. Tesnière, Les manuscrits copiés par Raoul Tainguy, un aspect de la culture des grands officiers royaux au début du XVe siècle, dans Romania, t. 107, 1986, p. 282-368. On retiendra de ses quelques colophons pitoresques celui du manuscrit Paris BnF Fr. 6475, des Chroniques de Froissart:
\” Raoul Tainguy, qui point n’est yvre
A Jaingny acomplit cest livre
Le mardi IIIIe jour de juillet
Puis ala boir chiés Tabouret,
Avec Pylon et autres catervaulx
Qui aiment ongnons, trippes et les aulx
Catervaument\”.
Part I. Libraires an commercial book production
Kouky Fianu [Lien & Lien], Métiers et espace: topographie de la fabrication et du commerce du livre à Paris (XIIIe-XVe siècle)
>>> L’auteur fait mention, p. 27, de Yves du Run, et de Marion, sa femme, un couple de libraires. J’ai donné sur ce même blog [Lien] quelques informations sur ces derniers. Kouky Fianu montre que vers la fin du XIVe et au XVe siècle les artisans du livres multiplient leurs zones de production, alors limitées surtout sur la rive gauche et rue Neuve Notre Dame. Le cas du copiste breton Yves le Gourgeu est assez significatif. Notre maître écrivain, qui travailla entre autres pour le mécène bourgignon Philippe Le Hardi, demeurait dans \” une maison assise a paris en la rue des bretons ou du puys pres de la porte saint jacques\”. Cf. Jean-Luc Deuffic, Yves Le Gorgeu, maistre escripvain de Paris en la rue des Bretons (ca 1385), Pecia, 4, 2004, p. 113-114.
Richard H. Rouse, Pierre le Portier and the Makers of the Antiphonals of Saint-Jacques
>>> Le libraire Pierre le Portier exerçait aussi comme stationnaire universitaire et notaire royal et apostolique. Le cas est fréquent de cette double fonction, notariale et livresque, et j’en ai relevé quelques exemples chez les artisans bretons du livre: Brice le Breton, que nous avons identifié avec \”Brice de la Court\”, copiste très productif dans la première partie du XIVe s.; Yves Grall; Guillaume de Lesconet, attesté en 1359, rue neuve Notre Dame, avec sa femme, Peronelle le Boucher; Geoffroy le Breton, dit de la Rue Neuve [Notre-Dame], stationnaire et libraire (+ avant 1336), notario publico, se porte caution, en 1312, pour son compatriote Alain de Trevelec, chanoine de Saint-Opportune (Paris AN L 617, 46), etc…
Je relève aussi dans la contribution de Richard H. Rouse le nom du relieur Yves (Yvonnet) Riou[t] dont l’origine bretonne ne semble faire aucun doute, qui travailla à la confection de plusieurs livres liturgiques pour la confrairie de Saint-Jacques-aux-Pèlerins. Une famille Riou, seigneur de Kerangoes était possessionée dans l’ancien diocèse de Saint-Pol-de-Léon. La parenté de Yvonnet avec l’enlumineur Jean Riou[t], lequel exerçait en 1365 rue Erembourg de Brie, ne me parait pas établie car le nom est fréquent en Bretagne.
Mary A. Rouse, Archives in the Service of Manuscript Study: The Well-Known Nicolas Flamel
Hilary Maddocks, The Rapondi, the Volto Santo di Lucca, and Manuscript Illumination in Paris ca. 1400
Stéphanie Öhlund-Rambaud, L’atelier de Jean Trepperel, imprimeur-libraire parisien (1492-1511)
Part II. Bibliophiles: their collections and their commissions
Gilbert Ouy, Jean Lebègue (1368-1457), auteur, copiste et bibliophile
>>> (Page 163) Parmi les manuscrits possédés par Jean Lebègue notons le ms Paris Mazarine 780 (Recueil): Alcoranus; Ibn Tumart, Opera; Alexandri Magni vita. Parchemin. 23 octobre 1400. 157 f. 344 x 264 mm. 2 colonnes. Sommaire à la marge à l’encre rouge. Une seule main. Au f. 113, cette note: “Explicit liber Alchorani infedilissimi Sarraceni scriptus per me Iohanemm Dogueti, clericum Maclouiensis diocesis in Britannia, sub anno a nativitate Domini millesimo quadringentesimo, indictione octava et die vicesima tercia mensis octobris, tempore Benedicti tercii decimi de nacione Cathalanorum”. Il s’agit entre autres de la traduction latine du Coran du mozarabe Marc de Tolède, effectuée (ca 1209/1210) à la demande de l’archevêque Rodrigo Ximenez. Marie-Thérèse D’Alverny, Deux traductions latines du Coran au Moyen Age, dans Archives d’Histoire Doctrinale et Littéraire du Moyen Age, 15, 1947-1948, p. 113, 114, 116, 118-125; Marc de Tolède, traducteur d’Ibn Tumart, dans Al-Andalus, 17, 1952, p. 124-131. Nicole Pons, Érudition et politique. La personnalité de Jean le Bègue d’après les notes marginales de ses manuscrits, dans Les serviteurs de l’État au Moyen Âge. Actes du XXIXe Congrès de la SHMESP (Pau, 1998), Paris, Publ. de la Sorbonne, 1999, p. 281-297 (p. 284, n° 32 & 33).
Un copiste nommé Jehan Douguet travailla pour la Chartreuse de Champmol à la confection d’un missel. Peut-être est-ce le même, quoique les deux formes, Douguet et Doguet, existent en Bretagne: « A Jehan Douguet, breton, escripvain, pour l’escripture d’un Missel, par marchié fait par Dom Jehan de Lengres, ou temps du dit Dom Nicholas, baillé par le dit frère Thiébaut … 27 frans.
Anne D. Hedeman, Making the Past Present: Visual Translation in Jean Lebègue’s “Twin” Manuscript of Sallust
John Lowden, Beauty or Truth? Making a \”Bible Moralisée\” in Paris around 1400
Part III. Authors and Texts
Janet F. van der Meulen, Simon de Lille et sa commande du \”Parfait du Paon\”. Pour en finir avec le \”Roman de Perceforest\”
Silvère Ménégaldo, Les relations entre poète et mécène dans \”La Prison Amoureuse\” de Jean Froissart
Alberto Varvaro, Problèmes philologiques du livre IV des Chroniques de Jean Froissart
Susanne Röhl, Le Livre de Mandeville à Paris autour de 1400
James Laidlaw, Christine de Pizan: the Making of the Queen’s Manuscript (London, British Library, Harley 4431)
Part IV. Scribes
Margaret Connolly & Yolanda Plumley, Crossing the Channel: John Shirley and the Circulation of French Lyric Poetry in England in the early Fifteenth Century
Émilie Cottereau, Les copistes en France du Nord autour de 1400: un monde aux multiples visages
Maria Kalatzi, Georgios Hermonymos: a Greek Scribe and Teacher in Paris
Part V. Artists and Illuminators
Sue Ellen Holbrook, The Properties of Things and Textual Power: Illustrating the French Translation of \”De Proprietatibus Rerum\” and a Latin Precursor
Heidrun Ost, Illuminating the \”Roman de la Rose\” in the Time of the Debate: The Manuscript of Valencia
>>> Sur le \”Roman de la Rose\”, voir le précédent billet.
Catherine Reynolds, The Workshop of the Master of the Duke of Bedford: Definitions and Identities
>>> Pages 442, 444, mention de l’exemplaire de l’Arbre des batailles (Paris BnF Fr. 1276) de Tanguy du Chastel, fig. 68, f. 4v.
Jenny Stratford, The Illustration of the \”Songe du Vergier\” and some Fifteenth-Century Manuscripts
>>> Sur l’auteur de ce texte, et les manuscrits voir sur ce blog [Lien]

Patrons, Authors and Workshops. Books and Book Production in Paris around 1400.
G. Croenen & P. Ainsworth (ed.), Peeters, Leuven, 2006, xxii-508 p., 82 fig., 17 colour plates. ISBN: 90-429-1707-5.

PEETERS Publishers [Link]

7 Fév 2008
Jean-Luc Deuffic

Normannia Monastica

Véronique Gazeau, Normannia Monastica (Xe-XIIe siècle). Princes normands et abbés bénédictins. Prosopographie des abbés bénédictins.
Publications du CRAHM, Caen, 2007. Deux volumes reliés, coffret cartonné. Vol. 1 : 512 pages, Vol. 2 : 416 pages. 16×24 cm / ISBN 978-2-902685-38-7.

Si les Gallia christiana et Neustria pia étaient peu accessibles, peu maniables, pleins de vérités autoproclamées, les passionnés d’histoire de la Normandie, d’histoire religieuse, d’histoire tout court disposent désormais du Normannia monastica. La prosopographie présente 327 abbés bénédictins de la Normandie ducale, entre 911 et 1204. L’auteur ne s’est pas contentée de préciser la datation et le déroulement de l’abbatiat. Les origines familiales de l’abbé, sa formation religieuse, sa désignation à la charge abbatiale, son implication dans la vie politique, intellectuelle, religieuse de son temps sont passées au peigne fin. On découvre l’identité et l’activité de prélats des deux côtés de la Manche, des deux côtés des Alpes, des plus humbles aux plus prestigieux, comme Guillaume de Volpiano ou Lanfranc. Pourquoi Suppon a-t-il été chassé par les moines du Mont Saint-Michel ? À quel moment Herluin abandonne-t-il la vie chevaleresque pour embrasser l’état monastique ? Quels sont les rapports entre Robert de Torigni et Henri II Plantagenêt ?
Instrument de travail pour les spécialistes, le Normannia monastica est aussi un ouvrage qui aiguise la curiosité. Que l’on s’intéresse à un abbé, à l’histoire d’une abbaye, à ses possessions, aux familles qui gravitent autour d’elle, chacun y trouvera une source d’information essentielle…
Véronique Gazeau est professeur d’histoire médiévale à l’Université de Caen Basse-Normandie (CRAHM UMR 6577). Ses recherches portent notamment sur les relations entre aristocratie et monachisme dans les mondes normands médiévaux.
¤ Présentation de l’ouvrage et sommaire [Lien]
¤ Compte-rendu de Stéphane Lecouteux sur la revue en ligne Tabularia [Lien]

9 Jan 2008
Jean-Luc Deuffic

Images de musiciens (1350-1500)

A paraître:
Martine Clouzot, Images de musiciens (1350-1500) Typologie, figurations et pratiques sociales. Brepols Publishers. 353 p., 150 ills. couleur, 190 x 290 mm, 2008, broché, ISBN: 978-2-503-52345-3, € 125 HT Collection : Épitome musical.
Prix de lancement de € 99 TTC valable jusqu’au 31 mars 2008.

Brepols_image.JPGLes livres enluminés du Moyen Âge résonnent de mélodies instrumentales jouées par des musiciens hauts en couleurs : ménestrels, jongleurs, muses, animaux, grotesques, sirènes, anges, ainsi que le roi David emplissent les peintures des bibles, des psautiers, des livres d’heures, des traités, des chroniques et des romans. Toute une palette visuelle et sonore s’offre à la vue et à l’ouïe des lecteurs, spectateurs et auditeurs de l’époque et d’aujourd’hui. La beauté des images doit tout autant au talent des enlumineurs qu’à la pensée symbolique qui la structure. Quelles sont alors les formes iconographiques des musiciens dans les manuscrits peints ? Quelles conceptions de la musique et des instrumentistes nous donnent-elles à voir et à entendre ? En quoi la mise en image de la musique est-elle une clé de compréhension du monde au Moyen Âge ? La société bourguignonne de la deuxième moitié du XIVe siècle à la fin du XVe siècle sert de cadre à cette réflexion située à la croisée de l’histoire, de la musique, de la culture et de l’art.

Table des matières :
Aux marges de la musique
Entre dérision et sacrilège: animaux, grotesques et squelettes musiciens: L’animal musicien – Une iconographie musicale de la mort – Danses et mélodies macabres Le jongleur, figure et discours: Le jongleur homo ludens – Le jongleur homo viator, un marginal ? – Diabolisation et moralisation des discours
La musique du pouvoir
La musique de la cité: Les instruments de la ville – Les ménestrels au service d’ordre – Du miracle à la confrérie: le métier de musicien
Les ménestrels du prince: Une hiérarchie desinstruments et des musiciens – Le statut des ménestrels à la cour – Le duc et ses trompettistes : service et fidélité
Harmonies princières: La cour en représentation : musique et cérémoniels – Les trompettes aux tournois et à la guerre – Le son et le pouvoir : les entrées solennelles
De la musica à l’harmonie du monde
Au rythme des processions et des mystères: Une société en ordre : la procession religieuse – Une musique théâtralisée: le Mystère de la Passion – Le théâtre du monde ?
Musica : des mathématiques à la science divine: Les « inventeurs » de la musica : Pythagore, Tubal et les allégories de la musique – Les musiciens savants à la cour : entre théorie et pratique – Musique et médecine: une image et un remède à la mélancolie – Musicus et Praefigura Christi : le roi David harpiste
L’harmonie du monde: Les anges de l’Apocalypse et du Jugement dernier – Le cosmos musical: l’harmonie des sphères et la musique des anges – Une hymne à la beauté du monde
Conclusion
Bibliographie – Table des illustrations – Crédits photographique

Brepols Publishers: site web [Lien]

1 Déc 2007
Jean-Luc Deuffic

La place de la musique dans la culture médiévale

Olivier Cullin (éd.), La place de la musique dans la culture médiévale. Actes du Colloque organisé à la Fondation Singer-Polignac le mercredi 25 octobre 2006 (Rencontres médiévales européennes), Turnhout, Brepols, 2007. 16 x 24 cm. 151 p. (musique notée). ISBN 978-2-503-52520-4.
Les Rencontres Médiévales Européennes avaient choisi pour thème de cette journée du 25 octobre 2006 la place de la musique dans la culture médiévale. Vaste programme pour ce « ciment … vecteur privilégié de la Parole de Dieu et des poètes … » Les communications présentées s’accordent bien entendu sur le rôle prépondérant de la musique dans la vie intellectuelle et sociale. S’appuyant sur un héritage théorique et mythologique gréco-romain, la musique médiévale s’est inscrite dans la culture occidentale comme un art entier, « chant de l’âme et du corps … de la terre et du ciel ».
Michel Lemoine (†) parlant de saint Augustin (354-430), montre comment le grand théologien a « apporté au profit de la musique religieuse le poids d’une expérience spirituelle ».
Les lois de la musique ont-elles été inventées avant les instruments ? Jean-Marie Fritz étudie la réception médiévale des mythes antiques. Le premier musicien a-t-il imité le chant des oiseaux, le bruit du vent ? C’est la thèse primitiviste. D’autres considèrent au contraire que la théorie a précédé la pratique. La Genèse (4, 21) raconte comment Jubal, l’ancêtre des joueurs de cithare, découvrit les lois de la musique bien avant les instruments.
L’importance de la musique dans la société médiévale, et plus particulièrement dans la littérature fait l’objet d’une étude de Jacques Verger consacrée à Vincent de Beauvais et aux encyclopédistes du XIIIe s. Le dominicain est l’auteur du Speculum majus (en trois volumes : historiale, naturale, doctrinale), achevé en 1258, entreprise colossale dont le succès se mesure au nombre d’exemplaires encore conservés dans les bibliothèques. La musique est surtout présente dans le Speculum doctrinale, dans le livre dédié aux mathématiques (Livre XVI), c’est-à-dire au quadrivium. Vincent de Beauvais s’applique à donner quelques principes théoriques sur la musique, exploitant des sources déjà connues comme le De institutione musica de Boèce (ca 480-524/525) ou des auteurs antiques (Platon, Ptolémée, Virgile). Jacques Verger achève son étude en analysant la musique et le son dans le De proprietatibus rerum de Bathélémy l’Anglais (+ après 1250). Il conclut par la portée limitée des encyclopédies médiévales comme témoins historiques de la musique et de sa pratique.
« La mémoire médiévale est liée à la formation d’un système d’images ». A partir de cette idée fondamentale exprimée par Frances Yates, dans The Art of Memory (1966), Olivier Cullin, professeur de musicologie médiévale et chercheur au Centre d’Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale de Poitiers (CNRS-UMR 6223), éditeur de ces Rencontres, nous introduit dans « l’oeil de l’esprit », définissant les dimensions respectives de la musique, de la mémoire et de l’écriture au Moyen Age. S’appuyant sur son édition électronique (1) du graduel de Bellelay, Olivier Cullin nous fait observer par exemple la disposition et certaines distinctions qui permettent à l’oeil de saisir les informations essentielles : encre noire du texte, encre rouge des rubriques, grandes majuscules pour l’introït, etc. L’écriture est « une servante de la mémoire, le livre son extension … les lettres écrites évoquent les voix de ceux qui ne sont plus … » (Mary Carruthers dans son Machina memorialis, Paris, 2002, p. 167-168). Ainsi, paradoxalement la musique ne nait pas de l’écriture musicale.
Martine Clouzot s’intéresse depuis plusieurs années à la musique, aux musiciens et à leurs instruments, qu’ils soient populaires ou de cour. Elle nous présente ici une étude sur la musique au service du prince aux XIVe et XVe s. Gilles de Rome (1243-1316), dédiant au futur Phlippe le Bel son De Regimine principum, « enseigne comment les rois et les princes doivent estres joieus et esbatanz selon reson ». Martine Clouzot relève ainsi la place importante des ouvrages didactiques et encyclopédiques (traitant de la musique) dans les « librairies » princières. L’ars musica serait-il un art de « gouvernance » ? L’exemple du roi David, musicien par excellence, symbolise cette reconnaissance du prince chrétien, figure d’autorité, « modèle chantant du pouvoir » (Michel Zink). Christine de Pisan compare Charles V à ce dernier, comme lui « il aimait à écouter … des instruments à sons voilés que l’on jouait aussi bas que l’art de la musique peut le permettre… » (Le Livre des fais et bonnes meurs du roi Charles V le Sage, 1997, p. 69). L’auteur des Psaumes, David, dont la représentation occupe de façon récurrente l’initiale B du Beatus vir dans les manuscrits liturgiques médiévaux, traduit avec force cette rencontre de la musique et du spirituel.
Ces communications des Rencontres Médiévales Européennes (2006), conjugant richesse et diversité, nous proposent un regard croisé sur divers aspects de la musique médiévale. Elles expliquent notamment la place singulière qu’elle exerça durant plusieurs siècles comme élément fondamental de notre histoire culturelle occidentale.

Sommaire
Monique Cazeaux, Introduction, p. 9
(†) Michel Lemoine, Saint Augustin et la musique, p. 11
Jean-Marie Fritz, La réception médiévale des mythes antiques d’invention de la musique, p. 23
Dom Daniel Saulnier, Le Verbe et la musique, p. 39
Gunilla Iversen, Le son de la lyre des vertus. Sur la musique dans la poésie liturgique médiévale, p. 47
Jacques Verger, La musique et le son chez Vincent de Beauvais et les encyclopédistes du XIIIe s., p. 71
Olivier Cullin, L’oeil de l’esprit : la musique, la mémoire et l’écriture au Moyen Age, p. 87
Anne-Zoé Rillon, Convaincre et émouvoir. Les conduits monodiques de Philippe le Chancelier, un médium pour la prédication, p. 99
Martine Clouzot, Musique, savoirs et pouvoir à la cour du prince aux XIV et XVe siècles, p. 115
Michel Zink, Conclusions, p. 139

Note: (1) Graduel de Bellelay [En ligne]
Liens :
Olivier Cullin : bio-bibliographie [Lien]
Fondation Singer-Polignac [Lien]

Editions BREPOLS
Begijnhof 67
B-2300 Turnhout Belgique
Site web [Lien]

29 Nov 2007
Jean-Luc Deuffic

Marie Guerinel-Rau : thèse en ligne sur un manuscrit de la Légende dorée (Rennes 266)

Marie Guerinel-Rau
La Légende Dorée conservée à la Bibliothèque Municipale de Rennes. Approche pluridisciplinaire et comparée du manuscrit 266, un exemplaire enluminé de la fin du 14ème siècle, dans la version française de Jean de Vignay
Cette thèse est consacrée à un exemplaire en français de la Légende Dorée, compilation de vies de saints rédigée par Jacques de Voragine à la fin du 13ème siècle. Il s’agit du manuscrit 266 conservé à la Bibliothèque Municipale de Rennes, ouvrage réalisé à la fin du 14ème siècle. Après avoir étudié la littérature concernant le texte et l’auteur, je me suis attachée à la description codicologique du manuscrit, dans le but de le comparer avec seize autres manuscrits du même texte réalisés entre 1348 et 1430. Ces manuscrits ont également bénéficié d’une description codicologique détaillée. Outre une comparaison de l’aspect physique des manuscrits, j’ai également comparé les choix iconographiques opérés dans le manuscrit rennais avec ceux des autres ouvrages du corpus afin de démontrer d’une part les relations équivoques entre le texte et ses images mais aussi l’originalité de chaque programme iconographique malgré l’utilisation de motifs traditionnels. Effectivement la thématique de l’iconographie est un élément prédominant dans la conception du programme, montrant ainsi que l’atelier responsable de l’enluminure a restitué les thèmes majeurs abordés dans la Légende Dorée dans le cadre d’une réflexion globale sur le programme. Après avoir défini les caractéristiques des différentes mains pour mettre en évidence l’organisation du travail, je me suis penchée sur les possesseurs des manuscrits de la Légende Dorée, voulant mettre en avant la sincérité de leur foi et démontrer que la lecture de l’oeuvre s’insère dans le cadre d’une profonde spiritualité se démarquant de la pratique des exercices et de la lecture des heures. Le manuscrit conservé à Rennes trouve ainsi sa place au sein de la production artistique médiévale et dans un contexte plus large, la Légende Dorée en langue française reprend toute sa valeur dans la société médiévale.

The Légende Dorée of the Bibliothèque Municipale of Rennes. A Comparative and Interdisciplinary Approach of the Manuscript 266, Illuminated Exemplar Dated c. 1400, in the French Version of Jean de Vignay.
The aim of this dissertation is the analysis of a French manuscript of the Légende Dorée, written at the end of the 13th century by the Dominican Jacques de Voragine and translated into French before 1348 by Jean de Vignay. This manuscript is number 266 in the Bibliothèque Municipale of Rennes; it was produced at about the end of the 14th century. After studying the history of the text and its reception, I applied a codicological approach of the manuscript and sixteen other extant manuscripts of the text, made between 1348 and 1430, in order to compare them to each other. Also, those sixteen manuscripts have been fully described. Next to these comparisons about the way how the books were made, I compare the iconographic choices of the Rennes manuscript with the others to show the relations between text and images and the originality of each iconographic program although they use traditional motives. The themes of the iconography seem to have played a major role in the conception of the program by the workshop and show how the artists expressed the main subjects of the text of Voragine. Once the stylistic characteristics of each artist were defined in order to give evidence of an organisated workshop, I went back to the whole corpus to research former owners of the books, using the inventories. As I did not want to accept the idea that the manuscripts were made just to prove the wealthy situation of these people, I used the fact that they had close relationships with new religious trends in order to demonstrate that the Légende Dorée was read with a sincere devotional purpose. In this way, the Rennes manuscript has found its place in the medieval artistic production and in a larger debate; the French Légende Dorée has been re-evaluated in the medieval society.

En ligne sur Archives ouvertes : [Lien]
Sur les manuscrits de la Légende dorée [Lien]

13 Nov 2007
Jean-Luc Deuffic

The Très riches heures de Champagne… an exhibition catalogue ~ … A propos d’un catalogue d’exposition …

Interbibly, the service which co-ordinates libraries, archives and information centres in the Champagne-Ardenne region, has set up a touring exhibition entitled Très riches heures de Champagne, whose aim is to trace the history of manuscript illumination in Champagne in the 15th century by bringing together manuscripts which are now dispersed.
In this era the production of both manuscripts and monuments flourished. Bourgeois patrons in Troyes, in the aftermath of the Hundred Years War, brought about a boom in the manuscript industry. They were called Le Peley, Molé, Le Boucherat, Mauroy. They commissioned books of hours or stained-glass windows, they allowed « the construction of an original art workshop, where important painters blossomed (the master of the Troyes Missal, the master of the Pierre Michault de Guyot Le Peley) and spread outside of Troyes … and called out to artists from elsewhere, most notably Jean Colombe ».
The luxurious catalogue for the exhibition Très riches heures de Champagne, published by Hazan, with a preface by Matthieu Gerbault (curator of the Bibliothèque Municipale of Reims), has many illuminations, and carries the names of experts: François Avril (honorary curator-general at the Bibliothèque nationale de France), Maxence Hermant (curator at the BnF), and Françoise Bibolet (honorary curator at the BM in Troyes). This superb work depicts in detail 52 manuscripts, all representative of Champenois manuscript illumination.
In the introduction, Françoise Bibolet‘s study of the Troyes patron at the end of the 15th century allows us to get to know those bourgeois families whose love of books manifested itself in the commissioning of manuscripts, notably the Le Peley-Molé-Boucherat siblings. Jean Léguisé, bishop of Troyes from 1426-1450 was attached to this family, and he also possessed richly illuminated books in his library. Simon Liboron, a lawyer, was allied with the Mauroy family, and became mayor of Troyes in 1497. An art lover, he was interested in the Mystère de la Passion. He had a stained-glass window made for the church of Sainte-Madelaine as well as a book of hours (today conserved in a private collection) whose decoration is attributed to the master of the Pierre Michault de Guyot Le Peley (catalogue n° 32).
François Avril, who these days needs no introduction and whose work is synonymous with authority, paints for us a picture of the state of illumination in Troyes from the international gothic period until the Renaissance (1400-1520). The large amount of documentary evidence which has survived hides the absence of detail on how workshops were organised and on the work conditions of the « artisans » of books. It is the manuscripts themselves, and close observation of them, which offer clues to the activity of the Troyes illuminators. Episcopal patrons, and the well-off ecclesiastic classes more generally, constitute the core of those who were able to contribute money for the production of manuscript books. Etienne de Givry (1395-1426) is illustrative of these book-loving prelates. The inventory of his books, made after his death, contains eight liturgical manuscripts, minutely described, of which four were made on his request (quod fieri feci). Among them is a magnificent Pontifical (Paris Bibliothèque nationale de France Lat. 962; Catalogue, n° 3), « one of the masterpieces of the best known illuminator in Troyes, the master of the heures de Troyes ». François Avril analyses the different artists working in Troyes as well as outside (for example Jean Colombe), through numerous commissions both religious and secular, and traces the evolution of manuscript illumination in Troyes.
Maxence Hermant‘s contribution to this book is an innovative study of the illuminators and patrons in Châlons and Reims in the 15th century. The question is studied in relation to the fact that the production in Troyes perhaps eclipsed the activity in these two other centres. Manuscript dispersion of course poses problems. Identification is not easy. Nevertheless, some names come to the fore, such as Jacques Cauchon and his wife Jeanne de Bohais whose arms adorn a splendid book of hours of the usage of Reims (Catalogue n° 16, Washington, private collection).
The catalogue is divided according to the different workshops: the master of the Heures de Troyes; the master of the Heures de Rohan; illustrators and patrons in Châlons; illustrators and patrons in Reims; the master of the Troyes missal; the master of the Heures Glazier; the master of the Pierre Michault de Guyot Le Peley; Jean Colombe.
With numerous colour images, manuscript catalogue details, the bibliography, this catalogue offers an immeasurable contribution to the study of French illumination at the end of the Middle Ages
Très riches Heures de Champagne. 216 pages. 24 x 28 cm. 180 ill. Editions Hazan. ISBN : 978-2754101882. 25 €
Interbibly’s website: introduction to the exhibition, manuscripts online. You can also order the catalogue.
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Interbibly, l’Agence de coopération entre bibliothèques, services d’archives et centres de documentation de la région Champagne-Ardenne, a initié une exposition itinérante inédite, Très riches heures de Champagne, dont l’objet pricipal, à travers une présentation de manuscrits aujourd’hui dispersés, est de retracer l’histoire de l’enluminure champenoise au XVe siècle.
Cette époque fut florissante tant en production manuscrite que monumentale. Des mécènes, bourgeois de la ville de Troyes, ont redonné essor, au lendemain de la guerre de Cent Ans, à l’industrie du livre manuscrit. Ils ont noms Le Peley, Molé, Le Boucherat, Mauroy. Commanditaires de Livres d’heures ou de verrières, ils ont permis « la constitution d’un foyer artistique original, où se sont épanouis des peintres importants (le maître du Missel de Troyes, le Maître du Pierre Michault de Guyot Le Peley) qui ont aussi rayonné au-delà de Troyes … et fait appel à des artistes extérieurs, au premier rang des quels se trouve Jean Colombe ».
Le luxueux catalogue associé à l’exposition Très riches heures de Champagne, édité chez Hazan, préfacé par Matthieu Gerbault (conservateur à la BM de Reims), abondamment illustré, porte les signatures de spécialistes : François Avril (conservateur général honoraire à la BnF), Maxence Hermant (conservateur à la BnF) et Françoise Bibolet (conservateur honoraire de la BM de Troyes). Ce superbe ouvrage dépeint avec minutie 52 manuscrits, pièces représentatives de l’enluminure champenoise.
En préambule, l’étude de Françoise Bibolet sur le mécénat troyen à la fin du XVe siècle nous fait découvrir ces familles bourgeoises où l’amour des livres s’est manifesté par la commande de manuscrits, notamment dans la fratrie des Le Peley-Molé-Boucherat. A cette famille était rattaché Jean Léguisé, évêque de Troyes de 1426 à 1450, qui déjà possédait dans sa bibliothèque de riches manuscrits enluminés. Simon Liboron, un avocat, s’est allié aux Mauroy, et devient maire de Troyes en 1497. Amateur d’art, il s’intéresse au Mystère de la Passion, commande une verrière pour l’église Sainte-Madeleine et fait exécuter un Livre d’Heures (aujourd’hui en collection privée) dont la décoration est attribuée au Maître du Pierre Michault de Guyot Le Peley (Catalogue, n° 32).
François Avril, qu’il n’est plus nécessaire de présenter, dont les travaux font aujourd’hui autorité, nous brosse un état de l’enluminure à Troyes de la période du style gothique international aux débuts de la Renaissance (1400-1520). L’abondante documentation dont on dispose sur la question cache pourtant l’absence de détails sur le fonctionnement des ateliers et les conditions de travail des « artisans » du livre. Le témoignage des manuscrits, et leur observation directe, contribuent donc à reconstituer l’activité des enlumineurs troyens. Le mécénat des évêques, et généralement le milieu ecclésiastique, couche aisée de la société, constitue le premier noyau de ceux qui ont pu contribuer au développement de la production livresque. Etienne de Givry (1395-1426) illustre ces prélats bibliophiles. Son inventaire après-décès fait état de huit manuscrits liturgiques, minutieusement décrits, dont quatre avaient été exécutés à sa demande (quod fieri feci). Parmi ces manuscrits on relève un magnifique Pontifical (Paris Bibliothèque nationale de France Lat. 962; Catalogue, n° 3), « l’un des chefs-d’oeuvres du premier enlumineur professionnel dont nous constatons la présence à Troyes, le Maître des heures de Troyes ». François Avril, au travers des nombreuses commandes, tant religieuses que laïques, analyse les diffèrents ateliers locaux ou extérieurs (Jean Colombe, par exemple), et retrace l’évolution de l’enluminure à Troyes.
Maxence Hermant apporte une contribution inédite à ce catalogue en étudiant les enlumineurs et les commanditaires des cités de Châlons et de Reims au XVe s. La question a été peu étudiée dans la mesure où la production troyenne éclipsa peut-être l’activité de ces deux centres. La dispersion des manuscrits pose bien entendu problème. Leur identification n’est pas aisée. Quelques noms se démarquent toutefois comme celui de Jacques Cauchon et de son épouse Jeanne de Bohais dont les armes illustrent un splendide Livre d’heures à l’usage de Reims (Catalogue n° 16, Washington, collection particulière)

Les diffèrents ateliers déterminent les sections de ce catalogue : Maître des Heures de Troyes; Maître des Heures de Rohan; Enlumineurs et commanditaires de Châlons; enlumineurs et commanditaires de Reims ; Maître du Missel de Troyes ; Maître des Heures Glazier; Maître du Pierre Michault de Guyot Le Peley; Jean Colombe.
Les nombreuses planches en couleurs, les notices des manuscrits, la bibliographie, font de ce catalogue une inestimable contribution à l’étude de l’enluminure française à la fin du Moyen Age.

Illustration ci-contre. Heures à l’usage de Troyes. Troyes médiathèque 3713. Détail du f. 20: Christ en Croix. Ca 1410-1415. © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS.

Très riches heures de Champagne. 216 pages. 24 x 28 cm. 180 ill. Editions Hazan. ISBN : 978-2754101882. 25 €
Site de Interbibly : présentation de l’expsosition, manuscrits en ligne. Commande du catalogue
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2 Oct 2007
Jean-Luc Deuffic

Béatrice Delaurenti : La puissance des mots. Virtus verborum

Nous avions donné dans un précédent billet quelques informations sur le maître breton Guillaume de Rennes, auteur d’un Apparatus à la Summa de paenitentia de Raymond de Peñafort. J’aimerais signaler à ce propos la sortie de l’excellent ouvrage de Béatrice Delaurenti, docteur en histoire médiévale, membre du Groupe d’anthropologie scolastique de l’EHESS (GAHOM):
La Puissance des mots « Virtus verborum ». Débats doctrinaux sur le pouvoir des incantations au Moyen Âge, dans lequel notre maître reçoit des passages bien documentés.

« Les mots ont-ils un pouvoir ? La question était en débat dans l’Europe médiévale. On s’est interrogé sur l’origine divine, démoniaque ou peut-être naturelle de la « virtus verborum », la puissance des mots, et en particulier sur le pouvoir des incantations. L’incantation pouvait-elle avoir une cause naturelle et, dans ce cas, était-elle une pratique licite ? Des théologiens, des philosophes, des médecins de renom ont soutenu l’idée d’une efficacité non démoniaque de la parole humaine, une efficacité naturelle. On trouve ainsi, dans les textes doctrinaux de l’époque scolastique, une ample matière pour reconstituer la naissance et l’histoire d’une interprétation des incantations que l’on pourrait dire naturaliste… 

« Les débats médiévaux sur les incantations représentent un moment à part dans l’histoire intellectuelle du Moyen Âge. Entre le début du XIIIe siècle et la fin du XIVe siècle, la réflexion sur la virtus verborum aura dessiné une parenthèse naturaliste au sein d’un contexte radicalement autre, celui d’une société préoccupée par les démons et leur possible intervention dans les affaires des hommes.»

Do words have power? The question was debated in medieval Europe. People pondered upon the divine, demoniacal or perhaps natural origin of the “virtus verborem”, the power of words, and in particular, the power of incantations. Could incantations have a natural cause, and if such was the case, were they a lawful practice? Renowned theologians, philosophers and doctors supported the idea of a non-demoniacal efficacy of the human word, a natural efficacy. Consequently we find in the doctrinal texts of the scholastic period ample material to piece together the birth and history of an interpretation of incantations, which might be qualified as naturalistic… »

La Puissance des mots « Virtus verborum » Débats doctrinaux sur le pouvoir des incantations au Moyen Âge. Par Béatrice Delaurenti. Préface par Alain Boureau. 588 p. ISBN : 9782204082273.
Notice[En ligne]
Les Editions du Cerf
29 bd La Tour-Maubourg
75340 Paris Cedex 07

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